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Chapitre 10 · Cours écrit

Arithmétique

Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.

L'arithmétique étudie les nombres entiers. Au collège, tu as déjà rencontré les diviseurs, les nombres premiers et le PGCD. Ce chapitre reprend ces notions et les approfondit, comme le demande le programme : division euclidienne, congruences, identité de Bézout, théorème de Gauss, et systèmes de numération (bases deux, cinq, dix et seize), dont les applications en informatique sont nombreuses.

Notations. N={0 ;1 ;2 ;… }\mathbb{N} = \{0\,;1\,;2\,;\dots\} est l'ensemble des entiers naturels, Z\mathbb{Z} celui des entiers relatifs, et N∗\mathbb{N}^*, Z∗\mathbb{Z}^* ces ensembles privés de 00. On utilise le raisonnement par récurrence de Première.

Démonstrations. Le programme indique que la démonstration des théorèmes « pourra se faire mais n'est pas exigée ». Les démonstrations courtes sont données ; les deux résultats admis (décomposition en facteurs premiers, petit théorème de Fermat) sont signalés.

Leçon 1 : Divisibilité et division euclidienne

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Diviseurs et multiples

Définition. Soit aa et bb deux entiers relatifs. On dit que bb divise aa s'il existe un entier relatif kk tel que a=k ba = k\,b. On note b∣ab \mid a (on lit « bb divise aa »). On dit aussi que bb est un diviseur de aa, ou que aa est un multiple de bb.

Exemple 1.

  • 6∣426 \mid 42, car 42=7×642 = 7 \times 6 ;
  • −3∣12-3 \mid 12, car 12=(−4)×(−3)12 = (-4) \times (-3) ;
  • 55 ne divise pas 1212 (on note 5∤125 \nmid 12) : 1212 est compris entre 2×5=102 \times 5 = 10 et 3×5=153 \times 5 = 15.

Remarques.

  • Tout entier divise 00, car 0=0×b0 = 0 \times b. Mais 00 ne divise que 00.
  • 11 et −1-1 divisent tout entier.
  • aa et −a-a ont les mêmes diviseurs. Si a≠0a \neq 0 et b∣ab \mid a, alors ∣b∣≤∣a∣|b| \leq |a| : un entier non nul a un nombre fini de diviseurs.
  • Les multiples de bb forment l'ensemble bZ={… ;−2b ;−b ;0 ;b ;2b ;… }b\mathbb{Z} = \{\dots\,;-2b\,;-b\,;0\,;b\,;2b\,;\dots\}.

Exemple 2. Les diviseurs positifs de 1212 sont 11, 22, 33, 44, 66 et 1212. Dans Z\mathbb{Z}, 1212 a donc 1212 diviseurs : ±1\pm 1, ±2\pm 2, ±3\pm 3, ±4\pm 4, ±6\pm 6, ±12\pm 12.

1.2 Propriétés de la divisibilité

Soit aa, bb et cc des entiers relatifs.

Propriété Énoncé
Transitivité Si a∣ba \mid b et b∣cb \mid c, alors a∣ca \mid c.
Combinaison Si a∣ba \mid b et a∣ca \mid c, alors a∣bu+cva \mid bu + cv pour tous entiers uu et vv. En particulier a∣b+ca \mid b + c et a∣b−ca \mid b - c.
Réciproque Si a∣ba \mid b et b∣ab \mid a, alors a=ba = b ou a=−ba = -b.

Démonstration de la deuxième propriété. Si b=k ab = k\,a et c=k′ ac = k'\,a, alors bu+cv=(ku+k′v) abu + cv = (ku + k'v)\,a, et ku+k′vku + k'v est un entier.

Méthode : faire disparaître l'inconnue. Pour trouver les nn tels qu'une expression en nn divise une autre, on fabrique une combinaison des deux qui ne dépend plus de nn.

Exemple 3. Déterminer les entiers naturels nn tels que n+2n + 2 divise 3n+113n + 11.

n+2n + 2 divise n+2n + 2, donc il divise 3(n+2)=3n+63(n + 2) = 3n + 6. S'il divise aussi 3n+113n + 11, il divise la différence : (3n+11)−(3n+6)=5(3n + 11) - (3n + 6) = 5. Donc n+2n + 2 est un diviseur positif de 55 : n+2=1n + 2 = 1 ou n+2=5n + 2 = 5. Comme n+2≥2n + 2 \geq 2, il reste n+2=5n + 2 = 5, soit n=3n = 3.

Vérification : pour n=3n = 3, 3n+11=203n + 11 = 20 et n+2=5n + 2 = 5 divise bien 2020. La seule solution est n=3n = 3.

1.3 Division euclidienne dans N\mathbb{N}

Théorème. Soit a∈Na \in \mathbb{N} et b∈N∗b \in \mathbb{N}^*. Il existe un unique couple (q ;r)(q\,;r) d'entiers naturels tel que a=b q+ret0≤r<b.a = b\,q + r \qquad \text{et} \qquad 0 \leq r < b. qq est le quotient et rr le reste de la division euclidienne de aa par bb.

Exemple 4. 2 026=7×289+32\,026 = 7 \times 289 + 3, et 0≤3<70 \leq 3 < 7 : le quotient de 2 0262\,026 par 77 est 289289 et le reste est 33.

Remarque. bb divise aa si, et seulement si, le reste de la division euclidienne de aa par bb est nul.

1.4 Division euclidienne dans Z\mathbb{Z}

Théorème. Soit a∈Za \in \mathbb{Z} et b∈Z∗b \in \mathbb{Z}^*. Il existe un unique couple (q ;r)(q\,;r), avec q∈Zq \in \mathbb{Z} et r∈Nr \in \mathbb{N}, tel que a=b q+ret0≤r<∣b∣.a = b\,q + r \qquad \text{et} \qquad 0 \leq r < |b|.

Le reste est toujours positif ou nul, même si aa est négatif.

Exemple 5. Division euclidienne de −17-17 par 55. On divise d'abord 1717 : 17=5×3+217 = 5 \times 3 + 2, donc −17=5×(−3)−2-17 = 5 \times (-3) - 2. Mais −2-2 n'est pas un reste, car il est négatif. On retire donc une fois 55 au quotient et on l'ajoute au reste : −17=5×(−4)+3,0≤3<5.-17 = 5 \times (-4) + 3, \qquad 0 \leq 3 < 5. Le quotient est −4-4 et le reste est 33.

Exemple 6. Division euclidienne de 1717 par −5-5 : 17=(−5)×(−3)+217 = (-5) \times (-3) + 2, avec 0≤2<∣−5∣=50 \leq 2 < |-5| = 5.

Démonstration (cas b>0b > 0, non exigée).

  • Existence. On prend pour qq la partie entière de ab\dfrac{a}{b} (Seconde) : q≤ab<q+1q \leq \dfrac{a}{b} < q + 1. En multipliant par b>0b > 0 : bq≤a<bq+bbq \leq a < bq + b, donc r=a−bqr = a - bq vérifie 0≤r<b0 \leq r < b.
  • Unicité. Si a=bq+r=bq′+r′a = bq + r = bq' + r' avec 0≤r<b0 \leq r < b et 0≤r′<b0 \leq r' < b, alors b ∣q−q′∣=∣r′−r∣<bb\,|q - q'| = |r' - r| < b. L'entier naturel ∣q−q′∣|q - q'| est donc strictement inférieur à 11 : il est nul, d'où q=q′q = q' puis r=r′r = r'.

Pour b<0b < 0, on divise aa par ∣b∣=−b|b| = -b : a=(−b) q+ra = (-b)\,q + r, c'est-à-dire a=b (−q)+ra = b\,(-q) + r.

1.5 Raisonner sur les restes

Dans la division par nn, il n'y a que nn restes possibles : 00, 11, …, n−1n - 1. Tout entier s'écrit donc sous l'une des formes nknk, nk+1nk + 1, …, nk+(n−1)nk + (n - 1), avec k∈Zk \in \mathbb{Z}. On peut alors raisonner cas par cas.

Exemple 7. Montrer que, pour tout entier nn, n(n+1)(2n+1)n(n + 1)(2n + 1) est divisible par 33.

Reste de nn par 33 n=3kn = 3k n=3k+1n = 3k + 1 n=3k+2n = 3k + 2
Facteur divisible par 33 n=3kn = 3k 2n+1=6k+3=3(2k+1)2n + 1 = 6k + 3 = 3(2k + 1) n+1=3k+3=3(k+1)n + 1 = 3k + 3 = 3(k + 1)

Dans chacun des trois cas, l'un des facteurs est un multiple de 33, donc le produit aussi.

Leçon 2 : Congruences

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Définition

Définition. Soit nn un entier naturel, n≥2n \geq 2. Deux entiers relatifs aa et bb sont congrus modulo nn s'ils ont le même reste dans la division euclidienne par nn. On note a≡b  [n]a \equiv b \;[n] et on lit « aa est congru à bb modulo nn ». On rencontre aussi les notations a≡b(modn)a \equiv b \pmod n et a≡b  (n)a \equiv b \;(n).

Théorème. a≡b  [n]a \equiv b \;[n] si, et seulement si, nn divise a−ba - b.

Démonstration. Écrivons a=nq+ra = nq + r et b=nq′+r′b = nq' + r' avec 0≤r<n0 \leq r < n et 0≤r′<n0 \leq r' < n. Alors a−b=n(q−q′)+(r−r′)a - b = n(q - q') + (r - r'), avec −n<r−r′<n-n < r - r' < n.

  • Si r=r′r = r', alors a−b=n(q−q′)a - b = n(q - q') est un multiple de nn.
  • Si n∣a−bn \mid a - b, alors nn divise aussi r−r′=(a−b)−n(q−q′)r - r' = (a - b) - n(q - q'). Or le seul multiple de nn strictement compris entre −n-n et nn est 00 : donc r=r′r = r'.

Exemple 8.

  • 23≡2  [7]23 \equiv 2 \;[7], car 23=7×3+223 = 7 \times 3 + 2 ; de même 100≡2  [7]100 \equiv 2 \;[7], car 100=7×14+2100 = 7 \times 14 + 2.
  • −5≡2  [7]-5 \equiv 2 \;[7], car −5−2=−7-5 - 2 = -7 est un multiple de 77.
  • 2 026≡0  [2]2\,026 \equiv 0 \;[2] : un entier est pair si, et seulement si, il est congru à 00 modulo 22.

Conséquences.

  • Si rr est le reste de la division euclidienne de aa par nn, alors a≡r  [n]a \equiv r \;[n]. Tout entier est congru modulo nn à un, et un seul, des entiers 00, 11, …, n−1n - 1 : son reste.
  • a≡0  [n]a \equiv 0 \;[n] si, et seulement si, nn divise aa.
  • Pour tous entiers aa, bb, cc : a≡a  [n]a \equiv a \;[n] ; si a≡b  [n]a \equiv b \;[n], alors b≡a  [n]b \equiv a \;[n] ; si a≡b  [n]a \equiv b \;[n] et b≡c  [n]b \equiv c \;[n], alors a≡c  [n]a \equiv c \;[n].

2.2 Congruences et opérations

Théorème. Si a≡b  [n]a \equiv b \;[n] et a′≡b′  [n]a' \equiv b' \;[n], alors :

  • a+a′≡b+b′  [n]a + a' \equiv b + b' \;[n] et a−a′≡b−b′  [n]a - a' \equiv b - b' \;[n] ;
  • a a′≡b b′  [n]a\,a' \equiv b\,b' \;[n] ; en particulier k a≡k b  [n]k\,a \equiv k\,b \;[n] pour tout entier kk ;
  • ap≡bp  [n]a^p \equiv b^p \;[n] pour tout entier naturel pp.

Démonstration.

  • (a+a′)−(b+b′)=(a−b)+(a′−b′)(a + a') - (b + b') = (a - b) + (a' - b') est la somme de deux multiples de nn.
  • a a′−b b′=a (a′−b′)+b′ (a−b)a\,a' - b\,b' = a\,(a' - b') + b'\,(a - b) est une combinaison de deux multiples de nn.
  • Pour les puissances, par récurrence sur pp : a0=1≡1=b0a^0 = 1 \equiv 1 = b^0, et si ap≡bp  [n]a^p \equiv b^p \;[n], on multiplie membre à membre par a≡b  [n]a \equiv b \;[n] pour obtenir ap+1≡bp+1  [n]a^{p+1} \equiv b^{p+1} \;[n].

Méthode. Pour calculer un reste, on remplace chaque nombre par un nombre plus petit qui lui est congru, puis on calcule.

Exemple 9. Reste de 2 026×1 999+1002\,026 \times 1\,999 + 100 dans la division par 77 : 2 026≡32\,026 \equiv 3, 1 999≡41\,999 \equiv 4 et 100≡2  [7]100 \equiv 2 \;[7], donc 2 026×1 999+100≡3×4+2=14≡0  [7].2\,026 \times 1\,999 + 100 \equiv 3 \times 4 + 2 = 14 \equiv 0 \;[7]. Ce nombre est un multiple de 77.

Attention : on ne divise pas une congruence. 6≡16  [10]6 \equiv 16 \;[10], c'est-à-dire 2×3≡2×8  [10]2 \times 3 \equiv 2 \times 8 \;[10], mais 3≢8  [10]3 \not\equiv 8 \;[10].

2.3 Restes des puissances

Les restes des puissances successives d'un entier finissent par se répéter. Dès qu'une puissance est congrue à 11, le cycle recommence.

Exemple 10. Les puissances de 22 modulo 77.

kk 11 22 33 44 55 66
2k2^k modulo 77 22 44 11 22 44 11

Comme 23=8≡1  [7]2^3 = 8 \equiv 1 \;[7], on a 23m=(23)m≡1m=1  [7]2^{3m} = (2^3)^m \equiv 1^m = 1 \;[7] pour tout entier naturel mm. Pour 21002^{100}, on divise l'exposant par 33 : 100=3×33+1100 = 3 \times 33 + 1, donc 2100=(23)33×2≡1×2=2  [7].2^{100} = (2^3)^{33} \times 2 \equiv 1 \times 2 = 2 \;[7]. Le reste de 21002^{100} dans la division par 77 est 22.

Exemple 11 (dernier chiffre). Le dernier chiffre d'un entier naturel est son reste dans la division par 1010. Les puissances de 77 modulo 1010 valent 77, 99, 33, 11, puis le cycle recommence. Comme 2 026=4×506+22\,026 = 4 \times 506 + 2, on a 72 026=(74)506×72≡49≡9  [10]7^{2\,026} = (7^4)^{506} \times 7^2 \equiv 49 \equiv 9 \;[10] : le dernier chiffre de 72 0267^{2\,026} est 99.

Exemple 12. Montrer que, pour tout entier naturel nn, 32n−2n3^{2n} - 2^n est divisible par 77.

32n=(32)n=9n3^{2n} = (3^2)^n = 9^n et 9≡2  [7]9 \equiv 2 \;[7], donc 9n≡2n  [7]9^n \equiv 2^n \;[7], c'est-à-dire 32n−2n≡0  [7]3^{2n} - 2^n \equiv 0 \;[7].

2.4 Applications : calendrier et critères de divisibilité

Le calendrier. Les jours de la semaine reviennent tous les 77 jours : deux dates séparées par NN jours tombent le même jour de la semaine si, et seulement si, N≡0  [7]N \equiv 0 \;[7]. Pour savoir quel jour on sera dans NN jours, on cherche le reste de NN modulo 77.

Exemple 13. Le 4 novembre 2026 est un mercredi. Quel jour de la semaine serons-nous 1 0001\,000 jours plus tard ?

1 000=7×142+61\,000 = 7 \times 142 + 6, donc 1 000≡6  [7]1\,000 \equiv 6 \;[7] : on avance de 66 jours à partir du mercredi, et on tombe sur un mardi.

Critères de divisibilité. Un entier naturel s'écrit en base dix N=ak10k+⋯+a110+a0N = a_k 10^k + \dots + a_1 10 + a_0, où a0a_0, a1a_1, …, aka_k sont ses chiffres (voir la leçon 8).

  • Comme 10≡1  [9]10 \equiv 1 \;[9], on a 10i≡1  [9]10^i \equiv 1 \;[9], donc N≡ak+⋯+a1+a0  [9]N \equiv a_k + \dots + a_1 + a_0 \;[9] : un entier est congru modulo 99 à la somme de ses chiffres. Il est divisible par 99 si, et seulement si, cette somme l'est. Le même raisonnement vaut modulo 33, car 10≡1  [3]10 \equiv 1 \;[3].
  • Comme 10≡−1  [11]10 \equiv -1 \;[11], on a 10i≡(−1)i  [11]10^i \equiv (-1)^i \;[11], donc N≡a0−a1+a2−…  [11]N \equiv a_0 - a_1 + a_2 - \dots \;[11] : on alterne les signes en partant du chiffre des unités.

Exemple 14. Pour N=7 654 321N = 7\,654\,321 : la somme des chiffres vaut 2828 et 28≡1  [9]28 \equiv 1 \;[9], donc N≡1  [9]N \equiv 1 \;[9]. La somme alternée vaut 1−2+3−4+5−6+7=41 - 2 + 3 - 4 + 5 - 6 + 7 = 4, donc N≡4  [11]N \equiv 4 \;[11].

Leçon 3 : PGCD et algorithme d'Euclide

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Définition

Soit aa et bb deux entiers relatifs non tous les deux nuls. Leurs diviseurs communs sont en nombre fini, et 11 en fait partie.

Définition. Le plus grand commun diviseur de aa et bb est le plus grand de leurs diviseurs communs. On le note PGCD(a ;b)\mathrm{PGCD}(a\,;b), ou a∧ba \wedge b.

Exemple 15. Les diviseurs positifs de 2424 sont 11, 22, 33, 44, 66, 88, 1212, 2424 ; ceux de 3636 sont 11, 22, 33, 44, 66, 99, 1212, 1818, 3636. Les diviseurs communs positifs sont 11, 22, 33, 44, 66, 1212, donc PGCD(24 ;36)=12\mathrm{PGCD}(24\,;36) = 12.

Propriétés immédiates.

  • PGCD(a ;b)≥1\mathrm{PGCD}(a\,;b) \geq 1, PGCD(a ;b)=PGCD(b ;a)\mathrm{PGCD}(a\,;b) = \mathrm{PGCD}(b\,;a) et PGCD(a ;b)=PGCD(∣a∣ ;∣b∣)\mathrm{PGCD}(a\,;b) = \mathrm{PGCD}(|a|\,;|b|) : on peut toujours se ramener à des entiers naturels.
  • Si a≠0a \neq 0, PGCD(a ;0)=∣a∣\mathrm{PGCD}(a\,;0) = |a|.
  • Si b≠0b \neq 0 et b∣ab \mid a, alors PGCD(a ;b)=∣b∣\mathrm{PGCD}(a\,;b) = |b|.

3.2 Le lemme d'Euclide

Propriété. Si a=b q+ra = b\,q + r (avec aa, bb, qq, rr entiers), alors aa et bb ont les mêmes diviseurs communs que bb et rr. En particulier PGCD(a ;b)=PGCD(b ;r).\mathrm{PGCD}(a\,;b) = \mathrm{PGCD}(b\,;r).

Démonstration. Si dd divise aa et bb, il divise r=a−bqr = a - bq (combinaison). Si dd divise bb et rr, il divise a=bq+ra = bq + r. Les deux couples ont donc exactement les mêmes diviseurs communs, donc le même plus grand.

3.3 L'algorithme d'Euclide

Soit aa et bb deux entiers naturels avec b≠0b \neq 0. On effectue la division euclidienne de aa par bb, puis celle de bb par le reste, puis celle du premier reste par le deuxième, et ainsi de suite. Les restes sont des entiers naturels strictement décroissants : on finit par obtenir un reste nul.

Théorème. Le PGCD de aa et bb est le dernier reste non nul de l'algorithme d'Euclide.

En effet, d'après le lemme d'Euclide, le PGCD ne change pas d'une ligne à la suivante, et à la dernière ligne, PGCD(r ;0)=r\mathrm{PGCD}(r\,;0) = r.

Exemple 16. Calcul de PGCD(924 ;360)\mathrm{PGCD}(924\,;360).

Division Reste
924=360×2+204924 = 360 \times 2 + 204 204204
360=204×1+156360 = 204 \times 1 + 156 156156
204=156×1+48204 = 156 \times 1 + 48 4848
156=48×3+12156 = 48 \times 3 + 12 12\mathbf{12}
48=12×4+048 = 12 \times 4 + 0 00

Le dernier reste non nul est 1212 : PGCD(924 ;360)=12\mathrm{PGCD}(924\,;360) = 12.

Conséquences.

  • Les diviseurs communs de aa et bb sont exactement les diviseurs de leur PGCD (ils sont conservés d'une ligne à l'autre de l'algorithme, et à la fin ce sont les diviseurs de rr).
  • Pour tout entier naturel non nul kk : PGCD(ka ;kb)=k PGCD(a ;b)\mathrm{PGCD}(ka\,;kb) = k\,\mathrm{PGCD}(a\,;b) (on multiplie par kk toutes les lignes de l'algorithme).

Exemple 17 (partage, situation simplifiée). Une association veut répartir 924924 cahiers et 360360 stylos en lots identiques, en utilisant tout le matériel, avec le plus grand nombre de lots possible. Le nombre de lots divise 924924 et 360360 : le plus grand possible est PGCD(924 ;360)=12\mathrm{PGCD}(924\,;360) = 12. Chaque lot contient 924:12=77924 : 12 = 77 cahiers et 360:12=30360 : 12 = 30 stylos.

3.4 Entiers premiers entre eux

Définition. Deux entiers sont premiers entre eux si leur PGCD est égal à 11 : leurs seuls diviseurs communs sont 11 et −1-1.

Exemple 18. 35=5×735 = 5 \times 7 et 18=2×3218 = 2 \times 3^2 sont premiers entre eux. 7777 et 3030 aussi.

Propriété. Si d=PGCD(a ;b)d = \mathrm{PGCD}(a\,;b), avec aa et bb non nuls, alors a=d a′a = d\,a' et b=d b′b = d\,b', où a′a' et b′b' sont premiers entre eux.

Démonstration. d=PGCD(d a′ ;d b′)=d PGCD(a′ ;b′)d = \mathrm{PGCD}(d\,a'\,;d\,b') = d\,\mathrm{PGCD}(a'\,;b'), donc PGCD(a′ ;b′)=1\mathrm{PGCD}(a'\,;b') = 1.

Application aux fractions. Une fraction ab\dfrac{a}{b} est irréductible si aa et bb sont premiers entre eux. Pour la rendre irréductible, on divise aa et bb par leur PGCD : 924360=12×7712×30=7730\dfrac{924}{360} = \dfrac{12 \times 77}{12 \times 30} = \dfrac{77}{30}.

3.5 PGCD de plusieurs entiers

Le PGCD de plusieurs entiers est le plus grand de leurs diviseurs communs. On le calcule de proche en proche : PGCD(a ;b ;c)=PGCD(PGCD(a ;b) ;c).\mathrm{PGCD}(a\,;b\,;c) = \mathrm{PGCD}\big(\mathrm{PGCD}(a\,;b)\,;c\big).

Exemple 19. PGCD(924 ;360 ;150)=PGCD(12 ;150)=6\mathrm{PGCD}(924\,;360\,;150) = \mathrm{PGCD}(12\,;150) = 6, car 150=12×12+6150 = 12 \times 12 + 6 et 12=6×212 = 6 \times 2.

Leçon 4 : Identité de Bézout et théorème de Gauss

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Identité de Bézout

Théorème (identité de Bézout). Soit aa et bb deux entiers non tous les deux nuls, et d=PGCD(a ;b)d = \mathrm{PGCD}(a\,;b). Il existe deux entiers relatifs uu et vv tels que a u+b v=d.a\,u + b\,v = d.

Démonstration (pour aa et bb naturels, b≠0b \neq 0). Dans l'algorithme d'Euclide, chaque reste s'écrit sous la forme a u+b va\,u + b\,v avec uu, vv entiers. C'est vrai pour a=a×1+b×0a = a \times 1 + b \times 0 et pour b=a×0+b×1b = a \times 0 + b \times 1 ; et si deux restes consécutifs r1r_1 et r2r_2 sont de cette forme, le suivant, r3=r1−r2 qr_3 = r_1 - r_2\,q, l'est aussi. C'est donc vrai pour le dernier reste non nul, qui est dd.

Méthode : la remontée de l'algorithme d'Euclide. On écrit chaque reste à partir de la ligne qui le donne, puis on remplace, en remontant, jusqu'à n'avoir plus que aa et bb.

Exemple 20. Trouver uu et vv tels que 84 u+30 v=PGCD(84 ;30)84\,u + 30\,v = \mathrm{PGCD}(84\,;30).

L'algorithme d'Euclide donne : 84=30×2+2484 = 30 \times 2 + 24 ; 30=24×1+630 = 24 \times 1 + 6 ; 24=6×4+024 = 6 \times 4 + 0. Donc PGCD(84 ;30)=6\mathrm{PGCD}(84\,;30) = 6. On remonte : 6=30−24×1=30−(84−30×2)=84×(−1)+30×3.6 = 30 - 24 \times 1 = 30 - (84 - 30 \times 2) = 84 \times (-1) + 30 \times 3. On a donc u=−1u = -1 et v=3v = 3. Vérification : −84+90=6-84 + 90 = 6.

Remarque. Le couple (u ;v)(u\,;v) n'est pas unique : par exemple 84×4+30×(−11)=336−330=684 \times 4 + 30 \times (-11) = 336 - 330 = 6.

4.2 Théorème de Bézout

Théorème de Bézout. Deux entiers aa et bb sont premiers entre eux si, et seulement si, il existe deux entiers relatifs uu et vv tels que a u+b v=1.a\,u + b\,v = 1.

Démonstration.

  • Si PGCD(a ;b)=1\mathrm{PGCD}(a\,;b) = 1, c'est l'identité de Bézout.
  • Réciproquement, si a u+b v=1a\,u + b\,v = 1, tout diviseur commun de aa et bb divise a u+b v=1a\,u + b\,v = 1 : c'est 11 ou −1-1. Donc PGCD(a ;b)=1\mathrm{PGCD}(a\,;b) = 1.

Méthode. Pour montrer que deux expressions sont premières entre elles, on cherche une combinaison qui vaut 11 (ou −1-1).

Exemple 21.

  • Pour tout entier nn : (n+1)×1+n×(−1)=1(n + 1) \times 1 + n \times (-1) = 1, donc deux entiers consécutifs sont premiers entre eux.
  • Pour tout entier nn : 3 (2n+1)−2 (3n+2)=−13\,(2n + 1) - 2\,(3n + 2) = -1, donc (2n+1)×(−3)+(3n+2)×2=1(2n + 1) \times (-3) + (3n + 2) \times 2 = 1 : 2n+12n + 1 et 3n+23n + 2 sont premiers entre eux.

4.3 Théorème de Gauss

Théorème de Gauss. Soit aa, bb et cc trois entiers. Si aa divise b cb\,c et si aa est premier avec bb, alors aa divise cc.

Démonstration. Comme PGCD(a ;b)=1\mathrm{PGCD}(a\,;b) = 1, il existe uu et vv tels que a u+b v=1a\,u + b\,v = 1. En multipliant par cc : c=a c u+b c vc = a\,c\,u + b\,c\,v. Or aa divise a c ua\,c\,u, et aa divise b cb\,c donc b c vb\,c\,v. Donc aa divise leur somme, cc.

Exemple 22. Si 77 divise 4n4n, alors 77 divise nn, car 77 et 44 sont premiers entre eux.

Attention : l'hypothèse « premiers entre eux » est indispensable. 66 divise 4×3=124 \times 3 = 12, mais 66 ne divise ni 44 ni 33.

4.4 Conséquence

Propriété. Si aa et bb divisent cc, et si aa et bb sont premiers entre eux, alors a ba\,b divise cc.

Démonstration. c=a kc = a\,k avec kk entier. bb divise a ka\,k et bb est premier avec aa : d'après le théorème de Gauss, bb divise kk, donc k=b k′k = b\,k' et c=a b k′c = a\,b\,k'.

Exemple 23.

  • Un entier est divisible par 66 si, et seulement si, il est divisible par 22 et par 33 (22 et 33 sont premiers entre eux).
  • Un entier est divisible par 1212 si, et seulement si, il est divisible par 33 et par 44. Mais être divisible par 22 et par 66 ne suffit pas : 66 l'est, et n'est pas divisible par 1212. Ici 22 et 66 ne sont pas premiers entre eux.

Leçon 5 : Équations du type ax+by=cax + by = c

Voir la vidéo de la leçon 5

Dans cette leçon, aa et bb sont des entiers naturels non nuls, cc est un entier naturel, et l'on cherche les couples (x ;y)(x\,;y) d'entiers relatifs tels que a x+b y=ca\,x + b\,y = c. C'est la compétence exigible du programme : « résoudre dans Z\mathbb{Z} des équations du type ax+by=cax + by = c où aa, bb et cc sont des entiers naturels ».

5.1 Existence de solutions

Théorème. Soit d=PGCD(a ;b)d = \mathrm{PGCD}(a\,;b). L'équation a x+b y=ca\,x + b\,y = c a des solutions dans Z2\mathbb{Z}^2 si, et seulement si, dd divise cc.

Démonstration.

  • Si (x ;y)(x\,;y) est une solution, dd divise aa et bb, donc il divise a x+b y=ca\,x + b\,y = c.
  • Réciproquement, si c=d kc = d\,k, l'identité de Bézout donne uu et vv tels que a u+b v=da\,u + b\,v = d ; alors a (u k)+b (v k)=d k=ca\,(u\,k) + b\,(v\,k) = d\,k = c.

Exemple 24. 84 x+30 y=1084\,x + 30\,y = 10 n'a aucune solution entière : PGCD(84 ;30)=6\mathrm{PGCD}(84\,;30) = 6 ne divise pas 1010. En effet, le membre de gauche est toujours un multiple de 66.

5.2 Méthode de résolution

  1. Simplifier. On calcule d=PGCD(a ;b)d = \mathrm{PGCD}(a\,;b). Si dd ne divise pas cc, il n'y a pas de solution. Sinon, on divise par dd : a′ x+b′ y=c′a'\,x + b'\,y = c', avec a′a' et b′b' premiers entre eux.
  2. Trouver une solution particulière (x0 ;y0)(x_0\,;y_0), à vue ou par la remontée de l'algorithme d'Euclide (on trouve a′ u+b′ v=1a'\,u + b'\,v = 1, puis on multiplie par c′c').
  3. Soustraire et appliquer Gauss. Si (x ;y)(x\,;y) est une solution, on soustrait a′ x0+b′ y0=c′a'\,x_0 + b'\,y_0 = c' : a′ (x−x0)=b′ (y0−y).a'\,(x - x_0) = b'\,(y_0 - y). a′a' divise b′ (y0−y)b'\,(y_0 - y) et a′a' est premier avec b′b', donc a′a' divise y0−yy_0 - y : y0−y=a′ ky_0 - y = a'\,k avec k∈Zk \in \mathbb{Z}. En remplaçant, a′ (x−x0)=b′ a′ ka'\,(x - x_0) = b'\,a'\,k, donc x−x0=b′ kx - x_0 = b'\,k.
  4. Vérifier et conclure. Réciproquement, pour tout k∈Zk \in \mathbb{Z}, le couple (x0+b′ k ; y0−a′ k)(x_0 + b'\,k\,;\,y_0 - a'\,k) est solution, car a′ b′ k−b′ a′ k=0a'\,b'\,k - b'\,a'\,k = 0. L'ensemble des solutions est {(x0+b′ k ;  y0−a′ k), k∈Z}.\big\{(x_0 + b'\,k\,;\;y_0 - a'\,k),\ k \in \mathbb{Z}\big\}.

Exemple 25. Résoudre dans Z2\mathbb{Z}^2 l'équation 84 x+30 y=1884\,x + 30\,y = 18.

  1. PGCD(84 ;30)=6\mathrm{PGCD}(84\,;30) = 6 divise 1818. On divise par 66 : 14 x+5 y=314\,x + 5\,y = 3.
  2. Solution particulière : 14×2+5×(−5)=28−25=314 \times 2 + 5 \times (-5) = 28 - 25 = 3, donc (x0 ;y0)=(2 ;−5)(x_0\,;y_0) = (2\,;-5).
  3. Si 14 x+5 y=314\,x + 5\,y = 3, alors 14 (x−2)=5 (−5−y)14\,(x - 2) = 5\,(-5 - y). 55 divise 14 (x−2)14\,(x - 2) et 55 est premier avec 1414, donc 55 divise x−2x - 2 : x=2+5kx = 2 + 5k. Alors 14×5k=5 (−5−y)14 \times 5k = 5\,(-5 - y), d'où y=−5−14ky = -5 - 14k.
  4. Réciproquement, 14 (2+5k)+5 (−5−14k)=28−25=314\,(2 + 5k) + 5\,(-5 - 14k) = 28 - 25 = 3. Les solutions sont les couples (2+5k ; −5−14k)(2 + 5k\,;\,-5 - 14k), k∈Zk \in \mathbb{Z}.

Remarque. Une autre solution particulière donne une autre écriture du même ensemble. Avec la remontée, 14×(−1)+5×3=114 \times (-1) + 5 \times 3 = 1, donc (x0 ;y0)=(−3 ;9)(x_0\,;y_0) = (-3\,;9) : on obtient (−3+5k ;9−14k)(-3 + 5k\,;9 - 14k), qui décrit les mêmes couples (remplacer kk par k+1k + 1).

5.3 Un problème concret

Exemple 26 (situation simplifiée). Dans une librairie, un cahier coûte 350350 F et un stylo 150150 F. Une élève a dépensé exactement 2 6002\,600 F. Combien a-t-elle pu acheter de cahiers et de stylos ?

On note xx le nombre de cahiers et yy le nombre de stylos : 350 x+150 y=2 600350\,x + 150\,y = 2\,600. En divisant par 5050 : 7 x+3 y=527\,x + 3\,y = 52, avec PGCD(7 ;3)=1\mathrm{PGCD}(7\,;3) = 1.

  • Solution particulière : 7×1+3×15=527 \times 1 + 3 \times 15 = 52.
  • Comme ci-dessus, les solutions dans Z2\mathbb{Z}^2 sont x=1+3kx = 1 + 3k et y=15−7ky = 15 - 7k, k∈Zk \in \mathbb{Z}.
  • Ici xx et yy sont des entiers naturels : 1+3k≥01 + 3k \geq 0 donne k≥0k \geq 0, et 15−7k≥015 - 7k \geq 0 donne k≤2k \leq 2.
kk 00 11 22
cahiers xx 11 44 77
stylos yy 1515 88 11

Il y a trois possibilités.

5.4 Équations avec des congruences

Pour résoudre a x≡b  [n]a\,x \equiv b \;[n], deux méthodes :

  • le tableau des restes : on essaie les nn restes possibles de xx ;
  • multiplier par un « inverse » : on cherche un entier a′a' tel que a a′≡1  [n]a\,a' \equiv 1 \;[n] (il existe quand aa et nn sont premiers entre eux, d'après le théorème de Bézout), et on multiplie les deux membres par a′a'.

Exemple 27. Résoudre dans Z\mathbb{Z} : 3 x≡2  [7]3\,x \equiv 2 \;[7].

3×5=15≡1  [7]3 \times 5 = 15 \equiv 1 \;[7]. Si 3x≡2  [7]3x \equiv 2 \;[7], en multipliant par 55 : 15 x≡10  [7]15\,x \equiv 10 \;[7], soit x≡3  [7]x \equiv 3 \;[7]. Réciproquement, si x≡3  [7]x \equiv 3 \;[7], alors 3x≡9≡2  [7]3x \equiv 9 \equiv 2 \;[7]. Les solutions sont les entiers x=3+7kx = 3 + 7k, k∈Zk \in \mathbb{Z}.

Le tableau des restes donne le même résultat :

xx modulo 77 00 11 22 33 44 55 66
3x3x modulo 77 00 33 66 2\mathbf{2} 55 11 44

Lien avec la leçon. 3x≡2  [7]3x \equiv 2 \;[7] signifie 3x=2+7m3x = 2 + 7m avec mm entier, c'est-à-dire 3x+7y=23x + 7y = 2 en posant y=−my = -m : c'est une équation du type ax+by=cax + by = c.

Leçon 6 : Nombres premiers et décomposition

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 Nombres premiers

Définition. Un entier naturel pp est premier s'il a exactement deux diviseurs positifs : 11 et lui-même. Ainsi 00 et 11 ne sont pas premiers.

Les nombres premiers inférieurs à 5050 sont : 22, 33, 55, 77, 1111, 1313, 1717, 1919, 2323, 2929, 3131, 3737, 4141, 4343, 4747.

Propriété. Tout entier n≥2n \geq 2 a au moins un diviseur premier : son plus petit diviseur supérieur ou égal à 22. Si de plus nn n'est pas premier, il a un diviseur premier pp tel que p2≤np^2 \leq n.

Démonstration. Soit pp le plus petit diviseur de nn supérieur ou égal à 22. Si pp n'était pas premier, il aurait un diviseur dd avec 2≤d<p2 \leq d < p, qui diviserait aussi nn : impossible. Si nn n'est pas premier, n=p mn = p\,m avec m≥pm \geq p (car mm est aussi un diviseur de nn supérieur ou égal à 22), donc n≥p2n \geq p^2.

Méthode : test de primalité. Un entier n≥2n \geq 2 est premier si, et seulement si, il n'est divisible par aucun nombre premier pp tel que p≤np \leq \sqrt{n}.

Exemple 28.

  • 211211 : 211≈14,5\sqrt{211} \approx 14{,}5. 211211 n'est divisible ni par 22, ni par 33, ni par 55, ni par 77, ni par 1111, ni par 1313 : il est premier.
  • 221221 : 221≈14,9\sqrt{221} \approx 14{,}9, et 221=13×17221 = 13 \times 17 : il n'est pas premier.

Propriété. Soit pp un nombre premier.

  • Si pp ne divise pas un entier aa, alors pp et aa sont premiers entre eux (le seul diviseur positif commun possible est 11).
  • Si pp divise un produit a ba\,b, alors pp divise aa ou pp divise bb.

Démonstration du second point. Si pp ne divise pas aa, il est premier avec aa ; comme il divise a ba\,b, le théorème de Gauss donne p∣bp \mid b.

Complément. Il existe une infinité de nombres premiers. En effet, si p1p_1, p2p_2, …, pkp_k étaient tous les nombres premiers, l'entier N=p1 p2⋯pk+1N = p_1\,p_2 \cdots p_k + 1 aurait un diviseur premier pip_i ; pip_i diviserait alors N−p1p2⋯pk=1N - p_1 p_2 \cdots p_k = 1, ce qui est impossible.

6.2 Décomposition en produit de facteurs premiers

Théorème (admis). Tout entier n≥2n \geq 2 s'écrit comme un produit de nombres premiers : n=p1α1 p2α2⋯pkαk,n = p_1^{\alpha_1}\,p_2^{\alpha_2} \cdots p_k^{\alpha_k}, où p1<p2<⋯<pkp_1 < p_2 < \dots < p_k sont des nombres premiers et α1\alpha_1, …, αk\alpha_k des entiers naturels non nuls. Cette écriture est unique.

Méthode. On divise par 22 autant de fois que possible, puis par 33, par 55, par 77, et ainsi de suite, jusqu'à obtenir 11.

Exemple 29.

2 5202\,520 22
1 2601\,260 22
630630 22
315315 33
105105 33
3535 55
77 77
11

Donc 2 520=23×32×5×72\,520 = 2^3 \times 3^2 \times 5 \times 7. De même, 924=22×3×7×11924 = 2^2 \times 3 \times 7 \times 11 et 360=23×32×5360 = 2^3 \times 3^2 \times 5.

Conséquence : les diviseurs. Les diviseurs positifs de n=p1α1⋯pkαkn = p_1^{\alpha_1} \cdots p_k^{\alpha_k} sont les entiers p1β1⋯pkβkp_1^{\beta_1} \cdots p_k^{\beta_k} avec 0≤βi≤αi0 \leq \beta_i \leq \alpha_i pour chaque ii. Il y en a (α1+1)(α2+1)⋯(αk+1)(\alpha_1 + 1)(\alpha_2 + 1) \cdots (\alpha_k + 1). Par exemple, 2 5202\,520 a 4×3×2×2=484 \times 3 \times 2 \times 2 = 48 diviseurs positifs.

6.3 PGCD par la décomposition

Méthode. On décompose les entiers en facteurs premiers. Le PGCD est le produit des facteurs premiers communs, chacun avec le plus petit exposant. Cette méthode vaut aussi pour plusieurs entiers.

Exemple 30. 924=22×3×7×11924 = 2^2 \times 3 \times 7 \times 11 et 360=23×32×5360 = 2^3 \times 3^2 \times 5. Les facteurs communs sont 22 et 33 ; on prend 222^2 et 313^1 : PGCD(924 ;360)=22×3=12\mathrm{PGCD}(924\,;360) = 2^2 \times 3 = 12. On retrouve le résultat de l'algorithme d'Euclide.

Exemple 31. 12=22×312 = 2^2 \times 3, 18=2×3218 = 2 \times 3^2 et 30=2×3×530 = 2 \times 3 \times 5, donc PGCD(12 ;18 ;30)=2×3=6\mathrm{PGCD}(12\,;18\,;30) = 2 \times 3 = 6.

Leçon 7 : PPCM et petit théorème de Fermat

Voir la vidéo de la leçon 7

7.1 PPCM

Définition. Soit aa et bb deux entiers non nuls. Le plus petit commun multiple de aa et bb est le plus petit entier strictement positif qui est à la fois multiple de aa et de bb. On le note PPCM(a ;b)\mathrm{PPCM}(a\,;b), ou a∨ba \vee b. On définit de même le PPCM de plusieurs entiers non nuls.

Exemple 32. Les multiples positifs de 1212 sont 1212, 2424, 3636, 4848… ; ceux de 1818 sont 1818, 3636, 5454… Le premier multiple commun est 3636 : PPCM(12 ;18)=36\mathrm{PPCM}(12\,;18) = 36.

Propriété. Les multiples communs de aa et bb sont exactement les multiples de PPCM(a ;b)\mathrm{PPCM}(a\,;b).

Démonstration. Notons m=PPCM(a ;b)m = \mathrm{PPCM}(a\,;b). Tout multiple de mm est un multiple de aa et de bb. Réciproquement, soit MM un multiple commun de aa et bb ; la division euclidienne donne M=m q+rM = m\,q + r avec 0≤r<m0 \leq r < m. Alors r=M−m qr = M - m\,q est aussi un multiple commun de aa et bb. Comme r<mr < m et que mm est le plus petit multiple commun strictement positif, r=0r = 0 : MM est un multiple de mm.

7.2 PPCM par la décomposition

Méthode. Le PPCM est le produit de tous les facteurs premiers qui apparaissent dans les décompositions, chacun avec le plus grand exposant. Cette méthode vaut pour plusieurs entiers.

Exemple 33. 924=22×3×7×11924 = 2^2 \times 3 \times 7 \times 11 et 360=23×32×5360 = 2^3 \times 3^2 \times 5, donc PPCM(924 ;360)=23×32×5×7×11=27 720\mathrm{PPCM}(924\,;360) = 2^3 \times 3^2 \times 5 \times 7 \times 11 = 27\,720.

Propriété. Pour deux entiers naturels non nuls aa et bb : PGCD(a ;b)×PPCM(a ;b)=a×b.\mathrm{PGCD}(a\,;b) \times \mathrm{PPCM}(a\,;b) = a \times b.

Justification. Pour chaque nombre premier, le plus petit et le plus grand des deux exposants ont pour somme la somme des deux exposants. Vérification : 12×27 720=332 640=924×36012 \times 27\,720 = 332\,640 = 924 \times 360.

Attention : cette égalité n'est vraie que pour deux entiers.

Exemple 34 (situation simplifiée). À une gare routière, trois lignes de cars partent respectivement toutes les 1212, 1818 et 3030 minutes. Les trois cars sont partis ensemble à 66 h. À quelle heure repartiront-ils ensemble pour la première fois ?

Le temps cherché, en minutes, est un multiple commun de 12=22×312 = 2^2 \times 3, 18=2×3218 = 2 \times 3^2 et 30=2×3×530 = 2 \times 3 \times 5 : le plus petit est PPCM(12 ;18 ;30)=22×32×5=180\mathrm{PPCM}(12\,;18\,;30) = 2^2 \times 3^2 \times 5 = 180. Ils repartiront ensemble 180180 minutes plus tard, soit à 99 h.

7.3 Petit théorème de Fermat

Théorème (petit théorème de Fermat, admis). Soit pp un nombre premier. Pour tout entier naturel non nul xx : xp≡x  [p].x^p \equiv x \;[p].

C'est la forme donnée par le programme, qui indique qu'« on pourra utiliser » ce théorème.

Conséquence. Si de plus pp ne divise pas xx, alors xp−1≡1  [p].x^{p-1} \equiv 1 \;[p].

Démonstration. pp divise xp−x=x (xp−1−1)x^p - x = x\,(x^{p-1} - 1). Comme pp ne divise pas xx, pp est premier avec xx ; d'après le théorème de Gauss, pp divise xp−1−1x^{p-1} - 1.

Exemple 35. Reste de 32 0263^{2\,026} dans la division par 77.

77 est premier et ne divise pas 33, donc 36≡1  [7]3^6 \equiv 1 \;[7]. On divise l'exposant par 66 : 2 026=6×337+42\,026 = 6 \times 337 + 4. Donc 32 026=(36)337×34≡1×81  [7],81=7×11+4.3^{2\,026} = (3^6)^{337} \times 3^4 \equiv 1 \times 81 \;[7], \qquad 81 = 7 \times 11 + 4. Le reste est 44.

Exemple 36. Pour tout entier naturel non nul nn, n5−nn^5 - n est divisible par 55 : c'est le petit théorème de Fermat avec p=5p = 5. On a aussi 2100≡2  [7]2^{100} \equiv 2 \;[7] (exemple 10) : le petit théorème de Fermat donne 26≡1  [7]2^6 \equiv 1 \;[7], et 100=6×16+4100 = 6 \times 16 + 4, donc 2100≡24=16≡2  [7]2^{100} \equiv 2^4 = 16 \equiv 2 \;[7].

Leçon 8 : Systèmes de numération

Voir la vidéo de la leçon 8

8.1 La base dix

Notre écriture des nombres est positionnelle : la valeur d'un chiffre dépend de sa place. Par exemple 2 026=2×103+0×102+2×101+6×100.2\,026 = 2 \times 10^3 + 0 \times 10^2 + 2 \times 10^1 + 6 \times 10^0. Les chiffres sont 00, 11, …, 99 : il y en a dix, autant que la base.

8.2 Écriture en base bb

Théorème (admis). Soit bb un entier, b≥2b \geq 2. Tout entier naturel non nul nn s'écrit de façon unique n=ak bk+ak−1 bk−1+⋯+a1 b+a0,n = a_k\,b^k + a_{k-1}\,b^{k-1} + \dots + a_1\,b + a_0, où les chiffres a0a_0, a1a_1, …, aka_k sont des entiers tels que 0≤ai≤b−10 \leq a_i \leq b - 1, avec ak≠0a_k \neq 0. On note n=akak−1…a1a0‾ bn = \overline{a_k a_{k-1} \dots a_1 a_0}^{\,b}.

On rencontre aussi la notation (ak…a0)b(a_k \dots a_0)_b. Sans indication, un nombre est écrit en base dix.

Base Chiffres
deux (binaire) 00, 11
cinq 00, 11, 22, 33, 44
dix (décimale) 00 à 99
seize (hexadécimale) 00 à 99, puis A=10\mathrm{A} = 10, B=11\mathrm{B} = 11, C=12\mathrm{C} = 12, D=13\mathrm{D} = 13, E=14\mathrm{E} = 14, F=15\mathrm{F} = 15

8.3 Passer de la base bb à la base dix

On développe avec les puissances de bb.

Exemple 37.

  • 10110‾ 2=1×24+0×23+1×22+1×2+0=16+4+2=22\overline{10110}^{\,2} = 1 \times 2^4 + 0 \times 2^3 + 1 \times 2^2 + 1 \times 2 + 0 = 16 + 4 + 2 = 22 ;
  • 3412‾ 5=3×53+4×52+1×5+2=375+100+5+2=482\overline{3412}^{\,5} = 3 \times 5^3 + 4 \times 5^2 + 1 \times 5 + 2 = 375 + 100 + 5 + 2 = 482 ;
  • 7EA‾ 16=7×162+14×16+10=1 792+224+10=2 026\overline{7\mathrm{EA}}^{\,16} = 7 \times 16^2 + 14 \times 16 + 10 = 1\,792 + 224 + 10 = 2\,026.

8.4 Passer de la base dix à la base bb : les divisions successives

n=ak bk+⋯+a1 b+a0=b (ak bk−1+⋯+a1)+a0n = a_k\,b^k + \dots + a_1\,b + a_0 = b\,(a_k\,b^{k-1} + \dots + a_1) + a_0 avec 0≤a0<b0 \leq a_0 < b : le dernier chiffre a0a_0 est le reste de la division euclidienne de nn par bb. On recommence avec le quotient, qui donne a1a_1, et ainsi de suite jusqu'à un quotient nul.

Méthode. On divise nn par bb, puis le quotient par bb, et ainsi de suite jusqu'à obtenir un quotient nul. On lit les restes du dernier au premier.

Exemple 38. 4545 en base deux.

Division Reste
45=2×22+145 = 2 \times 22 + 1 11
22=2×11+022 = 2 \times 11 + 0 00
11=2×5+111 = 2 \times 5 + 1 11
5=2×2+15 = 2 \times 2 + 1 11
2=2×1+02 = 2 \times 1 + 0 00
1=2×0+11 = 2 \times 0 + 1 11

En lisant les restes de bas en haut : 45=101101‾ 245 = \overline{101101}^{\,2}. Vérification : 32+8+4+1=4532 + 8 + 4 + 1 = 45.

Exemple 39. 2 0262\,026 en base seize : 2 026=16×126+102\,026 = 16 \times 126 + 10, 126=16×7+14126 = 16 \times 7 + 14, 7=16×0+77 = 16 \times 0 + 7. Les restes, lus de bas en haut, sont 77, 1414, 1010 : 2 026=7EA‾ 162\,026 = \overline{7\mathrm{EA}}^{\,16}.

En base cinq : 2 026=31101‾ 52\,026 = \overline{31101}^{\,5} ; en base deux : 2 026=11111101010‾ 22\,026 = \overline{11111101010}^{\,2}.

8.5 De la base deux à la base seize

Comme 16=2416 = 2^4, chaque chiffre hexadécimal correspond à un paquet de quatre chiffres binaires. On groupe les chiffres binaires par quatre à partir de la droite, et on traduit chaque paquet.

Exemple 40. 11111101010‾ 2\overline{11111101010}^{\,2} : on groupe 0111⏟7 1110⏟E 1010⏟A\underbrace{0111}_{7}\ \underbrace{1110}_{\mathrm{E}}\ \underbrace{1010}_{\mathrm{A}} (on complète à gauche par un 00). On retrouve 7EA‾ 16\overline{7\mathrm{EA}}^{\,16}.

En informatique. Un ordinateur travaille en binaire : un bit vaut 00 ou 11, et un octet est une suite de 88 bits. Un octet s'écrit avec deux chiffres hexadécimaux ; sa plus grande valeur est 11111111‾ 2=FF‾ 16=255\overline{11111111}^{\,2} = \overline{\mathrm{FF}}^{\,16} = 255. L'hexadécimal sert ainsi à écrire de façon courte de longues suites de bits.

8.6 Numération et congruences

L'écriture en base bb se combine avec les congruences.

  • Modulo bb, un entier est congru à son dernier chiffre : n≡a0  [b]n \equiv a_0 \;[b]. Ainsi un entier écrit en base deux est pair si, et seulement si, son dernier chiffre est 00.
  • En base cinq, 5≡1  [4]5 \equiv 1 \;[4] : un entier est congru modulo 44 à la somme de ses chiffres en base cinq. Par exemple, 3412‾ 5\overline{3412}^{\,5} a pour somme des chiffres 10≡2  [4]10 \equiv 2 \;[4], et en effet 482=4×120+2482 = 4 \times 120 + 2.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. b∣ab \mid a s'il existe k∈Zk \in \mathbb{Z} tel que a=k ba = k\,b. Si a∣ba \mid b et a∣ca \mid c, alors a∣bu+cva \mid bu + cv.
  2. Division euclidienne : a=b q+ra = b\,q + r avec 0≤r<∣b∣0 \leq r < |b| ; le reste n'est jamais négatif.
  3. a≡b  [n]a \equiv b \;[n] si, et seulement si, n∣a−bn \mid a - b. Les congruences se somment, se multiplient et s'élèvent à une puissance, mais ne se divisent pas.
  4. Pour les restes de grandes puissances, on cherche une puissance congrue à 11 et on divise l'exposant.
  5. Algorithme d'Euclide : PGCD(a ;b)=PGCD(b ;r)\mathrm{PGCD}(a\,;b) = \mathrm{PGCD}(b\,;r) ; le PGCD est le dernier reste non nul.
  6. Bézout : il existe uu, vv tels que au+bv=PGCD(a ;b)au + bv = \mathrm{PGCD}(a\,;b) ; aa et bb sont premiers entre eux si, et seulement si, au+bv=1au + bv = 1 a une solution.
  7. Gauss : si a∣bca \mid bc et PGCD(a ;b)=1\mathrm{PGCD}(a\,;b) = 1, alors a∣ca \mid c.
  8. ax+by=cax + by = c a des solutions si, et seulement si, PGCD(a ;b)∣c\mathrm{PGCD}(a\,;b) \mid c. Méthode : simplifier, solution particulière, Gauss : (x0+b′k ; y0−a′k)(x_0 + b'k\,;\,y_0 - a'k).
  9. Décomposition en facteurs premiers : PGCD avec les plus petits exposants communs, PPCM avec les plus grands exposants. PGCD(a ;b)×PPCM(a ;b)=ab\mathrm{PGCD}(a\,;b) \times \mathrm{PPCM}(a\,;b) = ab.
  10. Petit théorème de Fermat : xp≡x  [p]x^p \equiv x \;[p] ; si p∤xp \nmid x, xp−1≡1  [p]x^{p-1} \equiv 1 \;[p].
  11. Base bb : n=ak…a0‾ b=akbk+⋯+a0n = \overline{a_k \dots a_0}^{\,b} = a_k b^k + \dots + a_0. Pour écrire nn en base bb, divisions successives par bb et lecture des restes de bas en haut. Base deux vers base seize : paquets de quatre chiffres.
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