2.1 Définition
Définition. Soit n un entier naturel, n≥2. Deux entiers relatifs a et b sont congrus modulo n s'ils ont le même reste dans la division euclidienne par n. On note
a≡b[n]
et on lit « a est congru à b modulo n ». On rencontre aussi les notations a≡b(modn) et a≡b(n).
Théorème. a≡b[n] si, et seulement si, n divise a−b.
Démonstration. Écrivons a=nq+r et b=nq′+r′ avec 0≤r<n et 0≤r′<n. Alors a−b=n(q−q′)+(r−r′), avec −n<r−r′<n.
- Si r=r′, alors a−b=n(q−q′) est un multiple de n.
- Si n∣a−b, alors n divise aussi r−r′=(a−b)−n(q−q′). Or le seul multiple de n strictement compris entre −n et n est 0 : donc r=r′.
Exemple 8.
- 23≡2[7], car 23=7×3+2 ; de même 100≡2[7], car 100=7×14+2.
- −5≡2[7], car −5−2=−7 est un multiple de 7.
- 2026≡0[2] : un entier est pair si, et seulement si, il est congru à 0 modulo 2.
Conséquences.
- Si r est le reste de la division euclidienne de a par n, alors a≡r[n]. Tout entier est congru modulo n à un, et un seul, des entiers 0, 1, …, n−1 : son reste.
- a≡0[n] si, et seulement si, n divise a.
- Pour tous entiers a, b, c : a≡a[n] ; si a≡b[n], alors b≡a[n] ; si a≡b[n] et b≡c[n], alors a≡c[n].
2.2 Congruences et opérations
Théorème. Si a≡b[n] et a′≡b′[n], alors :
- a+a′≡b+b′[n] et a−a′≡b−b′[n] ;
- aa′≡bb′[n] ; en particulier ka≡kb[n] pour tout entier k ;
- ap≡bp[n] pour tout entier naturel p.
Démonstration.
- (a+a′)−(b+b′)=(a−b)+(a′−b′) est la somme de deux multiples de n.
- aa′−bb′=a(a′−b′)+b′(a−b) est une combinaison de deux multiples de n.
- Pour les puissances, par récurrence sur p : a0=1≡1=b0, et si ap≡bp[n], on multiplie membre à membre par a≡b[n] pour obtenir ap+1≡bp+1[n].
Méthode. Pour calculer un reste, on remplace chaque nombre par un nombre plus petit qui lui est congru, puis on calcule.
Exemple 9. Reste de 2026×1999+100 dans la division par 7 : 2026≡3, 1999≡4 et 100≡2[7], donc
2026×1999+100≡3×4+2=14≡0[7].
Ce nombre est un multiple de 7.
Attention : on ne divise pas une congruence. 6≡16[10], c'est-à-dire 2×3≡2×8[10], mais 3≡8[10].
2.3 Restes des puissances
Les restes des puissances successives d'un entier finissent par se répéter. Dès qu'une puissance est congrue à 1, le cycle recommence.
Exemple 10. Les puissances de 2 modulo 7.
| k |
1 |
2 |
3 |
4 |
5 |
6 |
| 2k modulo 7 |
2 |
4 |
1 |
2 |
4 |
1 |
Comme 23=8≡1[7], on a 23m=(23)m≡1m=1[7] pour tout entier naturel m. Pour 2100, on divise l'exposant par 3 : 100=3×33+1, donc
2100=(23)33×2≡1×2=2[7].
Le reste de 2100 dans la division par 7 est 2.
Exemple 11 (dernier chiffre). Le dernier chiffre d'un entier naturel est son reste dans la division par 10. Les puissances de 7 modulo 10 valent 7, 9, 3, 1, puis le cycle recommence. Comme 2026=4×506+2, on a 72026=(74)506×72≡49≡9[10] : le dernier chiffre de 72026 est 9.
Exemple 12. Montrer que, pour tout entier naturel n, 32n−2n est divisible par 7.
32n=(32)n=9n et 9≡2[7], donc 9n≡2n[7], c'est-à-dire 32n−2n≡0[7].
2.4 Applications : calendrier et critères de divisibilité
Le calendrier. Les jours de la semaine reviennent tous les 7 jours : deux dates séparées par N jours tombent le même jour de la semaine si, et seulement si, N≡0[7]. Pour savoir quel jour on sera dans N jours, on cherche le reste de N modulo 7.
Exemple 13. Le 4 novembre 2026 est un mercredi. Quel jour de la semaine serons-nous 1000 jours plus tard ?
1000=7×142+6, donc 1000≡6[7] : on avance de 6 jours à partir du mercredi, et on tombe sur un mardi.
Critères de divisibilité. Un entier naturel s'écrit en base dix N=ak10k+⋯+a110+a0, où a0, a1, …, ak sont ses chiffres (voir la leçon 8).
- Comme 10≡1[9], on a 10i≡1[9], donc N≡ak+⋯+a1+a0[9] : un entier est congru modulo 9 à la somme de ses chiffres. Il est divisible par 9 si, et seulement si, cette somme l'est. Le même raisonnement vaut modulo 3, car 10≡1[3].
- Comme 10≡−1[11], on a 10i≡(−1)i[11], donc N≡a0−a1+a2−…[11] : on alterne les signes en partant du chiffre des unités.
Exemple 14. Pour N=7654321 : la somme des chiffres vaut 28 et 28≡1[9], donc N≡1[9]. La somme alternée vaut 1−2+3−4+5−6+7=4, donc N≡4[11].