La notion de limite est nouvelle : en Seconde, elle n'était pas au programme. Comme le demandent les programmes de Première, on l'aborde de façon intuitive, sur des exemples, des tableaux de valeurs et des graphiques, sans théorie. Les théorèmes du chapitre sont admis. Une fois les notions comprises, on les utilise avec rigueur et précision.
On s'appuie sur la Seconde (fonctions de référence : carré, cube, inverse, racine carrée, fonctions homographiques, partie entière, valeur absolue ; factorisation d'un polynôme par x−a ; signe d'un polynôme et d'une fraction rationnelle) et sur le chapitre 1 (fonctions associées par translation, fonctions composées).
Dans tout le chapitre, f est une fonction numérique d'ensemble de définition Df, et Cf est sa courbe représentative dans un repère du plan.
Soit f(x)=x−1x2−1. Elle n'est pas définie en 1, car le dénominateur s'annule. Que se passe-t-il quand x s'approche de 1 ? Calculons quelques valeurs.
x
0,9
0,99
0,999
1
1,001
1,01
1,1
f(x)
1,9
1,99
1,999
non définie
2,001
2,01
2,1
Les valeurs de f(x) se rapprochent de 2. On le comprend en factorisant : pour x=1, x2−1=(x−1)(x+1), donc
f(x)=x−1(x−1)(x+1)=x+1.
La courbe de f est la droite d'équation y=x+1, privée du point(1;2) : elle a un « trou » en ce point. Quand x s'approche de 1, le point M(x;f(x)) de la courbe s'approche du point (1;2).
1.2 La notion de limite
Définition (approche intuitive, texte du programme). Dire que « la fonction f admet pour limite le nombre réel ℓ au point a » signifie que les valeurs de f(x) peuvent être aussi proches de ℓ que l'on veut, à condition que les valeurs de x soient suffisamment proches de a en restant différentes de a.
Notation. On écrit
limx→af(x)=ℓoulimaf=ℓ.
On lit : « la limite de f(x) quand x tend vers a est égale à ℓ ».
Avec l'exemple 1.1 : x→1limx−1x2−1=2.
Remarques.
La fonction n'a pas besoin d'être définie en a : dans l'exemple, f(1) n'existe pas. En revanche, elle doit être définie en des points aussi proches de a que l'on veut (par exemple sur un intervalle autour de a, sauf peut-être en a).
Les x restent différents de a : si f(a) existe, sa valeur n'intervient pas dans la limite.
Interprétation graphique.x→alimf(x)=ℓ signifie que, quand x s'approche de a, le point M(x;f(x)) de la courbe s'approche du point de coordonnées (a;ℓ). Si l'on trace une bande horizontale, aussi étroite que l'on veut, autour de la droite y=ℓ, la partie de la courbe située au-dessus d'un intervalle assez petit autour de a (sauf en a) reste dans cette bande.
Propriété (admise). Si une fonction admet une limite en a, cette limite est unique.
1.3 Les fonctions usuelles en un point de leur ensemble de définition
Propriété (admise). Soit f une fonction polynôme, une fonction rationnelle (en particulier homographique), ou la fonction racine carrée, et a un réel tel que f soit définie sur un intervalle ouvert contenant a. Alors
limx→af(x)=f(a).
En particulier, pour toute constante c, x→alimc=c, et x→alimx=a.
Exemple 1.x→2lim(x3−3x+1)=23−3×2+1=3.
Exemple 2.x→−1limx−32x+1=−1−3−2+1=−4−1=41.
Exemple 3.x→9limx=9=3.
Pour la racine carrée en 0, on ne peut s'approcher de 0 que par la droite : ce cas est traité dans la leçon 2.
1.4 Quand la fonction n'est pas définie en a
Si f n'est pas définie en a, on ne peut pas remplacer x par a. On transforme d'abord l'écriture de f(x), comme dans l'exemple 1.1.
Exemple 4. Calculer x→2limx−2x2+x−6.
En 2, le numérateur et le dénominateur s'annulent. Comme 2 est une racine de x2+x−6, on factorise par x−2 : x2+x−6=(x−2)(x+3). Pour x=2,
x−2x2+x−6=x+3,donclimx→2x−2x2+x−6=2+3=5.
On peut s'approcher de a par des valeurs inférieures à a (à gauche de a) ou par des valeurs supérieures à a (à droite de a). L'introduction se fait comme pour la limite.
Exemple de la partie entière. On note E(x) la partie entière de x (Seconde) : c'est le plus grand entier inférieur ou égal à x.
Pour x∈[0;1[, E(x)=0 : quand x tend vers 1 en restant inférieur à 1, E(x) tend vers 0.
Pour x∈[1;2[, E(x)=1 : quand x tend vers 1 en restant supérieur à 1, E(x) tend vers 1.
La courbe de E est un « escalier » : en 1, elle fait un saut.
Définitions et notations.
Si f(x) peut être rendu aussi proche de ℓ que l'on veut pour x suffisamment proche de aavec x<a, on dit que f admet ℓ pour limite à gauche en a, et on écrit
limx→ax<af(x)=ℓ,limx→a−f(x)=ℓoulima−f=ℓ.
De même, avec x>a, on parle de limite à droite en a :
limx→ax>af(x)=ℓ,limx→a+f(x)=ℓoulima+f=ℓ.
Pour la partie entière : x→1−limE(x)=0 et x→1+limE(x)=1.
2.2 Le théorème
Théorème (admis). Si f admet en a une limite à gauche et une limite à droite égales à ℓ, alors f admet en a une limite égale à ℓ :
silima−f=lima+f=ℓ,alorslimaf=ℓ.
Conséquence. Si f admet une limite ℓ en a, ses limites à gauche et à droite en a sont égales à ℓ. Donc, si les limites à gauche et à droite en a sont différentes (ou si l'une d'elles n'existe pas), fn'a pas de limite en a.
Exemple 5 (partie entière).x→1−limE(x)=0 et x→1+limE(x)=1 : ces limites sont différentes, donc E n'a pas de limite en 1. En revanche, pour x∈[1;2[, E(x)=1, donc x→1,5limE(x)=1.
Exemple 6 (fonction définie par morceaux). Soit f définie sur R par f(x)=x2+1 si x<1 et f(x)=3x−1 si x≥1.
À gauche de 1, f(x)=x2+1, donc x→1−limf(x)=12+1=2.
À droite de 1, f(x)=3x−1, donc x→1+limf(x)=3×1−1=2.
Les deux limites sont égales à 2, donc x→1limf(x)=2.
Exemple 7. Soit g(x)=x∣x∣, définie sur R∗. Pour x>0, ∣x∣=x et g(x)=1 ; pour x<0, ∣x∣=−x et g(x)=−1. Donc x→0−limg(x)=−1 et x→0+limg(x)=1 : g n'a pas de limite en 0.
Exemple 8 (racine carrée en 0). La racine carrée n'est définie que pour x≥0 : en 0, on ne peut parler que de limite à droite, et x→0+limx=0.
Leçon 3 : Limites infinies, limites à l'infini, asymptotes
Le programme étend la notion de limite à trois nouveaux cas : une limite infinie en un réel a, une limite finie en +∞ ou −∞, et une limite infinie en +∞ ou −∞. L'approche reste intuitive.
3.1 Limite infinie en un réel a
Soit f(x)=x21, définie sur R∗.
x
±0,1
±0,01
±0,001
x21
100
10000
1000000
Les valeurs de f(x) deviennent aussi grandes que l'on veut (plus grandes que n'importe quel nombre fixé à l'avance), à condition que x soit suffisamment proche de 0. On écrit
limx→0x21=+∞.
De même, x→alimf(x)=−∞ signifie que f(x) devient négatif et aussi grand que l'on veut en valeur absolue quand x est suffisamment proche de a. Par exemple, x→0lim(−x21)=−∞.
Limites infinies d'un seul côté. Pour la fonction inverse, le signe de x1 est celui de x :
limx→0+x1=+∞etlimx→0−x1=−∞.
Ces deux limites sont différentes : la fonction inverse n'a pas de limite en 0.
3.2 Limite en +∞ ou en −∞
Limite finie. Pour x=10, 100, 1000, x1 vaut 0,1, 0,01, 0,001 : x1 devient aussi proche de 0 que l'on veut, à condition que x soit assez grand. On écrit x→+∞limx1=0. De même, x→−∞limx1=0.
En général, x→+∞limf(x)=ℓ signifie que f(x) peut être rendu aussi proche de ℓ que l'on veut, à condition que x soit assez grand.
Limite infinie.x→+∞limx2=+∞ : x2 devient aussi grand que l'on veut, à condition que x soit assez grand. De même, x→−∞limx3=−∞.
3.3 Les fonctions de référence
Propriété (admise). Pour tout entier n≥1 :
Fonction
en +∞
en −∞
en 0
xn
+∞
+∞ si n est pair, −∞ si n est impair
0
xn1
0
0
+∞ si n est pair ; si n est impair, +∞ à droite et −∞ à gauche
x
+∞
non définie
0 (à droite)
Par exemple : x→−∞limx4=+∞, x→−∞limx3=−∞, x→0−limx31=−∞, x→+∞limx=+∞.
3.4 Asymptotes horizontales et verticales
Définitions.
Si x→alimf(x)=+∞ ou −∞ (ou seulement à gauche, ou seulement à droite de a), la droite d'équation x=a est une asymptote verticale à Cf.
Si x→+∞limf(x)=b, avec b réel, la droite d'équation y=b est une asymptote horizontale à Cf en +∞. Même définition en −∞.
Graphiquement, la courbe se rapproche autant que l'on veut de son asymptote, sans forcément la toucher.
Exemple 9. Pour la fonction inverse, x→0+limx1=+∞ : l'axe des ordonnées (x=0) est asymptote verticale. Et x→±∞limx1=0 : l'axe des abscisses (y=0) est asymptote horizontale en +∞ et en −∞.
Exemple 10. Soit f(x)=1+x−21, définie sur R∖{2}. On a aussi f(x)=x−2x−1.
D'après le chapitre 1, Cf est l'image de la courbe de la fonction inverse par la translation de vecteur u(2;1) : on décale de 2 vers la droite et de 1 vers le haut. Les limites se décalent de la même façon :
quand x tend vers 2 à droite, x−2 tend vers 0 en restant positif, donc x−21 tend vers +∞ et x→2+limf(x)=+∞ ; de même x→2−limf(x)=−∞ ;
quand x tend vers +∞ ou −∞, x−21 tend vers 0, donc x→±∞limf(x)=1.
La droite d'équation x=2 est asymptote verticale, et la droite d'équation y=1 est asymptote horizontale en +∞ et en −∞.
Remarque. Les asymptotes obliques seront étudiées au chapitre 4 (étude de fonctions).
Les théorèmes de cette leçon sont admis. Ils sont valables quand x tend vers un réel a, vers a à gauche ou à droite, vers +∞ ou vers −∞ : on note simplement « lim ». Les lettres ℓ et ℓ′ désignent des nombres réels.
4.1 Limite d'une somme
limf
ℓ
ℓ
ℓ
+∞
−∞
+∞
limg
ℓ′
+∞
−∞
+∞
−∞
−∞
lim(f+g)
ℓ+ℓ′
+∞
−∞
+∞
−∞
forme indéterminée
Exemple 11.x→+∞lim(x2+3x)=+∞, car x2 et 3x tendent tous les deux vers +∞.
x→−∞lim(x3+x1)=−∞, car x3 tend vers −∞ et x1 tend vers 0.
4.2 Limite d'un produit
limf
ℓ
ℓ=0
±∞
0
limg
ℓ′
±∞
±∞
±∞
lim(f×g)
ℓ×ℓ′
±∞
±∞
forme indéterminée
Quand le résultat est infini, son signe se trouve par la règle des signes d'un produit. Par exemple, si limf=−3 et limg=+∞, alors lim(f×g)=−∞.
Exemple 12.x→+∞lim(2−x1)(x2+1)=+∞, car le premier facteur tend vers 2 et le second vers +∞.
4.3 Limite d'un quotient
On écrit « 0+ » pour une fonction qui tend vers 0en restant positive, et « 0− » pour une fonction qui tend vers 0 en restant négative.
limf
ℓ
ℓ
±∞
ℓ=0 ou ±∞
±∞
0
limg
ℓ′=0
±∞
ℓ′=0
0+ ou 0−
±∞
0
limgf
ℓ′ℓ
0
±∞
±∞
forme indéterminée
forme indéterminée
Là encore, le signe d'un résultat infini se trouve par la règle des signes. Quand le dénominateur tend vers 0, on étudie son signe près du point, souvent avec un tableau de signes.
Exemple 13. Calculer les limites de f(x)=x−12x+1 à gauche et à droite en 1.
Le numérateur tend vers 3. Le dénominateur x−1 tend vers 0 : il est positif pour x>1 et négatif pour x<1. Donc x→1+limx−12x+1=+∞ (« 0+3 ») et x→1−limx−12x+1=−∞ (« 0−3 »).
La droite d'équation x=1 est asymptote verticale à Cf.
Exemple 14. Calculer x→2+limx2−4x+3 et x→2−limx2−4x+3.
Le numérateur tend vers 5. On a x2−4=(x−2)(x+2) ; près de 2, x+2 est positif, donc x2−4 a le signe de x−2. Ainsi x→2+limx2−4x+3=+∞ et x→2−limx2−4x+3=−∞.
4.4 Les quatre formes indéterminées
Dans quatre situations, les théorèmes ne permettent pas de conclure :
∞−∞0×∞∞∞00
(« ∞−∞ » désigne une somme dont un terme tend vers +∞ et l'autre vers −∞.)
Pourquoi « indéterminée » ? Parce que, selon la fonction, le résultat change. En +∞, les trois fonctions suivantes sont toutes de la forme ∞−∞ :
x2−x→+∞,x−x2→−∞,(x+1)−x=1→1.
« Indéterminée » ne veut pas dire que la limite n'existe pas : cela veut dire qu'il faut transformer l'écriture de la fonction. C'est l'objet de la leçon 5.
4.5 Limite de la racine carrée d'une fonction
Théorème (admis). Soit u une fonction positive au voisinage du point considéré.
Si limu=ℓ, avec ℓ≥0, alors limu=ℓ.
Si limu=+∞, alors limu=+∞.
Exemple 15.x→+∞lim4+x1=4=2, car 4+x1 tend vers 4.
Face à une forme indéterminée, on transforme l'écriture de la fonction, puis on applique les théorèmes de la leçon 4. Trois méthodes couvrent les cas du programme.
5.1 Polynômes et fonctions rationnelles en +∞ ou en −∞
Exemple 16. Calculer x→+∞lim(x2−5x).
C'est une forme ∞−∞. On met en facteur le terme de plus haut degré : pour x=0, x2−5x=x2(1−x5). Or x2→+∞ et 1−x5→1. Par produit, x→+∞lim(x2−5x)=+∞.
Exemple 17. Calculer x→+∞limx2+43x2−x+1.
C'est une forme ∞∞. On met en facteur x2 en haut et en bas : pour x=0,
x2+43x2−x+1=x2(1+x24)x2(3−x1+x21)=1+x243−x1+x21x→+∞13=3.
La même factorisation donne, dans tous les cas, la règle suivante.
Propriété. En +∞ et en −∞ :
un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré ;
une fonction rationnelle a la même limite que le quotient des termes de plus haut degré de son numérateur et de son dénominateur.
Exemple 18.x→−∞lim(2x3−5x2+1)=x→−∞lim2x3=−∞.
x→−∞limx2+12x+1=x→−∞limx22x=x→−∞limx2=0.
x→+∞limx−3x2+1=x→+∞limxx2=x→+∞limx=+∞.
Attention. Cette règle ne vaut qu'en +∞ et en −∞, jamais en un réel a.
5.2 Forme 00 en un réel a : factoriser par x−a
Si le numérateur et le dénominateur d'une fonction rationnelle s'annulent en a, alors a est une racine des deux polynômes : on peut les factoriser par x−a (identification, méthode de Horner ou division euclidienne, vues en Seconde), puis simplifier.
Exemple 19. Calculer x→2limx2−4x2−3x+2.
En 2 : 4−6+2=0 et 4−4=0, c'est une forme 00. On factorise : x2−3x+2=(x−2)(x−1) et x2−4=(x−2)(x+2). Pour x=2 (et x=−2),
x2−4x2−3x+2=x+2x−1,donclimx→2x2−4x2−3x+2=2+22−1=41.
Exemple 20. Calculer x→−1limx+1x3+1.
Forme 00. Comme −1 est racine de x3+1, on factorise : x3+1=(x+1)(x2−x+1) (on le vérifie en développant). Pour x=−1, x+1x3+1=x2−x+1, donc la limite vaut 1+1+1=3.
5.3 Avec des racines carrées : l'expression conjuguée
Quand l'indétermination vient d'une différence contenant une racine carrée, on multiplie et on divise par l'expression conjuguée, en utilisant (A−B)(A+B)=A2−B2.
Exemple 21. Calculer x→4limx−4x−2.
Forme 00. L'expression conjuguée de x−2 est x+2. Pour x≥0 et x=4,
x−4x−2=(x−4)(x+2)(x−2)(x+2)=(x−4)(x+2)x−4=x+21.
Donc x→4limx−4x−2=2+21=41.
Exemple 22. Calculer x→+∞lim(x+1−x).
Forme ∞−∞. Pour x≥0,
x+1−x=x+1+x(x+1)−x=x+1+x1.
Le dénominateur tend vers +∞, donc x→+∞lim(x+1−x)=0.
5.4 En résumé
Situation
Méthode
Polynôme ou fonction rationnelle en ±∞
terme (ou quotient des termes) de plus haut degré
Fonction rationnelle, forme 00 en un réel a
factoriser par x−a, simplifier
Racine carrée, forme 00 ou ∞−∞
multiplier et diviser par l'expression conjuguée
Après la transformation, on revient toujours aux théorèmes de la leçon 4.
La continuité est une application directe des limites. L'idée : une fonction est continue quand on trace sa courbe sans lever le crayon.
6.1 Définition
Définition. Soit f une fonction et a un réel. On dit que f est continue en a si :
f(a) existe ;
x→alimf(x) existe ;
x→alimf(x)=f(a).
Interprétation graphique.f est continue en a si, au point d'abscisse a, la courbe n'a ni trou, ni saut : on la trace sans lever le crayon de part et d'autre de a.
Exemple 23. La fonction carré est continue en 3 : x→3limx2=9=32.
Exemple 24 (deux contre-exemples).
La partie entière n'est pas continue en 1 : elle n'a pas de limite en 1 (exemple 5). La courbe saute.
Soit g définie par g(x)=x−1x2−1 si x=1 et g(1)=3. On a x→1limg(x)=2 (leçon 1), mais g(1)=3=2 : g n'est pas continue en 1. Sa courbe est la droite y=x+1 avec un trou en (1;2), et un point isolé en (1;3).
6.2 Continuité à gauche, continuité à droite
Définitions.f est continue à gauche en a si x→a−limf(x)=f(a), et continue à droite en a si x→a+limf(x)=f(a).
Propriété.f est continue en a si, et seulement si, elle est continue à gauche et à droite en a. C'est une conséquence du théorème de la leçon 2.
Exemple 25. La partie entière est continue à droite en 1, car x→1+limE(x)=1=E(1). Elle n'est pas continue à gauche en 1, car x→1−limE(x)=0=E(1). Elle n'est donc pas continue en 1.
6.3 Fonctions définies par intervalles
Quand une fonction est définie par des formules différentes sur des intervalles, on étudie sa continuité au point de raccordement : on compare la limite à gauche, la limite à droite et la valeur en ce point.
Exemple 26 (valeur absolue).∣x∣=−x si x<0 et ∣x∣=x si x≥0. En 0 : la limite à gauche vaut −0=0, la limite à droite vaut 0, et ∣0∣=0. La fonction valeur absolue est continue en 0.
Exemple 27 (avec un paramètre). Soit m un réel, et f définie sur R par f(x)=x2+m si x<1 et f(x)=2x+3 si x≥1. Pour quelle valeur de m la fonction f est-elle continue en 1 ?
f(1)=2×1+3=5, et x→1+limf(x)=5 : f est continue à droite en 1.
x→1−limf(x)=1+m.
f est continue en 1 si, et seulement si, 1+m=5, c'est-à-dire m=4. Pour une autre valeur de m, la courbe fait un saut en 1.
Définition. Une fonction f est continue sur un intervalle I si elle est continue en tout point de I. Si I contient une borne, par exemple I=[a;b], on demande la continuité à droite en a et à gauche en b.
Interprétation graphique. Sur un intervalle où f est continue, on trace la courbe d'un seul trait, sans lever le crayon.
Exemple 28. La fonction inverse est continue sur ]0;+∞[ et sur ]−∞;0[. Sa courbe est faite de deux morceaux, car 0 n'est pas dans son ensemble de définition.
7.2 Les fonctions continues usuelles
Propriété (admise).
Les fonctions polynômes sont continues sur R.
Les fonctions rationnelles, en particulier les fonctions homographiques, sont continues sur chaque intervalle de leur ensemble de définition.
La fonction racine carrée est continue sur [0;+∞[.
S1 · S3Les fonctions sinus et cosinus sont aussi continues sur R (leçon 9).
7.3 Opérations sur les fonctions continues
Propriété (admise). Soit f et g deux fonctions continues sur un intervalle I.
f+g et f×g sont continues sur I ;
si g ne s'annule pas sur I, gf est continue sur I ;
si f est positive sur I, f est continue sur I (conséquence de la leçon 4.5).
Méthode : justifier qu'une fonction est continue. On reconnaît des fonctions usuelles, reliées par des opérations.
Exemple 29.f(x)=x−3x2+1 est une fonction rationnelle, définie sur R∖{3} : elle est continue sur ]−∞;3[ et sur ]3;+∞[.
g(x)=x2+1+x : la fonction x↦x2+1 est un polynôme, continu et positif sur R, donc x↦x2+1 est continue sur R ; on ajoute la fonction x↦x, continue. Donc g est continue sur R.
7.4 Image d'un intervalle par une fonction continue
On rappelle (chapitre 1) que l'imagef(I) d'un intervalle I est l'ensemble des valeurs f(x) quand x parcourt I.
Théorème (admis). L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Interprétation graphique. Quand x parcourt I, le point de la courbe, tracée sans lever le crayon, a une ordonnée qui parcourt un intervalle « sans trou » de l'axe des ordonnées.
Contre-exemple. La partie entière n'est pas continue sur [0;2] : l'image de [0;2] est {0;1;2}, qui n'est pas un intervalle.
7.5 Déterminer l'image d'un intervalle
Si f est continue et croissante sur [a;b], son image f([a;b]) est un intervalle qui contient f(a) et f(b) ; et, pour tout x de [a;b], f(a)≤f(x)≤f(b). Donc
f([a;b])=[f(a);f(b)].
De même, si f est continue et décroissante sur [a;b], f([a;b])=[f(b);f(a)]. Si f change de sens de variation, on découpe l'intervalle.
Exemple 30. La fonction carré est continue et croissante sur [1;3], donc f([1;3])=[1;9].
Sur [−1;2], elle est décroissante sur [−1;0] et croissante sur [0;2]. Donc f([−1;0])=[0;1] et f([0;2])=[0;4], puis f([−1;2])=[0;1]∪[0;4]=[0;4].
Exemple 31. La fonction inverse est continue et décroissante sur [21;4], donc l'image de cet intervalle est [41;2].
Leçon 9 : Sinus x sur x, prolongement par continuité, théorème des valeurs intermédiairesS1 · S3
Propriété (admise). Les fonctions sinus et cosinus sont continues sur R. En particulier, x→0limsinx=0 et x→0limcosx=1.
En 0, xsinx est une forme 00. Les valeurs suivantes suggèrent sa limite :
x
0,5
0,1
0,01
xsinx (valeur approchée)
0,959
0,998
0,99998
Propriété (admise, compétence exigible).limx→0xsinx=1.
Comme −xsin(−x)=xsinx, les valeurs sont les mêmes pour −0,5, −0,1, −0,01. Interprétation : pour x proche de 0, sinx est très proche de x ; sur le cercle trigonométrique, un petit arc et la demi-corde correspondante ont presque la même longueur.
Exemple 34. Calculer x→0limxsin3x.
Pour x=0, xsin3x=3×3xsin3x. On pose t=3x : quand x tend vers 0, t tend vers 0, et tsint tend vers 1. Donc x→0limxsin3x=3×1=3.
Exemple 35. Calculer x→0limxtanx.
Pour x proche de 0 et non nul, xtanx=xsinx×cosx1. Le premier facteur tend vers 1, et cosx tend vers 1. Donc la limite vaut 1.
9.2 Prolongement par continuité
Définition. Soit f une fonction définie sur un intervalle Isauf en un réel a de I. Si x→alimf(x)=ℓ, avec ℓréel, la fonction g définie sur I par
g(x)=f(x) si x=a,g(a)=ℓ
est continue en a. On l'appelle le prolongement par continuité de f en a. Graphiquement, on « bouche le trou » de la courbe.
Si la limite de f en a est infinie, ou si elle n'existe pas, f n'est pas prolongeable par continuité en a.
Exemple 36.f(x)=xsinx est définie sur R∗, et x→0limf(x)=1. Elle est prolongeable par continuité en 0, en posant g(0)=1.
Exemple 37.h(x)=x−1x2+x−2 est définie sur R∖{1}. Pour x=1, x2+x−2=(x−1)(x+2), donc h(x)=x+2 et x→1limh(x)=3. Le prolongement par continuité de h en 1 est la fonction x↦x+2, définie sur R.
Exemple 38. La fonction inverse n'est pas prolongeable par continuité en 0 (limites infinies). La fonction x↦x∣x∣ non plus (pas de limite en 0, exemple 7).
9.3 Théorème des valeurs intermédiaires
Théorème. Soit f une fonction continue sur un intervalle [a;b]. Pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), il existe au moins un réel c de [a;b] tel que f(c)=k.
Justification. L'image f([a;b]) est un intervalle (théorème admis de la leçon 7.4). Elle contient f(a) et f(b), donc tous les réels compris entre f(a) et f(b).
Interprétation graphique. Une courbe tracée sans lever le crayon, qui va de la hauteur f(a) à la hauteur f(b), coupe au moins une fois chaque droite horizontale y=k située entre les deux.
Cas particulier très utilisé. Si f est continue sur [a;b] et si f(a) et f(b) sont de signes contraires, l'équation f(x)=0 a au moins une solution dans [a;b].
Remarque. Si, de plus, f est strictement monotone sur [a;b], deux réels différents ont des images différentes : la solution est alors unique.
Exemple 39. Montrer que l'équation x3+x−1=0 a une solution dans [0;1].
f(x)=x3+x−1 est continue sur [0;1] (polynôme), f(0)=−1<0 et f(1)=1>0. Comme 0 est compris entre f(0) et f(1), l'équation f(x)=0 a au moins une solution dans [0;1]. De plus, f est strictement croissante (somme de x↦x3 et de x↦x−1, strictement croissantes) : la solution est unique.
Comme f(0,5)=−0,375<0 et f(0,75)=0,171875>0, le même théorème, appliqué sur [0,5;0,75], montre que cette solution est comprise entre 0,5 et 0,75.
Attention. La continuité est indispensable. La partie entière vaut 0 en 0 et 1 en 1, mais aucun réel de [0;1] n'a pour image 0,5.
9.4 Un réel de [m;M] a un antécédent
Souvent, le tableau de variations d'une fonction continue f sur [a;b] montre que f([a;b])=[m;M]. Alors tout réel k de [m;M] a au moins un antécédent par f dans [a;b] : c'est la définition de l'image.
Exemple 40. Soit f(x)=x2−2x sur [−1;3]. Comme f(x)=(x−1)2−1, f est décroissante sur [−1;1] et croissante sur [1;3], avec f(−1)=3, f(1)=−1 et f(3)=3. Elle est continue, donc f([−1;1])=[−1;3] et f([1;3])=[−1;3], puis f([−1;3])=[−1;3].
Le réel 2 appartient à [−1;3] : il a au moins un antécédent. Plus précisément, il en a un dans [−1;1] et un dans [1;3], car f est strictement monotone sur chacun de ces intervalles. Ce sont les solutions de x2−2x−2=0 : 1−3 et 1+3.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Limite en un point.x→alimf(x)=ℓ : f(x) est aussi proche de ℓ que l'on veut quand x est assez proche de a (avec x=a). La limite, si elle existe, est unique. Pour un polynôme, une fonction rationnelle ou la racine carrée définie autour de a, la limite en a est f(a).
À gauche, à droite. Si les limites à gauche et à droite en a sont égales à ℓ, la limite en a est ℓ ; si elles sont différentes, il n'y a pas de limite en a.
Limites infinies et à l'infini. Tableau des fonctions de référence. Limite infinie en a : asymptote verticale x=a. Limite réelle b en ±∞ : asymptote horizontale y=b.
Opérations. Somme, produit, quotient, racine carrée. Quatre formes indéterminées : ∞−∞, 0×∞, ∞∞, 00.
Lever une indétermination. Terme de plus haut degré (en ±∞), factorisation par x−a (forme 00), expression conjuguée (racines carrées).
Continuité en a.f(a) existe, la limite en a existe, et elle est égale à f(a). À gauche et à droite : on compare limite à gauche, limite à droite et valeur.
Continuité sur un intervalle. Polynômes, fonctions rationnelles et racine carrée sont continus sur chaque intervalle de leur ensemble de définition ; sommes, produits, quotients aussi. L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
S1 · S3x→0limxsinx=1. Prolongement par continuité quand la limite est réelle. Théorème des valeurs intermédiaires : une fonction continue sur [a;b] prend toutes les valeurs comprises entre f(a) et f(b).
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