Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.
L'arithmétique étudie les nombres entiers. Au collège, tu as déjà rencontré les diviseurs, les nombres premiers et le PGCD. Ce chapitre reprend ces notions et les approfondit, comme le demande le programme : division euclidienne, congruences, identité de Bézout, théorème de Gauss, et systèmes de numération (bases deux, cinq, dix et seize), dont les applications en informatique sont nombreuses.
Notations.N={0;1;2;…} est l'ensemble des entiers naturels, Z celui des entiers relatifs, et N∗, Z∗ ces ensembles privés de 0. On utilise le raisonnement par récurrence de Première.
Démonstrations. Le programme indique que la démonstration des théorèmes « pourra se faire mais n'est pas exigée ». Les démonstrations courtes sont données ; les deux résultats admis (décomposition en facteurs premiers, petit théorème de Fermat) sont signalés.
Définition. Soit a et b deux entiers relatifs. On dit que b divise a s'il existe un entier relatif k tel que a=kb. On note b∣a (on lit « b divise a »). On dit aussi que b est un diviseur de a, ou que a est un multiple de b.
Exemple 1.
6∣42, car 42=7×6 ;
−3∣12, car 12=(−4)×(−3) ;
5 ne divise pas 12 (on note 5∤12) : 12 est compris entre 2×5=10 et 3×5=15.
Remarques.
Tout entier divise 0, car 0=0×b. Mais 0 ne divise que 0.
1 et −1 divisent tout entier.
a et −a ont les mêmes diviseurs. Si a=0 et b∣a, alors ∣b∣≤∣a∣ : un entier non nul a un nombre fini de diviseurs.
Les multiples de b forment l'ensemble bZ={…;−2b;−b;0;b;2b;…}.
Exemple 2. Les diviseurs positifs de 12 sont 1, 2, 3, 4, 6 et 12. Dans Z, 12 a donc 12 diviseurs : ±1, ±2, ±3, ±4, ±6, ±12.
1.2 Propriétés de la divisibilité
Soit a, b et c des entiers relatifs.
Propriété
Énoncé
Transitivité
Si a∣b et b∣c, alors a∣c.
Combinaison
Si a∣b et a∣c, alors a∣bu+cv pour tous entiers u et v. En particulier a∣b+c et a∣b−c.
Réciproque
Si a∣b et b∣a, alors a=b ou a=−b.
Démonstration de la deuxième propriété. Si b=ka et c=k′a, alors bu+cv=(ku+k′v)a, et ku+k′v est un entier.
Méthode : faire disparaître l'inconnue. Pour trouver les n tels qu'une expression en n divise une autre, on fabrique une combinaison des deux qui ne dépend plus de n.
Exemple 3. Déterminer les entiers naturels n tels que n+2 divise 3n+11.
n+2 divise n+2, donc il divise 3(n+2)=3n+6. S'il divise aussi 3n+11, il divise la différence : (3n+11)−(3n+6)=5. Donc n+2 est un diviseur positif de 5 : n+2=1 ou n+2=5. Comme n+2≥2, il reste n+2=5, soit n=3.
Vérification : pour n=3, 3n+11=20 et n+2=5 divise bien 20. La seule solution est n=3.
1.3 Division euclidienne dans N
Théorème. Soit a∈N et b∈N∗. Il existe un unique couple (q;r) d'entiers naturels tel que
a=bq+ret0≤r<b.q est le quotient et r le reste de la division euclidienne de a par b.
Exemple 4.2026=7×289+3, et 0≤3<7 : le quotient de 2026 par 7 est 289 et le reste est 3.
Remarque.b divise a si, et seulement si, le reste de la division euclidienne de a par b est nul.
1.4 Division euclidienne dans Z
Théorème. Soit a∈Z et b∈Z∗. Il existe un unique couple (q;r), avec q∈Z et r∈N, tel que
a=bq+ret0≤r<∣b∣.
Le reste est toujours positif ou nul, même si a est négatif.
Exemple 5. Division euclidienne de −17 par 5. On divise d'abord 17 : 17=5×3+2, donc −17=5×(−3)−2. Mais −2 n'est pas un reste, car il est négatif. On retire donc une fois 5 au quotient et on l'ajoute au reste :
−17=5×(−4)+3,0≤3<5.
Le quotient est −4 et le reste est 3.
Exemple 6. Division euclidienne de 17 par −5 : 17=(−5)×(−3)+2, avec 0≤2<∣−5∣=5.
Démonstration (cas b>0, non exigée).
Existence. On prend pour q la partie entière de ba (Seconde) : q≤ba<q+1. En multipliant par b>0 : bq≤a<bq+b, donc r=a−bq vérifie 0≤r<b.
Unicité. Si a=bq+r=bq′+r′ avec 0≤r<b et 0≤r′<b, alors b∣q−q′∣=∣r′−r∣<b. L'entier naturel ∣q−q′∣ est donc strictement inférieur à 1 : il est nul, d'où q=q′ puis r=r′.
Pour b<0, on divise a par ∣b∣=−b : a=(−b)q+r, c'est-à-dire a=b(−q)+r.
1.5 Raisonner sur les restes
Dans la division par n, il n'y a que n restes possibles : 0, 1, …, n−1. Tout entier s'écrit donc sous l'une des formes nk, nk+1, …, nk+(n−1), avec k∈Z. On peut alors raisonner cas par cas.
Exemple 7. Montrer que, pour tout entier n, n(n+1)(2n+1) est divisible par 3.
Reste de n par 3
n=3k
n=3k+1
n=3k+2
Facteur divisible par 3
n=3k
2n+1=6k+3=3(2k+1)
n+1=3k+3=3(k+1)
Dans chacun des trois cas, l'un des facteurs est un multiple de 3, donc le produit aussi.
Définition. Soit n un entier naturel, n≥2. Deux entiers relatifs a et b sont congrus modulo n s'ils ont le même reste dans la division euclidienne par n. On note
a≡b[n]
et on lit « a est congru à b modulo n ». On rencontre aussi les notations a≡b(modn) et a≡b(n).
Théorème.a≡b[n] si, et seulement si, n divise a−b.
Démonstration. Écrivons a=nq+r et b=nq′+r′ avec 0≤r<n et 0≤r′<n. Alors a−b=n(q−q′)+(r−r′), avec −n<r−r′<n.
Si r=r′, alors a−b=n(q−q′) est un multiple de n.
Si n∣a−b, alors n divise aussi r−r′=(a−b)−n(q−q′). Or le seul multiple de n strictement compris entre −n et n est 0 : donc r=r′.
Exemple 8.
23≡2[7], car 23=7×3+2 ; de même 100≡2[7], car 100=7×14+2.
−5≡2[7], car −5−2=−7 est un multiple de 7.
2026≡0[2] : un entier est pair si, et seulement si, il est congru à 0 modulo 2.
Conséquences.
Si r est le reste de la division euclidienne de a par n, alors a≡r[n]. Tout entier est congru modulo n à un, et un seul, des entiers 0, 1, …, n−1 : son reste.
a≡0[n] si, et seulement si, n divise a.
Pour tous entiers a, b, c : a≡a[n] ; si a≡b[n], alors b≡a[n] ; si a≡b[n] et b≡c[n], alors a≡c[n].
2.2 Congruences et opérations
Théorème. Si a≡b[n] et a′≡b′[n], alors :
a+a′≡b+b′[n] et a−a′≡b−b′[n] ;
aa′≡bb′[n] ; en particulier ka≡kb[n] pour tout entier k ;
ap≡bp[n] pour tout entier naturel p.
Démonstration.
(a+a′)−(b+b′)=(a−b)+(a′−b′) est la somme de deux multiples de n.
aa′−bb′=a(a′−b′)+b′(a−b) est une combinaison de deux multiples de n.
Pour les puissances, par récurrence sur p : a0=1≡1=b0, et si ap≡bp[n], on multiplie membre à membre par a≡b[n] pour obtenir ap+1≡bp+1[n].
Méthode. Pour calculer un reste, on remplace chaque nombre par un nombre plus petit qui lui est congru, puis on calcule.
Exemple 9. Reste de 2026×1999+100 dans la division par 7 : 2026≡3, 1999≡4 et 100≡2[7], donc
2026×1999+100≡3×4+2=14≡0[7].
Ce nombre est un multiple de 7.
Attention : on ne divise pas une congruence.6≡16[10], c'est-à-dire 2×3≡2×8[10], mais 3≡8[10].
2.3 Restes des puissances
Les restes des puissances successives d'un entier finissent par se répéter. Dès qu'une puissance est congrue à 1, le cycle recommence.
Exemple 10. Les puissances de 2 modulo 7.
k
1
2
3
4
5
6
2k modulo 7
2
4
1
2
4
1
Comme 23=8≡1[7], on a 23m=(23)m≡1m=1[7] pour tout entier naturel m. Pour 2100, on divise l'exposant par 3 : 100=3×33+1, donc
2100=(23)33×2≡1×2=2[7].
Le reste de 2100 dans la division par 7 est 2.
Exemple 11 (dernier chiffre). Le dernier chiffre d'un entier naturel est son reste dans la division par 10. Les puissances de 7 modulo 10 valent 7, 9, 3, 1, puis le cycle recommence. Comme 2026=4×506+2, on a 72026=(74)506×72≡49≡9[10] : le dernier chiffre de 72026 est 9.
Exemple 12. Montrer que, pour tout entier naturel n, 32n−2n est divisible par 7.
32n=(32)n=9n et 9≡2[7], donc 9n≡2n[7], c'est-à-dire 32n−2n≡0[7].
2.4 Applications : calendrier et critères de divisibilité
Le calendrier. Les jours de la semaine reviennent tous les 7 jours : deux dates séparées par N jours tombent le même jour de la semaine si, et seulement si, N≡0[7]. Pour savoir quel jour on sera dans N jours, on cherche le reste de N modulo 7.
Exemple 13. Le 4 novembre 2026 est un mercredi. Quel jour de la semaine serons-nous 1000 jours plus tard ?
1000=7×142+6, donc 1000≡6[7] : on avance de 6 jours à partir du mercredi, et on tombe sur un mardi.
Critères de divisibilité. Un entier naturel s'écrit en base dix N=ak10k+⋯+a110+a0, où a0, a1, …, ak sont ses chiffres (voir la leçon 8).
Comme 10≡1[9], on a 10i≡1[9], donc N≡ak+⋯+a1+a0[9] : un entier est congru modulo 9 à la somme de ses chiffres. Il est divisible par 9 si, et seulement si, cette somme l'est. Le même raisonnement vaut modulo 3, car 10≡1[3].
Comme 10≡−1[11], on a 10i≡(−1)i[11], donc N≡a0−a1+a2−…[11] : on alterne les signes en partant du chiffre des unités.
Exemple 14. Pour N=7654321 : la somme des chiffres vaut 28 et 28≡1[9], donc N≡1[9]. La somme alternée vaut 1−2+3−4+5−6+7=4, donc N≡4[11].
Soit a et b deux entiers relatifs non tous les deux nuls. Leurs diviseurs communs sont en nombre fini, et 1 en fait partie.
Définition. Le plus grand commun diviseur de a et b est le plus grand de leurs diviseurs communs. On le note PGCD(a;b), ou a∧b.
Exemple 15. Les diviseurs positifs de 24 sont 1, 2, 3, 4, 6, 8, 12, 24 ; ceux de 36 sont 1, 2, 3, 4, 6, 9, 12, 18, 36. Les diviseurs communs positifs sont 1, 2, 3, 4, 6, 12, donc PGCD(24;36)=12.
Propriétés immédiates.
PGCD(a;b)≥1, PGCD(a;b)=PGCD(b;a) et PGCD(a;b)=PGCD(∣a∣;∣b∣) : on peut toujours se ramener à des entiers naturels.
Si a=0, PGCD(a;0)=∣a∣.
Si b=0 et b∣a, alors PGCD(a;b)=∣b∣.
3.2 Le lemme d'Euclide
Propriété. Si a=bq+r (avec a, b, q, r entiers), alors a et b ont les mêmes diviseurs communs que b et r. En particulier
PGCD(a;b)=PGCD(b;r).
Démonstration. Si d divise a et b, il divise r=a−bq (combinaison). Si d divise b et r, il divise a=bq+r. Les deux couples ont donc exactement les mêmes diviseurs communs, donc le même plus grand.
3.3 L'algorithme d'Euclide
Soit a et b deux entiers naturels avec b=0. On effectue la division euclidienne de a par b, puis celle de b par le reste, puis celle du premier reste par le deuxième, et ainsi de suite. Les restes sont des entiers naturels strictement décroissants : on finit par obtenir un reste nul.
Théorème. Le PGCD de a et b est le dernier reste non nul de l'algorithme d'Euclide.
En effet, d'après le lemme d'Euclide, le PGCD ne change pas d'une ligne à la suivante, et à la dernière ligne, PGCD(r;0)=r.
Exemple 16. Calcul de PGCD(924;360).
Division
Reste
924=360×2+204
204
360=204×1+156
156
204=156×1+48
48
156=48×3+12
12
48=12×4+0
0
Le dernier reste non nul est 12 : PGCD(924;360)=12.
Conséquences.
Les diviseurs communs de a et b sont exactement les diviseurs de leur PGCD (ils sont conservés d'une ligne à l'autre de l'algorithme, et à la fin ce sont les diviseurs de r).
Pour tout entier naturel non nul k : PGCD(ka;kb)=kPGCD(a;b) (on multiplie par k toutes les lignes de l'algorithme).
Exemple 17 (partage, situation simplifiée). Une association veut répartir 924 cahiers et 360 stylos en lots identiques, en utilisant tout le matériel, avec le plus grand nombre de lots possible. Le nombre de lots divise 924 et 360 : le plus grand possible est PGCD(924;360)=12. Chaque lot contient 924:12=77 cahiers et 360:12=30 stylos.
3.4 Entiers premiers entre eux
Définition. Deux entiers sont premiers entre eux si leur PGCD est égal à 1 : leurs seuls diviseurs communs sont 1 et −1.
Exemple 18.35=5×7 et 18=2×32 sont premiers entre eux. 77 et 30 aussi.
Propriété. Si d=PGCD(a;b), avec a et b non nuls, alors a=da′ et b=db′, où a′ et b′ sont premiers entre eux.
Démonstration.d=PGCD(da′;db′)=dPGCD(a′;b′), donc PGCD(a′;b′)=1.
Application aux fractions. Une fraction ba est irréductible si a et b sont premiers entre eux. Pour la rendre irréductible, on divise a et b par leur PGCD : 360924=12×3012×77=3077.
3.5 PGCD de plusieurs entiers
Le PGCD de plusieurs entiers est le plus grand de leurs diviseurs communs. On le calcule de proche en proche :
PGCD(a;b;c)=PGCD(PGCD(a;b);c).
Exemple 19.PGCD(924;360;150)=PGCD(12;150)=6, car 150=12×12+6 et 12=6×2.
Théorème (identité de Bézout). Soit a et b deux entiers non tous les deux nuls, et d=PGCD(a;b). Il existe deux entiers relatifs u et v tels que
au+bv=d.
Démonstration (pour a et b naturels, b=0). Dans l'algorithme d'Euclide, chaque reste s'écrit sous la forme au+bv avec u, v entiers. C'est vrai pour a=a×1+b×0 et pour b=a×0+b×1 ; et si deux restes consécutifs r1 et r2 sont de cette forme, le suivant, r3=r1−r2q, l'est aussi. C'est donc vrai pour le dernier reste non nul, qui est d.
Méthode : la remontée de l'algorithme d'Euclide. On écrit chaque reste à partir de la ligne qui le donne, puis on remplace, en remontant, jusqu'à n'avoir plus que a et b.
Exemple 20. Trouver u et v tels que 84u+30v=PGCD(84;30).
L'algorithme d'Euclide donne : 84=30×2+24 ; 30=24×1+6 ; 24=6×4+0. Donc PGCD(84;30)=6. On remonte :
6=30−24×1=30−(84−30×2)=84×(−1)+30×3.
On a donc u=−1 et v=3. Vérification : −84+90=6.
Remarque. Le couple (u;v) n'est pas unique : par exemple 84×4+30×(−11)=336−330=6.
4.2 Théorème de Bézout
Théorème de Bézout. Deux entiers a et b sont premiers entre eux si, et seulement si, il existe deux entiers relatifs u et v tels que
au+bv=1.
Démonstration.
Si PGCD(a;b)=1, c'est l'identité de Bézout.
Réciproquement, si au+bv=1, tout diviseur commun de a et b divise au+bv=1 : c'est 1 ou −1. Donc PGCD(a;b)=1.
Méthode. Pour montrer que deux expressions sont premières entre elles, on cherche une combinaison qui vaut 1 (ou −1).
Exemple 21.
Pour tout entier n : (n+1)×1+n×(−1)=1, donc deux entiers consécutifs sont premiers entre eux.
Pour tout entier n : 3(2n+1)−2(3n+2)=−1, donc (2n+1)×(−3)+(3n+2)×2=1 : 2n+1 et 3n+2 sont premiers entre eux.
4.3 Théorème de Gauss
Théorème de Gauss. Soit a, b et c trois entiers. Si a divise bc et si a est premier avec b, alors a divise c.
Démonstration. Comme PGCD(a;b)=1, il existe u et v tels que au+bv=1. En multipliant par c : c=acu+bcv. Or a divise acu, et a divise bc donc bcv. Donc a divise leur somme, c.
Exemple 22. Si 7 divise 4n, alors 7 divise n, car 7 et 4 sont premiers entre eux.
Attention : l'hypothèse « premiers entre eux » est indispensable.6 divise 4×3=12, mais 6 ne divise ni 4 ni 3.
4.4 Conséquence
Propriété. Si a et b divisent c, et si a et b sont premiers entre eux, alors ab divise c.
Démonstration.c=ak avec k entier. b divise ak et b est premier avec a : d'après le théorème de Gauss, b divise k, donc k=bk′ et c=abk′.
Exemple 23.
Un entier est divisible par 6 si, et seulement si, il est divisible par 2 et par 3 (2 et 3 sont premiers entre eux).
Un entier est divisible par 12 si, et seulement si, il est divisible par 3 et par 4. Mais être divisible par 2 et par 6 ne suffit pas : 6 l'est, et n'est pas divisible par 12. Ici 2 et 6 ne sont pas premiers entre eux.
Dans cette leçon, a et b sont des entiers naturels non nuls, c est un entier naturel, et l'on cherche les couples (x;y) d'entiers relatifs tels que ax+by=c. C'est la compétence exigible du programme : « résoudre dans Z des équations du type ax+by=c où a, b et c sont des entiers naturels ».
5.1 Existence de solutions
Théorème. Soit d=PGCD(a;b). L'équation ax+by=c a des solutions dans Z2 si, et seulement si, d divise c.
Démonstration.
Si (x;y) est une solution, d divise a et b, donc il divise ax+by=c.
Réciproquement, si c=dk, l'identité de Bézout donne u et v tels que au+bv=d ; alors a(uk)+b(vk)=dk=c.
Exemple 24.84x+30y=10 n'a aucune solution entière : PGCD(84;30)=6 ne divise pas 10. En effet, le membre de gauche est toujours un multiple de 6.
5.2 Méthode de résolution
Simplifier. On calcule d=PGCD(a;b). Si d ne divise pas c, il n'y a pas de solution. Sinon, on divise par d : a′x+b′y=c′, avec a′ et b′premiers entre eux.
Trouver une solution particulière(x0;y0), à vue ou par la remontée de l'algorithme d'Euclide (on trouve a′u+b′v=1, puis on multiplie par c′).
Soustraire et appliquer Gauss. Si (x;y) est une solution, on soustrait a′x0+b′y0=c′ :
a′(x−x0)=b′(y0−y).a′ divise b′(y0−y) et a′ est premier avec b′, donc a′ divise y0−y : y0−y=a′k avec k∈Z. En remplaçant, a′(x−x0)=b′a′k, donc x−x0=b′k.
Vérifier et conclure. Réciproquement, pour tout k∈Z, le couple (x0+b′k;y0−a′k) est solution, car a′b′k−b′a′k=0. L'ensemble des solutions est
{(x0+b′k;y0−a′k),k∈Z}.
Exemple 25. Résoudre dans Z2 l'équation 84x+30y=18.
PGCD(84;30)=6 divise 18. On divise par 6 : 14x+5y=3.
Solution particulière : 14×2+5×(−5)=28−25=3, donc (x0;y0)=(2;−5).
Si 14x+5y=3, alors 14(x−2)=5(−5−y). 5 divise 14(x−2) et 5 est premier avec 14, donc 5 divise x−2 : x=2+5k. Alors 14×5k=5(−5−y), d'où y=−5−14k.
Réciproquement, 14(2+5k)+5(−5−14k)=28−25=3. Les solutions sont les couples (2+5k;−5−14k), k∈Z.
Remarque. Une autre solution particulière donne une autre écriture du même ensemble. Avec la remontée, 14×(−1)+5×3=1, donc (x0;y0)=(−3;9) : on obtient (−3+5k;9−14k), qui décrit les mêmes couples (remplacer k par k+1).
5.3 Un problème concret
Exemple 26 (situation simplifiée). Dans une librairie, un cahier coûte 350 F et un stylo 150 F. Une élève a dépensé exactement 2600 F. Combien a-t-elle pu acheter de cahiers et de stylos ?
On note x le nombre de cahiers et y le nombre de stylos : 350x+150y=2600. En divisant par 50 : 7x+3y=52, avec PGCD(7;3)=1.
Solution particulière : 7×1+3×15=52.
Comme ci-dessus, les solutions dans Z2 sont x=1+3k et y=15−7k, k∈Z.
Ici x et y sont des entiers naturels : 1+3k≥0 donne k≥0, et 15−7k≥0 donne k≤2.
k
0
1
2
cahiers x
1
4
7
stylos y
15
8
1
Il y a trois possibilités.
5.4 Équations avec des congruences
Pour résoudre ax≡b[n], deux méthodes :
le tableau des restes : on essaie les n restes possibles de x ;
multiplier par un « inverse » : on cherche un entier a′ tel que aa′≡1[n] (il existe quand a et n sont premiers entre eux, d'après le théorème de Bézout), et on multiplie les deux membres par a′.
Exemple 27. Résoudre dans Z : 3x≡2[7].
3×5=15≡1[7]. Si 3x≡2[7], en multipliant par 5 : 15x≡10[7], soit x≡3[7]. Réciproquement, si x≡3[7], alors 3x≡9≡2[7]. Les solutions sont les entiers x=3+7k, k∈Z.
Le tableau des restes donne le même résultat :
x modulo 7
0
1
2
3
4
5
6
3x modulo 7
0
3
6
2
5
1
4
Lien avec la leçon.3x≡2[7] signifie 3x=2+7m avec m entier, c'est-à-dire 3x+7y=2 en posant y=−m : c'est une équation du type ax+by=c.
Définition. Un entier naturel p est premier s'il a exactement deux diviseurs positifs : 1 et lui-même. Ainsi 0 et 1 ne sont pas premiers.
Les nombres premiers inférieurs à 50 sont : 2, 3, 5, 7, 11, 13, 17, 19, 23, 29, 31, 37, 41, 43, 47.
Propriété. Tout entier n≥2 a au moins un diviseur premier : son plus petit diviseur supérieur ou égal à 2. Si de plus n n'est pas premier, il a un diviseur premier p tel que p2≤n.
Démonstration. Soit p le plus petit diviseur de n supérieur ou égal à 2. Si p n'était pas premier, il aurait un diviseur d avec 2≤d<p, qui diviserait aussi n : impossible. Si n n'est pas premier, n=pm avec m≥p (car m est aussi un diviseur de n supérieur ou égal à 2), donc n≥p2.
Méthode : test de primalité. Un entier n≥2 est premier si, et seulement si, il n'est divisible par aucun nombre premier p tel que p≤n.
Exemple 28.
211 : 211≈14,5. 211 n'est divisible ni par 2, ni par 3, ni par 5, ni par 7, ni par 11, ni par 13 : il est premier.
221 : 221≈14,9, et 221=13×17 : il n'est pas premier.
Propriété. Soit p un nombre premier.
Si p ne divise pas un entier a, alors p et a sont premiers entre eux (le seul diviseur positif commun possible est 1).
Si p divise un produit ab, alors p divise a ou p divise b.
Démonstration du second point. Si p ne divise pas a, il est premier avec a ; comme il divise ab, le théorème de Gauss donne p∣b.
Complément. Il existe une infinité de nombres premiers. En effet, si p1, p2, …, pk étaient tous les nombres premiers, l'entier N=p1p2⋯pk+1 aurait un diviseur premier pi ; pi diviserait alors N−p1p2⋯pk=1, ce qui est impossible.
6.2 Décomposition en produit de facteurs premiers
Théorème (admis). Tout entier n≥2 s'écrit comme un produit de nombres premiers :
n=p1α1p2α2⋯pkαk,
où p1<p2<⋯<pk sont des nombres premiers et α1, …, αk des entiers naturels non nuls. Cette écriture est unique.
Méthode. On divise par 2 autant de fois que possible, puis par 3, par 5, par 7, et ainsi de suite, jusqu'à obtenir 1.
Exemple 29.
2520
2
1260
2
630
2
315
3
105
3
35
5
7
7
1
Donc 2520=23×32×5×7. De même, 924=22×3×7×11 et 360=23×32×5.
Conséquence : les diviseurs. Les diviseurs positifs de n=p1α1⋯pkαk sont les entiers p1β1⋯pkβk avec 0≤βi≤αi pour chaque i. Il y en a (α1+1)(α2+1)⋯(αk+1). Par exemple, 2520 a 4×3×2×2=48 diviseurs positifs.
6.3 PGCD par la décomposition
Méthode. On décompose les entiers en facteurs premiers. Le PGCD est le produit des facteurs premiers communs, chacun avec le plus petit exposant. Cette méthode vaut aussi pour plusieurs entiers.
Exemple 30.924=22×3×7×11 et 360=23×32×5. Les facteurs communs sont 2 et 3 ; on prend 22 et 31 : PGCD(924;360)=22×3=12. On retrouve le résultat de l'algorithme d'Euclide.
Exemple 31.12=22×3, 18=2×32 et 30=2×3×5, donc PGCD(12;18;30)=2×3=6.
Définition. Soit a et b deux entiers non nuls. Le plus petit commun multiple de a et b est le plus petit entier strictement positif qui est à la fois multiple de a et de b. On le note PPCM(a;b), ou a∨b. On définit de même le PPCM de plusieurs entiers non nuls.
Exemple 32. Les multiples positifs de 12 sont 12, 24, 36, 48… ; ceux de 18 sont 18, 36, 54… Le premier multiple commun est 36 : PPCM(12;18)=36.
Propriété. Les multiples communs de a et b sont exactement les multiples de PPCM(a;b).
Démonstration. Notons m=PPCM(a;b). Tout multiple de m est un multiple de a et de b. Réciproquement, soit M un multiple commun de a et b ; la division euclidienne donne M=mq+r avec 0≤r<m. Alors r=M−mq est aussi un multiple commun de a et b. Comme r<m et que m est le plus petit multiple commun strictement positif, r=0 : M est un multiple de m.
7.2 PPCM par la décomposition
Méthode. Le PPCM est le produit de tous les facteurs premiers qui apparaissent dans les décompositions, chacun avec le plus grand exposant. Cette méthode vaut pour plusieurs entiers.
Exemple 33.924=22×3×7×11 et 360=23×32×5, donc PPCM(924;360)=23×32×5×7×11=27720.
Propriété. Pour deux entiers naturels non nuls a et b :
PGCD(a;b)×PPCM(a;b)=a×b.
Justification. Pour chaque nombre premier, le plus petit et le plus grand des deux exposants ont pour somme la somme des deux exposants. Vérification : 12×27720=332640=924×360.
Attention : cette égalité n'est vraie que pour deux entiers.
Exemple 34 (situation simplifiée). À une gare routière, trois lignes de cars partent respectivement toutes les 12, 18 et 30 minutes. Les trois cars sont partis ensemble à 6 h. À quelle heure repartiront-ils ensemble pour la première fois ?
Le temps cherché, en minutes, est un multiple commun de 12=22×3, 18=2×32 et 30=2×3×5 : le plus petit est PPCM(12;18;30)=22×32×5=180. Ils repartiront ensemble 180 minutes plus tard, soit à 9 h.
7.3 Petit théorème de Fermat
Théorème (petit théorème de Fermat, admis). Soit p un nombre premier. Pour tout entier naturel non nul x :
xp≡x[p].
C'est la forme donnée par le programme, qui indique qu'« on pourra utiliser » ce théorème.
Conséquence. Si de plus p ne divise pas x, alors
xp−1≡1[p].
Démonstration.p divise xp−x=x(xp−1−1). Comme p ne divise pas x, p est premier avec x ; d'après le théorème de Gauss, p divise xp−1−1.
Exemple 35. Reste de 32026 dans la division par 7.
7 est premier et ne divise pas 3, donc 36≡1[7]. On divise l'exposant par 6 : 2026=6×337+4. Donc
32026=(36)337×34≡1×81[7],81=7×11+4.
Le reste est 4.
Exemple 36. Pour tout entier naturel non nul n, n5−n est divisible par 5 : c'est le petit théorème de Fermat avec p=5. On a aussi 2100≡2[7] (exemple 10) : le petit théorème de Fermat donne 26≡1[7], et 100=6×16+4, donc 2100≡24=16≡2[7].
Notre écriture des nombres est positionnelle : la valeur d'un chiffre dépend de sa place. Par exemple
2026=2×103+0×102+2×101+6×100.
Les chiffres sont 0, 1, …, 9 : il y en a dix, autant que la base.
8.2 Écriture en base b
Théorème (admis). Soit b un entier, b≥2. Tout entier naturel non nul n s'écrit de façon uniquen=akbk+ak−1bk−1+⋯+a1b+a0,
où les chiffresa0, a1, …, ak sont des entiers tels que 0≤ai≤b−1, avec ak=0. On note n=akak−1…a1a0b.
On rencontre aussi la notation (ak…a0)b. Sans indication, un nombre est écrit en base dix.
Base
Chiffres
deux (binaire)
0, 1
cinq
0, 1, 2, 3, 4
dix (décimale)
0 à 9
seize (hexadécimale)
0 à 9, puis A=10, B=11, C=12, D=13, E=14, F=15
8.3 Passer de la base b à la base dix
On développe avec les puissances de b.
Exemple 37.
101102=1×24+0×23+1×22+1×2+0=16+4+2=22 ;
34125=3×53+4×52+1×5+2=375+100+5+2=482 ;
7EA16=7×162+14×16+10=1792+224+10=2026.
8.4 Passer de la base dix à la base b : les divisions successives
n=akbk+⋯+a1b+a0=b(akbk−1+⋯+a1)+a0 avec 0≤a0<b : le dernier chiffre a0 est le reste de la division euclidienne de n par b. On recommence avec le quotient, qui donne a1, et ainsi de suite jusqu'à un quotient nul.
Méthode. On divise n par b, puis le quotient par b, et ainsi de suite jusqu'à obtenir un quotient nul. On lit les restes du dernier au premier.
Exemple 38.45 en base deux.
Division
Reste
45=2×22+1
1
22=2×11+0
0
11=2×5+1
1
5=2×2+1
1
2=2×1+0
0
1=2×0+1
1
En lisant les restes de bas en haut : 45=1011012. Vérification : 32+8+4+1=45.
Exemple 39.2026 en base seize : 2026=16×126+10, 126=16×7+14, 7=16×0+7. Les restes, lus de bas en haut, sont 7, 14, 10 : 2026=7EA16.
En base cinq : 2026=311015 ; en base deux : 2026=111111010102.
8.5 De la base deux à la base seize
Comme 16=24, chaque chiffre hexadécimal correspond à un paquet de quatre chiffres binaires. On groupe les chiffres binaires par quatre à partir de la droite, et on traduit chaque paquet.
Exemple 40.111111010102 : on groupe 70111E1110A1010 (on complète à gauche par un 0). On retrouve 7EA16.
En informatique. Un ordinateur travaille en binaire : un bit vaut 0 ou 1, et un octet est une suite de 8 bits. Un octet s'écrit avec deux chiffres hexadécimaux ; sa plus grande valeur est 111111112=FF16=255. L'hexadécimal sert ainsi à écrire de façon courte de longues suites de bits.
8.6 Numération et congruences
L'écriture en base b se combine avec les congruences.
Modulo b, un entier est congru à son dernier chiffre : n≡a0[b]. Ainsi un entier écrit en base deux est pair si, et seulement si, son dernier chiffre est 0.
En base cinq, 5≡1[4] : un entier est congru modulo 4 à la somme de ses chiffres en base cinq. Par exemple, 34125 a pour somme des chiffres 10≡2[4], et en effet 482=4×120+2.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
b∣a s'il existe k∈Z tel que a=kb. Si a∣b et a∣c, alors a∣bu+cv.
Division euclidienne : a=bq+r avec 0≤r<∣b∣ ; le reste n'est jamais négatif.
a≡b[n] si, et seulement si, n∣a−b. Les congruences se somment, se multiplient et s'élèvent à une puissance, mais ne se divisent pas.
Pour les restes de grandes puissances, on cherche une puissance congrue à 1 et on divise l'exposant.
Algorithme d'Euclide : PGCD(a;b)=PGCD(b;r) ; le PGCD est le dernier reste non nul.
Bézout : il existe u, v tels que au+bv=PGCD(a;b) ; a et b sont premiers entre eux si, et seulement si, au+bv=1 a une solution.
Gauss : si a∣bc et PGCD(a;b)=1, alors a∣c.
ax+by=c a des solutions si, et seulement si, PGCD(a;b)∣c. Méthode : simplifier, solution particulière, Gauss : (x0+b′k;y0−a′k).
Décomposition en facteurs premiers : PGCD avec les plus petits exposants communs, PPCM avec les plus grands exposants. PGCD(a;b)×PPCM(a;b)=ab.
Petit théorème de Fermat : xp≡x[p] ; si p∤x, xp−1≡1[p].
Base b : n=ak…a0b=akbk+⋯+a0. Pour écrire n en base b, divisions successives par b et lecture des restes de bas en haut. Base deux vers base seize : paquets de quatre chiffres.
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