Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.
On utilise librement le chapitre 1 (continuité, théorème de la bijection, fonction réciproque) et le chapitre 2 (dérivée d'une composée, dérivée de la réciproque, primitives usuelles). En particulier :
si u est dérivable sur I et g dérivable sur un intervalle contenant u(I), alors (g∘u)′=u′×(g′∘u) ;
deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.
La fonction x↦x1 est continue sur l'intervalle ]0;+∞[. Elle y admet donc des primitives (chapitre 2), et une seule d'entre elles prend la valeur 0 en 1.
Définition (programme officiel). La fonction logarithme népérien, notée ln, est la primitive sur ]0;+∞[ de la fonction x↦x1 qui s'annule en 1.
Cette définition contient trois informations :
ln est définie sur ]0;+∞[ : lnx n'existe que pour x>0 ;
ln1=0 ;
ln est dérivable sur ]0;+∞[ et ln′(x)=x1.
1.2 Premières conséquences
ln est dérivable, donc continue sur ]0;+∞[.
Pour x>0, ln′(x)=x1>0 : ln est strictement croissante sur ]0;+∞[.
Comme ln1=0, on en déduit le signe de lnx :
x
0<x<1
x=1
x>1
lnx
négatif
0
positif
Comparer deux logarithmes. Pour tous réels a>0 et b>0 :
lna=lnb⟺a=blna<lnb⟺a<b.
1.3 La propriété fondamentale
Théorème. Pour tous réels a>0 et b>0,
ln(ab)=lna+lnb.
Démonstration. On fixe a>0 et on pose g(x)=ln(ax) pour x>0. La fonction g est dérivable (composée) et
g′(x)=a×ax1=x1.
Les fonctions g et ln sont donc deux primitives de x↦x1 sur l'intervalle ]0;+∞[ : il existe une constante C telle que ln(ax)=lnx+C pour tout x>0. Pour x=1, on obtient lna=0+C, donc C=lna. Ainsi ln(ax)=lnx+lna, et il suffit de prendre x=b.
Conséquences. Pour tous réels a>0, b>0 et tout entier relatif n :
Propriété
Justification
ln(b1)=−lnb
lnb+lnb1=ln(b×b1)=ln1=0
ln(ba)=lna−lnb
ba=a×b1
ln(an)=nlna
on applique le théorème n fois (récurrence), puis l'inverse pour n<0
lna=21lna
a×a=a, donc 2lna=lna
Exemple 1. Exprimer en fonction de ln2 et ln3 les nombres ln72, ln94 et ln6.
72=8×9=23×32, donc ln72=3ln2+2ln3.
ln94=ln(22)−ln(32)=2ln2−2ln3.
ln6=21ln6=21(ln2+ln3).
Attention. Il n'existe aucune formule pour ln(a+b). Et ln(a2)=2lna n'est vrai que pour a>0 : pour tout a=0, on a ln(a2)=2ln∣a∣.
1.4 Équations et inéquations
Méthode.
On cherche l'ensemble D des réels pour lesquels tous les logarithmes de l'énoncé existent (chaque expression sous un ln doit être strictement positive).
Sur D, on transforme l'écriture avec les propriétés algébriques pour obtenir lnA=lnB ou lnA<lnB.
On utilise lnA=lnB⟺A=B et lnA<lnB⟺A<B.
On ne garde que les solutions qui appartiennent à D.
Exemple 2. Résoudre ln(x−1)+ln(x+1)=ln3.
Ensemble de résolution. Il faut x−1>0 et x+1>0, soit x>1 : D=]1;+∞[.
Résolution. Pour x∈D, l'équation s'écrit ln((x−1)(x+1))=ln3, soit x2−1=3, c'est-à-dire x2=4. On trouve x=2 ou x=−2.
Tri.−2∈/D. Donc S={2}.
Piège classique. Écrire d'emblée ln(x2−1)=ln3 ferait apparaître la « solution » −2, alors que ln(−2−1) n'existe pas. On cherche toujours Davant de transformer.
Exemple 3. Résoudre ln(2x−4)≤0.
Il faut 2x−4>0, soit x>2. Comme 0=ln1, l'inéquation s'écrit ln(2x−4)≤ln1, soit 2x−4≤1, c'est-à-dire x≤25. Donc S=]2;25].
Exemple 4. Déterminer le plus petit entier naturel n tel que 2n>1000.
La fonction ln est strictement croissante, donc 2n>1000⟺ln(2n)>ln1000⟺nln2>ln1000⟺n>ln2ln1000, car ln2>0. Or ln2ln1000≈9,97. Le plus petit entier est donc n=10. Vérification : 29=512 et 210=1024.
Leçon 2 : Étude de la fonction logarithme népérien
En +∞ : ln2>0, et ln(2n)=nln2 devient aussi grand qu'on veut quand l'entier n grandit. Comme ln est croissante, lnx dépasse n'importe quel nombre dès que x est assez grand. S1 · S3 · S1A On peut aussi dire : ln est croissante et n'est pas majorée.
En 0+ : pour x>0, lnx=−lnx1. Quand x→0+, x1→+∞, donc lnx1→+∞ et lnx→−∞.
Conséquence graphique. L'axe des ordonnées (la droite x=0) est asymptote verticale à la courbe de ln.
Outil : le changement de variable (admis). Si X=u(x) tend vers b quand x tend vers a, et si g(X) tend vers ℓ quand X tend vers b, alors g(u(x)) tend vers ℓ (a, b, ℓ réels ou infinis). C'est le théorème de la limite d'une composée du chapitre 1, sous sa forme générale. On l'utilise sous la forme « on pose X=… ».
2.2 Le nombre e
La fonction ln est continue et strictement croissante sur ]0;+∞[, avec des limites −∞ et +∞ aux bornes. D'après le théorème de la bijection (chapitre 1), ln est une bijection de ]0;+∞[ sur R : pour tout réel k, l'équation lnx=k a une unique solution dans ]0;+∞[.
Définition. On note e l'unique réel tel que lne=1. On a e≈2,718.
Conséquences.ln(en)=nlne=n pour tout entier relatif n, et lne=21.
Exemple.lnx<1⟺lnx<lne⟺0<x<e. Et lnx=2⟺lnx=ln(e2)⟺x=e2.
2.3 Courbe représentative
x
0
1
e
+∞
ln′(x)=x1
+
+
+
lnx
−∞
↗
0
↗
1
↗
+∞
Deux tangentes à connaître.
Au point d'abscisse 1 : y=ln′(1)(x−1)+ln1, soit y=x−1.
Au point d'abscisse e : y=e1(x−e)+1, soit y=ex. Cette tangente passe par l'origine.
Propriété. Pour tout x>0, lnx≤x−1 : la courbe de ln est au-dessous de sa tangente en 1.
Démonstration. Soit h(x)=x−1−lnx sur ]0;+∞[. On a h′(x)=1−x1=xx−1, négatif sur ]0;1] et positif sur [1;+∞[. La fonction h admet donc un minimum en 1, égal à h(1)=0. Ainsi h(x)≥0 pour tout x>0.
En +∞. On applique lnt≤t−1<t à t=x : lnx<x, soit 21lnx<x, donc lnx<2x pour tout x>0. Pour x>1, on a donc
0<xlnx<x2x=x2.
Comme x2→0, le théorème des gendarmes donne xlnx→0.
En 0+. On pose X=x1, qui tend vers +∞ quand x→0+. Alors xlnx=X1×(−lnX)=−XlnX→0.
En 0.xln(1+x)=xln(1+x)−ln1 est le taux d'accroissement de ln entre 1 et 1+x. Sa limite est le nombre dérivé ln′(1)=1.
À retenir. En +∞, « x l'emporte sur lnx ». Plus généralement, pour tout entier n≥1 :
limx→+∞xnlnx=0etlimx→0+xnlnx=0,
car xnlnx=xlnx×xn−11 et xnlnx=xn−1×xlnx. La leçon 5 étend ces résultats aux exposants rationnels.
Exemple 5. Calculer x→+∞lim(x−lnx).
C'est une forme ∞−∞. On factorise par le terme qui l'emporte : x−lnx=x(1−xlnx). Comme xlnx→0, la parenthèse tend vers 1, et la limite vaut +∞.
Exemple 6. Calculer x→0limxln(1+2x).
On écrit xln(1+2x)=2×2xln(1+2x). On pose X=2x, qui tend vers 0 : Xln(1+X)→1. La limite vaut donc 2.
Branche infinie. Comme xlnx→0, la courbe de ln admet en +∞ une branche parabolique de direction l'axe (Ox) (méthode du chapitre 1) : elle monte, mais de plus en plus lentement.
2.5 Dérivée de lnu et primitives de uu′
Propriété. Soit u une fonction dérivable sur un intervalle I.
Si u>0 sur I, alors lnu est dérivable sur I et (lnu)′=uu′.
Si u ne s'annule pas sur I, alors ln∣u∣ est dérivable sur I et (ln∣u∣)′=uu′.
Justification du second point quand u<0 :ln∣u∣=ln(−u), de dérivée −u−u′=uu′. En particulier, x↦ln∣x∣ a pour dérivée x1 sur ]−∞;0[ comme sur ]0;+∞[.
Primitives. Si u est dérivable sur I, de dérivée continue, et ne s'annule pas sur I, les primitives de uu′ sur I sont les fonctions
x↦ln∣u(x)∣+C,C∈R.
Exemple 7. Une primitive de f(x)=x2+1x sur R.
On fait apparaître u′ : avec u(x)=x2+1, u′(x)=2x, et f=21×uu′. Comme u>0, une primitive est F(x)=21ln(x2+1).
Exemple 8. Sur ]−2π;2π[, tanx=cosxsinx=−cosx(cosx)′, avec cosx>0. Une primitive de tan est x↦−ln(cosx).
Sur ]1;+∞[, xlnx1=lnxx1=uu′ avec u=lnx>0. Une primitive est x↦ln(lnx).
2.6 Exemple d'étude
Exemple 9. Étudier f(x)=xlnx sur ]0;+∞[.
Limites. En 0+ : lnx→−∞ et x1→+∞, donc f(x)→−∞ (ce n'est pas une forme indéterminée). L'axe des ordonnées est asymptote verticale. En +∞ : f(x)→0 (limite usuelle). L'axe des abscisses est asymptote horizontale.
Dérivée.f′(x)=x2x1×x−lnx×1=x21−lnx, du signe de 1−lnx : positive sur ]0;e[, négative sur ]e;+∞[.
Variations.f est croissante sur ]0;e], décroissante sur [e;+∞[, avec un maximum f(e)=e1≈0,37.
Signe.f(x) a le signe de lnx : la courbe coupe l'axe des abscisses au point (1;0).
La fonction ln est continue et strictement croissante sur ]0;+∞[, et c'est une bijection de ]0;+∞[ sur R (leçon 2).
Définition (programme officiel). La fonction exponentielle, notée exp, est la fonction réciproque de la fonction logarithme népérien.
L'équivalence à connaître par cœur :y=exp(x) et x∈R⟺x=lny et y>0.
Conséquences immédiates.
exp est définie sur R et exp(x)>0 pour tout réel x.
ln(exp(x))=x pour tout réel x, et exp(lny)=y pour tout y>0.
exp(0)=1, car ln1=0 ; et exp(1)=e, car lne=1.
D'après le chapitre 1, exp est continue et strictement croissante sur R, comme ln.
Dans un repère orthonormé, sa courbe est la symétrique de celle de ln par rapport à la droite y=x.
3.2 Propriétés algébriques
Théorème. Pour tous réels a et b,
exp(a+b)=exp(a)×exp(b).
Démonstration.ln(exp(a)×exp(b))=lnexp(a)+lnexp(b)=a+b=ln(exp(a+b)). Comme deux nombres strictement positifs qui ont le même logarithme sont égaux, exp(a)×exp(b)=exp(a+b).
Conséquences. Pour tous réels a, b et tout entier relatif n :
exp(−a)=exp(a)1exp(a−b)=exp(b)exp(a)exp(na)=(exp(a))n.
3.3 La notation ex
Pour tout entier relatif n, exp(n)=exp(n×1)=(exp(1))n=en. On démontrera à la leçon 5 que, plus généralement, exp(r)=er pour tout rationnel r. Cela justifie la notation suivante.
Notation. Pour tout réel x, on note exp(x)=ex. On lit « exponentielle de x ».
Les règles de calcul ont alors la forme des règles sur les puissances :
Pour tous réels a et b
Pour y>0 et x réel
ea+b=eaeb, e−a=ea1, ea−b=ebea, (ea)n=ena
ex>0, ln(ex)=x, elny=y
3.4 Dérivée
Théorème. La fonction exp est dérivable sur R et exp′=exp :
(ex)′=ex.
Démonstration.ln est dérivable sur ]0;+∞[, strictement monotone, et sa dérivée y1 ne s'annule pas. D'après le théorème sur la dérivée d'une fonction réciproque (chapitre 2), exp est dérivable et
exp′(x)=ln′(exp(x))1=exp(x)11=exp(x).
Conséquences. Comme ex>0, on retrouve que exp est strictement croissante. En dérivant plusieurs fois : la dérivée n-ième de x↦ex est x↦ex. Enfin, x↦ex est une primitive d'elle-même sur R.
En +∞ : pour tout réel A>0, ex>A⟺x>lnA. Donc ex dépasse n'importe quel nombre dès que x est assez grand.
En −∞ : ex=e−x1, et e−x→+∞ quand x→−∞. Donc ex→0.
En 0 : xex−1=x−0ex−e0 tend vers le nombre dérivé exp′(0)=e0=1.
Conséquence graphique. L'axe des abscisses est asymptote horizontale à la courbe de exp en −∞.
x
−∞
0
1
+∞
(ex)′=ex
+
+
+
ex
0
↗
1
↗
e
↗
+∞
Tangente en 0.y=e0(x−0)+e0, soit y=x+1.
Propriété. Pour tout réel x, ex≥x+1.
Démonstration. Soit k(x)=ex−x−1. On a k′(x)=ex−1, négatif pour x≤0 et positif pour x≥0. Donc k admet un minimum en 0, égal à k(0)=0, et k(x)≥0 pour tout réel x.
3.6 Équations et inéquations
Propriété. Pour tous réels a et b : ea=eb⟺a=b, et ea<eb⟺a<b. Pour tout réel k>0 : ex=k⟺x=lnk. Si k≤0, l'équation ex=k n'a aucune solution.
Exemple 10. Résoudre e2x−3ex+2=0.
On pose X=ex, avec X>0. Comme e2x=(ex)2, l'équation devient X2−3X+2=0, dont les racines sont X=1 et X=2, toutes deux strictement positives.
ex=1⟺x=0 ;
ex=2⟺x=ln2.
Donc S={0;ln2}.
Exemple 11. Résoudre e3x−1>2.
2=eln2, donc l'inéquation s'écrit e3x−1>eln2, soit 3x−1>ln2, c'est-à-dire x>31+ln2. Donc S=]31+ln2;+∞[.
Leçon 4 : Exponentielle, composées, croissances comparées et primitives
Propriété. Si u est dérivable sur un intervalle I, alors eu est dérivable sur I et
(eu)′=u′eu.
Exemples.(ex2)′=2xex2 ; (e−3x)′=−3e−3x ; pour tout réel a, (eax)′=aeax.
Dérivées successives. En dérivant n fois, la dérivée n-ième de x↦eax est x↦aneax.
4.2 Primitives de u′eu
Propriété. Si u est dérivable sur I, de dérivée continue, les primitives de u′eu sur I sont les fonctions x↦eu(x)+C, C∈R.
En particulier, pour a=0, une primitive de x↦eax+b est x↦a1eax+b.
Exemple 12. Une primitive de f(x)=xex2 sur R.
Avec u(x)=x2, u′(x)=2x, donc f=21u′eu. Une primitive est F(x)=21ex2.
De même, une primitive de x↦e2x+1 est x↦21e2x+1.
4.3 Croissances comparées
Théorème. Pour tout entier n≥1 :
limx→+∞xex=+∞limx→+∞xnex=+∞limx→+∞xne−x=0limx→−∞xex=0limx→−∞xnex=0.
À retenir. À l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de x.
Démonstrations.
On a vu que lnt<2t pour tout t>0 (leçon 2). Avec t=ex : x<2ex=2ex/2. Pour x>0, en élevant au carré deux nombres positifs, x2<4ex, donc xex>4x. Comme 4x→+∞, on obtient xex→+∞ (théorème de minoration).
xnex=(xex/n)n=nn1(XeX)n avec X=nx→+∞. Donc xnex→+∞, puis xne−x=ex/xn1→0.
En −∞, on pose X=−x→+∞ : xex=−Xe−X=−eXX→0, et de même xnex=(−1)nXne−X→0.
Exemple 13. Calculer x→+∞lim(ex−x) et x→+∞lim(x2+1)e−x.
Forme ∞−∞. On factorise par x : ex−x=x(xex−1). La parenthèse tend vers +∞, donc la limite vaut +∞.
(x2+1)e−x=x2e−x+e−x. Les deux termes tendent vers 0, donc la limite vaut 0.
4.4 Exemple d'étude
Exemple 14. Étudier f(x)=xex sur R.
Limites. En −∞ : xex→0 (croissance comparée). L'axe des abscisses est asymptote horizontale en −∞. En +∞ : x→+∞ et ex→+∞, donc f(x)→+∞.
Dérivée.f′(x)=1×ex+xex=(x+1)ex, du signe de x+1 puisque ex>0.
Variations.f est décroissante sur ]−∞;−1] et croissante sur [−1;+∞[. Son minimum est f(−1)=−e−1=−e1≈−0,37.
Branche infinie en +∞.xf(x)=ex→+∞ : branche parabolique de direction l'axe (Oy).
Leçon 5 : Fonctions puissances et logarithme décimal
La racine n-ième, les puissances d'exposant rationnel et leur dérivée ont été définies au chapitre 2. On les rappelle brièvement.
Racine n-ième (n≥2 entier). C'est la réciproque de la bijection x↦xn de [0;+∞[ sur [0;+∞[ : pour y≥0, yn1 est l'unique réel x≥0 tel que xn=y. Par exemple, 831=2 et 8141=3.
Puissance rationnelle. Pour x>0 et r=qp (p entier relatif, q entier naturel non nul), xr=(xq1)p. Les règles de calcul des puissances entières restent vraies (admis). Par exemple, 423=(421)3=23=8.
Dérivée.(xr)′=rxr−1 sur ]0;+∞[, et (ur)′=ru′ur−1 si u>0.
Ce chapitre apporte trois nouveautés : le lien avec ln et exp, les variations et limites des fonctions puissances, et les croissances comparées.
5.2 Lien avec ln et exp
Propriété. Pour tout x>0 et tout rationnel r :
ln(xr)=rlnxdoncxr=erlnx.
Démonstration. Soit q≥1 entier. Comme (xq1)q=x, on a qln(xq1)=lnx, donc ln(xq1)=q1lnx. Puis, pour p entier relatif, ln((xq1)p)=p×q1lnx=qplnx. Enfin xr=eln(xr)=erlnx.
Conséquence (annoncée à la leçon 3). Avec x=e : er=erlne=exp(r) pour tout rationnel r. La notation ex est donc cohérente avec les puissances.
5.3 Les fonctions x↦xr
Soit r un rationnel non nul. On étudie f(x)=xr=erlnx sur ]0;+∞[.
Dérivée. On retrouve la formule du chapitre 2 : f′(x)=xrerlnx=xrxr=rxr−1.
Variations et limites.
r>0
r<0
Sens de variation
strictement croissante
strictement décroissante
En 0+
xr→0
xr→+∞
En +∞
xr→+∞
xr→0
Justification des limites :xr=erlnx, et rlnx tend vers ±∞ selon le signe de r.
Toutes ces courbes passent par le point (1;1). Pour r>1, la courbe ressemble à celle de x2 ; pour 0<r<1, à celle de x ; pour r<0, à celle de x1.
Exemple 15. Résoudre x32=4 sur ]0;+∞[.
Les deux membres sont strictement positifs, et ln est strictement croissante : x32=4⟺32lnx=ln4=2ln2⟺lnx=3ln2=ln8⟺x=8. Contrôle : 832=(831)2=22=4.
5.4 Croissances comparées, cas général
Théorème (limites du programme). Pour tout rationnel r>0 :
limx→+∞xrlnx=0limx→0+xrlnx=0limx→+∞xrex=+∞.
Démonstrations.
xrlnx=r1×xrln(xr)=r1×XlnX avec X=xr→+∞. La limite vaut 0.
xrlnx=r1×xrln(xr)=r1×XlnX avec X=xr→0+. La limite vaut 0.
xrex=(xex/r)r=(r1×XeX)r avec X=rx→+∞. La parenthèse tend vers +∞, et sa puissance r aussi.
Exemple 16.x→+∞limxlnx=0 et x→0+limxlnx=0 (cas r=21).
5.5 Logarithme décimal
Définition. Le logarithme décimal, noté log, est la fonction définie sur ]0;+∞[ par
logx=ln10lnx.
C'est ln multipliée par la constante positive ln101. Elle a donc les mêmes propriétés algébriques (log(ab)=loga+logb, etc.), elle est strictement croissante, et (logx)′=xln101. Sa propriété caractéristique :
log(10n)=npour tout entier relatif n.Par exemple, log1000=3 et log0,01=−2.
Usages en physique et en chimie. Le logarithme décimal sert à exprimer des grandeurs qui varient sur plusieurs puissances de 10, par exemple le pH d'une solution, pH=−log[H3O+], où la concentration est en mol⋅L−1.
Exemple 17. Une solution a pour concentration [H3O+]=2,5×10−4. Son pH vaut −log(2,5)−log(10−4)=4−log2,5≈3,60.
Exemple 18. Combien de chiffres a le nombre 2100 ?
Un entier N≥1 a k chiffres si et seulement si 10k−1≤N<10k, c'est-à-dire k−1≤logN<k. Or log(2100)=100log2≈30,10. Donc k−1=30 : 2100 a 31 chiffres.
Leçon 6 : Compléments pour les séries S1, S3 et S1AS1 · S3 · S1A
Définition (programme S1-S3). Soit a un réel strictement positif, différent de 1. Pour tout réel x, on pose
ax=exlna.
Pour x rationnel, c'est la puissance de la leçon 5, puisque ax=exlna. La fonction x↦ax est l'exponentielle de base a. Pour a=e, on retrouve ex.
Propriétés. Pour tous réels x, y et a>0, b>0 :
ax+y=axay(ax)y=axy(ab)x=axbxln(ax)=xlna.
Dérivée et variations.(ax)′=lna×exlna=(lna)ax.
Si a>1, lna>0 : x↦ax est strictement croissante, de limite 0 en −∞ et +∞ en +∞.
Si 0<a<1, lna<0 : elle est strictement décroissante, de limite +∞ en −∞ et 0 en +∞.
Les courbes de x↦ax et de x↦(a1)x=a−x sont symétriques par rapport à l'axe des ordonnées.
6.2 Logarithme de base a
Définition (programme S1-S3). Pour a>0, a=1, et x>0 :
logax=lnalnx.
loga a les mêmes propriétés algébriques que ln et logaa=1. Le logarithme décimal est log=log10.
loga est la réciproque de l'exponentielle de base a : y=ax⟺x=logay (avec y>0).
(logax)′=xlna1.
Exemple 19.log28=ln2ln8=ln23ln2=3. Et 3x=7⟺xln3=ln7⟺x=ln3ln7=log37≈1,771.
Exemple 20. Résoudre 2x>3x−1.
Les deux membres sont strictement positifs et ln est strictement croissante : xln2>(x−1)ln3, soit x(ln3−ln2)<ln3. Comme ln3−ln2>0, on obtient x<ln3−ln2ln3≈2,71.
6.3 Puissance d'exposant réel
Définition. Pour x>0 et α réel, on pose xα=eαlnx. Pour α rationnel, on retrouve la leçon 5.
Tout ce qui a été dit pour xr reste vrai : mêmes règles de calcul, (xα)′=αxα−1, même tableau de variations selon le signe de α.
Exemple.(x2)′=2x2−1 sur ]0;+∞[.
6.4 Croissance comparée de fonctions
Théorème. Pour tout réel α>0 et tout réel a>1 :
limx→+∞xαlnx=0limx→0+xαlnx=0limx→+∞xαex=+∞limx→+∞xαe−x=0limx→+∞xαax=+∞.
Les quatre premières se démontrent exactement comme à la leçon 5. Pour la dernière : xαax=xαexlna=(lna)α×XαeX avec X=xlna→+∞, car lna>0.
La hiérarchie à retenir. En +∞, pour α>0 et a>1 : lnx est « négligeable » devant xα, qui est lui-même négligeable devant ax.
Ces comparaisons s'appliqueront aux suites de référence lnn, nα et an au chapitre 4.
6.5 Fonctions composées
Exemple 21. Étudier f(x)=xx sur ]0;+∞[.
Par définition, f(x)=exlnx.
Limites. En 0+ : xlnx→0, et exp est continue en 0, donc f(x)→e0=1. En +∞ : xlnx→+∞, donc f(x)→+∞.
Dérivée.(xlnx)′=lnx+1, donc f′(x)=(lnx+1)xx, du signe de lnx+1. Or lnx+1≥0⟺x≥e−1.
Variations.f est décroissante sur ]0;e1] et croissante sur [e1;+∞[. Son minimum vaut f(e1)=e−e1≈0,692.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
ln est la primitive de x1 sur ]0;+∞[ qui s'annule en 1. Elle transforme les produits en sommes : ln(ab)=lna+lnb.
Avant de résoudre une équation avec ln, on détermine l'ensemble où tous les logarithmes existent.
ln croît de −∞ à +∞ ; lne=1 ; (lnu)′=uu′ et les primitives de uu′ sont ln∣u∣+C.
exp est la réciproque de ln : y=ex⟺x=lny. Elle transforme les sommes en produits, ex>0, (ex)′=ex et (eu)′=u′eu.
Limites à connaître : xrlnx→0 et xrex→+∞ en +∞ ; xrlnx→0 en 0+ ; xnex→0 en −∞ ; xln(1+x)→1 et xex−1→1 en 0.
Pour x>0 : xr=erlnx et (xr)′=rxr−1. Et logx=ln10lnx.