Vidéo 6 : Similitudes directes, décomposer et construire le centre · 3 min 60 s · sous-titres en français
Le cours écrit
6.1 Définition géométrique
Soit k un réel strictement positif. Une similitude directe de rapport k est une transformation s du plan qui
multiplie les distances par k : pour tous points M, N d'images M′, N′, on a M′N′=kMN ;
conserve les angles orientés : (M′N′,P′Q′)=(MN,PQ)[2π] pour M=N et P=Q.
Exemples. Les déplacements (rapport 1) ; l'homothétie de rapport λ=0 (rapport ∣λ∣) ; les composées de ces transformations.
6.2 Le lien avec l'écriture complexe
Théorème 11. Une transformation s est une similitude directe si et seulement si son écriture complexe est de la forme z′=az+b, avec a=0. Son rapport est alors k=∣a∣.
Démonstration. Le chapitre 7 (leçon 7) a montré qu'une application z′=az+b multiplie les distances par ∣a∣ et conserve les quotients zB−zAzC−zA, donc les angles orientés. Réciproquement, soit s une similitude directe de rapport k, A=B deux points, A′=s(A) et B′=s(B). Pour tout point M=A d'image M′ :
A′B′A′M′=kABkAM=ABAM : les quotients zB′−zA′zM′−zA′ et zB−zAzM−zA ont le même module ;
(A′B′,A′M′)=(AB,AM) : ils ont le même argument.
Ils sont donc égaux, et zM′=zA′+a(zM−zA) avec a=zB−zAzB′−zA′ : c'est une écriture z′=az+b, qui reste vraie pour M=A.
On retrouve tout le chapitre 7 : si a=1, s est une translation ; sinon, s a un unique point invariant, son centreΩ, et
z′−ω=a(z−ω),a=keiθ.
6.3 Éléments caractéristiques
Une similitude directe s, qui n'est pas une translation, est déterminée par son centreΩ, son rapportk>0 et son angleθ. On la note s(Ω,k,θ).
Pour tout point M=Ω : ΩM′=kΩM et (ΩM,ΩM′)=θ[2π].
Pour tous points A=B : k=ABA′B′ et θ=(AB,A′B′)[2π]. L'angle se lit sur n'importe quel vecteur et son image.
Une similitude directe de rapport 1 est un déplacement ; une similitude directe d'angle 0 ou π est une homothétie ou une translation.
6.4 Décomposer une similitude directe
Propriété (forme réduite). Si s=s(Ω,k,θ), alors
s=h(Ω,k)∘r(Ω,θ)=r(Ω,θ)∘h(Ω,k).
L'homothétie et la rotation ont le même centre, et l'ordre ne compte pas.
Démonstration. En écriture complexe, r(Ω,θ) est z↦ω+eiθ(z−ω) et h(Ω,k) est z↦ω+k(z−ω) ; dans un ordre comme dans l'autre, la composée est z↦ω+keiθ(z−ω).
D'autres décompositions.
La rotation se décompose à son tour en deux réflexions d'axes passant par Ω (théorème 9) : s=h(Ω,k)∘sD′∘sD, avec (D,D′)=2θ.
Pour tout point P, s=h(P,k)∘d, où d=h(P,k1)∘s est une similitude directe de rapport 1, donc un déplacement : une similitude directe est la composée d'un déplacement et d'une homothétie.
6.5 Composée et réciproque
Propriété. Si s1 a pour rapport k1 et pour angle θ1, et s2 pour rapport k2 et pour angle θ2 :
s2∘s1 est une similitude directe de rapport k1k2 et d'angle θ1+θ2 ;
la réciproque s1−1 est une similitude directe de rapport k11 et d'angle −θ1 (et de même centre).
Démonstration. Si s1:z↦a1z+b1 et s2:z↦a2z+b2, alors s2∘s1:z↦a2a1z+a2b1+b2, et a2a1=k1k2ei(θ1+θ2). La réciproque est z↦a11z−a1b1.
6.6 Image d'une figure simple
Une similitude directe s de rapport k transforme :
un segment [MN] en un segment [M′N′] de longueur kMN ; une droite en une droite ;
le cercle de centre I et de rayon R en le cercle de centre s(I) et de rayon kR ;
un triangle en un triangle de mêmes angles orientés, dont l'aire est multipliée par k2.
Elle conserve l'alignement, le parallélisme, l'orthogonalité, les milieux et les barycentres (c'est une application affine).
6.7 Déterminer une similitude directe
Par le centre, un point et son image. La similitude de centre Ω qui transforme A en A′ (A=Ω) a pour rapport ΩAΩA′ et pour angle (ΩA,ΩA′).
Exemple 17 (dans un carré).ABCD est un carré de sens direct, de centre O. Soit s la similitude directe de centre A qui transforme B en O.
Rapport : ABAO=22 (la demi-diagonale vaut 22AB). Angle : (AB,AO)=4π.
Image de C : AC=2AB, donc As(C)=22×2AB=AB=AD, et (AC,As(C))=4π, alors que (AC,AD)=4π. Donc s(C)=D.
Contrôle en complexes, avec A(0), B(1), C(1+i), D(i) : s:z↦21+iz et 21+i(1+i)=i.
Par deux points et leurs images. Si A=B, il existe une unique similitude directe s telle que s(A)=A′ et s(B)=B′ (chapitre 7) : son rapport est ABA′B′ et son angle (AB,A′B′).
Construire le centre. Supposons que s n'est pas une translation et que les droites (AB) et (A′B′) se coupent en un point P (c'est le cas si θ=0[π]). Alors le centre Ω est le second point d'intersection des cercles circonscrits aux triangles PAA′ et PBB′.
Justification.(ΩA,ΩA′)=θ[2π]. Par ailleurs PA est colinéaire à AB et PA′ à A′B′, donc (PA,PA′)=(AB,A′B′)=θ[π]. D'après le théorème 7, Ω est sur le cercle passant par P, A, A′. De même, il est sur le cercle passant par P, B, B′.
Exemple 18.A(0;−1), B(2;0), A′(5;−1), B′(3;3).
AB(2;1) et A′B′(−2;4) : AB⋅A′B′=0, A′B′=20=25 et AB=5. Le rapport vaut 2 ; en tournant AB(2;1) d'un quart de tour direct, on obtient (−1;2), et A′B′=2(−1;2) : l'angle vaut 2π.
(AB):y=2x−1 et (A′B′):y=−2x+9 se coupent en P(4;1).
Comme θ=2π, les cercles PAA′ et PBB′ sont les cercles de diamètres [AA′] et [BB′] : centres (2,5;−1) et (2,5;1,5), rayons 2,5 et 2,5. Leurs points communs sont P(4;1) et Ω(1;1).
Contrôle en complexes :a=zB−zAzB′−zA′=2+i−2+4i=2i, et ω+2i(zA−ω)=1+i+2i(−1−2i)=5−i=zA′ avec ω=1+i.