Opérations sur les limites. Les règles de Première s'appliquent à la somme, au produit et au quotient. Quatre situations ne permettent pas de conclure directement. On les appelle les formes indéterminées :
∞−∞0×∞∞∞00
Face à une forme indéterminée, on transforme l'écriture de la fonction.
Méthode : lever une indétermination
Polynôme ou fonction rationnelle en ±∞ : on factorise par le terme de plus haut degré. Retiens qu'en ±∞, une fonction rationnelle a la même limite que le quotient de ses termes de plus haut degré.
Forme 00 en un réel a : on factorise numérateur et dénominateur par (x−a), puis on simplifie.
Expression avec une racine carrée : on multiplie par l'expression conjuguée.
Exemple 1. Calculer x→+∞limx3+42x3−5x+1.
C'est une forme ∞∞. Les termes de plus haut degré sont 2x3 et x3, donc
limx→+∞x3+42x3−5x+1=limx→+∞x32x3=2.
Exemple 2. Calculer x→2limx−2x2−4.
En 2, le numérateur et le dénominateur tendent vers 0 : forme 00. Pour x=2 :
x−2x2−4=x−2(x−2)(x+2)=x+2.
Donc x→2limx−2x2−4=2+2=4.
Exemple 3. Calculer x→+∞lim(x2+x−x).
Forme ∞−∞. On multiplie et on divise par l'expression conjuguée x2+x+x :
x2+x−x=x2+x+x(x2+x)−x2=x2+x+xx.
Pour x>0, on factorise par x au dénominateur, en écrivant x2+x=x1+x1 :
x(1+x1+1)x=1+x1+11x→+∞1+11=21.
1.2 Théorèmes de comparaison
Ces théorèmes sont admis. Ils sont énoncés en +∞, mais restent vrais en −∞ et en un réel a (à gauche ou à droite).
Théorème 1 (minoration, majoration).
Si f(x)≥g(x) pour x assez grand et x→+∞limg(x)=+∞, alors x→+∞limf(x)=+∞.
Si f(x)≤g(x) pour x assez grand et x→+∞limg(x)=−∞, alors x→+∞limf(x)=−∞.
Théorème 2 (théorème des gendarmes). Si g(x)≤f(x)≤h(x) pour x assez grand, et si g et h ont la même limite réelle ℓ en +∞, alors x→+∞limf(x)=ℓ.
Conséquence pratique. Si ∣f(x)−ℓ∣≤u(x) pour x assez grand et x→+∞limu(x)=0, alors x→+∞limf(x)=ℓ.
Théorème 3 (passage à la limite dans une inégalité). Si f(x)≤g(x) pour x assez grand, et si f et g ont des limites réelles ℓ et ℓ′ en +∞, alors ℓ≤ℓ′.
Exemple 4. Calculer x→+∞limxsinx.
La fonction sinus n'a pas de limite en +∞, mais elle est bornée : pour tout x>0, ∣sinx∣≤1, donc
xsinx≤x1.
Comme x→+∞limx1=0, la conséquence pratique donne x→+∞limxsinx=0.
Exemple 5. Calculer x→+∞lim(x+cosx).
Pour tout réel x, cosx≥−1, donc x+cosx≥x−1. Comme x→+∞lim(x−1)=+∞, le théorème 1 donne x→+∞lim(x+cosx)=+∞.
À retenir. Quand une fonction contient un sinus ou un cosinus qui « oscille », on l'encadre grâce à −1≤sinx≤1 et −1≤cosx≤1, puis on applique un théorème de comparaison.
Une branche infinie est la partie de la courbe qui part vers l'infini, quand x ou f(x) devient très grand en valeur absolue. Étudier une branche infinie, c'est dire à quoi elle ressemble de loin.
2.1 Asymptotes parallèles aux axes (rappels)
Si x→alimf(x)=±∞ (à gauche ou à droite de a), la droite d'équation x=a est asymptote verticale à Cf.
Si x→±∞limf(x)=b (réel), la droite d'équation y=b est asymptote horizontale à Cf en ±∞.
2.2 Asymptote oblique
Définition. La droite Δ d'équation y=ax+b, avec a=0, est asymptote oblique à Cf en +∞ si
limx→+∞[f(x)−(ax+b)]=0.
La définition est la même en −∞. Géométriquement, l'écart vertical entre la courbe et la droite tend vers 0.
Position relative. On étudie le signe de f(x)−(ax+b) :
s'il est positif, Cf est au-dessus de Δ ;
s'il est négatif, Cf est au-dessous de Δ.
Exemple 6. Soit f(x)=x−1x2+x−1 sur R∖{1}.
Écriture utile. Par division euclidienne, x2+x−1=(x−1)(x+2)+1, donc
f(x)=x+2+x−11.Asymptote verticale. Quand x→1, le numérateur tend vers 1 et le dénominateur vers 0 : x→1+limf(x)=+∞ et x→1−limf(x)=−∞. La droite x=1 est asymptote verticale.
Asymptote oblique.f(x)−(x+2)=x−11 tend vers 0 en +∞ et en −∞. La droite Δ:y=x+2 est asymptote oblique en +∞ et en −∞.
Position.x−11>0 pour x>1 : la courbe est au-dessus de Δ. Pour x<1, c'est l'inverse : la courbe est au-dessous.
2.3 Méthode générale pour une branche infinie
On suppose x→+∞limf(x)=±∞. La méthode est la même en −∞.
Étape 1. On calcule x→+∞limxf(x).
Résultat de l'étape 1
Conclusion
±∞
branche parabolique de direction l'axe (Oy)
0
branche parabolique de direction l'axe (Ox)
un réel a=0
passer à l'étape 2
Étape 2. On calcule x→+∞lim[f(x)−ax].
Résultat de l'étape 2
Conclusion
un réel b
la droite y=ax+b est asymptote oblique
±∞
branche parabolique de direction la droite y=ax
Exemple 7. Pour f(x)=x en +∞ : xx=x1→0. Branche parabolique de direction (Ox) : la courbe monte, mais de moins en moins vite.
Exemple 8. Pour f(x)=x+x en +∞ : xf(x)=1+x1→1, puis f(x)−x=x→+∞. Branche parabolique de direction la droite y=x.
Exemple 9. Soit f(x)=x2+2x, définie pour x≤−2 ou x≥0.
En +∞. Pour x>0, x2+2x=x1+x2, donc xf(x)=1+x2→1. Puis, avec l'expression conjuguée :
f(x)−x=x2+2x+x2x=1+x2+12→1.
La droite y=x+1 est asymptote oblique en +∞.
En −∞. Attention : pour x<0, x2=∣x∣=−x, donc x2+2x=−x1+x2. Alors xf(x)=−1+x2→−1. Puis :
f(x)+x=x2+2x−x2x=−x(1+x2+1)2x=1+x2+1−2→−1.
La droite y=−x−1 est asymptote oblique en −∞.
Piège classique. En −∞, on écrit x2=−x et non x. Beaucoup d'erreurs au bac viennent de là.
Définition. Soit f définie sur un intervalle I et a∈I. On dit que f est continue en a si
limx→af(x)=f(a).f est continue sur I si elle est continue en tout point de I. Graphiquement, on trace la courbe « sans lever le crayon ».
Fonctions continues usuelles (admis).
Les fonctions polynômes sont continues sur R.
Les fonctions rationnelles sont continues sur chaque intervalle de leur ensemble de définition.
x↦x est continue sur [0;+∞[.
sin et cos sont continues sur R, de même que x↦∣x∣.
Opérations. La somme, le produit et le quotient (dénominateur non nul) de fonctions continues sont continus.
Contre-exemple. La fonction partie entière E (vue en Seconde) n'est continue en aucun entier. Par exemple, en 1 : E(x)=0 pour x∈[0;1[ et E(1)=1, donc la limite à gauche, 0, est différente de E(1). La courbe « saute ».
3.2 Prolongement par continuité
Définition. Soit f définie sur I∖{a}. Si x→alimf(x)=ℓ avec ℓ réel, la fonction g définie sur I par
g(x)=f(x) si x=a,g(a)=ℓ
est continue en a. On l'appelle le prolongement par continuité de f en a.
Si la limite en a n'existe pas ou est infinie, f n'est pas prolongeable par continuité en a.
Exemple 10. Soit f(x)=xx+1−1 sur [−1;0[∪]0;+∞[. Est-elle prolongeable par continuité en 0 ?
Forme 00. Avec l'expression conjuguée, pour x=0 :
f(x)=x(x+1+1)(x+1)−1=x+1+11x→021.
La limite est réelle : f est prolongeable par continuité en 0, en posant f(0)=21.
3.3 Continuité d'une composée
Théorème (admis). Si f est continue en a et si g est continue en f(a), alors g∘f est continue en a. Par conséquent, la composée de deux fonctions continues (là où elle est définie) est continue.
Méthode : démontrer qu'une fonction est continue. On la décompose en fonctions usuelles continues reliées par des opérations ou des compositions.
Exemple.h:x↦x2+1 est la composée de u:x↦x2+1, continue sur R et à valeurs dans [1;+∞[, suivie de la racine carrée, continue sur [0;+∞[. Donc h est continue sur R.
3.4 Limite d'une fonction composée
Théorème (admis). Soient a et b deux réels. Si x→alimf(x)=b et si g est continue en b, alors
limx→ag(f(x))=g(b).
Remarque. Ce résultat reste vrai lorsque a vaut +∞ ou −∞. C'est ainsi qu'on l'utilise dans les exercices.
Exemple 11. Calculer x→+∞limx+34x+1.
On pose f(x)=x+34x+1 et g(y)=y. En +∞, f(x) a la même limite que x4x, soit 4. La fonction g est continue en 4. Donc
limx→+∞x+34x+1=4=2.
À retenir. Pour calculer la limite de g(f(x)), on cherche d'abord la limite b de « l'intérieur » f(x), puis on regarde ce que fait g près de b.
Leçon 4 : Image d'un intervalle et théorème des valeurs intermédiaires
Théorème (admis). L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Si, en plus, f est strictement monotone, l'image se lit directement aux bornes. Les crochets ouverts correspondent à des limites :
Intervalle I
f continue strictement croissante
f continue strictement décroissante
[a;b]
[f(a);f(b)]
[f(b);f(a)]
]a;b[
]alimf;blimf[
]blimf;alimf[
[a;+∞[
[f(a);+∞limf[
]+∞limf;f(a)]
Attention. Si f n'est pas monotone, il faut le tableau de variation.
Exemple. L'image de [−1;2] par x↦x2 est [0;4], et non [1;4]. La fonction descend jusqu'à 0 (en x=0) avant de remonter jusqu'à 4.
4.2 Théorème des valeurs intermédiaires
Théorème (admis). Soit f continue sur [a;b]. Pour tout réel k compris entre f(a) et f(b), il existe au moins un réel c∈[a;b] tel que f(c)=k.
Cas particulier très utilisé. Si f est continue sur [a;b] et si f(a) et f(b) sont de signes contraires, c'est-à-dire f(a)×f(b)<0, alors l'équation f(x)=0 a au moins une solution dans ]a;b[.
Corollaire (cas strictement monotone). Si f est continue et strictement monotone sur [a;b], alors pour tout k compris entre f(a) et f(b), l'équation f(x)=k a une unique solution dans [a;b]. Ce résultat reste vrai sur un intervalle quelconque, en remplaçant f(a) et f(b) par les limites aux bornes.
Méthode : rédiger « l'équation f(x)=k a une unique solution sur I »
f est continue sur I (justifier).
f est strictement monotone sur I (en général par le signe de f′).
k appartient à f(I) (calculer l'image ou les limites aux bornes).
Conclure par le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires.
Exemple 12. Montrer que l'équation x3+x−1=0 a une unique solution α dans R, et que α∈]0;1[.
Soit f(x)=x3+x−1.
f est un polynôme, donc continue sur R.
f′(x)=3x2+1>0 : f est strictement croissante sur R.
−∞limf=−∞ et +∞limf=+∞, donc f(R)=R, qui contient 0.
L'équation f(x)=0 a donc une unique solution α. De plus, f(0)=−1<0 et f(1)=1>0, donc α∈]0;1[.
4.3 Valeur approchée d'un zéro
Méthode 1 : la dichotomie. On coupe l'intervalle en deux et on garde la moitié où f change de signe. Avec l'exemple 12 :
Intervalle
Milieu m
f(m)
Intervalle gardé
[0;1]
0,5
−0,375<0
[0,5;1]
[0,5;1]
0,75
≈0,172>0
[0,5;0,75]
[0,5;0,75]
0,625
≈−0,131<0
[0,625;0,75]
[0,625;0,75]
0,6875
≈0,012>0
[0,625;0,6875]
Après 4 étapes, 0,625<α<0,6875. Chaque étape divise la largeur par 2.
Méthode 2 : le balayage. On calcule f avec un pas fixe, à la calculatrice. f(0,68)≈−0,0056<0 et f(0,69)≈0,0185>0, donc
0,68<α<0,69.
C'est un encadrement de α d'amplitude 10−2.
Leçon 5 : Fonction réciproque d'une fonction continue strictement monotone
Théorème (existence et continuité admises). Soit f continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors :
f réalise une bijection de I sur l'intervalle J=f(I) : tout y∈J a un unique antécédent x∈I ;
la fonction réciproquef−1:J→I, qui à y associe cet antécédent, est continue sur J ;
f−1 est strictement monotone, de même sens que f.
L'équivalence à connaître par cœur :y=f(x) et x∈I⟺x=f−1(y) et y∈J.
Démonstration de la monotonie (dans le cas croissant). Soient y1<y2 dans J. On pose x1=f−1(y1) et x2=f−1(y2). Si on avait x1≥x2, alors, f étant croissante, f(x1)≥f(x2), c'est-à-dire y1≥y2, ce qui est faux. Donc x1<x2 : f−1 est strictement croissante.
5.2 Courbe de la réciproque
Propriété. Dans un repère orthonormé, Cf−1 est la symétrique de Cf par rapport à la droite D d'équation y=x (la première bissectrice).
Pourquoi ? Le point M(x;y) est sur Cf si et seulement si y=f(x), ce qui équivaut à x=f−1(y), c'est-à-dire que le point M′(y;x) est sur Cf−1. Or M′ est le symétrique de M par rapport à D.
Méthode : construire Cf−1. On trace la droite y=x, puis on reporte quelques points remarquables et les tangentes par symétrie. Les asymptotes se transforment aussi : une asymptote horizontale y=b de Cf devient une asymptote verticale x=b de Cf−1.
5.3 Expression de f−1(x), quand c'est possible
Méthode. On part de y=f(x), avec x∈I et y∈J, et on exprime x en fonction de y. On obtient x=f−1(y). On renomme enfin la variable pour écrire f−1(x).
Exemple 13. Soit f(x)=x−12x+1 sur I=]1;+∞[.
Bijection.f est rationnelle, donc continue sur I. f′(x)=(x−1)22(x−1)−(2x+1)=(x−1)2−3<0 : f est strictement décroissante sur I. De plus, x→1+limf(x)=+∞ (numérateur vers 3, dénominateur vers 0+) et x→+∞limf(x)=2. Donc f est une bijection de I sur J=]2;+∞[.
Expression. Pour x∈I et y∈J :
y=x−12x+1⟺y(x−1)=2x+1⟺x(y−2)=y+1⟺x=y−2y+1
(on a bien y−2=0 puisque y>2).
Conclusion.f−1(x)=x−2x+1 pour tout x∈]2;+∞[.
Exemple 14. La fonction x↦x2 est continue et strictement croissante sur [0;+∞[. C'est une bijection de [0;+∞[ sur [0;+∞[, et sa réciproque est la fonction racine carrée : y=x2 avec x≥0 équivaut à x=y.
Quand l'expression est impossible. La fonction f(x)=x3+x−1 de l'exemple 12 est une bijection de R sur R. Sa réciproque existe, elle est continue et strictement croissante, mais on ne sait pas l'écrire avec les fonctions usuelles. On peut quand même tracer sa courbe par symétrie.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
Une forme indéterminée se lève en transformant l'écriture : factorisation, simplification, expression conjuguée.
Une fonction qui oscille s'encadre, puis on applique un théorème de comparaison.
Asymptote oblique : f(x)−(ax+b)→0. Méthode : limite de xf(x), puis limite de f(x)−ax.
Continuité en a : x→alimf(x)=f(a). On prolonge par continuité quand la limite est réelle.
Pour la limite de g(f(x)), on cherche la limite de l'intérieur, puis celle de g.
Théorème des valeurs intermédiaires : continuité et changement de signe donnent au moins une solution ; si en plus f est strictement monotone, la solution est unique.
Une fonction continue strictement monotone sur I est une bijection de I sur f(I). Sa réciproque est continue, de même sens de variation, et sa courbe est la symétrique de celle de f par rapport à la droite y=x.
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