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Chapitre 11 · Cours écrit

Géométrie plane

Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.

Ce chapitre rassemble la géométrie plane de Terminale S1 : les calculs barycentriques, les applications affines, la cocyclicité, les isométries et les similitudes directes. On utilise librement ce qui a été vu avant :

  • en Seconde : barycentre de deux ou trois points, angle inscrit et angle au centre, quadrilatères inscriptibles, homothéties et rotations ;
  • en Première S1 : barycentre de plus de trois points, produit scalaire, lignes de niveau de MA2+MB2MA^2 + MB^2 ou MA→⋅MB→\overrightarrow{MA} \cdot \overrightarrow{MB}, angles orientés et arc capable, isométries, déplacements et antidéplacements, décomposition d'une translation ou d'une rotation en deux réflexions ;
  • au chapitre 7 : l'écriture complexe z′=az+bz' = az + b d'une similitude directe, son centre ω=b1−a\omega = \dfrac{b}{1 - a}, son rapport ∣a∣|a| et son angle arg⁡a\arg a.

Notations. Le plan est orienté. Quand on calcule, on le munit d'un repère orthonormé direct (O ;i⃗,j⃗)(O\,;\vec i, \vec j), ou du plan complexe. Un angle orienté de vecteurs est noté (u⃗,v⃗)\big(\vec u, \vec v\big) et ses mesures sont données en radians : « =α [2π]= \alpha\ [2\pi] » signifie « égal à α\alpha à un multiple de 2π2\pi près ». On note tu⃗t_{\vec u} la translation de vecteur u⃗\vec u, r(Ω,θ)r(\Omega, \theta) la rotation de centre Ω\Omega et d'angle θ\theta, h(Ω,k)h(\Omega, k) l'homothétie de centre Ω\Omega et de rapport kk, sDs_D la réflexion (symétrie orthogonale) d'axe DD. La composée g∘fg \circ f consiste à appliquer ff, puis gg.

Leçon 1 : Barycentres et réduction d'une somme de vecteurs

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Rappels sur le barycentre

Soit (A1,α1),…,(An,αn)(A_1, \alpha_1), \dots, (A_n, \alpha_n) des points pondérés, avec α=α1+⋯+αn≠0\alpha = \alpha_1 + \dots + \alpha_n \neq 0. Il existe un unique point GG tel que ∑i=1nαi GAi→=0⃗.\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,\overrightarrow{GA_i} = \vec 0. C'est le barycentre des points pondérés ; on écrit G=bar{(A1,α1),…,(An,αn)}G = \mathrm{bar}\{(A_1, \alpha_1), \dots, (A_n, \alpha_n)\}.

  • Position. Pour tout point OO : OG→=1α∑i=1nαi OAi→\overrightarrow{OG} = \dfrac{1}{\alpha}\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i}. En coordonnées : xG=∑αixiαx_G = \dfrac{\sum \alpha_i x_i}{\alpha} et yG=∑αiyiαy_G = \dfrac{\sum \alpha_i y_i}{\alpha}.
  • Homogénéité. On ne change pas le barycentre en multipliant tous les coefficients par un même réel non nul.
  • Associativité (barycentres partiels). Si α1+α2≠0\alpha_1 + \alpha_2 \neq 0 et H=bar{(A1,α1),(A2,α2)}H = \mathrm{bar}\{(A_1, \alpha_1), (A_2, \alpha_2)\}, alors G=bar{(H,α1+α2),(A3,α3),…,(An,αn)}G = \mathrm{bar}\{(H, \alpha_1 + \alpha_2), (A_3, \alpha_3), \dots, (A_n, \alpha_n)\}.
  • Quand tous les coefficients sont égaux, GG est l'isobarycentre ; pour trois points, c'est le centre de gravité du triangle.

1.2 Réduction de ∑αiMAi→\sum \alpha_i \overrightarrow{MA_i}

À tout point MM du plan, on associe le vecteur f⃗(M)=∑i=1nαi MAi→.\vec f(M) = \sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,\overrightarrow{MA_i}.

Théorème 1.

  • Si α=∑αi≠0\alpha = \sum \alpha_i \neq 0 et si GG est le barycentre des (Ai,αi)(A_i, \alpha_i), alors, pour tout point MM : ∑i=1nαi MAi→=α MG→\displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,\overrightarrow{MA_i} = \alpha\,\overrightarrow{MG}.
  • Si α=0\alpha = 0, le vecteur f⃗(M)\vec f(M) ne dépend pas de MM : pour tout point OO, f⃗(M)=∑i=1nαi OAi→\vec f(M) = \displaystyle\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i}.

Démonstration. Par la relation de Chasles, MAi→=MO→+OAi→\overrightarrow{MA_i} = \overrightarrow{MO} + \overrightarrow{OA_i} pour tout point OO, donc f⃗(M)=(∑αi)MO→+∑αi OAi→=α MO→+∑αi OAi→.\vec f(M) = \Big(\sum \alpha_i\Big)\overrightarrow{MO} + \sum \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i} = \alpha\,\overrightarrow{MO} + \sum \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i}. Si α=0\alpha = 0, il reste ∑αi OAi→\sum \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i}, qui ne dépend pas de MM. Si α≠0\alpha \neq 0, on prend O=GO = G : ∑αi GAi→=0⃗\sum \alpha_i\,\overrightarrow{GA_i} = \vec 0, donc f⃗(M)=α MG→\vec f(M) = \alpha\,\overrightarrow{MG}.

L'écriture α MG→\alpha\,\overrightarrow{MG} est la forme réduite : une somme de nn vecteurs qui dépendent de MM devient un seul vecteur.

1.3 Utiliser la forme réduite

Exemple 1 (un ensemble de points). Dans un repère orthonormé, A(−2 ;0)A(-2\,;0), B(4 ;0)B(4\,;0) et C(1 ;6)C(1\,;6). On cherche l'ensemble Γ\Gamma des points MM tels que ∥MA→+MB→+2MC→∥=8\big\|\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} + 2\overrightarrow{MC}\big\| = 8.

  • La somme des coefficients vaut 1+1+2=4≠01 + 1 + 2 = 4 \neq 0. Le barycentre GG de (A,1)(A, 1), (B,1)(B, 1), (C,2)(C, 2) a pour coordonnées xG=−2+4+24=1x_G = \dfrac{-2 + 4 + 2}{4} = 1 et yG=0+0+124=3y_G = \dfrac{0 + 0 + 12}{4} = 3 : G(1 ;3)G(1\,;3).
  • Par le théorème 1, MA→+MB→+2MC→=4 MG→\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} + 2\overrightarrow{MC} = 4\,\overrightarrow{MG}, donc la condition s'écrit 4MG=84MG = 8, soit MG=2MG = 2.

Γ\Gamma est le cercle de centre G(1 ;3)G(1\,;3) et de rayon 22.

Exemple 2 (un vecteur constant). Avec les mêmes points, la somme des coefficients de MA→+MB→−2MC→\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} - 2\overrightarrow{MC} est nulle. En prenant O=CO = C : MA→+MB→−2MC→=CA→+CB→−2CC→=CA→+CB→=2 CI→,\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} - 2\overrightarrow{MC} = \overrightarrow{CA} + \overrightarrow{CB} - 2\overrightarrow{CC} = \overrightarrow{CA} + \overrightarrow{CB} = 2\,\overrightarrow{CI}, où II est le milieu de [AB][AB]. Ici I(1 ;0)I(1\,;0) et 2 CI→2\,\overrightarrow{CI} a pour coordonnées (0 ;−12)(0\,;-12), quel que soit MM.

Exemple 3 (un cercle de diamètre donné). Soit AA et BB deux points distincts et II le milieu de [AB][AB]. L'ensemble des points MM tels que ∥MA→+MB→∥=∥MA→−MB→∥\big\|\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB}\big\| = \big\|\overrightarrow{MA} - \overrightarrow{MB}\big\| :

  • MA→+MB→=2 MI→\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB} = 2\,\overrightarrow{MI} (coefficients 11 et 11) ;
  • MA→−MB→=BA→\overrightarrow{MA} - \overrightarrow{MB} = \overrightarrow{BA} (coefficients 11 et −1-1, de somme nulle).

La condition s'écrit 2MI=AB2MI = AB, soit MI=AB2MI = \dfrac{AB}{2} : c'est le cercle de diamètre [AB][AB].

Exemple 4 (alignement par associativité). Soit ABCABC un triangle, II le milieu de [BC][BC] et G=bar{(A,2),(B,1),(C,1)}G = \mathrm{bar}\{(A, 2), (B, 1), (C, 1)\}. Comme I=bar{(B,1),(C,1)}I = \mathrm{bar}\{(B, 1), (C, 1)\}, l'associativité donne G=bar{(A,2),(I,2)}G = \mathrm{bar}\{(A, 2), (I, 2)\} : GG est le milieu de [AI][AI]. En particulier, AA, GG et II sont alignés.

Leçon 2 : Sommes de carrés de distances et lignes de niveau

Voir la vidéo de la leçon 2

On associe maintenant à tout point MM le nombre réel f(M)=∑i=1nαi MAi2.f(M) = \sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,MA_i^2. L'outil est le produit scalaire : MAi2=MAi→ 2=MAi→⋅MAi→MA_i^2 = \overrightarrow{MA_i}^{\,2} = \overrightarrow{MA_i} \cdot \overrightarrow{MA_i}.

2.1 Cas où ∑αi≠0\sum \alpha_i \neq 0

Théorème 2. Si α=∑αi≠0\alpha = \sum \alpha_i \neq 0 et si GG est le barycentre des (Ai,αi)(A_i, \alpha_i), alors, pour tout point MM : ∑i=1nαi MAi2=α MG2+∑i=1nαi GAi2.\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,MA_i^2 = \alpha\,MG^2 + \sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,GA_i^2.

Démonstration. MAi2=(MG→+GAi→)2=MG2+2 MG→⋅GAi→+GAi2MA_i^2 = \big(\overrightarrow{MG} + \overrightarrow{GA_i}\big)^2 = MG^2 + 2\,\overrightarrow{MG} \cdot \overrightarrow{GA_i} + GA_i^2. En multipliant par αi\alpha_i et en additionnant : f(M)=α MG2+2 MG→⋅(∑αi GAi→)+∑αi GAi2,f(M) = \alpha\,MG^2 + 2\,\overrightarrow{MG} \cdot \Big(\sum \alpha_i\,\overrightarrow{GA_i}\Big) + \sum \alpha_i\,GA_i^2, et le terme du milieu est nul, car ∑αi GAi→=0⃗\sum \alpha_i\,\overrightarrow{GA_i} = \vec 0.

Le nombre ∑αi GAi2\sum \alpha_i\,GA_i^2 est une constante : f(M)f(M) ne dépend que de la distance MGMG.

Exemple 5 (deux points, coefficients égaux). A(0 ;0)A(0\,;0), B(4 ;0)B(4\,;0), I(2 ;0)I(2\,;0) milieu de [AB][AB]. Avec α1=α2=1\alpha_1 = \alpha_2 = 1, G=IG = I et IA2+IB2=4+4=8IA^2 + IB^2 = 4 + 4 = 8 : MA2+MB2=2MI2+8.MA^2 + MB^2 = 2MI^2 + 8. L'ensemble des points MM tels que MA2+MB2=26MA^2 + MB^2 = 26 vérifie 2MI2=182MI^2 = 18, soit MI=3MI = 3 : c'est le cercle de centre II et de rayon 33. Contrôle en coordonnées : x2+y2+(x−4)2+y2=26x^2 + y^2 + (x - 4)^2 + y^2 = 26 équivaut à (x−2)2+y2=9(x - 2)^2 + y^2 = 9.

Exemple 6 (coefficients de signes contraires). A(0 ;0)A(0\,;0), B(3 ;0)B(3\,;0). Pour 2MA2−MB22MA^2 - MB^2, la somme des coefficients vaut 11. Le barycentre GG de (A,2)(A, 2) et (B,−1)(B, -1) a pour abscisse 2×0−1×31=−3\dfrac{2 \times 0 - 1 \times 3}{1} = -3 : G(−3 ;0)G(-3\,;0). Alors GA=3GA = 3, GB=6GB = 6 et 2MA2−MB2=MG2+2×9−36=MG2−18.2MA^2 - MB^2 = MG^2 + 2 \times 9 - 36 = MG^2 - 18. L'ensemble des points MM tels que 2MA2−MB2=72MA^2 - MB^2 = 7 est le cercle de centre G(−3 ;0)G(-3\,;0) et de rayon 55 (MG2=25MG^2 = 25). Le point M(2 ;0)M(2\,;0) en fait partie : 2×4−1=72 \times 4 - 1 = 7 et MG=5MG = 5.

2.2 Cas où ∑αi=0\sum \alpha_i = 0

Théorème 3. Si ∑αi=0\sum \alpha_i = 0, le vecteur u⃗=∑αi OAi→\vec u = \sum \alpha_i\,\overrightarrow{OA_i} ne dépend pas du point OO (théorème 1) et, pour tout point MM : ∑i=1nαi MAi2=2 MO→⋅u⃗+∑i=1nαi OAi2.\sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,MA_i^2 = 2\,\overrightarrow{MO} \cdot \vec u + \sum_{i=1}^{n} \alpha_i\,OA_i^2.

Démonstration. MAi2=(MO→+OAi→)2=MO2+2 MO→⋅OAi→+OAi2MA_i^2 = \big(\overrightarrow{MO} + \overrightarrow{OA_i}\big)^2 = MO^2 + 2\,\overrightarrow{MO} \cdot \overrightarrow{OA_i} + OA_i^2. En multipliant par αi\alpha_i et en additionnant, le terme (∑αi)MO2\big(\sum \alpha_i\big)MO^2 est nul.

Cas de deux points. Pour MA2−MB2MA^2 - MB^2, avec II milieu de [AB][AB] : MA2−MB2=(MA→−MB→)⋅(MA→+MB→)=BA→⋅2 MI→=2 IM→⋅AB→.MA^2 - MB^2 = \big(\overrightarrow{MA} - \overrightarrow{MB}\big) \cdot \big(\overrightarrow{MA} + \overrightarrow{MB}\big) = \overrightarrow{BA} \cdot 2\,\overrightarrow{MI} = 2\,\overrightarrow{IM} \cdot \overrightarrow{AB}.

Exemple 7. A(0 ;0)A(0\,;0), B(4 ;0)B(4\,;0), I(2 ;0)I(2\,;0). L'ensemble des points MM tels que MA2−MB2=12MA^2 - MB^2 = 12 vérifie 2 IM→⋅AB→=122\,\overrightarrow{IM} \cdot \overrightarrow{AB} = 12. Si HH est le projeté orthogonal de MM sur (AB)(AB), IM→⋅AB→=IH→⋅AB→\overrightarrow{IM} \cdot \overrightarrow{AB} = \overrightarrow{IH} \cdot \overrightarrow{AB}, donc IH→⋅AB→=6\overrightarrow{IH} \cdot \overrightarrow{AB} = 6 : HH est sur [IB)[IB) et IH=64=1,5IH = \dfrac{6}{4} = 1{,}5. C'est la droite perpendiculaire à (AB)(AB) au point H(3,5 ;0)H(3{,}5\,;0). Contrôle : x2+y2−(x−4)2−y2=8x−16=12x^2 + y^2 - (x - 4)^2 - y^2 = 8x - 16 = 12 équivaut à x=3,5x = 3{,}5.

2.3 Lignes de niveau

La ligne de niveau kk de ff est l'ensemble des points MM tels que f(M)=kf(M) = k.

Cas Égalité Ligne de niveau kk
α=∑αi≠0\alpha = \sum \alpha_i \neq 0 MG2=k−∑αiGAi2α=cMG^2 = \dfrac{k - \sum \alpha_i GA_i^2}{\alpha} = c si c>0c > 0 : cercle de centre GG et de rayon c\sqrt c ; si c=0c = 0 : le point GG ; si c<0c < 0 : ensemble vide
α=0\alpha = 0 et u⃗≠0⃗\vec u \neq \vec 0 2 MO→⋅u⃗=k−∑αiOAi22\,\overrightarrow{MO} \cdot \vec u = k - \sum \alpha_i OA_i^2 une droite perpendiculaire à u⃗\vec u
α=0\alpha = 0 et u⃗=0⃗\vec u = \vec 0 ff est constante le plan entier ou l'ensemble vide

Méthode. Calculer la somme des coefficients ; si elle n'est pas nulle, introduire le barycentre et réduire avec le théorème 2 ; sinon, réduire avec le théorème 3 (pour deux points : MA2−MB2=2 IM→⋅AB→MA^2 - MB^2 = 2\,\overrightarrow{IM} \cdot \overrightarrow{AB}).

Leçon 3 : Applications affines

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Définition

Le plan est muni d'un repère (O ;i⃗,j⃗)(O\,;\vec i, \vec j). Une application ff du plan dans lui-même est affine si elle s'écrit, pour tout point M(x ;y)M(x\,;y) d'image M′(x′ ;y′)M'(x'\,;y') : {x′=ax+by+py′=cx+dy+q(a,b,c,d,p,q reˊels).\begin{cases} x' = ax + by + p \\ y' = cx + dy + q \end{cases} \qquad (a, b, c, d, p, q \text{ réels}).

Application linéaire associée. Si M(x ;y)M(x\,;y) et N(x+X ;y+Y)N(x + X\,;y + Y), on calcule M′N′→ (aX+bY ;cX+dY)\overrightarrow{M'N'}\,(aX + bY\,;cX + dY) : le vecteur M′N′→\overrightarrow{M'N'} ne dépend que du vecteur MN→\overrightarrow{MN}. L'application φ:w⃗(X ;Y)⟼w⃗′(aX+bY ;cX+dY)\varphi : \vec w(X\,;Y) \longmapsto \vec w'(aX + bY\,;cX + dY) est l'application linéaire associée à ff : M′N′→=φ(MN→)\overrightarrow{M'N'} = \varphi\big(\overrightarrow{MN}\big). Elle vérifie φ(u⃗+v⃗)=φ(u⃗)+φ(v⃗)\varphi(\vec u + \vec v) = \varphi(\vec u) + \varphi(\vec v) et φ(λu⃗)=λ φ(u⃗)\varphi(\lambda\vec u) = \lambda\,\varphi(\vec u). On n'en dira pas plus, comme le demande le programme.

Exemples. Les transformations vues en Seconde et en Première sont affines :

  • la translation de vecteur w⃗(p ;q)\vec w(p\,;q) : x′=x+px' = x + p, y′=y+qy' = y + q ;
  • l'homothétie de centre OO et de rapport kk : x′=kxx' = kx, y′=kyy' = ky ;
  • la rotation de centre OO et d'angle θ\theta (repère orthonormé direct) : x′=xcos⁡θ−ysin⁡θx' = x\cos\theta - y\sin\theta, y′=xsin⁡θ+ycos⁡θy' = x\sin\theta + y\cos\theta ;
  • la réflexion d'axe (O ;i⃗)(O\,;\vec i) : x′=xx' = x, y′=−yy' = -y.

D'autres applications affines ne sont ni des isométries ni des similitudes : la projection sur l'axe des abscisses (x′=xx' = x, y′=0y' = 0), ou l'application x′=xx' = x, y′=2yy' = 2y, qui étire le plan verticalement.

Bijection. Pour trouver l'antécédent d'un point M′(x′ ;y′)M'(x'\,;y'), on résout le système ax+by=x′−pax + by = x' - p, cx+dy=y′−qcx + dy = y' - q. Il a une solution unique, quel que soit M′M', si et seulement si ad−bc≠0ad - bc \neq 0 : ff est alors une transformation (une bijection du plan).

3.2 Conservation du barycentre

Théorème 4. Une application ff du plan dans lui-même est affine si et seulement si elle conserve le barycentre : pour tous points pondérés (Ai,αi)(A_i, \alpha_i) de somme α≠0\alpha \neq 0, l'image de leur barycentre GG est le barycentre des points (f(Ai),αi)(f(A_i), \alpha_i).

Démonstration.

  • Si ff est affine. Notons Ai(xi ;yi)A_i(x_i\,;y_i) et Ai′A_i' son image. Alors xG=∑αixiαx_G = \dfrac{\sum \alpha_i x_i}{\alpha} et yG=∑αiyiαy_G = \dfrac{\sum \alpha_i y_i}{\alpha}, et xG′=a xG+b yG+p=∑αi (axi+byi+p)α=∑αi xi′α,x_{G'} = a\,x_G + b\,y_G + p = \frac{\sum \alpha_i\,(a x_i + b y_i + p)}{\alpha} = \frac{\sum \alpha_i\,x_i'}{\alpha}, car ∑αi pα=p\dfrac{\sum \alpha_i\,p}{\alpha} = p. De même pour yG′y_{G'} : G′G' est le barycentre des (Ai′,αi)(A_i', \alpha_i).
  • Si ff conserve le barycentre. Soit I(1 ;0)I(1\,;0) et J(0 ;1)J(0\,;1). Tout point M(x ;y)M(x\,;y) est le barycentre de (O,1−x−y)(O, 1 - x - y), (I,x)(I, x), (J,y)(J, y), car OM→=x OI→+y OJ→\overrightarrow{OM} = x\,\overrightarrow{OI} + y\,\overrightarrow{OJ}. Son image est donc le barycentre de (O′,1−x−y)(O', 1 - x - y), (I′,x)(I', x), (J′,y)(J', y) : O′M′→=x O′I′→+y O′J′→.\overrightarrow{O'M'} = x\,\overrightarrow{O'I'} + y\,\overrightarrow{O'J'}. En coordonnées, x′x' et y′y' sont de la forme ax+by+pax + by + p et cx+dy+qcx + dy + q : ff est affine.

Conséquences. Soit ff une application affine.

  1. L'image du milieu de [AB][AB] est le milieu de [A′B′][A'B'] ; l'image du centre de gravité d'un triangle est le centre de gravité du triangle image.
  2. Si AC→=t AB→\overrightarrow{AC} = t\,\overrightarrow{AB}, alors A′C′→=t A′B′→\overrightarrow{A'C'} = t\,\overrightarrow{A'B'} : ff conserve l'alignement et les rapports de longueurs sur une même droite.
  3. L'image de la droite (AB)(AB) est la droite (A′B′)(A'B') si A′≠B′A' \neq B', le point A′A' sinon. L'image du segment [AB][AB] est le segment [A′B′][A'B'].
  4. Deux droites parallèles ont des images parallèles (ou réduites à des points).
  5. L'image d'un parallélogramme est un parallélogramme, éventuellement aplati.

Justification de 2 et 3. AC→=t AB→\overrightarrow{AC} = t\,\overrightarrow{AB} signifie C=bar{(A,1−t),(B,t)}C = \mathrm{bar}\{(A, 1 - t), (B, t)\}, donc C′=bar{(A′,1−t),(B′,t)}C' = \mathrm{bar}\{(A', 1 - t), (B', t)\}. Quand tt décrit R\mathbb{R}, CC décrit la droite (AB)(AB) ; quand tt décrit [0 ;1][0\,;1], il décrit le segment [AB][AB].

3.3 Une application qui ne conserve pas le barycentre

Le programme demande des contre-exemples. Soit gg l'application qui transforme M(x ;y)M(x\,;y) en M′(x2 ;y)M'(x^2\,;y). Avec A(0 ;0)A(0\,;0), B(2 ;0)B(2\,;0) et leur milieu I(1 ;0)I(1\,;0) : A′(0 ;0)A'(0\,;0), B′(4 ;0)B'(4\,;0), I′(1 ;0)I'(1\,;0), alors que le milieu de [A′B′][A'B'] est (2 ;0)(2\,;0). L'application gg ne conserve pas le milieu : elle n'est pas affine.

3.4 Images d'ensembles de points

Exemple 8. Soit ff l'application définie par x′=2x−y+1x' = 2x - y + 1, y′=x+y−2y' = x + y - 2.

  • ff est affine ; son application linéaire associée est φ(X ;Y)=(2X−Y ;X+Y)\varphi(X\,;Y) = (2X - Y\,;X + Y), et ad−bc=2×1−(−1)×1=3≠0ad - bc = 2 \times 1 - (-1) \times 1 = 3 \neq 0 : ff est une transformation.
  • Images : A(0 ;0)↦A′(1 ;−2)A(0\,;0) \mapsto A'(1\,;-2), B(2 ;0)↦B′(5 ;0)B(2\,;0) \mapsto B'(5\,;0), C(0 ;3)↦C′(−2 ;1)C(0\,;3) \mapsto C'(-2\,;1).
  • Le milieu (1 ;0)(1\,;0) de [AB][AB] a pour image (3 ;−1)(3\,;-1), qui est bien le milieu de [A′B′][A'B']. Le centre de gravité (23 ;1)\left(\frac23\,;1\right) de ABCABC a pour image (43 ;−13)\left(\frac43\,;-\frac13\right), qui est bien celui de A′B′C′A'B'C'.
  • Image de la droite D:y=xD : y = x. Ses points s'écrivent M(t ;t)M(t\,;t), d'images M′(t+1 ;2t−2)M'(t + 1\,;2t - 2). En éliminant t=x′−1t = x' - 1, on obtient y′=2x′−4y' = 2x' - 4 : l'image de DD est la droite d'équation y=2x−4y = 2x - 4.

Attention. Une application affine ne transforme pas toujours un cercle en cercle. Par x′=xx' = x, y′=2yy' = 2y, le point (1 ;0)(1\,;0) du cercle de centre OO et de rayon 11 reste à la distance 11 de OO, tandis que le point (0 ;1)(0\,;1) a pour image (0 ;2)(0\,;2), à la distance 22 : l'image n'est pas un cercle (c'est une ellipse, étudiée au chapitre sur les coniques).

3.5 Démontrer avec une application affine

Exemple 9. L'image d'un parallélogramme par une application affine ff est un parallélogramme (éventuellement aplati). ABCDABCD est un parallélogramme si et seulement si [AC][AC] et [BD][BD] ont le même milieu KK. Par conservation du milieu, f(K)f(K) est le milieu de [A′C′][A'C'] et de [B′D′][B'D'] : A′B′C′D′A'B'C'D' est un parallélogramme.

Leçon 4 : Angles orientés, lignes de niveau et cocyclicité

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Rappels

  • Relation de Chasles : (u⃗,v⃗)+(v⃗,w⃗)=(u⃗,w⃗) [2π]\big(\vec u, \vec v\big) + \big(\vec v, \vec w\big) = \big(\vec u, \vec w\big)\ [2\pi] ; (v⃗,u⃗)=−(u⃗,v⃗) [2π]\big(\vec v, \vec u\big) = -\big(\vec u, \vec v\big)\ [2\pi] ; (−u⃗,v⃗)=(u⃗,v⃗)+π [2π]\big(-\vec u, \vec v\big) = \big(\vec u, \vec v\big) + \pi\ [2\pi].
  • Théorème de l'angle inscrit (forme orientée, admis). Soit Γ\Gamma un cercle de centre Ω\Omega, et AA, BB deux points distincts de Γ\Gamma. Pour tout point MM de Γ\Gamma distinct de AA et de BB : 2 (MA→,MB→)=(ΩA→,ΩB→) [2π].2\,\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \big(\overrightarrow{\Omega A}, \overrightarrow{\Omega B}\big)\ [2\pi]. Conséquence : quand MM parcourt Γ\Gamma privé de AA et BB, l'angle (MA→,MB→)\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) est constant à π\pi près.

4.2 La ligne de niveau (MA→,MB→)=α [2π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [2\pi]

Soit AA et BB deux points distincts et α\alpha un réel. On cherche l'ensemble EαE_\alpha des points MM, distincts de AA et de BB, tels que (MA→,MB→)=α [2π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [2\pi].

Théorème 5 (arc capable, vu en Première).

  • Si α=0 [2π]\alpha = 0\ [2\pi] : EαE_\alpha est la droite (AB)(AB) privée du segment [AB][AB] (MA→\overrightarrow{MA} et MB→\overrightarrow{MB} ont le même sens).
  • Si α=π [2π]\alpha = \pi\ [2\pi] : EαE_\alpha est le segment [AB][AB] privé de AA et de BB.
  • Sinon : EαE_\alpha est un arc de cercle d'extrémités AA et BB, privé de AA et de BB. Son cercle Γ\Gamma a pour centre le point Ω\Omega de la médiatrice de [AB][AB] tel que (ΩA→,ΩB→)=2α [2π]\big(\overrightarrow{\Omega A}, \overrightarrow{\Omega B}\big) = 2\alpha\ [2\pi]. Sur l'autre arc de Γ\Gamma, l'angle vaut α+π\alpha + \pi.

En pratique, pour savoir lequel des deux arcs convient, on teste un point de l'un d'eux.

Exemple 10. A(−1 ;0)A(-1\,;0), B(1 ;0)B(1\,;0) et α=π3\alpha = \dfrac{\pi}{3}. Le point M0(0 ;3)M_0\big(0\,;\sqrt3\big) convient : ABM0ABM_0 est équilatéral et, avec M0A→(−1 ;−3)\overrightarrow{M_0A}\big(-1\,;-\sqrt3\big) et M0B→(1 ;−3)\overrightarrow{M_0B}\big(1\,;-\sqrt3\big), on passe du premier au second en tournant de π3\frac{\pi}{3} dans le sens direct. Le centre Ω\Omega est sur l'axe des ordonnées, avec (ΩA→,ΩB→)=2π3\big(\overrightarrow{\Omega A}, \overrightarrow{\Omega B}\big) = \frac{2\pi}{3} : Ω(0 ;33)\Omega\left(0\,;\frac{\sqrt3}{3}\right), et le rayon vaut ΩA=233\Omega A = \frac{2\sqrt3}{3}. Eπ/3E_{\pi/3} est l'arc de ce cercle situé au-dessus de l'axe des abscisses ; sur l'arc du dessous, l'angle vaut π3+π=4π3\frac{\pi}{3} + \pi = \frac{4\pi}{3}, soit −2π3-\frac{2\pi}{3}.

4.3 La ligne de niveau (MA→,MB→)=α [π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [\pi]

Théorème 6. L'ensemble des points MM, distincts de AA et de BB, tels que (MA→,MB→)=α [π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [\pi] est :

  • la droite (AB)(AB) privée de AA et de BB, si α=0 [π]\alpha = 0\ [\pi] ;
  • sinon, le cercle Γ\Gamma du théorème 5, privé de AA et de BB.

Démonstration. La condition « =α [π]= \alpha\ [\pi] » signifie « =α [2π]= \alpha\ [2\pi] ou =α+π [2π]= \alpha + \pi\ [2\pi] ». Les deux arcs correspondants ont le même centre, puisque 2(α+π)=2α [2π]2(\alpha + \pi) = 2\alpha\ [2\pi] : leur réunion est le cercle Γ\Gamma privé de AA et BB. Si α=0 [π]\alpha = 0\ [\pi], on réunit la droite (AB)(AB) privée de [AB][AB] et le segment ouvert.

Cas particulier très utile. (MA→,MB→)=π2 [π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \dfrac{\pi}{2}\ [\pi] : c'est le cercle de diamètre [AB][AB], privé de AA et de BB.

4.4 Démontrer que quatre points sont cocycliques

Des points sont cocycliques s'ils sont sur un même cercle.

Théorème 7. Soit AA, BB, CC, DD quatre points distincts, tels que AA, BB, CC ne soient pas alignés. Les quatre points sont cocycliques si et seulement si (CA→,CB→)=(DA→,DB→) [π].\big(\overrightarrow{CA}, \overrightarrow{CB}\big) = \big(\overrightarrow{DA}, \overrightarrow{DB}\big)\ [\pi].

Démonstration. Posons α=(CA→,CB→)\alpha = \big(\overrightarrow{CA}, \overrightarrow{CB}\big) ; comme AA, BB, CC ne sont pas alignés, α≠0 [π]\alpha \neq 0\ [\pi]. D'après le théorème 6, l'ensemble des points M≠A,BM \neq A, B tels que (MA→,MB→)=α [π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [\pi] est le cercle passant par AA, BB et CC, privé de AA et BB. Le point DD est sur ce cercle si et seulement si il vérifie l'égalité.

Remarque. Avec l'égalité à 2π2\pi près, CC et DD sont sur le même arc ; avec un écart de π\pi, ils sont sur les deux arcs différents. Au chapitre 7, ce critère a été traduit avec les nombres complexes : (CA→,CB→)=arg⁡zB−zCzA−zC [2π]\big(\overrightarrow{CA}, \overrightarrow{CB}\big) = \arg\dfrac{z_B - z_C}{z_A - z_C}\ [2\pi].

Exemple 11 (pieds des hauteurs). Soit ABCABC un triangle non rectangle, A′A' le pied de la hauteur issue de AA et B′B' celui de la hauteur issue de BB. Alors (A′A→,A′B→)=π2 [π]\big(\overrightarrow{A'A}, \overrightarrow{A'B}\big) = \dfrac{\pi}{2}\ [\pi] et (B′A→,B′B→)=π2 [π]\big(\overrightarrow{B'A}, \overrightarrow{B'B}\big) = \dfrac{\pi}{2}\ [\pi]. D'après le cas particulier du théorème 6, A′A' et B′B' sont sur le cercle de diamètre [AB][AB] : AA, BB, A′A', B′B' sont cocycliques.

Exemple 12 (en coordonnées). A(0 ;0)A(0\,;0), B(6 ;0)B(6\,;0), C(2 ;4)C(2\,;4), D(4 ;−2)D(4\,;-2). Avec les nombres complexes : zB−zCzA−zC=4−4i−2−4i=2+6i5etzB−zDzA−zD=2+2i−4+2i=−1−3i5.\frac{z_B - z_C}{z_A - z_C} = \frac{4 - 4i}{-2 - 4i} = \frac{2 + 6i}{5} \qquad \text{et} \qquad \frac{z_B - z_D}{z_A - z_D} = \frac{2 + 2i}{-4 + 2i} = \frac{-1 - 3i}{5}. Le quotient du premier par le second vaut −2-2, un réel négatif : les deux angles diffèrent de π\pi. Donc (CA→,CB→)=(DA→,DB→) [π]\big(\overrightarrow{CA}, \overrightarrow{CB}\big) = \big(\overrightarrow{DA}, \overrightarrow{DB}\big)\ [\pi] et, AA, BB, CC n'étant pas alignés, les quatre points sont cocycliques, CC et DD étant sur des arcs différents. Le cercle a pour centre Ω(3 ;1)\Omega(3\,;1) et pour rayon 10\sqrt{10} : on vérifie ΩA2=ΩB2=ΩC2=ΩD2=10\Omega A^2 = \Omega B^2 = \Omega C^2 = \Omega D^2 = 10.

Leçon 5 : Isométries du plan, rappels et compléments

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Définition et exemples

Une isométrie est une application ff du plan dans lui-même qui conserve les distances : pour tous points MM et NN, f(M)f(N)=MNf(M)f(N) = MN.

Exemples vus en Première : les translations, les rotations (dont les symétries centrales, rotations d'angle π\pi) et les réflexions. La composée de deux isométries est une isométrie.

5.2 Une isométrie est une application affine

Théorème 8. Toute isométrie est une application affine. En particulier, elle conserve le barycentre, le milieu, l'alignement, le parallélisme et l'orthogonalité ; c'est une transformation (une bijection) du plan.

Démonstration. Soit ff une isométrie et (O ;i⃗,j⃗)(O\,;\vec i, \vec j) un repère orthonormé, avec i⃗=OI→\vec i = \overrightarrow{OI} et j⃗=OJ→\vec j = \overrightarrow{OJ}. On note O′O', I′I', J′J', M′M', N′N' les images de OO, II, JJ, MM, NN.

  1. ff conserve le produit scalaire. O′M′→⋅O′N′→=12(O′M′2+O′N′2−M′N′2)=12(OM2+ON2−MN2)=OM→⋅ON→\overrightarrow{O'M'} \cdot \overrightarrow{O'N'} = \dfrac{1}{2}\left(O'M'^2 + O'N'^2 - M'N'^2\right) = \dfrac{1}{2}\left(OM^2 + ON^2 - MN^2\right) = \overrightarrow{OM} \cdot \overrightarrow{ON}.
  2. Donc les vecteurs i⃗ ′=O′I′→\vec{i}\,{}' = \overrightarrow{O'I'} et j⃗ ′=O′J′→\vec{j}\,{}' = \overrightarrow{O'J'} sont de norme 11 et orthogonaux : (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') est un repère orthonormé.
  3. Pour M(x ;y)M(x\,;y), on a O′M′→⋅i⃗ ′=OM→⋅i⃗=x\overrightarrow{O'M'} \cdot \vec{i}\,{}' = \overrightarrow{OM} \cdot \vec i = x et O′M′→⋅j⃗ ′=OM→⋅j⃗=y\overrightarrow{O'M'} \cdot \vec{j}\,{}' = \overrightarrow{OM} \cdot \vec j = y. Les coordonnées de M′M' dans le repère (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') sont donc (x ;y)(x\,;y) : O′M′→=x i⃗ ′+y j⃗ ′.\overrightarrow{O'M'} = x\,\vec{i}\,{}' + y\,\vec{j}\,{}'. En coordonnées dans le repère de départ, x′x' et y′y' s'écrivent ax+by+pax + by + p et cx+dy+qcx + dy + q : ff est affine. Elle est bijective, puisqu'un point M′M' a un seul antécédent : celui qui a les mêmes coordonnées dans l'autre repère.

5.3 Déplacements et antidéplacements (rappels de Première)

Les isométries se partagent en deux classes :

  • les déplacements conservent les angles orientés : ce sont les translations et les rotations ;
  • les antidéplacements changent un angle orienté en son opposé : ce sont les réflexions et les symétries glissées (paragraphe 5.6).

Dans la démonstration du théorème 8, ff est un déplacement si le repère (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') est direct, un antidéplacement s'il est indirect. Pour les composées : déplacement ∘\circ déplacement et antidéplacement ∘\circ antidéplacement donnent un déplacement ; un déplacement composé avec un antidéplacement donne un antidéplacement.

5.4 Composée de deux réflexions

Théorème 9 (rappel de Première). Soit DD et D′D' deux droites.

  • Si DD et D′D' sont parallèles, sD′∘sDs_{D'} \circ s_D est la translation de vecteur 2 HH′→2\,\overrightarrow{HH'}, où H∈DH \in D, H′∈D′H' \in D' et (HH′)⊥D(HH') \perp D.
  • Si DD et D′D' sont sécantes en Ω\Omega, sD′∘sDs_{D'} \circ s_D est la rotation de centre Ω\Omega et d'angle 2(u⃗,u⃗ ′)2\big(\vec u, \vec{u}\,{}'\big), où u⃗\vec u et u⃗ ′\vec{u}\,{}' dirigent DD et D′D'.

Réciproquement, une translation de vecteur w⃗\vec w s'écrit sD′∘sDs_{D'} \circ s_D pour toute droite DD perpendiculaire à w⃗\vec w, avec D′=t12w⃗(D)D' = t_{\frac12\vec w}(D) ; une rotation r(Ω,θ)r(\Omega, \theta) s'écrit sD′∘sDs_{D'} \circ s_D pour toute droite DD passant par Ω\Omega, avec D′D' passant par Ω\Omega et (u⃗,u⃗ ′)=θ2 [π]\big(\vec u, \vec{u}\,{}'\big) = \frac{\theta}{2}\ [\pi]. On choisit librement l'une des deux droites.

Exemple 13. D:x=1D : x = 1 et D′:x=4D' : x = 4. Les expressions analytiques sont sD:(x ;y)↦(2−x ;y)s_D : (x\,;y) \mapsto (2 - x\,;y) et sD′:(x ;y)↦(8−x ;y)s_{D'} : (x\,;y) \mapsto (8 - x\,;y), donc sD′∘sD:(x ;y)↦(8−(2−x) ;y)=(x+6 ;y)s_{D'} \circ s_D : (x\,;y) \mapsto \big(8 - (2 - x)\,;y\big) = (x + 6\,;y) : c'est la translation de vecteur (6 ;0)(6\,;0), soit deux fois le vecteur (3 ;0)(3\,;0) qui va de DD à D′D'.

Exemple 14. D:y=0D : y = 0 et D′:y=xD' : y = x, sécantes en OO, avec (i⃗,i⃗+j⃗)=π4\big(\vec i, \vec i + \vec j\big) = \frac{\pi}{4}. sD:(x ;y)↦(x ;−y)s_D : (x\,;y) \mapsto (x\,;-y) et sD′:(x ;y)↦(y ;x)s_{D'} : (x\,;y) \mapsto (y\,;x), donc sD′∘sD:(x ;y)↦(−y ;x)s_{D'} \circ s_D : (x\,;y) \mapsto (-y\,;x) : c'est la rotation de centre OO et d'angle 2×π4=π22 \times \frac{\pi}{4} = \frac{\pi}{2}.

5.5 Composée de deux rotations

Propriété. Soit r1=r(A,θ1)r_1 = r(A, \theta_1) et r2=r(B,θ2)r_2 = r(B, \theta_2), avec A≠BA \neq B. La composée r2∘r1r_2 \circ r_1 est :

  • une rotation d'angle θ1+θ2\theta_1 + \theta_2 si θ1+θ2≠0 [2π]\theta_1 + \theta_2 \neq 0\ [2\pi] ;
  • une translation si θ1+θ2=0 [2π]\theta_1 + \theta_2 = 0\ [2\pi].

Démonstration. Soit Δ=(AB)\Delta = (AB). On décompose r1=sΔ∘sD1r_1 = s_\Delta \circ s_{D_1}, avec D1D_1 passant par AA et (D1,Δ)=θ12(D_1, \Delta) = \frac{\theta_1}{2}, et r2=sD2∘sΔr_2 = s_{D_2} \circ s_\Delta, avec D2D_2 passant par BB et (Δ,D2)=θ22(\Delta, D_2) = \frac{\theta_2}{2} : on a choisi Δ\Delta comme droite commune. Comme sΔ∘sΔs_\Delta \circ s_\Delta est l'identité, r2∘r1=sD2∘sD1r_2 \circ r_1 = s_{D_2} \circ s_{D_1}, et l'angle de D1D_1 à D2D_2 vaut θ1+θ22\frac{\theta_1 + \theta_2}{2}. Si θ1+θ2≠0 [2π]\theta_1 + \theta_2 \neq 0\ [2\pi], D1D_1 et D2D_2 se coupent en un point CC et on obtient la rotation de centre CC et d'angle θ1+θ2\theta_1 + \theta_2 ; sinon, elles sont parallèles et on obtient une translation.

Exemple 15. A(0 ;0)A(0\,;0), B(2 ;0)B(2\,;0), r1=r(A,π2)r_1 = r\left(A, \frac{\pi}{2}\right), r2=r(B,π2)r_2 = r\left(B, \frac{\pi}{2}\right). Ici D1:y=−xD_1 : y = -x et D2:y=x−2D_2 : y = x - 2 se coupent en C(1 ;−1)C(1\,;-1) : r2∘r1r_2 \circ r_1 est la rotation de centre CC et d'angle π\pi, c'est-à-dire la symétrie de centre C(1 ;−1)C(1\,;-1). Contrôle en complexes : r1:z↦izr_1 : z \mapsto iz, r2:z↦i(z−2)+2r_2 : z \mapsto i(z - 2) + 2, donc r2∘r1:z↦−z+2−2ir_2 \circ r_1 : z \mapsto -z + 2 - 2i, de centre 2−2i2=1−i\dfrac{2 - 2i}{2} = 1 - i.

5.6 Points invariants et classification

Théorème 10. Soit ff une isométrie.

Points invariants de ff ff est
trois points non alignés (donc tous les points) l'identité
exactement les points d'une droite DD la réflexion sDs_D
exactement un point Ω\Omega une rotation de centre Ω\Omega et d'angle non nul
aucun point une translation de vecteur non nul (déplacement) ou une symétrie glissée (antidéplacement)

Démonstration (trois premières lignes).

  • Si ff fixe AA et BB distincts, elle fixe tout point M=bar{(A,1−t),(B,t)}M = \mathrm{bar}\{(A, 1 - t), (B, t)\} de la droite (AB)(AB), car elle conserve le barycentre. Si elle fixe en plus C∉(AB)C \notin (AB), elle fixe tout point du plan, qui est barycentre de AA, BB, CC.
  • Si les points fixes sont exactement ceux de (AB)(AB) : pour M∉(AB)M \notin (AB), M′≠MM' \neq M, AM′=AMAM' = AM et BM′=BMBM' = BM. Les points AA et BB sont sur la médiatrice de [MM′][MM'], qui est donc (AB)(AB) : M′=s(AB)(M)M' = s_{(AB)}(M).
  • Si Ω\Omega est le seul point fixe : soit A≠ΩA \neq \Omega et A′=f(A)A' = f(A). Comme ΩA′=ΩA\Omega A' = \Omega A, il existe une rotation rr de centre Ω\Omega telle que r(A)=A′r(A) = A'. L'isométrie g=r−1∘fg = r^{-1} \circ f fixe Ω\Omega et AA : c'est l'identité ou s(ΩA)s_{(\Omega A)}. Dans le second cas, f=r∘s(ΩA)f = r \circ s_{(\Omega A)} serait une réflexion (théorème 9), qui a toute une droite de points fixes : impossible. Donc gg est l'identité et f=rf = r.

La dernière ligne est admise.

5.7 Symétrie glissée

Soit DD une droite et u⃗\vec u un vecteur non nul qui dirige DD. La composée tu⃗∘sDt_{\vec u} \circ s_D est la symétrie glissée d'axe DD et de vecteur u⃗\vec u.

  • tu⃗∘sD=sD∘tu⃗t_{\vec u} \circ s_D = s_D \circ t_{\vec u} (l'ordre ne compte pas, car u⃗\vec u est parallèle à DD) ;
  • elle n'a aucun point invariant, et sa composée avec elle-même est la translation t2u⃗t_{2\vec u} ;
  • pour tout point MM, le milieu de [MM′][MM'] est sur l'axe DD ;
  • c'est un antidéplacement (une réflexion suivie d'un déplacement).

Exemple 16. f:(x ;y)↦(x+2 ;−y+4)f : (x\,;y) \mapsto (x + 2\,;-y + 4) est la réflexion d'axe (O ;i⃗)(O\,;\vec i) suivie de la translation de vecteur (2 ;4)(2\,;4). On décompose (2 ;4)=(2 ;0)+(0 ;4)(2\,;4) = (2\,;0) + (0\,;4) : la réflexion (x ;y)↦(x ;4−y)(x\,;y) \mapsto (x\,;4 - y) a pour axe la droite y=2y = 2, et f:(x ;y)↦(x ;4−y)↦(x+2 ;4−y).f : (x\,;y) \mapsto (x\,;4 - y) \mapsto (x + 2\,;4 - y). ff est la symétrie glissée d'axe y=2y = 2 et de vecteur (2 ;0)(2\,;0). Elle n'a pas de point invariant, car x+2=xx + 2 = x est impossible.

Leçon 6 : Similitudes directes

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 Définition géométrique

Soit kk un réel strictement positif. Une similitude directe de rapport kk est une transformation ss du plan qui

  • multiplie les distances par kk : pour tous points MM, NN d'images M′M', N′N', on a M′N′=k MNM'N' = k\,MN ;
  • conserve les angles orientés : (M′N′→,P′Q′→)=(MN→,PQ→) [2π]\big(\overrightarrow{M'N'}, \overrightarrow{P'Q'}\big) = \big(\overrightarrow{MN}, \overrightarrow{PQ}\big)\ [2\pi] pour M≠NM \neq N et P≠QP \neq Q.

Exemples. Les déplacements (rapport 11) ; l'homothétie de rapport λ≠0\lambda \neq 0 (rapport ∣λ∣|\lambda|) ; les composées de ces transformations.

6.2 Le lien avec l'écriture complexe

Théorème 11. Une transformation ss est une similitude directe si et seulement si son écriture complexe est de la forme z′=az+bz' = az + b, avec a≠0a \neq 0. Son rapport est alors k=∣a∣k = |a|.

Démonstration. Le chapitre 7 (leçon 7) a montré qu'une application z′=az+bz' = az + b multiplie les distances par ∣a∣|a| et conserve les quotients zC−zAzB−zA\frac{z_C - z_A}{z_B - z_A}, donc les angles orientés. Réciproquement, soit ss une similitude directe de rapport kk, A≠BA \neq B deux points, A′=s(A)A' = s(A) et B′=s(B)B' = s(B). Pour tout point M≠AM \neq A d'image M′M' :

  • A′M′A′B′=k AMk AB=AMAB\dfrac{A'M'}{A'B'} = \dfrac{k\,AM}{k\,AB} = \dfrac{AM}{AB} : les quotients zM′−zA′zB′−zA′\dfrac{z_{M'} - z_{A'}}{z_{B'} - z_{A'}} et zM−zAzB−zA\dfrac{z_M - z_A}{z_B - z_A} ont le même module ;
  • (A′B′→,A′M′→)=(AB→,AM→)\big(\overrightarrow{A'B'}, \overrightarrow{A'M'}\big) = \big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AM}\big) : ils ont le même argument.

Ils sont donc égaux, et zM′=zA′+a (zM−zA)z_{M'} = z_{A'} + a\,(z_M - z_A) avec a=zB′−zA′zB−zAa = \dfrac{z_{B'} - z_{A'}}{z_B - z_A} : c'est une écriture z′=az+bz' = az + b, qui reste vraie pour M=AM = A.

On retrouve tout le chapitre 7 : si a=1a = 1, ss est une translation ; sinon, ss a un unique point invariant, son centre Ω\Omega, et z′−ω=a (z−ω),a=k eiθ.z' - \omega = a\,(z - \omega), \qquad a = k\,e^{i\theta}.

6.3 Éléments caractéristiques

Une similitude directe ss, qui n'est pas une translation, est déterminée par son centre Ω\Omega, son rapport k>0k > 0 et son angle θ\theta. On la note s(Ω,k,θ)s(\Omega, k, \theta).

  • Pour tout point M≠ΩM \neq \Omega : ΩM′=k ΩM\Omega M' = k\,\Omega M et (ΩM→,ΩM′→)=θ [2π]\big(\overrightarrow{\Omega M}, \overrightarrow{\Omega M'}\big) = \theta\ [2\pi].
  • Pour tous points A≠BA \neq B : k=A′B′ABk = \dfrac{A'B'}{AB} et θ=(AB→,A′B′→) [2π]\theta = \big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{A'B'}\big)\ [2\pi]. L'angle se lit sur n'importe quel vecteur et son image.
  • Une similitude directe de rapport 11 est un déplacement ; une similitude directe d'angle 00 ou π\pi est une homothétie ou une translation.

6.4 Décomposer une similitude directe

Propriété (forme réduite). Si s=s(Ω,k,θ)s = s(\Omega, k, \theta), alors s=h(Ω,k)∘r(Ω,θ)=r(Ω,θ)∘h(Ω,k).s = h(\Omega, k) \circ r(\Omega, \theta) = r(\Omega, \theta) \circ h(\Omega, k). L'homothétie et la rotation ont le même centre, et l'ordre ne compte pas.

Démonstration. En écriture complexe, r(Ω,θ)r(\Omega, \theta) est z↦ω+eiθ(z−ω)z \mapsto \omega + e^{i\theta}(z - \omega) et h(Ω,k)h(\Omega, k) est z↦ω+k(z−ω)z \mapsto \omega + k(z - \omega) ; dans un ordre comme dans l'autre, la composée est z↦ω+k eiθ(z−ω)z \mapsto \omega + k\,e^{i\theta}(z - \omega).

D'autres décompositions.

  • La rotation se décompose à son tour en deux réflexions d'axes passant par Ω\Omega (théorème 9) : s=h(Ω,k)∘sD′∘sDs = h(\Omega, k) \circ s_{D'} \circ s_D, avec (D,D′)=θ2\big(D, D'\big) = \frac{\theta}{2}.
  • Pour tout point PP, s=h(P,k)∘ds = h(P, k) \circ d, où d=h(P,1k)∘sd = h\left(P, \frac{1}{k}\right) \circ s est une similitude directe de rapport 11, donc un déplacement : une similitude directe est la composée d'un déplacement et d'une homothétie.

6.5 Composée et réciproque

Propriété. Si s1s_1 a pour rapport k1k_1 et pour angle θ1\theta_1, et s2s_2 pour rapport k2k_2 et pour angle θ2\theta_2 :

  • s2∘s1s_2 \circ s_1 est une similitude directe de rapport k1k2k_1k_2 et d'angle θ1+θ2\theta_1 + \theta_2 ;
  • la réciproque s1−1s_1^{-1} est une similitude directe de rapport 1k1\dfrac{1}{k_1} et d'angle −θ1-\theta_1 (et de même centre).

Démonstration. Si s1:z↦a1z+b1s_1 : z \mapsto a_1z + b_1 et s2:z↦a2z+b2s_2 : z \mapsto a_2z + b_2, alors s2∘s1:z↦a2a1z+a2b1+b2s_2 \circ s_1 : z \mapsto a_2a_1z + a_2b_1 + b_2, et a2a1=k1k2 ei(θ1+θ2)a_2a_1 = k_1k_2\,e^{i(\theta_1 + \theta_2)}. La réciproque est z↦1a1z−b1a1z \mapsto \frac{1}{a_1}z - \frac{b_1}{a_1}.

6.6 Image d'une figure simple

Une similitude directe ss de rapport kk transforme :

  • un segment [MN][MN] en un segment [M′N′][M'N'] de longueur k MNk\,MN ; une droite en une droite ;
  • le cercle de centre II et de rayon RR en le cercle de centre s(I)s(I) et de rayon kRkR ;
  • un triangle en un triangle de mêmes angles orientés, dont l'aire est multipliée par k2k^2.

Elle conserve l'alignement, le parallélisme, l'orthogonalité, les milieux et les barycentres (c'est une application affine).

6.7 Déterminer une similitude directe

Par le centre, un point et son image. La similitude de centre Ω\Omega qui transforme AA en A′A' (A≠ΩA \neq \Omega) a pour rapport ΩA′ΩA\dfrac{\Omega A'}{\Omega A} et pour angle (ΩA→,ΩA′→)\big(\overrightarrow{\Omega A}, \overrightarrow{\Omega A'}\big).

Exemple 17 (dans un carré). ABCDABCD est un carré de sens direct, de centre OO. Soit ss la similitude directe de centre AA qui transforme BB en OO.

  • Rapport : AOAB=22\dfrac{AO}{AB} = \dfrac{\sqrt2}{2} (la demi-diagonale vaut 22AB\frac{\sqrt2}{2}AB). Angle : (AB→,AO→)=π4\big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AO}\big) = \dfrac{\pi}{4}.
  • Image de CC : AC=2 ABAC = \sqrt2\,AB, donc As(C)=22×2 AB=AB=ADAs(C) = \frac{\sqrt2}{2} \times \sqrt2\,AB = AB = AD, et (AC→,As(C)→)=π4\big(\overrightarrow{AC}, \overrightarrow{As(C)}\big) = \frac{\pi}{4}, alors que (AC→,AD→)=π4\big(\overrightarrow{AC}, \overrightarrow{AD}\big) = \frac{\pi}{4}. Donc s(C)=Ds(C) = D.
  • Contrôle en complexes, avec A(0)A(0), B(1)B(1), C(1+i)C(1 + i), D(i)D(i) : s:z↦1+i2zs : z \mapsto \frac{1 + i}{2}z et 1+i2(1+i)=i\frac{1 + i}{2}(1 + i) = i.

Par deux points et leurs images. Si A≠BA \neq B, il existe une unique similitude directe ss telle que s(A)=A′s(A) = A' et s(B)=B′s(B) = B' (chapitre 7) : son rapport est A′B′AB\dfrac{A'B'}{AB} et son angle (AB→,A′B′→)\big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{A'B'}\big).

Construire le centre. Supposons que ss n'est pas une translation et que les droites (AB)(AB) et (A′B′)(A'B') se coupent en un point PP (c'est le cas si θ≠0 [π]\theta \neq 0\ [\pi]). Alors le centre Ω\Omega est le second point d'intersection des cercles circonscrits aux triangles PAA′PAA' et PBB′PBB'.

Justification. (ΩA→,ΩA′→)=θ [2π]\big(\overrightarrow{\Omega A}, \overrightarrow{\Omega A'}\big) = \theta\ [2\pi]. Par ailleurs PA→\overrightarrow{PA} est colinéaire à AB→\overrightarrow{AB} et PA′→\overrightarrow{PA'} à A′B′→\overrightarrow{A'B'}, donc (PA→,PA′→)=(AB→,A′B′→)=θ [π]\big(\overrightarrow{PA}, \overrightarrow{PA'}\big) = \big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{A'B'}\big) = \theta\ [\pi]. D'après le théorème 7, Ω\Omega est sur le cercle passant par PP, AA, A′A'. De même, il est sur le cercle passant par PP, BB, B′B'.

Exemple 18. A(0 ;−1)A(0\,;-1), B(2 ;0)B(2\,;0), A′(5 ;−1)A'(5\,;-1), B′(3 ;3)B'(3\,;3).

  • AB→(2 ;1)\overrightarrow{AB}(2\,;1) et A′B′→(−2 ;4)\overrightarrow{A'B'}(-2\,;4) : AB→⋅A′B′→=0\overrightarrow{AB} \cdot \overrightarrow{A'B'} = 0, A′B′=20=25A'B' = \sqrt{20} = 2\sqrt5 et AB=5AB = \sqrt5. Le rapport vaut 22 ; en tournant AB→(2 ;1)\overrightarrow{AB}(2\,;1) d'un quart de tour direct, on obtient (−1 ;2)(-1\,;2), et A′B′→=2 (−1 ;2)\overrightarrow{A'B'} = 2\,(-1\,;2) : l'angle vaut π2\dfrac{\pi}{2}.
  • (AB):y=x2−1(AB) : y = \dfrac{x}{2} - 1 et (A′B′):y=−2x+9(A'B') : y = -2x + 9 se coupent en P(4 ;1)P(4\,;1).
  • Comme θ=π2\theta = \frac{\pi}{2}, les cercles PAA′PAA' et PBB′PBB' sont les cercles de diamètres [AA′][AA'] et [BB′][BB'] : centres (2,5 ;−1)(2{,}5\,;-1) et (2,5 ;1,5)(2{,}5\,;1{,}5), rayons 2,52{,}5 et 2,5\sqrt{2{,}5}. Leurs points communs sont P(4 ;1)P(4\,;1) et Ω(1 ;1)\Omega(1\,;1).
  • Contrôle en complexes : a=zB′−zA′zB−zA=−2+4i2+i=2ia = \dfrac{z_{B'} - z_{A'}}{z_B - z_A} = \dfrac{-2 + 4i}{2 + i} = 2i, et ω+2i(zA−ω)=1+i+2i(−1−2i)=5−i=zA′\omega + 2i(z_A - \omega) = 1 + i + 2i(-1 - 2i) = 5 - i = z_{A'} avec ω=1+i\omega = 1 + i.

Leçon 7 : Triangles semblables

Voir la vidéo de la leçon 7

7.1 Triangles directement semblables

Deux triangles ABCABC et A′B′C′A'B'C' (non aplatis) sont directement semblables s'il existe une similitude directe ss telle que s(A)=A′s(A) = A', s(B)=B′s(B) = B' et s(C)=C′s(C) = C'. L'ordre des sommets compte.

Théorème 12 (critères). Les propriétés suivantes sont équivalentes.

  1. ABCABC et A′B′C′A'B'C' sont directement semblables.
  2. Un angle orienté égal, compris entre des côtés proportionnels : (AB→,AC→)=(A′B′→,A′C′→) [2π]\big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AC}\big) = \big(\overrightarrow{A'B'}, \overrightarrow{A'C'}\big)\ [2\pi] et A′C′A′B′=ACAB\dfrac{A'C'}{A'B'} = \dfrac{AC}{AB}.
  3. Deux angles orientés égaux : (AB→,AC→)=(A′B′→,A′C′→)\big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AC}\big) = \big(\overrightarrow{A'B'}, \overrightarrow{A'C'}\big) et (BC→,BA→)=(B′C′→,B′A′→) [2π]\big(\overrightarrow{BC}, \overrightarrow{BA}\big) = \big(\overrightarrow{B'C'}, \overrightarrow{B'A'}\big)\ [2\pi].
  4. En complexes : zC′−zA′zB′−zA′=zC−zAzB−zA\dfrac{z_{C'} - z_{A'}}{z_{B'} - z_{A'}} = \dfrac{z_C - z_A}{z_B - z_A}.

Démonstration. Soit ss l'unique similitude directe telle que s(A)=A′s(A) = A' et s(B)=B′s(B) = B', et C′′=s(C)C'' = s(C). Elle conserve les quotients : zC′′−zA′zB′−zA′=zC−zAzB−zA\frac{z_{C''} - z_{A'}}{z_{B'} - z_{A'}} = \frac{z_C - z_A}{z_B - z_A}.

  • (1) équivaut à C′′=C′C'' = C', c'est-à-dire à (4) ; (4) équivaut à (2), qui dit que les deux quotients ont même module et même argument.
  • (1) entraîne (3), car ss conserve les angles orientés. Si (3) est vraie, C′′C'' et C′C' sont tous deux sur la demi-droite d'origine A′A' qui fait l'angle (AB→,AC→)\big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{AC}\big) avec A′B′→\overrightarrow{A'B'}, et sur la demi-droite d'origine B′B' qui fait l'angle (BA→,BC→)\big(\overrightarrow{BA}, \overrightarrow{BC}\big) avec B′A′→\overrightarrow{B'A'}. Ces deux demi-droites ne sont pas portées par une même droite, donc elles ont au plus un point commun : C′′=C′C'' = C'.

7.2 Triangles semblables

Deux triangles sont semblables (« de même forme ») si leurs angles géométriques sont égaux deux à deux : A^=A′^\widehat{A} = \widehat{A'}, B^=B′^\widehat{B} = \widehat{B'}, C^=C′^\widehat{C} = \widehat{C'}. On admet les critères suivants, connus depuis le collège : deux triangles sont semblables si et seulement si

  • ils ont deux angles égaux deux à deux ; ou
  • leurs trois côtés sont proportionnels : A′B′AB=B′C′BC=C′A′CA\dfrac{A'B'}{AB} = \dfrac{B'C'}{BC} = \dfrac{C'A'}{CA} ; ou
  • ils ont un angle égal compris entre deux côtés proportionnels.

Deux triangles semblables sont soit directement semblables, soit images l'un de l'autre par une réflexion suivie d'une similitude directe (ils ont alors des angles orientés opposés).

7.3 Utiliser des triangles semblables

Exemple 19 (triangle rectangle et hauteur). ABCABC est rectangle en AA, avec AB=6AB = 6 et AC=8AC = 8, donc BC=10BC = 10. Soit HH le pied de la hauteur issue de AA.

  • Les triangles HBAHBA et ABCABC ont l'angle B^\widehat{B} en commun et un angle droit (en HH et en AA) : ils sont semblables, et BHBA=BABC\dfrac{BH}{BA} = \dfrac{BA}{BC}, d'où AB2=BH×BCAB^2 = BH \times BC et BH=3610=3,6BH = \dfrac{36}{10} = 3{,}6. De même AC2=CH×CBAC^2 = CH \times CB, d'où CH=6,4CH = 6{,}4.
  • Les triangles HBAHBA et HACHAC sont semblables (même raisonnement), d'où AH2=HB×HC=3,6×6,4=23,04AH^2 = HB \times HC = 3{,}6 \times 6{,}4 = 23{,}04 et AH=4,8AH = 4{,}8.
  • Orientation. Dans le repère A(0 ;0)A(0\,;0), B(6 ;0)B(6\,;0), C(0 ;8)C(0\,;8), on trouve H(9625 ;7225)H\left(\frac{96}{25}\,;\frac{72}{25}\right) et zA−zHzB−zH=zC−zHzA−zH=−43i\dfrac{z_A - z_H}{z_B - z_H} = \dfrac{z_C - z_H}{z_A - z_H} = -\dfrac{4}{3}i : HBAHBA et HACHAC sont directement semblables, par la similitude de centre HH, de rapport 43\frac43 et d'angle −π2-\frac{\pi}{2}. En revanche ABCABC et HBAHBA sont semblables, mais pas directement.

Exemple 20 (deux cordes qui se coupent). Deux cordes [AB][AB] et [CD][CD] d'un cercle se coupent en un point PP intérieur au cercle. Les angles APC^\widehat{APC} et DPB^\widehat{DPB} sont opposés par le sommet, et les angles inscrits BAC^\widehat{BAC} et BDC^\widehat{BDC} interceptent le même arc : les triangles PACPAC et PDBPDB sont semblables, d'où PAPD=PCPB\dfrac{PA}{PD} = \dfrac{PC}{PB}, soit PA×PB=PC×PD.PA \times PB = PC \times PD. Si PA=2PA = 2, PB=6PB = 6 et PC=3PC = 3, alors PD=4PD = 4.

Exemple 21 (un lieu géométrique). Dans le plan complexe, B(1)B(1) et C(1+i)C(1 + i). Un point MM décrit le cercle Γ\Gamma de centre I(3)I(3) et de rayon 11, et NN est le point tel que OMNOMN soit directement semblable à OBCOBC. Alors N=s(M)N = s(M), où ss est la similitude de centre OO, de rapport OCOB=2\frac{OC}{OB} = \sqrt2 et d'angle (OB→,OC→)=π4\big(\overrightarrow{OB}, \overrightarrow{OC}\big) = \frac{\pi}{4}, soit s:z↦(1+i)zs : z \mapsto (1 + i)z. Le point NN décrit l'image de Γ\Gamma : le cercle de centre s(I)=3+3is(I) = 3 + 3i et de rayon 2\sqrt2.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Si ∑αi≠0\sum \alpha_i \neq 0 : ∑αi MAi→=(∑αi)MG→\sum \alpha_i\,\overrightarrow{MA_i} = \Big(\sum \alpha_i\Big)\overrightarrow{MG} et ∑αi MAi2=(∑αi)MG2+∑αi GAi2\sum \alpha_i\,MA_i^2 = \Big(\sum \alpha_i\Big)MG^2 + \sum \alpha_i\,GA_i^2, où GG est le barycentre.
  2. Si ∑αi=0\sum \alpha_i = 0 : ∑αi MAi→\sum \alpha_i\,\overrightarrow{MA_i} est un vecteur constant u⃗\vec u, et ∑αi MAi2=2 MO→⋅u⃗+constante\sum \alpha_i\,MA_i^2 = 2\,\overrightarrow{MO} \cdot \vec u + \text{constante} ; en particulier MA2−MB2=2 IM→⋅AB→MA^2 - MB^2 = 2\,\overrightarrow{IM} \cdot \overrightarrow{AB}.
  3. Lignes de niveau de ∑αiMAi2\sum \alpha_i MA_i^2 : cercle, point ou vide si ∑αi≠0\sum \alpha_i \neq 0 ; droite si ∑αi=0\sum \alpha_i = 0 et u⃗≠0⃗\vec u \neq \vec 0.
  4. Application affine : x′=ax+by+px' = ax + by + p, y′=cx+dy+qy' = cx + dy + q. Elle conserve le barycentre (et c'est une caractérisation), donc le milieu, l'alignement et le parallélisme ; transformation si ad−bc≠0ad - bc \neq 0.
  5. (MA→,MB→)=α [2π]\big(\overrightarrow{MA}, \overrightarrow{MB}\big) = \alpha\ [2\pi] : un arc de cercle d'extrémités AA et BB (si α≠0 [π]\alpha \neq 0\ [\pi]) ; =α [π]= \alpha\ [\pi] : le cercle entier, privé de AA et BB.
  6. AA, BB, CC non alignés et DD distinct : cocycliques si et seulement si (CA→,CB→)=(DA→,DB→) [π]\big(\overrightarrow{CA}, \overrightarrow{CB}\big) = \big(\overrightarrow{DA}, \overrightarrow{DB}\big)\ [\pi].
  7. Une isométrie est affine. sD′∘sDs_{D'} \circ s_D : translation de vecteur 2 HH′→2\,\overrightarrow{HH'} si D∥D′D \parallel D', rotation d'angle 2(D,D′)2(D, D') si elles sont sécantes. Points invariants : tous (identité), une droite (réflexion), un point (rotation), aucun (translation ou symétrie glissée).
  8. Similitude directe de rapport kk : multiplie les distances par kk et conserve les angles orientés ; écriture z′=az+bz' = az + b, k=∣a∣k = |a|, angle θ=arg⁡a=(AB→,A′B′→)\theta = \arg a = \big(\overrightarrow{AB}, \overrightarrow{A'B'}\big). Forme réduite : h(Ω,k)∘r(Ω,θ)h(\Omega, k) \circ r(\Omega, \theta). Composée : rapports multipliés, angles additionnés.
  9. Centre : second point commun des cercles PAA′PAA' et PBB′PBB', où P=(AB)∩(A′B′)P = (AB) \cap (A'B').
  10. Triangles directement semblables : un angle orienté égal entre côtés proportionnels, ou deux angles orientés égaux, ou zC′−zA′zB′−zA′=zC−zAzB−zA\frac{z_{C'} - z_{A'}}{z_{B'} - z_{A'}} = \frac{z_C - z_A}{z_B - z_A}.
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