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Chapitre 4 · Cours écrit

Suites

Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.

On utilise librement les chapitres 1 à 3 : limites et théorèmes de comparaison pour les fonctions, continuité, inégalité des accroissements finis, fonctions ln⁡\ln et exp⁡\exp, croissances comparées.

Le programme se place dans le cadre des suites définies pour tout entier naturel nn. Tout ce qui suit s'étend sans changement aux suites définies à partir d'un certain rang n0n_0.

Leçon 1 : Raisonnement par récurrence, sens de variation

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Ce que tu sais déjà (Première)

Une suite numérique (un)(u_n) associe à chaque entier naturel nn un réel unu_n, appelé terme de rang nn. On la définit de deux façons :

  • de façon explicite, un=f(n)u_n = f(n) : par exemple un=3n+1n+2u_n = \dfrac{3n+1}{n+2}. On calcule directement n'importe quel terme ;
  • par récurrence, avec u0u_0 donné et un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : par exemple u0=1u_0 = 1 et un+1=2un+1u_{n+1} = 2u_n + 1. Chaque terme se calcule à partir du précédent : u1=3u_1 = 3, u2=7u_2 = 7, u3=15u_3 = 15.

On représente une suite par les points de coordonnées (n ;un)(n\,;u_n), ou par ses termes placés sur un axe.

1.2 Le raisonnement par récurrence

Principe. Soit P(n)\mathcal{P}(n) une propriété qui dépend d'un entier naturel nn, et n0n_0 un entier naturel. Si :

  1. Initialisation : P(n0)\mathcal{P}(n_0) est vraie ;
  2. Hérédité : pour tout entier n≥n0n \geq n_0, si P(n)\mathcal{P}(n) est vraie, alors P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie ;

alors P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour tout entier n≥n0n \geq n_0.

C'est l'image d'une file de dominos : le premier tombe (initialisation), et chaque domino qui tombe fait tomber le suivant (hérédité). Alors tous tombent.

Exemple 1. Soit (un)(u_n) définie par u0=1u_0 = 1 et un+1=2un+1u_{n+1} = 2u_n + 1. Montrer que un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1 pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Pour n∈Nn \in \mathbb{N}, on note P(n)\mathcal{P}(n) : « un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1 ».

Initialisation. u0=1u_0 = 1 et 21−1=12^1 - 1 = 1 : P(0)\mathcal{P}(0) est vraie.

Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie, c'est-à-dire un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1. Alors un+1=2un+1=2(2n+1−1)+1=2n+2−1,u_{n+1} = 2u_n + 1 = 2\left(2^{n+1} - 1\right) + 1 = 2^{n+2} - 1, donc P(n+1)\mathcal{P}(n+1) est vraie.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un=2n+1−1u_n = 2^{n+1} - 1.

Exemple 2 (inégalité de Bernoulli). Soit aa un réel strictement positif. Montrer que (1+a)n≥1+na(1+a)^n \geq 1 + na pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Initialisation. (1+a)0=1(1+a)^0 = 1 et 1+0×a=11 + 0 \times a = 1 : l'inégalité est vraie pour n=0n = 0.

Hérédité. Supposons (1+a)n≥1+na(1+a)^n \geq 1 + na pour un entier nn. On multiplie par 1+a1 + a, qui est strictement positif : (1+a)n+1≥(1+na)(1+a)=1+(n+1)a+na2≥1+(n+1)a,(1+a)^{n+1} \geq (1+na)(1+a) = 1 + (n+1)a + na^2 \geq 1 + (n+1)a, car na2≥0na^2 \geq 0. L'inégalité est vraie au rang n+1n + 1.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, (1+a)n≥1+na(1+a)^n \geq 1 + na. Ce résultat servira à la leçon 3.

Attention : les deux étapes sont indispensables. Prenons P(n)\mathcal{P}(n) : « 10n+110^n + 1 est divisible par 99 ». L'hérédité est vraie : si 10n+1=9k10^n + 1 = 9k, alors 10n+1+1=10(10n+1)−9=9(10k−1)10^{n+1} + 1 = 10\left(10^n + 1\right) - 9 = 9(10k - 1). Pourtant l'initialisation est fausse (100+1=210^0 + 1 = 2), et P(n)\mathcal{P}(n) est fausse pour tout nn : 10n−1=99…910^n - 1 = 99\ldots9 est divisible par 99, donc 10n+1=(10n−1)+210^n + 1 = \left(10^n - 1\right) + 2 a pour reste 22 dans la division par 99.

1.3 Sens de variation

Définitions. La suite (un)(u_n) est :

  • croissante si un+1≥unu_{n+1} \geq u_n pour tout nn ; strictement croissante si un+1>unu_{n+1} > u_n pour tout nn ;
  • décroissante si un+1≤unu_{n+1} \leq u_n pour tout nn ; strictement décroissante si un+1<unu_{n+1} < u_n pour tout nn ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante ; constante si un+1=unu_{n+1} = u_n pour tout nn.

Méthodes.

  1. Étudier le signe de un+1−unu_{n+1} - u_n.
  2. Si tous les termes sont strictement positifs, comparer un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11.
  3. Si un=f(n)u_n = f(n) avec ff monotone sur [0;+∞[[0;+\infty[, la suite a le même sens de variation que ff.
  4. Pour une suite définie par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), on raisonne par récurrence (leçon 4).

Attention. La méthode 3 ne vaut que pour un=f(n)u_n = f(n). Pour un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n), le sens de variation de ff ne donne pas celui de la suite : avec f(x)=x+2f(x) = \sqrt{x+2}, qui est croissante, et u0=7u_0 = 7, on obtient u1=3u_1 = 3 et u2=5≈2,24u_2 = \sqrt5 \approx 2{,}24 : la suite décroît.

Exemple 3. Étudier le sens de variation de un=3n+1n+2u_n = \dfrac{3n+1}{n+2}.

un+1−un=3n+4n+3−3n+1n+2=(3n+4)(n+2)−(3n+1)(n+3)(n+2)(n+3)=5(n+2)(n+3)>0.u_{n+1} - u_n = \frac{3n+4}{n+3} - \frac{3n+1}{n+2} = \frac{(3n+4)(n+2) - (3n+1)(n+3)}{(n+2)(n+3)} = \frac{5}{(n+2)(n+3)} > 0. La suite (un)(u_n) est strictement croissante. Autre méthode : un=f(n)u_n = f(n) avec f(x)=3x+1x+2f(x) = \dfrac{3x+1}{x+2}, et f′(x)=5(x+2)2>0f'(x) = \dfrac{5}{(x+2)^2} > 0 sur [0;+∞[[0;+\infty[.

Exemple 4. Étudier le sens de variation de vn=n2nv_n = \dfrac{n}{2^n} pour n≥1n \geq 1.

Les termes sont strictement positifs et vn+1vn=n+12n+1×2nn=n+12n\dfrac{v_{n+1}}{v_n} = \dfrac{n+1}{2^{n+1}} \times \dfrac{2^n}{n} = \dfrac{n+1}{2n}. Pour n≥1n \geq 1, n+1≤2nn + 1 \leq 2n, donc vn+1vn≤1\dfrac{v_{n+1}}{v_n} \leq 1 : la suite (vn)(v_n) est décroissante à partir du rang 11. (Elle ne l'est pas depuis le rang 00 : v0=0<v1=12v_0 = 0 < v_1 = \frac12.)

1.4 Suites majorées, minorées, bornées, périodiques

Définitions. La suite (un)(u_n) est :

  • majorée s'il existe un réel MM tel que un≤Mu_n \leq M pour tout nn ;
  • minorée s'il existe un réel mm tel que un≥mu_n \geq m pour tout nn ;
  • bornée si elle est à la fois majorée et minorée.

Une suite croissante est minorée par son premier terme ; une suite décroissante est majorée par son premier terme.

Exemple 5. On reprend un=3n+1n+2u_n = \dfrac{3n+1}{n+2}. On remarque que un=3−5n+2u_n = 3 - \dfrac{5}{n+2}. Comme 5n+2>0\dfrac{5}{n+2} > 0, on a un<3u_n < 3 : la suite est majorée par 33. Elle est croissante, donc minorée par u0=12u_0 = \frac12. Ainsi 12≤un<3\dfrac12 \leq u_n < 3 pour tout nn : la suite est bornée.

Suites périodiques. La suite (un)(u_n) est périodique de période pp (pp entier naturel non nul) si un+p=unu_{n+p} = u_n pour tout nn. Par exemple, un=(−1)nu_n = (-1)^n est périodique de période 22, et wn=cos⁡(nπ2)w_n = \cos\left(\dfrac{n\pi}{2}\right), qui vaut 1,0,−1,0,1,…1, 0, -1, 0, 1, \ldots, est périodique de période 44. Une suite périodique ne prend qu'un nombre fini de valeurs : elle est bornée.

Leçon 2 : Limite d'une suite

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Suite convergente, suite divergente

On s'intéresse au comportement de unu_n quand nn devient très grand, ce qu'on écrit « quand nn tend vers +∞+\infty ».

Définition. Soit ℓ\ell un réel. La suite (un)(u_n) converge vers ℓ\ell (ou tend vers ℓ\ell) si unu_n devient aussi proche de ℓ\ell qu'on veut dès que nn est assez grand. Autrement dit, tout intervalle ouvert contenant ℓ\ell contient tous les termes unu_n à partir d'un certain rang. On note lim⁡n→+∞un=ℓ.\lim_{n\to+\infty} u_n = \ell.

  • Unicité (admise). Si une suite a une limite, cette limite est unique.
  • La suite (un)(u_n) tend vers +∞+\infty si unu_n dépasse n'importe quel réel AA dès que nn est assez grand. Même idée pour −∞-\infty.
  • Une suite qui ne converge pas est dite divergente : soit elle tend vers +∞+\infty ou −∞-\infty, soit elle n'a pas de limite, comme ((−1)n)\left((-1)^n\right), qui vaut alternativement 11 et −1-1.

Exemple 6. Soit un=1+(−1)nnu_n = 1 + \dfrac{(-1)^n}{n} pour n≥1n \geq 1. Les termes valent 00 ; 1,51{,}5 ; 0,670{,}67 ; 1,251{,}25 ; 0,80{,}8… Ils se rapprochent de 11, alternativement par-dessous et par-dessus. Comme ∣un−1∣=1n|u_n - 1| = \dfrac1n, dès que n>100n > 100 le terme unu_n est à moins de 0,010{,}01 de 11. La suite converge vers 11.

2.2 Suites définies par un=f(n)u_n = f(n)

Propriété (admise). Si lim⁡x→+∞f(x)=ℓ\displaystyle\lim_{x\to+\infty} f(x) = \ell, où ℓ\ell est un réel, +∞+\infty ou −∞-\infty, alors lim⁡n→+∞f(n)=ℓ\displaystyle\lim_{n\to+\infty} f(n) = \ell.

Ainsi, les suites 1n\frac1n, 1n2\frac{1}{n^2}, 1n\frac{1}{\sqrt n} tendent vers 00 ; les suites nn, n2n^2, n\sqrt n, ln⁡n\ln n, ene^n tendent vers +∞+\infty ; la suite e−ne^{-n} tend vers 00.

Exemple 7.

  • un=2n2+1n2+3u_n = \dfrac{2n^2+1}{n^2+3} : en +∞+\infty, la fonction rationnelle associée a la même limite que 2x2x2\dfrac{2x^2}{x^2}, donc lim⁡un=2\lim u_n = 2.
  • vn=n e−nv_n = n\,e^{-n} : par croissance comparée (chapitre 3), x e−x→0x\,e^{-x} \to 0 en +∞+\infty, donc lim⁡vn=0\lim v_n = 0.
  • wn=ln⁡nnw_n = \dfrac{\ln n}{n} (n≥1n \geq 1) : ln⁡xx→0\dfrac{\ln x}{x} \to 0 en +∞+\infty, donc lim⁡wn=0\lim w_n = 0.

Attention, la réciproque est fausse. La suite un=sin⁡(πn)u_n = \sin(\pi n) vaut 00 pour tout nn : elle converge vers 00. Pourtant la fonction x↦sin⁡(πx)x \mapsto \sin(\pi x) n'a pas de limite en +∞+\infty.

2.3 Opérations sur les limites

Les règles sont les mêmes que pour les fonctions (chapitre 1) : limite d'une somme, d'un produit, d'un quotient, d'une racine carrée. Les quatre formes indéterminées sont les mêmes, ∞−∞\infty - \infty, 0×∞0 \times \infty, ∞∞\frac{\infty}{\infty} et 00\frac00, et on les lève par les mêmes méthodes.

Exemple 8. Calculer la limite de un=n+1−nu_n = \sqrt{n+1} - \sqrt n.

C'est une forme ∞−∞\infty - \infty. On multiplie par l'expression conjuguée : un=(n+1)−nn+1+n=1n+1+n.u_n = \frac{(n+1) - n}{\sqrt{n+1} + \sqrt n} = \frac{1}{\sqrt{n+1} + \sqrt n}. Le dénominateur tend vers +∞+\infty, donc lim⁡un=0\lim u_n = 0.

2.4 Théorèmes de comparaison

Ces théorèmes sont admis. Ce sont ceux du chapitre 1, où « pour xx assez grand » devient « à partir d'un certain rang ».

Théorème 1 (minoration, majoration).

  • Si un≥vnu_n \geq v_n à partir d'un certain rang et lim⁡vn=+∞\lim v_n = +\infty, alors lim⁡un=+∞\lim u_n = +\infty.
  • Si un≤vnu_n \leq v_n à partir d'un certain rang et lim⁡vn=−∞\lim v_n = -\infty, alors lim⁡un=−∞\lim u_n = -\infty.

Théorème 2 (théorème des gendarmes). Si vn≤un≤wnv_n \leq u_n \leq w_n à partir d'un certain rang, et si (vn)(v_n) et (wn)(w_n) convergent vers le même réel ℓ\ell, alors (un)(u_n) converge vers ℓ\ell.

Conséquence. Si ∣un−ℓ∣≤vn|u_n - \ell| \leq v_n à partir d'un certain rang et lim⁡vn=0\lim v_n = 0, alors lim⁡un=ℓ\lim u_n = \ell.

Théorème 3 (passage à la limite dans une inégalité). Si un≤vnu_n \leq v_n à partir d'un certain rang, et si (un)(u_n) et (vn)(v_n) convergent vers ℓ\ell et ℓ′\ell', alors ℓ≤ℓ′\ell \leq \ell'. En particulier, si a≤un≤ba \leq u_n \leq b pour tout nn et si (un)(u_n) converge vers ℓ\ell, alors a≤ℓ≤ba \leq \ell \leq b.

Attention. Les inégalités strictes deviennent larges à la limite : 1n>0\frac1n > 0 pour tout n≥1n \geq 1, et pourtant lim⁡1n=0\lim \frac1n = 0.

Exemple 9.

  • un=n+(−1)nu_n = n + (-1)^n : comme (−1)n≥−1(-1)^n \geq -1, on a un≥n−1u_n \geq n - 1, et n−1→+∞n - 1 \to +\infty. Par le théorème 1, lim⁡un=+∞\lim u_n = +\infty.
  • vn=2+cos⁡nnv_n = 2 + \dfrac{\cos n}{n} (n≥1n \geq 1) : ∣vn−2∣=∣cos⁡n∣n≤1n|v_n - 2| = \dfrac{|\cos n|}{n} \leq \dfrac1n, et 1n→0\frac1n \to 0. Par la conséquence du théorème 2, lim⁡vn=2\lim v_n = 2.

2.5 Suites monotones

Théorème (admis).

  • Toute suite croissante et majorée converge.
  • Toute suite décroissante et minorée converge.

Si (un)(u_n) est croissante et converge vers ℓ\ell, alors un≤ℓu_n \leq \ell pour tout nn, et ℓ\ell est inférieur ou égal à tout majorant de la suite (théorème 3).

Propriété. Une suite croissante et non majorée tend vers +∞+\infty. Une suite décroissante et non minorée tend vers −∞-\infty.

Démonstration du premier point. Soit AA un réel. La suite n'est pas majorée par AA, donc il existe un rang NN tel que uN>Au_N > A. Comme elle est croissante, un≥uN>Au_n \geq u_N > A pour tout n≥Nn \geq N. Tous les termes dépassent AA à partir du rang NN.

Attention. Le théorème affirme que la suite converge, sans donner sa limite. Un majorant n'est pas forcément la limite : un=1−1nu_n = 1 - \frac1n est croissante et majorée par 55, mais sa limite est 11.

Exemple 10. Soit Sn=1+122+132+⋯+1n2=∑k=1n1k2S_n = 1 + \dfrac{1}{2^2} + \dfrac{1}{3^2} + \cdots + \dfrac{1}{n^2} = \displaystyle\sum_{k=1}^{n} \frac{1}{k^2} pour n≥1n \geq 1.

Sens de variation. Sn+1−Sn=1(n+1)2>0S_{n+1} - S_n = \dfrac{1}{(n+1)^2} > 0 : la suite est strictement croissante.

Majoration. Montrons par récurrence que Sn≤2−1nS_n \leq 2 - \dfrac1n pour tout n≥1n \geq 1. Pour n=1n = 1 : S1=1=2−1S_1 = 1 = 2 - 1. Si Sn≤2−1nS_n \leq 2 - \frac1n, alors Sn+1=Sn+1(n+1)2≤2−1n+1(n+1)2≤2−1n+1,S_{n+1} = S_n + \frac{1}{(n+1)^2} \leq 2 - \frac1n + \frac{1}{(n+1)^2} \leq 2 - \frac{1}{n+1}, car 1n−1n+1=1n(n+1)≥1(n+1)2\dfrac1n - \dfrac{1}{n+1} = \dfrac{1}{n(n+1)} \geq \dfrac{1}{(n+1)^2}.

Conclusion. Sn≤2S_n \leq 2 pour tout nn. La suite est croissante et majorée par 22 : elle converge vers un réel ℓ≤2\ell \leq 2. Sa valeur exacte, π26≈1,645\frac{\pi^2}{6} \approx 1{,}645, est hors de portée du programme.

Leçon 3 : Suites arithmétiques et géométriques

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Suites arithmétiques (rappels)

Définition. (un)(u_n) est arithmétique de raison rr si un+1=un+ru_{n+1} = u_n + r pour tout nn.

Propriété Formule
Terme général un=u0+nru_n = u_0 + nr, et plus généralement un=up+(n−p)ru_n = u_p + (n-p)r
Sens de variation strictement croissante si r>0r > 0, strictement décroissante si r<0r < 0
Limite +∞+\infty si r>0r > 0, −∞-\infty si r<0r < 0
Somme des entiers 1+2+⋯+n=n(n+1)21 + 2 + \cdots + n = \dfrac{n(n+1)}{2}
Somme de termes consécutifs S=(nombre de termes)×premier terme+dernier terme2S = (\text{nombre de termes}) \times \dfrac{\text{premier terme} + \text{dernier terme}}{2}

Exemple 11. (un)(u_n) est arithmétique, avec u0=5u_0 = 5 et r=3r = 3. Alors un=5+3nu_n = 5 + 3n et u20=65u_{20} = 65. La somme S=u0+u1+⋯+u20S = u_0 + u_1 + \cdots + u_{20} compte 2121 termes : S=21×5+652=735.S = 21 \times \frac{5 + 65}{2} = 735.

3.2 Suites géométriques (rappels)

Définition. (un)(u_n) est géométrique de raison qq si un+1=q unu_{n+1} = q\,u_n pour tout nn.

Propriété Formule
Terme général un=u0 qnu_n = u_0\,q^n, et plus généralement un=up qn−pu_n = u_p\,q^{n-p}
Somme des puissances (q≠1q \neq 1) 1+q+q2+⋯+qn=∑k=0nqk=1−qn+11−q1 + q + q^2 + \cdots + q^n = \displaystyle\sum_{k=0}^{n} q^k = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q}
Somme de termes consécutifs (q≠1q \neq 1) S=(premier terme)×1−qnombre de termes1−qS = (\text{premier terme}) \times \dfrac{1 - q^{\text{nombre de termes}}}{1 - q}

La formule de la somme vient de l'identité de Première : (1+q+⋯+qn)(1−q)=1−qn+1\left(1 + q + \cdots + q^n\right)(1 - q) = 1 - q^{n+1}.

Exemple 12. (un)(u_n) est géométrique, avec u2=12u_2 = 12 et u5=96u_5 = 96. Comme u5=u2 q3u_5 = u_2\,q^3, on a q3=8q^3 = 8, donc q=2q = 2, puis u0=u2q2=3u_0 = \dfrac{u_2}{q^2} = 3 et un=3×2nu_n = 3 \times 2^n. La somme des dix premiers termes vaut u0+u1+⋯+u9=3×1−2101−2=3×1023=3069.u_0 + u_1 + \cdots + u_9 = 3 \times \frac{1 - 2^{10}}{1 - 2} = 3 \times 1023 = 3069.

3.3 Limite de qnq^n

Théorème. Soit qq un réel.

qq q≤−1q \leq -1 −1<q<1-1 < q < 1 q=1q = 1 q>1q > 1
lim⁡n→+∞qn\displaystyle\lim_{n\to+\infty} q^n pas de limite 00 11 +∞+\infty

Démonstration.

  • Si q>1q > 1, on écrit q=1+aq = 1 + a avec a>0a > 0. L'inégalité de Bernoulli (exemple 2) donne qn≥1+naq^n \geq 1 + na. Comme 1+na→+∞1 + na \to +\infty, le théorème 1 donne qn→+∞q^n \to +\infty.
  • Si −1<q<1-1 < q < 1 et q≠0q \neq 0, on a 1∣q∣>1\frac{1}{|q|} > 1, donc (1∣q∣)n→+∞\left(\frac{1}{|q|}\right)^n \to +\infty et ∣qn−0∣=∣q∣n=1(1∣q∣)n→0|q^n - 0| = |q|^n = \dfrac{1}{\left(\frac{1}{|q|}\right)^n} \to 0. La conséquence du théorème 2 donne qn→0q^n \to 0. Le cas q=0q = 0 est immédiat.
  • Si q=1q = 1, la suite est constante, égale à 11.
  • Si q≤−1q \leq -1, les termes sont alternativement supérieurs ou égaux à 11 et inférieurs ou égaux à −1-1 : la suite n'a pas de limite.

Conséquence. Si −1<q<1-1 < q < 1, alors 1+q+⋯+qn=1−qn+11−q1 + q + \cdots + q^n = \dfrac{1 - q^{n+1}}{1 - q} tend vers 11−q\dfrac{1}{1-q}.

Exemple 13.

  • (0,9)n→0(0{,}9)^n \to 0 et (−12)n→0\left(-\frac12\right)^n \to 0, tandis que (1,01)n→+∞(1{,}01)^n \to +\infty : même une raison à peine plus grande que 11 finit par dépasser tout nombre.
  • 1+12+14+⋯+12n=1−(12)n+11−12=2−12n1 + \dfrac12 + \dfrac14 + \cdots + \dfrac{1}{2^n} = \dfrac{1 - \left(\frac12\right)^{n+1}}{1 - \frac12} = 2 - \dfrac{1}{2^n}, qui tend vers 22.

3.4 Suites définies par un+1=a un+bu_{n+1} = a\,u_n + b

On suppose a≠1a \neq 1 (sinon la suite est arithmétique) et a≠0a \neq 0.

Méthode.

  1. On cherche le réel α\alpha tel que α=aα+b\alpha = a\alpha + b, c'est-à-dire α=b1−a\alpha = \dfrac{b}{1-a}.
  2. On pose vn=un−αv_n = u_n - \alpha. Alors vn+1=(a un+b)−(aα+b)=a(un−α)=a vnv_{n+1} = (a\,u_n + b) - (a\alpha + b) = a(u_n - \alpha) = a\,v_n : la suite (vn)(v_n) est géométrique de raison aa.
  3. Donc vn=v0 anv_n = v_0\,a^n, puis un=α+(u0−α) anu_n = \alpha + (u_0 - \alpha)\,a^n.
  4. Si −1<a<1-1 < a < 1, alors an→0a^n \to 0 et lim⁡un=α\lim u_n = \alpha.

Exemple 14 (un modèle simplifié). Un malade reçoit chaque jour, à la même heure, une injection de 44 mg d'un médicament. En 2424 heures, son organisme élimine 20 %20\,\% de la quantité présente. On note unu_n la quantité de médicament, en mg, présente juste après la (n+1)(n+1)-ième injection. Ainsi u0=4u_0 = 4 et un+1=0,8 un+4u_{n+1} = 0{,}8\,u_n + 4.

  1. α=0,8 α+4  ⟺  0,2 α=4  ⟺  α=20\alpha = 0{,}8\,\alpha + 4 \iff 0{,}2\,\alpha = 4 \iff \alpha = 20.
  2. vn=un−20v_n = u_n - 20 définit une suite géométrique de raison 0,80{,}8, avec v0=4−20=−16v_0 = 4 - 20 = -16.
  3. Donc vn=−16×0,8nv_n = -16 \times 0{,}8^n et un=20−16×0,8nu_n = 20 - 16 \times 0{,}8^n.
  4. Comme 0<0,8<10 < 0{,}8 < 1, 0,8n→00{,}8^n \to 0 et lim⁡un=20\lim u_n = 20 : la quantité se stabilise vers 2020 mg, sans jamais l'atteindre.
  5. À partir de quel rang a-t-on un≥19u_n \geq 19 ? un≥19  ⟺  16×0,8n≤1  ⟺  nln⁡0,8≤−ln⁡16  ⟺  n≥ln⁡16−ln⁡0,8≈12,4u_n \geq 19 \iff 16 \times 0{,}8^n \leq 1 \iff n\ln 0{,}8 \leq -\ln 16 \iff n \geq \dfrac{\ln 16}{-\ln 0{,}8} \approx 12{,}4, car ln⁡0,8<0\ln 0{,}8 < 0. C'est donc à partir de n=13n = 13, c'est-à-dire de la 14e14^{\text{e}} injection.

Leçon 4 : Suites définies par un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n)

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Définition et représentation graphique

Soit ff une fonction définie sur un intervalle II tel que f(I)⊂If(I) \subset I (on dit que II est stable par ff). Si u0∈Iu_0 \in I, une récurrence immédiate montre que tous les termes unu_n sont définis et appartiennent à II.

Représentation graphique. Dans un repère orthonormé, on trace la courbe Cf\mathcal{C}_f et la droite Δ\Delta d'équation y=xy = x.

  1. On place u0u_0 sur l'axe des abscisses.
  2. Le point de Cf\mathcal{C}_f d'abscisse u0u_0 a pour ordonnée u1=f(u0)u_1 = f(u_0).
  3. On rejoint horizontalement la droite Δ\Delta : le point de Δ\Delta d'ordonnée u1u_1 a pour abscisse u1u_1. On reporte ainsi u1u_1 sur l'axe des abscisses.
  4. On recommence à partir de u1u_1.

On obtient un escalier quand ff est croissante, un escargot (une spirale) quand ff est décroissante. Le dessin, comme un tableau de valeurs à la calculatrice, permet de conjecturer le sens de variation et la limite éventuelle. Une conjecture doit ensuite être démontrée.

Exemple 15. f(x)=x+2f(x) = \sqrt{x+2} et u0=0u_0 = 0. On trouve u1=2≈1,414u_1 = \sqrt2 \approx 1{,}414, u2=2+2≈1,848u_2 = \sqrt{2 + \sqrt2} \approx 1{,}848, u3≈1,962u_3 \approx 1{,}962, u4≈1,990u_4 \approx 1{,}990. L'escalier monte vers le point d'intersection de Cf\mathcal{C}_f et de Δ\Delta, d'abscisse 22. On conjecture que (un)(u_n) est croissante et converge vers 22.

4.2 Image d'une suite convergente par une fonction continue

Théorème (admis). Si (un)(u_n) converge vers ℓ\ell et si ff est continue en ℓ\ell, alors (f(un))\big(f(u_n)\big) converge vers f(ℓ)f(\ell).

Exemple 16.

  • 1n→0\frac1n \to 0 et exp⁡\exp est continue en 00, donc e1n→e0=1e^{\frac1n} \to e^0 = 1.
  • 4+1n2→44 + \frac{1}{n^2} \to 4 et la racine carrée est continue en 44, donc 4+1n2→2\sqrt{4 + \frac{1}{n^2}} \to 2.
  • 2+(12)n→22 + \left(\frac12\right)^n \to 2 et ln⁡\ln est continue en 22, donc ln⁡(2+(12)n)→ln⁡2\ln\left(2 + \left(\frac12\right)^n\right) \to \ln 2.

4.3 La limite est un point fixe

Théorème. Si un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) pour tout nn, si (un)(u_n) converge vers ℓ\ell et si ff est continue en ℓ\ell, alors f(ℓ)=ℓ.f(\ell) = \ell.

Démonstration. La suite (un+1)(u_{n+1}) est la suite (un)(u_n) décalée d'un rang : elle converge aussi vers ℓ\ell. D'après 4.2, (f(un))\big(f(u_n)\big) converge vers f(ℓ)f(\ell). Or f(un)=un+1f(u_n) = u_{n+1}. Par unicité de la limite, f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell.

Attention. Ce théorème ne prouve pas que la suite converge : il donne seulement les limites possibles. Par exemple, avec u0=1u_0 = 1 et un+1=2unu_{n+1} = 2u_n, le seul point fixe de x↦2xx \mapsto 2x est 00, et pourtant un=2n→+∞u_n = 2^n \to +\infty.

4.4 Méthode d'étude quand ff est croissante

  1. Bornes. On montre par récurrence que a≤un≤ba \leq u_n \leq b pour tout nn. Comme ff est croissante, a≤un≤ba \leq u_n \leq b donne f(a)≤un+1≤f(b)f(a) \leq u_{n+1} \leq f(b).
  2. Sens de variation. On montre par récurrence que un≤un+1u_n \leq u_{n+1} pour tout nn si u0≤u1u_0 \leq u_1 (ou un≥un+1u_n \geq u_{n+1} si u0≥u1u_0 \geq u_1). L'hérédité vient de la croissance de ff.
  3. Convergence. La suite est monotone et bornée : elle converge.
  4. Limite. Sa limite ℓ\ell vérifie a≤ℓ≤ba \leq \ell \leq b (théorème 3) et f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell (si ff est continue) : on résout cette équation.

Exemple 17. Soit u0=0u_0 = 0 et un+1=un+2u_{n+1} = \sqrt{u_n + 2}. La fonction f(x)=x+2f(x) = \sqrt{x+2} est continue et croissante sur [−2;+∞[[-2;+\infty[.

1. Bornes. On note P(n)\mathcal{P}(n) : « 0≤un≤20 \leq u_n \leq 2 ». P(0)\mathcal{P}(0) est vraie. Si 0≤un≤20 \leq u_n \leq 2, alors 2≤un+2≤42 \leq u_n + 2 \leq 4 et, la racine carrée étant croissante, 2≤un+1≤2\sqrt2 \leq u_{n+1} \leq 2. Donc 0≤un+1≤20 \leq u_{n+1} \leq 2.

2. Sens de variation. On note Q(n)\mathcal{Q}(n) : « un≤un+1u_n \leq u_{n+1} ». Q(0)\mathcal{Q}(0) est vraie : u0=0≤2=u1u_0 = 0 \leq \sqrt2 = u_1. Si un≤un+1u_n \leq u_{n+1}, alors, ff étant croissante, f(un)≤f(un+1)f(u_n) \leq f(u_{n+1}), c'est-à-dire un+1≤un+2u_{n+1} \leq u_{n+2}. La suite est croissante.

3. Convergence. (un)(u_n) est croissante et majorée par 22 : elle converge vers un réel ℓ\ell tel que 0≤ℓ≤20 \leq \ell \leq 2.

4. Limite. ff est continue en ℓ\ell, donc ℓ+2=ℓ\sqrt{\ell + 2} = \ell. Alors ℓ+2=ℓ2\ell + 2 = \ell^2, soit (ℓ−2)(ℓ+1)=0(\ell - 2)(\ell + 1) = 0. Comme ℓ≥0\ell \geq 0, on rejette −1-1 : lim⁡un=2\lim u_n = 2.

Remarque. Si ff est décroissante sur II, la suite n'est en général pas monotone : ses termes sont alternativement d'un côté et de l'autre de la limite (l'escargot). On utilise alors la méthode de la leçon 5.

Leçon 5 : Accroissements finis et valeur approchée d'une limite

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 La méthode

Hypothèses. ff est dérivable sur un intervalle II stable par ff, u0∈Iu_0 \in I, ℓ∈I\ell \in I vérifie f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell, et il existe un réel kk tel que 0≤k<10 \leq k < 1 et ∣f′(x)∣≤k|f'(x)| \leq k pour tout x∈Ix \in I.

  1. Pour tout nn, unu_n et ℓ\ell sont dans II. L'inégalité des accroissements finis (chapitre 2, forme 2) donne ∣f(un)−f(ℓ)∣≤k ∣un−ℓ∣\big|f(u_n) - f(\ell)\big| \leq k\,|u_n - \ell|, c'est-à-dire ∣un+1−ℓ∣≤k ∣un−ℓ∣.|u_{n+1} - \ell| \leq k\,|u_n - \ell|.
  2. Par récurrence, ∣un−ℓ∣≤kn ∣u0−ℓ∣|u_n - \ell| \leq k^n\,|u_0 - \ell| pour tout nn. L'initialisation est immédiate ; pour l'hérédité, ∣un+1−ℓ∣≤k ∣un−ℓ∣≤k×kn ∣u0−ℓ∣|u_{n+1} - \ell| \leq k\,|u_n - \ell| \leq k \times k^n\,|u_0 - \ell|.
  3. Comme 0≤k<10 \leq k < 1, kn→0k^n \to 0. La conséquence du théorème des gendarmes donne lim⁡un=ℓ\lim u_n = \ell.
  4. En prime, l'inégalité ∣un−ℓ∣≤kn ∣u0−ℓ∣|u_n - \ell| \leq k^n\,|u_0 - \ell| mesure l'écart entre unu_n et ℓ\ell : unu_n est une valeur approchée de ℓ\ell avec une précision connue.

Cette méthode marche que ff soit croissante ou décroissante. On l'utilise aussi quand on ne sait pas calculer ℓ\ell : on prouve alors son existence avec le théorème des valeurs intermédiaires (chapitre 1).

5.2 Un exemple : le nombre d'or

Exemple 18. Soit u0=2u_0 = 2 et un+1=1+1unu_{n+1} = 1 + \dfrac{1}{u_n}. On pose f(x)=1+1xf(x) = 1 + \dfrac1x et I=[32 ;2]I = \left[\dfrac32\,;2\right].

1. Intervalle stable. ff est décroissante sur II, donc f(I)=[f(2) ;f ⁣(32)]=[32 ;53]⊂If(I) = \left[f(2)\,;f\!\left(\frac32\right)\right] = \left[\dfrac32\,;\dfrac53\right] \subset I. Comme u0=2∈Iu_0 = 2 \in I, tous les termes sont dans II.

2. Point fixe. Pour x≠0x \neq 0, x=1+1x  ⟺  x2−x−1=0  ⟺  x=1±52x = 1 + \dfrac1x \iff x^2 - x - 1 = 0 \iff x = \dfrac{1 \pm \sqrt5}{2}. Seul φ=1+52≈1,618\varphi = \dfrac{1 + \sqrt5}{2} \approx 1{,}618 est dans II. C'est le nombre d'or.

3. Majoration de la dérivée. f′(x)=−1x2f'(x) = -\dfrac{1}{x^2}, donc pour x∈Ix \in I : ∣f′(x)∣=1x2≤1(32)2=49|f'(x)| = \dfrac{1}{x^2} \leq \dfrac{1}{\left(\frac32\right)^2} = \dfrac49.

4. Inégalités. On a ∣un+1−φ∣≤49 ∣un−φ∣|u_{n+1} - \varphi| \leq \dfrac49\,|u_n - \varphi|, puis ∣un−φ∣≤(49)n∣u0−φ∣|u_n - \varphi| \leq \left(\dfrac49\right)^n |u_0 - \varphi|. Comme u0u_0 et φ\varphi sont dans II, de longueur 12\frac12, on a ∣u0−φ∣≤12|u_0 - \varphi| \leq \frac12. Donc ∣un−φ∣≤12(49)n.|u_n - \varphi| \leq \frac12\left(\frac49\right)^n.

5. Limite. 0≤49<10 \leq \frac49 < 1, donc (49)n→0\left(\frac49\right)^n \to 0 et lim⁡un=φ\lim u_n = \varphi.

6. Précision. 12(49)n≤10−3  ⟺  (49)n≤2×10−3  ⟺  n≥ln⁡500ln⁡94≈7,66\dfrac12\left(\dfrac49\right)^n \leq 10^{-3} \iff \left(\dfrac49\right)^n \leq 2 \times 10^{-3} \iff n \geq \dfrac{\ln 500}{\ln\frac94} \approx 7{,}66. Pour n=8n = 8, u8=8955≈1,61818u_8 = \dfrac{89}{55} \approx 1{,}61818 est donc une valeur approchée de φ\varphi à 10−310^{-3} près.

Les termes 2,32,53,85,138,…2, \frac32, \frac53, \frac85, \frac{13}{8}, \ldots sont des quotients de nombres consécutifs de la suite de Fibonacci 1,1,2,3,5,8,13,…1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, \ldots. Ils sont alternativement au-dessus et au-dessous de φ\varphi : c'est l'escargot.

Leçon 6 : Compléments pour les séries S1, S3 et S1AS1 · S3 · S1A

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 Image d'une suite par une fonction : le cas général

Théorème (admis). Soit ff une fonction définie sur un intervalle II et (un)(u_n) une suite de points de II. Si lim⁡n→+∞un=L\displaystyle\lim_{n\to+\infty} u_n = L et lim⁡x→Lf(x)=a\displaystyle\lim_{x\to L} f(x) = a, où LL et aa sont finis ou non, alors lim⁡n→+∞f(un)=a.\lim_{n\to+\infty} f(u_n) = a.

Cet énoncé, condensé pour être retenu, regroupe plusieurs cas qu'il faut savoir distinguer.

Cas Exemple
LL réel et ff continue en LL : a=f(L)a = f(L) e1n→1e^{\frac1n} \to 1 (leçon 4)
un=nu_n = n, donc L=+∞L = +\infty un=f(n)u_n = f(n) (leçon 2) : ln⁡nn→0\frac{\ln n}{n} \to 0
LL réel et aa infini 1n→0+\frac1n \to 0^+ et ln⁡x→−∞\ln x \to -\infty en 0+0^+, donc ln⁡1n→−∞\ln\frac1n \to -\infty
L=+∞L = +\infty et aa réel n2+1→+∞n^2 + 1 \to +\infty et e−x→0e^{-x} \to 0 en +∞+\infty, donc e−(n2+1)→0e^{-(n^2+1)} \to 0
LL réel et ff non définie en LL nsin⁡1n→1n\sin\frac1n \to 1 (exemple 19)

Exemple 19.

  • nsin⁡1n=f(1n)n\sin\dfrac1n = f\left(\dfrac1n\right) avec f(x)=sin⁡xxf(x) = \dfrac{\sin x}{x}. Comme 1n→0\frac1n \to 0 et sin⁡xx→1\dfrac{\sin x}{x} \to 1 quand x→0x \to 0 (Première S1), on a lim⁡nsin⁡1n=1\lim n\sin\frac1n = 1.
  • nln⁡(1+1n)=g(1n)n\ln\left(1 + \dfrac1n\right) = g\left(\dfrac1n\right) avec g(x)=ln⁡(1+x)xg(x) = \dfrac{\ln(1+x)}{x}, qui tend vers 11 en 00 (chapitre 3). Donc lim⁡nln⁡(1+1n)=1\lim n\ln\left(1 + \frac1n\right) = 1.
  • On en déduit (1+1n)n=enln⁡(1+1n)→e1=e\left(1 + \dfrac1n\right)^n = e^{n\ln\left(1 + \frac1n\right)} \to e^1 = e, car exp⁡\exp est continue en 11. La convergence est lente : (1+11000)1000≈2,7169\left(1 + \frac{1}{1000}\right)^{1000} \approx 2{,}7169, alors que e≈2,7183e \approx 2{,}7183.

6.2 Suites de référence

Le programme S1-S3 demande de connaître les limites des suites (ln⁡n)(\ln n), (nα)(n^\alpha) (α\alpha réel) et (an)(a^n) (aa réel strictement positif), et de comparer leurs comportements. Tout découle de la leçon 2 (un=f(n)u_n = f(n)) et du chapitre 3.

Suite ln⁡n\ln n nαn^\alpha, α>0\alpha > 0 nαn^\alpha, α<0\alpha < 0 ana^n, a>1a > 1 ana^n, 0<a<10 < a < 1
Limite +∞+\infty +∞+\infty 00 +∞+\infty 00

Pour α=0\alpha = 0 ou a=1a = 1, la suite est constante, égale à 11.

Théorème (croissance comparée). Pour tout réel α>0\alpha > 0, tout réel a>1a > 1 et tout réel bb tel que 0<b<10 < b < 1 : lim⁡n→+∞ln⁡nnα=0lim⁡n→+∞annα=+∞lim⁡n→+∞nα bn=0.\lim_{n\to+\infty} \frac{\ln n}{n^\alpha} = 0 \qquad \lim_{n\to+\infty} \frac{a^n}{n^\alpha} = +\infty \qquad \lim_{n\to+\infty} n^\alpha\,b^n = 0.

Justification. Les deux premières limites sont celles des fonctions ln⁡xxα\frac{\ln x}{x^\alpha} et axxα\frac{a^x}{x^\alpha} en +∞+\infty (chapitre 3, compléments S1). Pour la troisième, nα bn=nαcnn^\alpha\,b^n = \dfrac{n^\alpha}{c^n} avec c=1b>1c = \frac1b > 1.

La hiérarchie à retenir. En +∞+\infty, pour α>0\alpha > 0 et a>1a > 1 : ln⁡n\ln n est négligeable devant nαn^\alpha, qui est lui-même négligeable devant ana^n, ce qu'on résume par ln⁡n≪nα≪an\ln n \ll n^\alpha \ll a^n.

Exemple 20.

  • n52n→0\dfrac{n^5}{2^n} \to 0, car 2nn5→+∞\dfrac{2^n}{n^5} \to +\infty.
  • (ln⁡n)2n=(ln⁡nn)2→0\dfrac{(\ln n)^2}{n} = \left(\dfrac{\ln n}{\sqrt n}\right)^2 \to 0.
  • 2n+n33n=(23)n+n3(13)n→0+0=0\dfrac{2^n + n^3}{3^n} = \left(\dfrac23\right)^n + n^3\left(\dfrac13\right)^n \to 0 + 0 = 0.

6.3 Conjecturer avec prudence

Le programme demande de conjecturer le comportement d'une suite à la calculatrice ou sur un graphique. Il faut rester prudent. La suite un=n101,1nu_n = \dfrac{n^{10}}{1{,}1^n} tend vers 00 par croissance comparée. Pourtant u100≈7,3×1015u_{100} \approx 7{,}3 \times 10^{15} : la suite croît jusqu'au rang 105105, et ses termes ne passent sous 11 qu'à partir du rang 686686. Une conjecture faite sur les premiers termes aurait été fausse : seule la démonstration tranche.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Récurrence : initialisation, puis hérédité. Les deux étapes sont indispensables.
  2. Sens de variation : signe de un+1−unu_{n+1} - u_n, comparaison de un+1un\frac{u_{n+1}}{u_n} à 11, sens de variation de ff si un=f(n)u_n = f(n), récurrence si un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n).
  3. Limites : si un=f(n)u_n = f(n), la limite de ff en +∞+\infty donne celle de la suite ; opérations et comparaisons comme pour les fonctions.
  4. Une suite croissante et majorée converge ; une suite décroissante et minorée converge.
  5. qn→0q^n \to 0 si −1<q<1-1 < q < 1, qn→+∞q^n \to +\infty si q>1q > 1 ; 1+q+⋯+qn=1−qn+11−q1 + q + \cdots + q^n = \frac{1 - q^{n+1}}{1-q}.
  6. un+1=a un+bu_{n+1} = a\,u_n + b : on cherche α=aα+b\alpha = a\alpha + b, et vn=un−αv_n = u_n - \alpha est géométrique de raison aa.
  7. un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : bornes et monotonie par récurrence ; si la suite converge vers ℓ\ell et ff est continue en ℓ\ell, alors f(ℓ)=ℓf(\ell) = \ell.
  8. Si ∣f′∣≤k<1|f'| \leq k < 1 sur un intervalle stable : ∣un−ℓ∣≤kn ∣u0−ℓ∣|u_n - \ell| \leq k^n\,|u_0 - \ell|, ce qui prouve la convergence et donne une valeur approchée.
  9. S1 · S3 · S1A Image d'une suite par une fonction dans tous les cas ; en +∞+\infty, ln⁡n≪nα≪an\ln n \ll n^\alpha \ll a^n (α>0\alpha > 0, a>1a > 1).
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