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Leçon 3

Forme exponentielle, formule de Moivre, racines n-ièmes

Vidéo 3 : Forme exponentielle, formule de Moivre, racines n-ièmes · 4 min 03 s · sous-titres en français

Le cours écrit

3.1 La notation eiθe^{i\theta}

Notation (programme officiel). Pour tout réel θ\theta, on note eiθ=cos⁡θ+isin⁡θ.e^{i\theta} = \cos\theta + i\sin\theta. C'est le complexe de module 11 et d'argument θ\theta : son image est le point du cercle trigonométrique associé à θ\theta.

Exemple 1. ei0=1e^{i0} = 1, eiπ2=ie^{i\frac{\pi}{2}} = i, eiπ=−1e^{i\pi} = -1, e−iπ2=−ie^{-i\frac{\pi}{2}} = -i, e2iπ=1e^{2i\pi} = 1, eiπ3=12+i 32e^{i\frac{\pi}{3}} = \dfrac12 + i\,\dfrac{\sqrt3}{2}.

Propriété fondamentale. Pour tous réels θ\theta et θ′\theta' : eiθ×eiθ′=ei(θ+θ′).e^{i\theta} \times e^{i\theta'} = e^{i(\theta + \theta')}.

Démonstration. On développe, puis on reconnaît les formules d'addition de Première : (cos⁡θ+isin⁡θ)(cos⁡θ′+isin⁡θ′)=(cos⁡θcos⁡θ′−sin⁡θsin⁡θ′)+i(sin⁡θcos⁡θ′+cos⁡θsin⁡θ′)=cos⁡(θ+θ′)+isin⁡(θ+θ′).(\cos\theta + i\sin\theta)(\cos\theta' + i\sin\theta') = (\cos\theta\cos\theta' - \sin\theta\sin\theta') + i(\sin\theta\cos\theta' + \cos\theta\sin\theta') = \cos(\theta + \theta') + i\sin(\theta + \theta').

Conséquences. Pour tous réels θ\theta, θ′\theta' et tout entier nn : 1eiθ=e−iθ=eiθ‾eiθeiθ′=ei(θ−θ′)(eiθ)n=einθ.\frac{1}{e^{i\theta}} = e^{-i\theta} = \overline{e^{i\theta}} \qquad \frac{e^{i\theta}}{e^{i\theta'}} = e^{i(\theta - \theta')} \qquad \left(e^{i\theta}\right)^n = e^{in\theta}. Ces règles sont celles des puissances : c'est ce qui justifie la notation.

3.2 La forme exponentielle

Définition. Tout complexe non nul zz, de module rr et d'argument θ\theta, s'écrit z=r eiθ,r>0.z = r\,e^{i\theta}, \qquad r > 0. C'est la forme exponentielle de zz (notation r eiθr\,e^{i\theta} du programme).

Exemple 2. 1+i3=2eiπ31 + i\sqrt3 = 2e^{i\frac{\pi}{3}}, −1+i=2 ei3π4-1 + i = \sqrt2\,e^{i\frac{3\pi}{4}}, −3=3eiπ-3 = 3e^{i\pi}, 3−i=2e−iπ6\sqrt3 - i = 2e^{-i\frac{\pi}{6}}.

Propriétés. Si z=r eiθz = r\,e^{i\theta} et z′=r′ eiθ′z' = r'\,e^{i\theta'}, alors, pour tout entier nn : z z′=rr′ ei(θ+θ′)zz′=rr′ ei(θ−θ′)zn=rn einθz‾=r e−iθ.z\,z' = rr'\,e^{i(\theta + \theta')} \qquad \frac{z}{z'} = \frac{r}{r'}\,e^{i(\theta - \theta')} \qquad z^n = r^n\,e^{in\theta} \qquad \overline{z} = r\,e^{-i\theta}. Autrement dit, les modules se multiplient et les arguments s'ajoutent : arg⁡(z z′)=arg⁡z+arg⁡z′arg⁡zz′=arg⁡z−arg⁡z′arg⁡(zn)=narg⁡z[2π].\arg(z\,z') = \arg z + \arg z' \qquad \arg\frac{z}{z'} = \arg z - \arg z' \qquad \arg(z^n) = n\arg z \qquad [2\pi].

Exemple 3 (une formule de trigonométrie). Soit z1=1+i=2 eiπ4z_1 = 1 + i = \sqrt2\,e^{i\frac{\pi}{4}} et z2=3−i=2e−iπ6z_2 = \sqrt3 - i = 2e^{-i\frac{\pi}{6}}.

  • Forme exponentielle : z1z2=22 ei(π4−π6)=22 eiπ12z_1 z_2 = 2\sqrt2\,e^{i\left(\frac{\pi}{4} - \frac{\pi}{6}\right)} = 2\sqrt2\,e^{i\frac{\pi}{12}}.
  • Forme algébrique : z1z2=(1+i)(3−i)=3−i+i3−i2=(3+1)+i(3−1)z_1 z_2 = (1 + i)(\sqrt3 - i) = \sqrt3 - i + i\sqrt3 - i^2 = \left(\sqrt3 + 1\right) + i\left(\sqrt3 - 1\right).

En identifiant les parties réelles et imaginaires de 22(cos⁡π12+isin⁡π12)2\sqrt2\left(\cos\frac{\pi}{12} + i\sin\frac{\pi}{12}\right) : cos⁡π12=3+122=6+24sin⁡π12=3−122=6−24.\cos\frac{\pi}{12} = \frac{\sqrt3 + 1}{2\sqrt2} = \frac{\sqrt6 + \sqrt2}{4} \qquad \sin\frac{\pi}{12} = \frac{\sqrt3 - 1}{2\sqrt2} = \frac{\sqrt6 - \sqrt2}{4}.

3.3 La formule de Moivre

Théorème (formule de Moivre). Pour tout réel θ\theta et tout entier nn : (cos⁡θ+isin⁡θ)n=cos⁡(nθ)+isin⁡(nθ),c’est-aˋ-dire(eiθ)n=einθ.(\cos\theta + i\sin\theta)^n = \cos(n\theta) + i\sin(n\theta), \qquad\text{c'est-à-dire}\qquad \left(e^{i\theta}\right)^n = e^{in\theta}.

Démonstration. Pour nn entier naturel, par récurrence à partir de la propriété fondamentale : (eiθ)n+1=(eiθ)neiθ=einθeiθ=ei(n+1)θ\left(e^{i\theta}\right)^{n+1} = \left(e^{i\theta}\right)^n e^{i\theta} = e^{in\theta}e^{i\theta} = e^{i(n+1)\theta}. Pour nn négatif, on passe à l'inverse.

Méthode. Pour calculer une puissance, on passe par la forme exponentielle.

Exemple 4. (1+i)8=(2 eiπ4)8=(2)8ei8π4=16 e2iπ=16.(1 + i)^8 = \left(\sqrt2\,e^{i\frac{\pi}{4}}\right)^8 = \left(\sqrt2\right)^8 e^{i\frac{8\pi}{4}} = 16\,e^{2i\pi} = 16.

Exemple 5. Pour quels entiers naturels nn le nombre (1+i3)n\left(1 + i\sqrt3\right)^n est-il réel ?

(1+i3)n=2neinπ3\left(1 + i\sqrt3\right)^n = 2^n e^{i\frac{n\pi}{3}}. Un complexe non nul est réel si et seulement si un de ses arguments est un multiple de π\pi. Il faut donc nπ3=kπ\dfrac{n\pi}{3} = k\pi, avec kk entier, c'est-à-dire nn multiple de 33. Par exemple (1+i3)3=8eiπ=−8\left(1 + i\sqrt3\right)^3 = 8e^{i\pi} = -8 et (1+i3)6=64\left(1 + i\sqrt3\right)^6 = 64.

3.4 Racines n-ièmes de l'unité

Définition. Soit nn un entier, n≥2n \geq 2. On appelle racine nn-ième de l'unité tout complexe zz tel que zn=1z^n = 1.

Théorème. Il y a exactement nn racines nn-ièmes de l'unité : ωk=ei2kπn,k=0,1,…,n−1.\omega_k = e^{i\frac{2k\pi}{n}}, \qquad k = 0, 1, \dots, n - 1.

Démonstration. z=0z = 0 n'est pas solution. On écrit z=r eiθz = r\,e^{i\theta} avec r>0r > 0. Alors zn=1  ⟺  rneinθ=1 ei0  ⟺  rn=1 et nθ=0 [2π]  ⟺  r=1 et θ=2kπn, k∈Z.z^n = 1 \iff r^n e^{in\theta} = 1\,e^{i0} \iff r^n = 1 \text{ et } n\theta = 0\ [2\pi] \iff r = 1 \text{ et } \theta = \frac{2k\pi}{n},\ k \in \mathbb{Z}. Quand kk augmente de nn, θ\theta augmente de 2π2\pi et on retrouve le même complexe : il suffit de prendre k=0,1,…,n−1k = 0, 1, \dots, n - 1, qui donnent nn points distincts du cercle trigonométrique.

Interprétation géométrique. Les images des racines nn-ièmes de l'unité sont les sommets d'un polygone régulier à nn côtés, inscrit dans le cercle trigonométrique, dont un sommet est le point d'affixe 11 : deux sommets consécutifs sont séparés d'un angle 2πn\dfrac{2\pi}{n}.

Exemple 6 (n=3n = 3). Les racines cubiques de l'unité sont 11, j=ei2π3=−12+i 32j = e^{i\frac{2\pi}{3}} = -\dfrac12 + i\,\dfrac{\sqrt3}{2} et j2=ei4π3=−12−i 32=j‾j^2 = e^{i\frac{4\pi}{3}} = -\dfrac12 - i\,\dfrac{\sqrt3}{2} = \overline{j}. Leurs images forment un triangle équilatéral. On vérifie que 1+j+j2=01 + j + j^2 = 0.

Exemple 7 (n=4n = 4). Les racines quatrièmes de l'unité sont 11, ii, −1-1, −i-i : un carré.

3.5 Racines n-ièmes d'un nombre complexe

Théorème. Soit Z=R eiαZ = R\,e^{i\alpha} un complexe non nul (R>0R > 0) et n≥2n \geq 2. L'équation zn=Zz^n = Z a exactement nn solutions : zk=Rn  ei(αn+2kπn),k=0,1,…,n−1,z_k = \sqrt[n]{R}\;e^{i\left(\frac{\alpha}{n} + \frac{2k\pi}{n}\right)}, \qquad k = 0, 1, \dots, n - 1, où Rn=R1n\sqrt[n]{R} = R^{\frac1n} est la racine nn-ième du réel positif RR (chapitre 3).

Démonstration. Avec z=r eiθz = r\,e^{i\theta} : rneinθ=R eiα  ⟺  rn=Rr^n e^{in\theta} = R\,e^{i\alpha} \iff r^n = R et nθ=α [2π]  ⟺  r=Rnn\theta = \alpha\ [2\pi] \iff r = \sqrt[n]{R} et θ=αn+2kπn\theta = \dfrac{\alpha}{n} + \dfrac{2k\pi}{n}.

Les images des zkz_k sont les sommets d'un polygone régulier à nn côtés, inscrit dans le cercle de centre OO et de rayon Rn\sqrt[n]{R}. Si z0z_0 est l'une des racines, les autres s'obtiennent en multipliant z0z_0 par les racines nn-ièmes de l'unité.

Exemple 8. Racines cubiques de 8i8i. On a 8i=8eiπ28i = 8e^{i\frac{\pi}{2}}, donc r=83=2r = \sqrt[3]{8} = 2 et θ=π6+2kπ3\theta = \dfrac{\pi}{6} + \dfrac{2k\pi}{3} : z0=2eiπ6=3+iz1=2ei5π6=−3+iz2=2ei3π2=−2i.z_0 = 2e^{i\frac{\pi}{6}} = \sqrt3 + i \qquad z_1 = 2e^{i\frac{5\pi}{6}} = -\sqrt3 + i \qquad z_2 = 2e^{i\frac{3\pi}{2}} = -2i. Vérification : (−2i)3=−8i3=8i(-2i)^3 = -8i^3 = 8i. Les trois points forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de centre OO et de rayon 22.

Cas n=2n = 2. Les deux racines carrées de Z=R eiαZ = R\,e^{i\alpha} sont R eiα2\sqrt{R}\,e^{i\frac{\alpha}{2}} et son opposé −R eiα2-\sqrt{R}\,e^{i\frac{\alpha}{2}}. Quand l'argument de ZZ n'est pas un angle remarquable, on utilise la méthode algébrique de la leçon 5.

Lire le cours complet du chapitre

Exercices 4 et 5

  • Exercice 4 : forme exponentielle et formule de Moivre
  • Exercice 5 : racines n-ièmes

Exercices du chapitre (PDF, 465 Ko)

Corrigés

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Corrigés du chapitre (PDF, 833 Ko)

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