La dérivation est un outil de résolution de problèmes. Elle mesure la pente d'une courbe en un point, donne l'équation de sa tangente, permet de remplacer une fonction par une fonction affine près d'un point, et surtout de trouver le sens de variation et les extremums d'une fonction. Ce chapitre utilise les limites du chapitre 2. C'est ta première rencontre avec la dérivation : les théorèmes sur le sens de variation sont admis, comme le prévoit le programme.
Dans tout le chapitre, f est une fonction numérique d'une variable réelle et Cf sa courbe représentative dans un repère (O;i,j).
Définition. Soit f une fonction définie sur un intervalle I, et x0 un réel de I. Pour tout réel x de I différent de x0, le taux d'accroissement (ou taux de variation, vu en Seconde) de f entre x0 et x est
x−x0f(x)−f(x0).
Interprétation graphique. Soit A(x0;f(x0)) et M(x;f(x)) deux points de Cf. Le taux d'accroissement est le quotient de la différence des ordonnées par la différence des abscisses : c'est le coefficient directeur de la droite (AM), appelée une sécante à la courbe.
Avec h. On pose souvent x=x0+h, avec h=0. Le taux d'accroissement s'écrit alors
hf(x0+h)−f(x0).
Exemple 1. Soit f(x)=x2 et x0=3. Pour h=0,
hf(3+h)−f(3)=h9+6h+h2−9=h6h+h2=6+h.
h
1
0,5
0,1
0,01
−0,1
−0,01
taux 6+h
7
6,5
6,1
6,01
5,9
5,99
Quand h se rapproche de 0, le point M glisse sur la parabole vers A(3;9), et les coefficients directeurs des sécantes se rapprochent de 6.
1.2 Fonction dérivable en un point
Définition. Soit f une fonction définie sur un intervalle ouvert contenant x0. On dit que f est dérivable en x0 si le taux d'accroissement de f entre x0 et x admet une limite finieℓ quand x tend vers x0. Ce réel ℓ s'appelle le nombre dérivé de f en x0, et on le note f′(x0) (lire « f prime de x zéro ») :
f′(x0)=limx→x0x−x0f(x)−f(x0).
1.3 Le lien entre les deux écritures
Si l'on pose x=x0+h, dire que x tend vers x0 revient à dire que h tend vers 0. Les deux écritures suivantes sont donc équivalentes : f est dérivable en x0 si et seulement si l'une (et alors l'autre) des limites existe et est finie, et
f′(x0)=limx→x0x−x0f(x)−f(x0)=limh→0hf(x0+h)−f(x0).
On choisit l'écriture qui rend le calcul le plus simple. Dans les deux cas, on obtient d'abord une forme indéterminée 00, qu'on lève avec les méthodes du chapitre 2 (développer, factoriser, expression conjuguée).
Exemple 2 (suite de l'exemple 1). Le taux vaut 6+h, qui tend vers 6 quand h tend vers 0. Donc la fonction carré est dérivable en 3, et f′(3)=6.
Avec l'autre écriture : pour x=3, x−3x2−9=x−3(x−3)(x+3)=x+3, qui tend vers 6 quand x tend vers 3. On trouve bien le même nombre.
Exemple 3. Soit g(x)=x1 et x0=2. Pour h=0 et h=−2,
g(2+h)−g(2)=2+h1−21=2(2+h)2−(2+h)=2(2+h)−h,donchg(2+h)−g(2)=2(2+h)−1.
Quand h tend vers 0, ce taux tend vers −41. Donc g est dérivable en 2 et g′(2)=−41.
Exemple 4. Soit k(x)=x et x0=4. Pour x≥0 et x=4, on utilise x−4=(x−2)(x+2) :
x−4k(x)−k(4)=(x−2)(x+2)x−2=x+21.
Quand x tend vers 4, ce taux tend vers 2+21=41. Donc k est dérivable en 4 et k′(4)=41.
Exemple 5. Soit p(x)=x3−2x et x0=1. On a p(1)=−1 et, pour x=1, x3−2x+1=(x−1)(x2+x−1) (on le vérifie en développant). Donc
x−1p(x)−p(1)=x−1x3−2x+1=x2+x−1,
qui tend vers 1+1−1=1 quand x tend vers 1. Donc p′(1)=1.
1.4 Dérivabilité et continuité
Théorème (admis). Si f est dérivable en x0, alors f est continue en x0.
Pourquoi (explication non exigible) : pour x=x0, f(x)=f(x0)+(x−x0)×x−x0f(x)−f(x0). Quand x tend vers x0, le produit tend vers 0×f′(x0)=0, donc f(x) tend vers f(x0).
Conséquence. Une fonction qui n'est pas continue en x0 n'est pas dérivable en x0.
Exemple 6. La fonction partie entière E n'est pas continue en 1 (chapitre 2 : sa limite à gauche vaut 0, sa limite à droite vaut 1). Elle n'est donc pas dérivable en 1.
Attention. La réciproque est fausse : une fonction peut être continue en x0 sans y être dérivable. La valeur absolue en 0 en est l'exemple (leçon 3).
Leçon 2 : Tangente à une courbe, approximation affine
Soit f dérivable en x0, A(x0;f(x0)), et M un point de Cf d'abscisse x0+h. Quand h tend vers 0, le point M se rapproche de A sur la courbe, et la sécante (AM)tourne autour de A : son coefficient directeur, le taux d'accroissement, tend vers f′(x0). La sécante se rapproche ainsi d'une position limite : la droite qui passe par A et dont le coefficient directeur est f′(x0). C'est la tangente.
Définition. Si f est dérivable en x0, la tangente à Cf au point A(x0;f(x0)) est la droite qui passe par A et qui a pour coefficient directeur f′(x0).
2.2 Équation de la tangente
Une droite de coefficient directeur m qui passe par A(x0;f(x0)) a pour équation y−f(x0)=m(x−x0). D'où :
Propriété. Si f est dérivable en x0, la tangente à Cf au point d'abscisse x0 a pour équation
y=f′(x0)(x−x0)+f(x0).
Exemple 7. Pour f(x)=x2 en x0=3 : f(3)=9 et f′(3)=6 (exemple 2). La tangente a pour équation y=6(x−3)+9, soit y=6x−9.
Exemple 8. Pour g(x)=x1 en x0=2 : g(2)=21 et g′(2)=−41 (exemple 3). La tangente a pour équation y=−41(x−2)+21, soit y=−41x+1.
Exemple 9. Pour p(x)=x3−2x en x0=1 : p(1)=−1 et p′(1)=1 (exemple 5). La tangente a pour équation y=(x−1)−1, soit y=x−2.
Tangente horizontale. Si f′(x0)=0, la tangente en A est la droite horizontale d'équation y=f(x0).
Exemple 10. Soit q(x)=x2−4x+1 et x0=2. On a q(2)=−3 et, pour h=0,
hq(2+h)−q(2)=h(4+4h+h2)−(8+4h)+1+3=hh2=h,
qui tend vers 0. Donc q′(2)=0 : la tangente au sommet S(2;−3) de la parabole est la droite horizontale y=−3.
Tracer une tangente. On part de A, on avance d'une unité vers la droite, puis on monte de f′(x0) (on descend si f′(x0)<0) : on obtient un second point de la tangente.
2.3 Approximation affine
Près du point A, la courbe et sa tangente sont presque confondues : on peut remplacer f par la fonction affine dont la droite représentative est la tangente.
Propriété (approximation affine). Si f est dérivable en x0, alors, pour h proche de 0,
f(x0+h)≈f(x0)+f′(x0)h.
Le nombre f(x0)+f′(x0)h est l'ordonnée du point de la tangente d'abscisse x0+h.
Pour aller plus loin (non exigible). On peut écrire f(x0+h)=f(x0)+f′(x0)h+hφ(h), où φ(h)=hf(x0+h)−f(x0)−f′(x0) tend vers 0 quand h tend vers 0 : l'erreur commise est petite devant h. Par exemple, (3+h)2=9+6h+h×h, avec ici φ(h)=h.
Exemple 11. La racine carrée en 4 : k(4)=2 et k′(4)=41 (exemple 4). Donc, pour h proche de 0, 4+h≈2+4h.
Avec h=0,02 : 4,02≈2,005. La calculatrice donne 2,004993… : l'erreur est inférieure à 10−5.
Avec h=−0,04 : 3,96≈2−0,01=1,99. La calculatrice donne 1,989974…
Trois approximations utiles en 1. En calculant les nombres dérivés en 1 des fonctions x↦x2, x↦x1 et x↦x (ils valent 2, −1 et 21), on obtient, pour h proche de 0 :
(1+h)2≈1+2h,1+h1≈1−h,1+h≈1+2h.
Exemple 12.1,021≈1−0,02=0,98 (la calculatrice donne 0,98039…) ; 1,0032≈1,006 (valeur exacte 1,006009) ; 1,06≈1,03 (la calculatrice donne 1,02956…).
Leçon 3 : Nombre dérivé à gauche, nombre dérivé à droite
Si le taux d'accroissement de f en x0 admet une limite finie quand h tend vers 0en restant négatif (c'est-à-dire quand x tend vers x0 par la gauche), on dit que f est dérivable à gauche en x0. Cette limite est le nombre dérivé à gauche, noté fg′(x0) :
fg′(x0)=limh→0h<0hf(x0+h)−f(x0)=limx→x0x<x0x−x0f(x)−f(x0).
De même, avec h>0 (ou x>x0), on définit la dérivabilité à droite et le nombre dérivé à droitefd′(x0).
3.2 Les deux théorèmes
Soit f une fonction dérivable à gauche et à droite en x0.
Théorème 1. Si les nombres dérivés à gauche et à droite sont égaux à un même réel ℓ, alors f est dérivable en x0 et f′(x0)=ℓ.
Théorème 2. Si les nombres dérivés à gauche et à droite sont différents, alors fn'est pas dérivable en x0.
Le théorème 1 vient de celui du chapitre 2 sur les limites à gauche et à droite : si elles sont égales à ℓ, la limite existe et vaut ℓ.
3.3 Demi-tangentes, point anguleux
Si f est dérivable à droite en x0, la courbe admet au point A(x0;f(x0)) une demi-tangente à droite : c'est la demi-droite d'origine A et de coefficient directeur fd′(x0), d'équation
y=fd′(x0)(x−x0)+f(x0),x≥x0.
De même, la demi-tangente à gauche a pour équation y=fg′(x0)(x−x0)+f(x0), avec x≤x0.
Si fg′(x0)=fd′(x0), la courbe a en Adeux demi-tangentes qui ne sont pas dans le prolongement l'une de l'autre : on dit que A est un point anguleux de la courbe. La courbe y fait un « coin ».
Exemple 13 (valeur absolue en 0). Soit f(x)=∣x∣. Pour h=0, hf(0+h)−f(0)=h∣h∣.
Si h>0, ce taux vaut 1 : fd′(0)=1.
Si h<0, il vaut −1 : fg′(0)=−1.
Les deux nombres sont différents : la valeur absolue n'est pas dérivable en 0. L'origine est un point anguleux ; les demi-tangentes sont portées par les droites y=x (pour x≥0) et y=−x (pour x≤0). Pourtant, la valeur absolue est continue en 0 : c'est le contre-exemple annoncé à la leçon 1.
Exemple 14 (point anguleux). Soit g définie par g(x)=x2 si x≤1 et g(x)=−x+2 si x>1. On a g(1)=1.
À gauche de 1 (x<1) : x−1g(x)−g(1)=x−1x2−1=x+1, qui tend vers 2. Donc gg′(1)=2.
À droite de 1 (x>1) : x−1g(x)−g(1)=x−1−x+2−1=x−1−(x−1)=−1. Donc gd′(1)=−1.
Les nombres dérivés sont différents : g n'est pas dérivable en 1, et A(1;1) est un point anguleux. Demi-tangente à gauche : y=2(x−1)+1, soit y=2x−1 pour x≤1. Demi-tangente à droite : y=−(x−1)+1, soit y=−x+2 pour x≥1.
Exemple 15 (raccordement sans coin). Soit f définie par f(x)=x2 si x≤1 et f(x)=2x−1 si x>1. On a f(1)=1. À gauche, le taux vaut x+1, qui tend vers 2. À droite, il vaut x−12x−1−1=2. Donc fg′(1)=fd′(1)=2 : f est dérivable en 1 et f′(1)=2. Les deux morceaux se raccordent avec la même tangente y=2x−1.
3.4 Demi-tangente verticale
Il arrive que le taux d'accroissement tende vers +∞ ou −∞. Ce n'est pas une limite finie : la fonction n'est pas dérivable de ce côté. Les sécantes se redressent, et la courbe admet une demi-tangente verticale.
Exemple 16 (racine carrée en 0). Pour h>0, h0+h−0=hh=h1, qui tend vers +∞ quand h tend vers 0. La racine carrée n'est pas dérivable en 0 (même à droite), et sa courbe admet à l'origine une demi-tangente verticale, portée par l'axe des ordonnées.
Leçon 4 : Fonction dérivée, dérivées des fonctions usuelles
Définition. Une fonction f est dérivable sur un intervalle ouvert I si elle est dérivable en tout réel x de I. La fonction qui, à tout x de I, associe le nombre dérivé f′(x) s'appelle la fonction dérivée de f ; on la note f′.
Sur un intervalle fermé [a;b], on demande en plus que f soit dérivable à droite en a et à gauche en b.
Exemple 17 (la fonction carré). Soit f(x)=x2 et x un réel quelconque. Pour h=0,
h(x+h)2−x2=h2xh+h2=2x+h,
qui tend vers 2x. La fonction carré est dérivable sur R, et f′(x)=2x. Par exemple, f′(−1)=−2, f′(0)=0, f′(1)=2 et f′(3)=6.
4.2 Dérivées des fonctions usuelles
Fonction f
Fonction dérivée f′
Ensemble de dérivabilité
x↦a (a constante)
x↦0
R
x↦kx (k réel)
x↦k
R
x↦x2
x↦2x
R
x↦xn (n entier, n≥1)
x↦nxn−1
R
x↦x
x↦2x1
]0;+∞[
x↦x1
x↦−x21
]−∞;0[ et ]0;+∞[
x↦sinx
x↦cosx
R
x↦cosx
x↦−sinx
R
Les angles sont en radians. La racine carrée est définie en 0, mais n'y est pas dérivable (exemple 16).
4.3 D'où viennent ces formules
Constante. Le taux vaut ha−a=0. Fonction x↦kx. Le taux vaut hk(x+h)−kx=k.
Fonction cube.h(x+h)3−x3=h3x2h+3xh2+h3=3x2+3xh+h2, qui tend vers 3x2. C'est bien nxn−1 pour n=3. Pour un entier n quelconque, la formule est admise.
Fonction inverse. Pour x=0 et h assez petit, x+h1−x1=x(x+h)−h. Le taux vaut x(x+h)−1, qui tend vers −x21.
Racine carrée. Pour x>0, on multiplie par l'expression conjuguée :
hx+h−x=h(x+h+x)(x+h)−x=x+h+x1,
qui tend vers 2x1.
Sinus et cosinus. Les formules sont admises.
Exemple 18. La dérivée de x↦x5 est x↦5x4 ; celle de x↦−3x est la constante −3 ; celle de x↦7 est la fonction nulle.
Exemple 19. Tangente à la courbe de la racine carrée au point d'abscisse 9 : 9=3 et la dérivée en 9 vaut 2×31=61. La tangente a pour équation y=61(x−9)+3, soit y=61x+23.
Exemple 20. Le cosinus a pour dérivée −sin, qui s'annule en 0 : la tangente à la courbe du cosinus au point (0;1) est horizontale. Le sinus a pour dérivée le cosinus, qui vaut 1 en 0 : la tangente à la courbe du sinus à l'origine est la droite y=x.
Dans toute la leçon, u et v sont deux fonctions dérivables sur un intervalle I, et k est un réel.
5.1 Somme, produit par un réel
(u+v)′=u′+v′et(ku)′=ku′.
En effet, le taux de u+v est la somme des taux de u et de v, et celui de ku est k fois celui de u.
Conséquence. On dérive un polynôme terme à terme : un polynôme est dérivable sur R.
Exemple 21.P(x)=3x4−5x2+2x−7 a pour dérivée P′(x)=3×4x3−5×2x+2=12x3−10x+2.
5.2 Produit
(uv)′=u′v+uv′.Attention : la dérivée d'un produit n'est pas le produit des dérivées.
Démonstration. Pour x dans I et h=0 :
hu(x+h)v(x+h)−u(x)v(x)=hu(x+h)−u(x)v(x+h)+u(x)hv(x+h)−v(x).
Quand h tend vers 0, les deux taux tendent vers u′(x) et v′(x) ; et v(x+h) tend vers v(x), car v, dérivable, est continue (leçon 1). D'où le résultat.
Exemple 22.f(x)=(2x+1)x sur ]0;+∞[. Avec u(x)=2x+1 et v(x)=x : u′(x)=2 et v′(x)=2x1. Donc
f′(x)=2x+2x2x+1=2x4x+2x+1=2x6x+1.
Exemple 23.f(x)=xsinx sur R : f′(x)=1×sinx+xcosx=sinx+xcosx.
5.3 Inverse et quotient
Si v ne s'annule pas sur I :
(v1)′=−v2v′et(vu)′=v2u′v−uv′.
Démonstration de la première formule.v(x+h)1−v(x)1=−v(x+h)v(x)v(x+h)−v(x) ; on divise par h et on fait tendre h vers 0 (en utilisant encore la continuité de v). La seconde s'en déduit en écrivant vu=u×v1 et en appliquant la règle du produit.
Conséquence. Une fonction rationnelle est dérivable sur chaque intervalle contenu dans son ensemble de définition.
Exemple 24.g(x)=x−2x2+1 sur ]−∞;2[ et sur ]2;+∞[. Avec u(x)=x2+1, v(x)=x−2, u′(x)=2x, v′(x)=1 :
g′(x)=(x−2)22x(x−2)−(x2+1)×1=(x−2)2x2−4x−1.
En 3 : g(3)=10 et g′(3)=19−12−1=−4. La tangente au point d'abscisse 3 a pour équation y=−4(x−3)+10=−4x+22.
Exemple 25.h(x)=x2+13 sur R (x2+1 ne s'annule jamais). Avec v(x)=x2+1 : h′(x)=3×(−(x2+1)22x)=−(x2+1)26x.
Exemple 26 (fonction tangente). Sur un intervalle où cosx=0, tanx=cosxsinx, donc
tan′(x)=cos2xcosx×cosx−sinx×(−sinx)=cos2xcos2x+sin2x=cos2x1=1+tan2x.
Exemple 27. Pour n entier, n≥1, la fonction x↦xn1 est dérivable sur ]−∞;0[ et sur ]0;+∞[, de dérivée −x2nnxn−1=−xn+1n. Par exemple, la dérivée de x21 est −x32.
5.4 Dérivée de x↦f(ax+b)
Propriété. Soit f une fonction dérivable sur un intervalle J, et a, b deux réels. La fonction g:x↦f(ax+b) est dérivable en tout réel x tel que ax+b∈J, et
g′(x)=af′(ax+b).
On dérive f, on l'évalue en ax+b, et on multiplie par a.
Explication. Si a=0, g est constante et g′=0. Si a=0, on pose X=ax+b et k=ah :
hg(x+h)−g(x)=hf(X+ah)−f(X)=a×kf(X+k)−f(X).
Quand h tend vers 0, k tend vers 0, et le taux tend vers af′(X).
Exemple 28.
(2x−1)5 a pour dérivée 2×5(2x−1)4=10(2x−1)4.
3−2x a pour dérivée −2×23−2x1=−3−2x1, pour 3−2x>0, c'est-à-dire sur ]−∞;23[.
sin(2x+3π) a pour dérivée 2cos(2x+3π).
4x+11 a pour dérivée 4×(−(4x+1)21)=−(4x+1)24, sur chaque intervalle où 4x+1=0.
5.5 Méthode
Reconnaître la forme de la fonction : somme, produit, quotient, fonction de ax+b.
Préciser l'intervalle où elle est dérivable.
Appliquer la règle, puis simplifier (factoriser, réduire au même dénominateur) : c'est le signe de la dérivée qui servira ensuite.
Théorèmes (admis). Soit f une fonction dérivable sur un intervalleI.
Si f′ est nulle sur I, alors f est constante sur I.
Si f′ est positive sur I, alors f est croissante sur I. Si f′ est négative sur I, alors f est décroissante sur I.
Si f′ est strictement positive sur I, alors f est strictement croissante sur I. Si f′ est strictement négative sur I, alors f est strictement décroissante sur I.
Interprétation. Là où les tangentes montent (coefficient directeur positif), la courbe monte ; là où elles descendent, la courbe descend.
Attention : il faut un intervalle. La fonction inverse a pour dérivée −x21<0 en tout réel non nul. Elle est strictement décroissante sur ]−∞;0[ et sur ]0;+∞[, mais pas sur R∗ : −1<1 et −11=−1<1=11.
Exemple 29. Soit f(x)=cos2x+sin2x sur R. Par la règle du produit, (cos2x)′=−2sinxcosx et (sin2x)′=2sinxcosx, donc f′(x)=0. Par le théorème 1, f est constante sur R : f(x)=f(0)=1. On retrouve cos2x+sin2x=1.
6.2 Tableau de variations
Méthode.
Donner l'ensemble de définition et l'ensemble de dérivabilité.
Calculer f′(x), puis la factoriser autant que possible.
Étudier le signe de f′(x) (tableau de signes).
Dresser le tableau de variations : une ligne pour x (avec les valeurs où f′ s'annule et les bornes), une ligne pour le signe de f′(x), une ligne pour les variations de f (flèches), en y portant les valeurs de f aux points remarquables et les limites aux bornes (chapitre 2).
Exemple 30. Soit f(x)=x3−3x+1 sur R. On a f′(x)=3x2−3=3(x−1)(x+1). Ce trinôme est positif à l'extérieur des racines −1 et 1, négatif entre elles. De plus f(−1)=−1+3+1=3, f(1)=1−3+1=−1, et (terme de plus haut degré) f tend vers −∞ en −∞ et vers +∞ en +∞.
x
−∞
−1
1
+∞
signe de f′(x)
+
0
−
0
+
variations de f
−∞
↗
3
↘
−1
↗
+∞
f est strictement croissante sur ]−∞;−1], strictement décroissante sur [−1;1], strictement croissante sur [1;+∞[. Aux points d'abscisses −1 et 1, les tangentes sont horizontales.
Exemple 31 (une valeur interdite). Soit g(x)=x−1x2+3 sur R∖{1}. Par la règle du quotient,
g′(x)=(x−1)22x(x−1)−(x2+3)=(x−1)2x2−2x−3=(x−1)2(x−3)(x+1).
Le dénominateur est strictement positif : g′(x) a le signe de (x−3)(x+1). On calcule g(−1)=−24=−2 et g(3)=212=6. Limites : en −∞, −∞ ; en 1 à gauche, −∞ (numérateur 4, dénominateur qui tend vers 0 en restant négatif) ; en 1 à droite, +∞ ; en +∞, +∞.
x
−∞
−1
1
3
+∞
signe de g′(x)
+
0
−
‖
−
0
+
variations de g
−∞
↗
−2
↘
−∞ ‖ +∞
↘
6
↗
+∞
La double barre signale la valeur interdite 1. Remarque : le maximum local −2 est plus petit que le minimum local 6. Il n'y a pas de contradiction : ils sont sur deux intervalles différents.
6.3 Extremum
Définition. On dit que f admet un maximum local (ou relatif) en x0 s'il existe un intervalle ouvert J contenant x0 tel que f(x)≤f(x0) pour tout x de J (où f est définie). On définit de même un minimum local. Un maximum ou un minimum s'appelle un extremum.
Théorème (admis). Si f est dérivable sur un intervalle ouvert contenant x0, et si f′s'annule en x0 en changeant de signe, alors f admet un extremum en x0 :
un maximum si f′ passe du signe + au signe − ;
un minimum si f′ passe du signe − au signe +.
Exemple 32. Dans l'exemple 30, f admet un maximum local 3 en −1 et un minimum local −1 en 1. Dans l'exemple 31, g admet un maximum local −2 en −1 et un minimum local 6 en 3.
Attention : une dérivée nulle ne suffit pas. La fonction cube a pour dérivée 3x2, qui s'annule en 0sans changer de signe. La fonction cube est strictement croissante sur R (Seconde) : elle n'a pas d'extremum en 0. Sa tangente en 0 est horizontale (c'est l'axe des abscisses), et la courbe la traverse.
Leçon 7 : Utiliser la dérivée : bijection, équations, optimisation
Définition (rappel). Soit I et J deux intervalles. On dit que f est une bijection de I sur J si tout réel y de J a un unique antécédentx dans I : pour tout y∈J, l'équation f(x)=y a une solution et une seule dans I.
Théorème (admis). Si f est dérivable et strictement monotone sur un intervalle I, alors f est une bijection de I sur f(I).
Cas particulier (admis). Si f est dérivable sur [a;b] et si f′ est strictement positive sur [a;b], alors f est une bijection strictement croissante de [a;b] sur [f(a);f(b)]. Si f′ est strictement négative sur [a;b], f est une bijection strictement décroissante de [a;b] sur [f(b);f(a)].
L'intervalle f(I) se lit sur le tableau de variations, avec les valeurs et les limites aux bornes (chapitre 2).
7.2 Résoudre une équation f(x)=k
Conséquence. Si f est dérivable et strictement monotone sur l'intervalle I, et si k appartient à f(I), l'équation f(x)=k admet une solution unique dans I. Graphiquement, la droite horizontale d'équation y=k coupe la courbe en un seul point au-dessus de I.
Exemple 33. Montrons que l'équation x3−3x−3=0 a une seule solution réelle, et encadrons-la.
Soit f(x)=x3−3x−3. On a f′(x)=3(x−1)(x+1), d'où le tableau de variations : f croît de −∞ à f(−1)=−1, décroît jusqu'à f(1)=−5, puis croît jusqu'à +∞.
Sur ]−∞;1], le maximum de f est f(−1)=−1 : f(x)≤−1<0. Il n'y a pas de solution.
Sur I=]1;+∞[, f′(x)>0 : f est dérivable et strictement croissante sur I, donc c'est une bijection de I sur f(I)=]−5;+∞[. Comme 0∈]−5;+∞[, l'équation a une solution uniqueα dans I.
Encadrement.f(2)=−1<0 et f(3)=15>0 : comme f est croissante sur I, 2<α<3. Puis, à la calculatrice, f(2,1)=−0,039<0 et f(2,2)=1,048>0 : 2,1<α<2,2.
Inéquation. On en déduit aussi le signe de f : f(x)<0 pour x<α, et f(x)>0 pour x>α.
7.3 Problèmes d'optimisation
Optimiser, c'est chercher la valeur de la variable qui rend une grandeur la plus grande ou la plus petite possible.
Méthode.
Choisir la variable et l'intervalle où elle varie.
Exprimer la grandeur à optimiser en fonction de cette variable.
Étudier ses variations à l'aide de la dérivée.
Conclure, avec l'unité, en répondant à la question posée.
Exemple 34 (la boîte de volume maximal). Dans une feuille de carton carrée de 30 cm de côté, on découpe un carré de côté x (en cm) à chaque coin, puis on relève les bords pour obtenir une boîte sans couvercle. Pour quelle valeur de x le volume est-il maximal ?
La base est un carré de côté 30−2x et la hauteur vaut x, avec 0<x<15. Le volume est
V(x)=x(30−2x)2.
Par la règle du produit (et la dérivée de (30−2x)2, qui vaut −2×2(30−2x)) :
V′(x)=(30−2x)2−4x(30−2x)=(30−2x)(30−6x)=12(15−x)(5−x).
Sur ]0;15[, 15−x>0 ; donc V′(x)>0 sur ]0;5[ et V′(x)<0 sur ]5;15[. Le volume est maximal pour x=5 cm : V(5)=5×202=2000 cm³, soit 2 litres.
Leçon 8 : Interprétations cinématique et économiqueS2 · S4
Un objet se déplace sur une droite. À l'instant t (en secondes), sa position est d(t) (en mètres).
Entre les instants t0 et t0+h, il se déplace de d(t0+h)−d(t0). Sa vitesse moyenne est
hd(t0+h)−d(t0)(en m/s):
c'est le taux d'accroissement de la fonction d.
Quand h tend vers 0, la vitesse moyenne tend vers la vitesse instantanée à l'instant t0 : c'est le nombre dérivév(t0)=d′(t0).
C'est la vitesse qu'indique le compteur d'une voiture à cet instant. Une vitesse positive signifie que la position augmente ; négative, qu'elle diminue.
Exemple 35 (modèle simplifié). Un ballon est lancé verticalement vers le haut. Sa hauteur (en m) au bout de t secondes est d(t)=−5t2+20t, pour 0≤t≤4.
Sa vitesse est v(t)=d′(t)=−10t+20 : 20 m/s au départ, 10 m/s au bout d'une seconde.
v(2)=0 : le ballon est au sommet de sa trajectoire, à d(2)=20 m de hauteur. La tangente à la courbe de d y est horizontale.
v(3)=−10 m/s : la vitesse est négative, le ballon redescend.
Sa vitesse moyenne pendant la première seconde est 1d(1)−d(0)=15 m/s.
8.2 Coût marginal
Une entreprise fabrique q objets. Le coût total de fabrication est C(q).
Le coût de fabrication d'un objet supplémentaire est C(q+1)−C(q).
Par l'approximation affine avec h=1, C(q+1)−C(q)≈C′(q).
En économie, on appelle coût marginal la dérivée C′(q) : c'est, à peu près, le coût du (q+1)-ième objet.
Exemple 36 (modèle simplifié). Le coût total, en milliers de francs CFA, est C(q)=q2+10q+400. Le coût marginal est C′(q)=2q+10. Pour q=50 : C′(50)=110, soit 110000 F. Vérification : C(51)−C(50)=3511−3400=111. Le cinquante et unième objet coûte bien environ 110000 F.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Nombre dérivé.f′(x0)=x→x0limx−x0f(x)−f(x0)=h→0limhf(x0+h)−f(x0), quand cette limite existe et est finie. C'est la limite des coefficients directeurs des sécantes.
Dérivable en x0 entraîne continue en x0 ; la réciproque est fausse (∣x∣ en 0).
Tangente au point d'abscisse x0 : y=f′(x0)(x−x0)+f(x0). Approximation affine : f(x0+h)≈f(x0)+f′(x0)h pour h proche de 0.
À gauche, à droite. Nombres dérivés égaux : f est dérivable. Différents : point anguleux, deux demi-tangentes. Taux qui tend vers l'infini : demi-tangente verticale.
Dérivées usuelles.(xn)′=nxn−1, (x)′=2x1 sur ]0;+∞[, (x1)′=−x21, (sinx)′=cosx, (cosx)′=−sinx.
Variations (sur un intervalle) : f′>0, f strictement croissante ; f′<0, strictement décroissante ; f′=0, constante. Si f′ s'annule en changeant de signe en x0, f admet un extremum en x0.
Dérivable et strictement monotone sur I : bijection de I sur f(I) ; pour k∈f(I), l'équation f(x)=k a une solution unique dans I. Optimiser : variable, fonction, dérivée, tableau, conclusion avec l'unité.
S2 · S4 La vitesse instantanée est la dérivée de la position ; le coût marginal est la dérivée du coût total.
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