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Leçon 9S1 · S3 · S1A

Espace probabilisé et probabilité produit

Le cours écrit

9.1 Un peu d'histoire

Le calcul des probabilités est né des jeux de hasard. En 1654, Blaise Pascal et Pierre de Fermat échangent des lettres sur des problèmes posés par un joueur, le chevalier de Méré : comment partager équitablement les mises d'une partie interrompue ? Est-il avantageux de parier sur « au moins un double six en 2424 lancers de deux dés » ? Christiaan Huygens publie peu après le premier traité sur le sujet. Jacques Bernoulli étudie la stabilisation des fréquences (son livre paraît en 1713), puis Pierre-Simon de Laplace fait des probabilités une vraie théorie (1812). En 1933, Andreï Kolmogorov donne la définition axiomatique utilisée aujourd'hui. Les probabilités sont désormais partout : médecine, assurance, économie, météorologie, télécommunications, contrôle de qualité.

9.2 Définition axiomatique

L'ensemble de toutes les parties de Ω\Omega (les événements) se note P(Ω)\mathcal{P}(\Omega).

Définition. Une probabilité sur Ω\Omega est une application PP de P(Ω)\mathcal{P}(\Omega) dans [0 ;1][0\,;1] telle que :

  1. P(Ω)=1P(\Omega) = 1 et P(∅)=0P(\varnothing) = 0 ;
  2. si A1A_1, A2A_2, …, AnA_n sont des événements deux à deux disjoints, alors P(A1∪A2∪⋯∪An)=P(A1)+P(A2)+⋯+P(An).P(A_1 \cup A_2 \cup \dots \cup A_n) = P(A_1) + P(A_2) + \dots + P(A_n).

Le triplet (Ω,P(Ω),P)\big(\Omega, \mathcal{P}(\Omega), P\big) est appelé un espace probabilisé fini.

Conséquences, démontrées à partir des axiomes.

  • Événements élémentaires. Un événement A={ω1 ;… ;ωk}A = \{\omega_1\,;\dots\,;\omega_k\} est la réunion disjointe des {ωj}\{\omega_j\}, donc P(A)=∑P({ωj})P(A) = \sum P(\{\omega_j\}) : une probabilité est entièrement déterminée par les probabilités des événements élémentaires, dont la somme vaut P(Ω)=1P(\Omega) = 1. On retrouve la définition de la leçon 1.
  • Contraire. AA et A‾\overline{A} sont disjoints et A∪A‾=ΩA \cup \overline{A} = \Omega : P(A)+P(A‾)=1P(A) + P(\overline{A}) = 1.
  • Inclusion. Si A⊂BA \subset B, alors BB est la réunion disjointe de AA et de B∩A‾B \cap \overline{A}, donc P(B)=P(A)+P(B∩A‾)≥P(A)P(B) = P(A) + P(B \cap \overline{A}) \geq P(A).
  • Réunion. A∪BA \cup B est la réunion disjointe de AA et de B∩A‾B \cap \overline{A}, et BB celle de A∩BA \cap B et de B∩A‾B \cap \overline{A}. Donc P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B)P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B).

Exemple 1. Sur Ω={a ;b ;c}\Omega = \{a\,;b\,;c\}, on veut P({a})=0,5P(\{a\}) = 0{,}5 et P({a ;b})=0,7P(\{a\,;b\}) = 0{,}7. Les axiomes imposent P({b})=0,7−0,5=0,2P(\{b\}) = 0{,}7 - 0{,}5 = 0{,}2 et P({c})=1−0,7=0,3P(\{c\}) = 1 - 0{,}7 = 0{,}3 : il existe une seule probabilité qui convient.

Probabilité conditionnelle. Si P(B)≠0P(B) \neq 0, l'application A↦P(A/B)A \mapsto P(A/B) vérifie les axiomes : P(Ω/B)=P(B)P(B)=1P(\Omega/B) = \dfrac{P(B)}{P(B)} = 1, P(∅/B)=0P(\varnothing/B) = 0, et pour A1A_1, …, AnA_n deux à deux disjoints, les Ai∩BA_i \cap B le sont aussi, ce qui donne l'additivité. C'est donc une probabilité sur Ω\Omega ; toutes les conséquences ci-dessus s'appliquent à elle.

9.3 Probabilité produit

On réalise deux expériences aléatoires indépendantes : la première a pour univers Ω1\Omega_1, muni d'une probabilité P1P_1, la seconde a pour univers Ω2\Omega_2, muni d'une probabilité P2P_2. Le résultat global est un couple (a ;b)(a\,;b) de l'univers produit Ω=Ω1×Ω2\Omega = \Omega_1 \times \Omega_2.

Définition. La probabilité produit sur Ω1×Ω2\Omega_1 \times \Omega_2 est la probabilité PP définie sur les événements élémentaires par P({(a ;b)})=P1({a})×P2({b}).P\big(\{(a\,;b)\}\big) = P_1(\{a\}) \times P_2(\{b\}).

C'est bien une probabilité. Les nombres P1({a}) P2({b})P_1(\{a\})\,P_2(\{b\}) sont dans [0 ;1][0\,;1], et leur somme sur tous les couples vaut ∑a∈Ω1∑b∈Ω2P1({a}) P2({b})=(∑aP1({a}))(∑bP2({b}))=1×1=1.\sum_{a \in \Omega_1}\sum_{b \in \Omega_2} P_1(\{a\})\,P_2(\{b\}) = \Big(\sum_{a} P_1(\{a\})\Big)\Big(\sum_{b} P_2(\{b\})\Big) = 1 \times 1 = 1.

Propriété. Pour A1⊂Ω1A_1 \subset \Omega_1 et A2⊂Ω2A_2 \subset \Omega_2 : P(A1×A2)=P1(A1)×P2(A2)P(A_1 \times A_2) = P_1(A_1) \times P_2(A_2). En particulier, l'événement « A1A_1 à la première expérience » (A1×Ω2A_1 \times \Omega_2) et l'événement « A2A_2 à la seconde » (Ω1×A2\Omega_1 \times A_2) sont indépendants.

Démonstration. On factorise la double somme comme ci-dessus : P(A1×A2)=∑a∈A1∑b∈A2P1({a})P2({b})=P1(A1) P2(A2)P(A_1 \times A_2) = \sum_{a \in A_1}\sum_{b \in A_2} P_1(\{a\})P_2(\{b\}) = P_1(A_1)\,P_2(A_2). Avec A2=Ω2A_2 = \Omega_2 puis A1=Ω1A_1 = \Omega_1, on obtient P(A1×Ω2)=P1(A1)P(A_1 \times \Omega_2) = P_1(A_1) et P(Ω1×A2)=P2(A2)P(\Omega_1 \times A_2) = P_2(A_2) ; or l'intersection de ces deux événements est A1×A2A_1 \times A_2.

Exemple 2. On lance un dé équilibré, puis une pièce truquée qui tombe sur pile avec la probabilité 23\frac23. L'univers produit compte 6×2=126 \times 2 = 12 couples, qui ne sont pas équiprobables : P({(6 ;pile)})=16×23=19P\big(\{(6\,;\text{pile})\}\big) = \dfrac16 \times \dfrac23 = \dfrac19, alors que P({(6 ;face)})=16×13=118P\big(\{(6\,;\text{face})\}\big) = \dfrac16 \times \dfrac13 = \dfrac{1}{18}. Et P(« pair, puis face »)=12×13=16P(\text{« pair, puis face »}) = \dfrac12 \times \dfrac13 = \dfrac16.

Généralisation. Pour nn expériences indépendantes, on définit de même la probabilité produit sur Ω1×⋯×Ωn\Omega_1 \times \dots \times \Omega_n. Le schéma de Bernoulli (leçon 7) en est l'exemple principal : sur {S ;S‾}n\{S\,;\overline{S}\}^n, une suite comportant kk succès a pour probabilité pkqn−kp^k q^{n-k}. C'est ce qui justifie la règle « on multiplie les branches » utilisée pour les épreuves successives indépendantes (leçon 4).

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Exercice 14

  • Exercice 14 : espace probabilisé et probabilité produit

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