Aller au contenu

Leçon 5

Isométries du plan, rappels et compléments

Vidéo 5 : Isométries, composer et classer · 3 min 48 s · sous-titres en français

Le cours écrit

5.1 Définition et exemples

Une isométrie est une application ff du plan dans lui-même qui conserve les distances : pour tous points MM et NN, f(M)f(N)=MNf(M)f(N) = MN.

Exemples vus en Première : les translations, les rotations (dont les symétries centrales, rotations d'angle π\pi) et les réflexions. La composée de deux isométries est une isométrie.

5.2 Une isométrie est une application affine

Théorème 8. Toute isométrie est une application affine. En particulier, elle conserve le barycentre, le milieu, l'alignement, le parallélisme et l'orthogonalité ; c'est une transformation (une bijection) du plan.

Démonstration. Soit ff une isométrie et (O ;i⃗,j⃗)(O\,;\vec i, \vec j) un repère orthonormé, avec i⃗=OI→\vec i = \overrightarrow{OI} et j⃗=OJ→\vec j = \overrightarrow{OJ}. On note O′O', I′I', J′J', M′M', N′N' les images de OO, II, JJ, MM, NN.

  1. ff conserve le produit scalaire. O′M′→⋅O′N′→=12(O′M′2+O′N′2−M′N′2)=12(OM2+ON2−MN2)=OM→⋅ON→\overrightarrow{O'M'} \cdot \overrightarrow{O'N'} = \dfrac{1}{2}\left(O'M'^2 + O'N'^2 - M'N'^2\right) = \dfrac{1}{2}\left(OM^2 + ON^2 - MN^2\right) = \overrightarrow{OM} \cdot \overrightarrow{ON}.
  2. Donc les vecteurs i⃗ ′=O′I′→\vec{i}\,{}' = \overrightarrow{O'I'} et j⃗ ′=O′J′→\vec{j}\,{}' = \overrightarrow{O'J'} sont de norme 11 et orthogonaux : (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') est un repère orthonormé.
  3. Pour M(x ;y)M(x\,;y), on a O′M′→⋅i⃗ ′=OM→⋅i⃗=x\overrightarrow{O'M'} \cdot \vec{i}\,{}' = \overrightarrow{OM} \cdot \vec i = x et O′M′→⋅j⃗ ′=OM→⋅j⃗=y\overrightarrow{O'M'} \cdot \vec{j}\,{}' = \overrightarrow{OM} \cdot \vec j = y. Les coordonnées de M′M' dans le repère (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') sont donc (x ;y)(x\,;y) : O′M′→=x i⃗ ′+y j⃗ ′.\overrightarrow{O'M'} = x\,\vec{i}\,{}' + y\,\vec{j}\,{}'. En coordonnées dans le repère de départ, x′x' et y′y' s'écrivent ax+by+pax + by + p et cx+dy+qcx + dy + q : ff est affine. Elle est bijective, puisqu'un point M′M' a un seul antécédent : celui qui a les mêmes coordonnées dans l'autre repère.

5.3 Déplacements et antidéplacements (rappels de Première)

Les isométries se partagent en deux classes :

  • les déplacements conservent les angles orientés : ce sont les translations et les rotations ;
  • les antidéplacements changent un angle orienté en son opposé : ce sont les réflexions et les symétries glissées (paragraphe 5.6).

Dans la démonstration du théorème 8, ff est un déplacement si le repère (O′ ;i⃗ ′,j⃗ ′)(O'\,;\vec{i}\,{}', \vec{j}\,{}') est direct, un antidéplacement s'il est indirect. Pour les composées : déplacement ∘\circ déplacement et antidéplacement ∘\circ antidéplacement donnent un déplacement ; un déplacement composé avec un antidéplacement donne un antidéplacement.

5.4 Composée de deux réflexions

Théorème 9 (rappel de Première). Soit DD et D′D' deux droites.

  • Si DD et D′D' sont parallèles, sD′∘sDs_{D'} \circ s_D est la translation de vecteur 2 HH′→2\,\overrightarrow{HH'}, où H∈DH \in D, H′∈D′H' \in D' et (HH′)⊥D(HH') \perp D.
  • Si DD et D′D' sont sécantes en Ω\Omega, sD′∘sDs_{D'} \circ s_D est la rotation de centre Ω\Omega et d'angle 2(u⃗,u⃗ ′)2\big(\vec u, \vec{u}\,{}'\big), où u⃗\vec u et u⃗ ′\vec{u}\,{}' dirigent DD et D′D'.

Réciproquement, une translation de vecteur w⃗\vec w s'écrit sD′∘sDs_{D'} \circ s_D pour toute droite DD perpendiculaire à w⃗\vec w, avec D′=t12w⃗(D)D' = t_{\frac12\vec w}(D) ; une rotation r(Ω,θ)r(\Omega, \theta) s'écrit sD′∘sDs_{D'} \circ s_D pour toute droite DD passant par Ω\Omega, avec D′D' passant par Ω\Omega et (u⃗,u⃗ ′)=θ2 [π]\big(\vec u, \vec{u}\,{}'\big) = \frac{\theta}{2}\ [\pi]. On choisit librement l'une des deux droites.

Exemple 13. D:x=1D : x = 1 et D′:x=4D' : x = 4. Les expressions analytiques sont sD:(x ;y)↦(2−x ;y)s_D : (x\,;y) \mapsto (2 - x\,;y) et sD′:(x ;y)↦(8−x ;y)s_{D'} : (x\,;y) \mapsto (8 - x\,;y), donc sD′∘sD:(x ;y)↦(8−(2−x) ;y)=(x+6 ;y)s_{D'} \circ s_D : (x\,;y) \mapsto \big(8 - (2 - x)\,;y\big) = (x + 6\,;y) : c'est la translation de vecteur (6 ;0)(6\,;0), soit deux fois le vecteur (3 ;0)(3\,;0) qui va de DD à D′D'.

Exemple 14. D:y=0D : y = 0 et D′:y=xD' : y = x, sécantes en OO, avec (i⃗,i⃗+j⃗)=π4\big(\vec i, \vec i + \vec j\big) = \frac{\pi}{4}. sD:(x ;y)↦(x ;−y)s_D : (x\,;y) \mapsto (x\,;-y) et sD′:(x ;y)↦(y ;x)s_{D'} : (x\,;y) \mapsto (y\,;x), donc sD′∘sD:(x ;y)↦(−y ;x)s_{D'} \circ s_D : (x\,;y) \mapsto (-y\,;x) : c'est la rotation de centre OO et d'angle 2×π4=π22 \times \frac{\pi}{4} = \frac{\pi}{2}.

5.5 Composée de deux rotations

Propriété. Soit r1=r(A,θ1)r_1 = r(A, \theta_1) et r2=r(B,θ2)r_2 = r(B, \theta_2), avec A≠BA \neq B. La composée r2∘r1r_2 \circ r_1 est :

  • une rotation d'angle θ1+θ2\theta_1 + \theta_2 si θ1+θ2≠0 [2π]\theta_1 + \theta_2 \neq 0\ [2\pi] ;
  • une translation si θ1+θ2=0 [2π]\theta_1 + \theta_2 = 0\ [2\pi].

Démonstration. Soit Δ=(AB)\Delta = (AB). On décompose r1=sΔ∘sD1r_1 = s_\Delta \circ s_{D_1}, avec D1D_1 passant par AA et (D1,Δ)=θ12(D_1, \Delta) = \frac{\theta_1}{2}, et r2=sD2∘sΔr_2 = s_{D_2} \circ s_\Delta, avec D2D_2 passant par BB et (Δ,D2)=θ22(\Delta, D_2) = \frac{\theta_2}{2} : on a choisi Δ\Delta comme droite commune. Comme sΔ∘sΔs_\Delta \circ s_\Delta est l'identité, r2∘r1=sD2∘sD1r_2 \circ r_1 = s_{D_2} \circ s_{D_1}, et l'angle de D1D_1 à D2D_2 vaut θ1+θ22\frac{\theta_1 + \theta_2}{2}. Si θ1+θ2≠0 [2π]\theta_1 + \theta_2 \neq 0\ [2\pi], D1D_1 et D2D_2 se coupent en un point CC et on obtient la rotation de centre CC et d'angle θ1+θ2\theta_1 + \theta_2 ; sinon, elles sont parallèles et on obtient une translation.

Exemple 15. A(0 ;0)A(0\,;0), B(2 ;0)B(2\,;0), r1=r(A,π2)r_1 = r\left(A, \frac{\pi}{2}\right), r2=r(B,π2)r_2 = r\left(B, \frac{\pi}{2}\right). Ici D1:y=−xD_1 : y = -x et D2:y=x−2D_2 : y = x - 2 se coupent en C(1 ;−1)C(1\,;-1) : r2∘r1r_2 \circ r_1 est la rotation de centre CC et d'angle π\pi, c'est-à-dire la symétrie de centre C(1 ;−1)C(1\,;-1). Contrôle en complexes : r1:z↦izr_1 : z \mapsto iz, r2:z↦i(z−2)+2r_2 : z \mapsto i(z - 2) + 2, donc r2∘r1:z↦−z+2−2ir_2 \circ r_1 : z \mapsto -z + 2 - 2i, de centre 2−2i2=1−i\dfrac{2 - 2i}{2} = 1 - i.

5.6 Points invariants et classification

Théorème 10. Soit ff une isométrie.

Points invariants de ff ff est
trois points non alignés (donc tous les points) l'identité
exactement les points d'une droite DD la réflexion sDs_D
exactement un point Ω\Omega une rotation de centre Ω\Omega et d'angle non nul
aucun point une translation de vecteur non nul (déplacement) ou une symétrie glissée (antidéplacement)

Démonstration (trois premières lignes).

  • Si ff fixe AA et BB distincts, elle fixe tout point M=bar{(A,1−t),(B,t)}M = \mathrm{bar}\{(A, 1 - t), (B, t)\} de la droite (AB)(AB), car elle conserve le barycentre. Si elle fixe en plus C∉(AB)C \notin (AB), elle fixe tout point du plan, qui est barycentre de AA, BB, CC.
  • Si les points fixes sont exactement ceux de (AB)(AB) : pour M∉(AB)M \notin (AB), M′≠MM' \neq M, AM′=AMAM' = AM et BM′=BMBM' = BM. Les points AA et BB sont sur la médiatrice de [MM′][MM'], qui est donc (AB)(AB) : M′=s(AB)(M)M' = s_{(AB)}(M).
  • Si Ω\Omega est le seul point fixe : soit A≠ΩA \neq \Omega et A′=f(A)A' = f(A). Comme ΩA′=ΩA\Omega A' = \Omega A, il existe une rotation rr de centre Ω\Omega telle que r(A)=A′r(A) = A'. L'isométrie g=r−1∘fg = r^{-1} \circ f fixe Ω\Omega et AA : c'est l'identité ou s(ΩA)s_{(\Omega A)}. Dans le second cas, f=r∘s(ΩA)f = r \circ s_{(\Omega A)} serait une réflexion (théorème 9), qui a toute une droite de points fixes : impossible. Donc gg est l'identité et f=rf = r.

La dernière ligne est admise.

5.7 Symétrie glissée

Soit DD une droite et u⃗\vec u un vecteur non nul qui dirige DD. La composée tu⃗∘sDt_{\vec u} \circ s_D est la symétrie glissée d'axe DD et de vecteur u⃗\vec u.

  • tu⃗∘sD=sD∘tu⃗t_{\vec u} \circ s_D = s_D \circ t_{\vec u} (l'ordre ne compte pas, car u⃗\vec u est parallèle à DD) ;
  • elle n'a aucun point invariant, et sa composée avec elle-même est la translation t2u⃗t_{2\vec u} ;
  • pour tout point MM, le milieu de [MM′][MM'] est sur l'axe DD ;
  • c'est un antidéplacement (une réflexion suivie d'un déplacement).

Exemple 16. f:(x ;y)↦(x+2 ;−y+4)f : (x\,;y) \mapsto (x + 2\,;-y + 4) est la réflexion d'axe (O ;i⃗)(O\,;\vec i) suivie de la translation de vecteur (2 ;4)(2\,;4). On décompose (2 ;4)=(2 ;0)+(0 ;4)(2\,;4) = (2\,;0) + (0\,;4) : la réflexion (x ;y)↦(x ;4−y)(x\,;y) \mapsto (x\,;4 - y) a pour axe la droite y=2y = 2, et f:(x ;y)↦(x ;4−y)↦(x+2 ;4−y).f : (x\,;y) \mapsto (x\,;4 - y) \mapsto (x + 2\,;4 - y). ff est la symétrie glissée d'axe y=2y = 2 et de vecteur (2 ;0)(2\,;0). Elle n'a pas de point invariant, car x+2=xx + 2 = x est impossible.

Lire le cours complet du chapitre

Exercices 9 et 10

  • Exercice 9 : composer et décomposer
  • Exercice 10 : identifier une isométrie

Exercices du chapitre (PDF, 255 Ko)

Corrigés

Cherche d'abord les exercices sur ta feuille, puis compare avec le corrigé détaillé.

Corrigés du chapitre (PDF, 265 Ko)

Tu es hors connexion. Les chapitres téléchargés restent disponibles dans Hors connexion.