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Chapitre 8 · Cours écrit

Probabilités

Programme de S2 Version pour les séries S2, S4, S2A et S5.

Les probabilités sont nouvelles en Terminale S : en Première, on a appris à compter (dénombrement) ; ici, on apprend à mesurer le hasard. On utilise librement le dénombrement de Première (cardinal, pp-listes, arrangements, combinaisons, binôme de Newton), rappelé dans la leçon 2, et, pour un exercice, le logarithme du chapitre 3.

Comme le demande le programme, l'univers est toujours un ensemble fini.

Leçon 1 : Expériences aléatoires et probabilités

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Expérience aléatoire et univers

Une expérience aléatoire est une expérience dont on connaît tous les résultats possibles, mais dont on ne peut pas prévoir le résultat avant de la réaliser : lancer un dé, tirer une boule dans une urne, choisir un élève au hasard dans une classe.

  • Chaque résultat possible est une éventualité (on dit aussi une issue).
  • L'ensemble de toutes les éventualités est l'univers, noté Ω\Omega (« oméga »). Dans ce chapitre, Ω\Omega est fini.

Exemple 1. On lance un dé cubique dont les faces sont numérotées de 11 à 66, et on lit le numéro de la face du dessus : Ω={1 ;2 ;3 ;4 ;5 ;6}\Omega = \{1\,;2\,;3\,;4\,;5\,;6\} et card Ω=6\mathrm{card}\,\Omega = 6.

Exemple 2. On lance deux fois une pièce de monnaie, et on note P pour pile, F pour face : Ω={PP ;PF ;FP ;FF}\Omega = \{PP\,;PF\,;FP\,;FF\}. Les éventualités PFPF et FPFP sont différentes : l'ordre compte.

1.2 Événements

Un événement est une partie de l'univers Ω\Omega. On le décrit par une phrase ou par la liste de ses éventualités. Un événement est réalisé si le résultat de l'expérience est l'une de ses éventualités.

Vocabulaire Sens Exemple avec le dé
événement élémentaire une seule éventualité {ω}\{\omega\} « obtenir 66 » ={6}= \{6\}
événement certain Ω\Omega, toujours réalisé « obtenir un numéro entre 11 et 66 »
événement impossible ∅\varnothing, jamais réalisé « obtenir 77 »

1.3 Opérations sur les événements

Soit AA et BB deux événements.

Événement Notation Il est réalisé quand…
contraire de AA A‾\overline{A} (« A barre ») AA n'est pas réalisé
AA et BB (intersection) A∩BA \cap B (« A inter B ») AA et BB sont réalisés tous les deux
AA ou BB (réunion) A∪BA \cup B (« A union B ») au moins l'un des deux est réalisé

Deux événements AA et BB sont incompatibles (ou disjoints) si A∩B=∅A \cap B = \varnothing : ils ne peuvent pas être réalisés en même temps. Un événement et son contraire sont incompatibles, et leur réunion est Ω\Omega.

Exemple 3. On lance le dé. Soit AA « obtenir un nombre pair » et BB « obtenir au moins 55 ».

  • A={2 ;4 ;6}A = \{2\,;4\,;6\}, B={5 ;6}B = \{5\,;6\}, A‾={1 ;3 ;5}\overline{A} = \{1\,;3\,;5\} ;
  • A∩B={6}A \cap B = \{6\} : « obtenir un nombre pair supérieur ou égal à 55 » ;
  • A∪B={2 ;4 ;5 ;6}A \cup B = \{2\,;4\,;5\,;6\} ;
  • CC « obtenir 11 » : A∩C=∅A \cap C = \varnothing, donc AA et CC sont incompatibles.

1.4 Probabilité sur un univers fini

Soit Ω={ω1 ;ω2 ;… ;ωn}\Omega = \{\omega_1\,;\omega_2\,;\dots\,;\omega_n\} un univers fini.

Définition. Définir une probabilité sur Ω\Omega, c'est associer à chaque éventualité ωi\omega_i un nombre pip_i tel que :

  • 0≤pi≤10 \leq p_i \leq 1 pour tout ii ;
  • p1+p2+⋯+pn=1p_1 + p_2 + \dots + p_n = 1.

La probabilité d'un événement AA, notée P(A)P(A), est la somme des probabilités des éventualités qui le composent. On pose P(∅)=0P(\varnothing) = 0.

Conséquences immédiates. P(Ω)=1P(\Omega) = 1, P(∅)=0P(\varnothing) = 0, et pour tout événement AA : 0≤P(A)≤10 \leq P(A) \leq 1.

On présente souvent la probabilité dans un tableau, appelé loi de probabilité sur Ω\Omega.

Exemple 4 (un dé pipé). Un dé est truqué : les faces 11 à 55 ont la même probabilité xx, et la face 66 a une probabilité trois fois plus grande.

Face 11 22 33 44 55 66
Probabilité xx xx xx xx xx 3x3x

La somme vaut 11 : 5x+3x=8x=15x + 3x = 8x = 1, donc x=18x = \dfrac18 et P({6})=38P(\{6\}) = \dfrac38.

Pour AA « obtenir un nombre pair » : P(A)=18+18+38=58P(A) = \dfrac18 + \dfrac18 + \dfrac38 = \dfrac58.

1.5 Propriétés

Pour tous événements AA et BB :

Propriété Formule
Événement contraire P(A‾)=1−P(A)P(\overline{A}) = 1 - P(A)
AA et BB incompatibles P(A∪B)=P(A)+P(B)P(A \cup B) = P(A) + P(B)
Cas général P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B)P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B)
Si A⊂BA \subset B P(A)≤P(B)P(A) \leq P(B)

Démonstration.

  • AA et A‾\overline{A} se partagent les éventualités de Ω\Omega : en ajoutant leurs probabilités, on obtient la somme de toutes les pip_i, donc P(A)+P(A‾)=1P(A) + P(\overline{A}) = 1.
  • Si A∩B=∅A \cap B = \varnothing, chaque éventualité de A∪BA \cup B est comptée une seule fois dans P(A)+P(B)P(A) + P(B).
  • Dans le cas général, les éventualités de A∩BA \cap B sont comptées deux fois dans P(A)+P(B)P(A) + P(B) : on les retire une fois.
  • Si A⊂BA \subset B, la somme qui donne P(B)P(B) contient tous les termes de celle qui donne P(A)P(A), plus des termes positifs.

Exemple 5. Avec le dé pipé de l'exemple 4, AA « pair » et BB « au moins 55 » : P(B)=18+38=12P(B) = \dfrac18 + \dfrac38 = \dfrac12, P(A∩B)=P({6})=38P(A \cap B) = P(\{6\}) = \dfrac38, donc P(A∪B)=58+12−38=34.P(A \cup B) = \frac58 + \frac12 - \frac38 = \frac34. Vérification directe : A∪B={2 ;4 ;5 ;6}A \cup B = \{2\,;4\,;5\,;6\} et 18+18+18+38=68=34\dfrac18 + \dfrac18 + \dfrac18 + \dfrac38 = \dfrac68 = \dfrac34. Enfin P(A‾)=1−58=38P(\overline{A}) = 1 - \dfrac58 = \dfrac38.

1.6 Fréquences et probabilités

Quand on répète un grand nombre de fois la même expérience aléatoire, dans les mêmes conditions, la fréquence d'apparition d'un événement se stabilise autour de sa probabilité. C'est une observation (on l'admet).

Exemple 6 (simulation). Un ordinateur a simulé 1 0001\,000 lancers d'un dé équilibré. Le 66 est sorti 11 fois sur les 1010 premiers lancers (fréquence 0,10{,}1), 1818 fois sur les 100100 premiers (0,180{,}18), 8080 fois sur les 500500 premiers (0,160{,}16) et 166166 fois sur les 1 0001\,000 (0,1660{,}166). La fréquence fluctue beaucoup au début, puis se rapproche de 16≈0,167\dfrac16 \approx 0{,}167.

Ce lien a deux usages :

  • la probabilité donne la fréquence à laquelle on peut s'attendre : avec le dé pipé, sur 800800 lancers, on s'attend à environ 800×38=300800 \times \dfrac38 = 300 six ;
  • quand on ne connaît pas une probabilité (dé truqué, objet défectueux…), on l'estime par une fréquence observée sur un grand nombre d'essais.

C'est le lien naturel entre la statistique et les probabilités : une fréquence observée est l'image statistique d'une probabilité.

Leçon 2 : Équiprobabilité et dénombrement

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Équiprobabilité

Définition. Si toutes les éventualités ont la même probabilité, on dit qu'il y a équiprobabilité. Avec card Ω=n\mathrm{card}\,\Omega = n, chaque éventualité a alors la probabilité 1n\dfrac1n, et pour tout événement AA : P(A)=card Acard Ω=nombre de cas favorablesnombre de cas possibles.P(A) = \frac{\mathrm{card}\,A}{\mathrm{card}\,\Omega} = \frac{\text{nombre de cas favorables}}{\text{nombre de cas possibles}}.

L'équiprobabilité est une hypothèse de modélisation, que l'énoncé signale par des expressions comme « dé équilibré », « pièce bien équilibrée », « boules indiscernables au toucher », « on choisit au hasard ».

Exemple 1 (deux dés). On lance deux dés équilibrés, un rouge et un vert. Une éventualité est un couple (r ;v)(r\,;v) : card Ω=6×6=36\mathrm{card}\,\Omega = 6 \times 6 = 36, et les 3636 couples sont équiprobables.

  • « La somme vaut 77 » : (1;6)(1;6), (2;5)(2;5), (3;4)(3;4), (4;3)(4;3), (5;2)(5;2), (6;1)(6;1), soit 66 cas : P=636=16P = \dfrac{6}{36} = \dfrac16.
  • « Obtenir au moins un 66 » : son contraire, « aucun 66 », compte 5×5=255 \times 5 = 25 couples. Donc P=1−2536=1136P = 1 - \dfrac{25}{36} = \dfrac{11}{36}.

2.2 Rappels de dénombrement (Première)

Soit EE un ensemble à nn éléments et pp un entier naturel.

Objet Ce qu'on compte Nombre
pp-liste suites ordonnées de pp éléments de EE, répétitions permises npn^p
arrangement suites ordonnées de pp éléments distincts (p≤np \leq n) Anp=n(n−1)⋯(n−p+1)=n!(n−p)!A_n^p = n(n-1)\cdots(n-p+1) = \dfrac{n!}{(n-p)!}
permutation rangements des nn éléments n!=n×(n−1)×⋯×2×1n! = n \times (n-1) \times \dots \times 2 \times 1
combinaison parties à pp éléments, sans ordre (p≤np \leq n) Cnp=n!p! (n−p)!=Anpp!C_n^p = \dfrac{n!}{p!\,(n-p)!} = \dfrac{A_n^p}{p!}

On lit CnpC_n^p « C, n, p » et n!n! « factorielle nn », avec 0!=10! = 1. On rencontre aussi la notation (np)\binom{n}{p} pour CnpC_n^p.

Propriétés. Cn0=Cnn=1C_n^0 = C_n^n = 1 ; Cn1=nC_n^1 = n ; Cnp=Cnn−pC_n^p = C_n^{n-p} ; Cnp=Cn−1p−1+Cn−1pC_n^p = C_{n-1}^{p-1} + C_{n-1}^{p} (triangle de Pascal).

2.3 Modéliser un tirage

Le type de tirage décide de l'univers. Dans les trois cas, il y a équiprobabilité.

Tirage de pp objets parmi nn L'ordre compte ? Répétition ? card Ω\mathrm{card}\,\Omega
successif avec remise oui oui npn^p
successif sans remise oui non AnpA_n^p
simultané non non CnpC_n^p

Exemple 2. Une urne contient 55 boules rouges et 33 boules vertes, indiscernables au toucher. On tire 33 boules.

a. Tirage simultané. card Ω=C83=56\mathrm{card}\,\Omega = C_8^3 = 56.

  • « Exactement 22 rouges » : on choisit 22 rouges parmi 55 et 11 verte parmi 33 : C52×C31=10×3=30C_5^2 \times C_3^1 = 10 \times 3 = 30 cas, donc P=3056=1528P = \dfrac{30}{56} = \dfrac{15}{28}.
  • « Au moins une verte » : contraire de « 33 rouges », qui compte C53=10C_5^3 = 10 cas. P=1−1056=2328P = 1 - \dfrac{10}{56} = \dfrac{23}{28}.

b. Tirage successif sans remise. card Ω=A83=8×7×6=336\mathrm{card}\,\Omega = A_8^3 = 8 \times 7 \times 6 = 336.

  • « Rouge, rouge, verte, dans cet ordre » : 5×4×3=605 \times 4 \times 3 = 60 cas, P=60336=528P = \dfrac{60}{336} = \dfrac{5}{28}.
  • « Exactement 22 rouges » : la verte peut être en position 11, 22 ou 33, soit 3×60=1803 \times 60 = 180 cas, P=180336=1528P = \dfrac{180}{336} = \dfrac{15}{28}. On retrouve le résultat du tirage simultané : pour un événement qui ne dépend pas de l'ordre, les deux modèles donnent la même probabilité.

c. Tirage successif avec remise. card Ω=83=512\mathrm{card}\,\Omega = 8^3 = 512.

  • « Exactement 22 rouges » : 33 positions possibles pour la verte, puis 5×5×35 \times 5 \times 3 choix : 3×75=2253 \times 75 = 225 cas, P=225512P = \dfrac{225}{512}.

2.4 « Au moins un » : passer par le contraire

Méthode. Pour « au moins un… », on calcule presque toujours la probabilité du contraire, « aucun… », puis P(A)=1−P(A‾)P(A) = 1 - P(\overline{A}). C'est ce qui a été fait dans les exemples 1 et 2.

Leçon 3 : Probabilités conditionnelles

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Définition

Activité. Une urne contient 1010 boules : 66 rouges, dont 44 portent le numéro 11, et 44 vertes, dont 11 porte le numéro 11. On tire une boule au hasard. Soit RR « la boule est rouge » et UU « la boule porte le numéro 11 ». Alors P(U)=510=12P(U) = \dfrac{5}{10} = \dfrac12.

On apprend que la boule tirée est rouge. Il ne reste que 66 cas possibles, dont 44 favorables : la probabilité que la boule porte le numéro 11 devient 46=23\dfrac46 = \dfrac23. On remarque que 46=4/106/10=P(U∩R)P(R)\dfrac46 = \dfrac{4/10}{6/10} = \dfrac{P(U \cap R)}{P(R)}.

Définition. Soit BB un événement de probabilité non nulle. La probabilité de AA sachant BB est P(A/B)=P(A∩B)P(B).P(A/B) = \frac{P(A \cap B)}{P(B)}. On rencontre aussi les notations PB(A)P_B(A) et P(A∣B)P(A \mid B).

Propriété. Pour BB fixé, A↦P(A/B)A \mapsto P(A/B) est une probabilité sur Ω\Omega : elle est comprise entre 00 et 11, P(Ω/B)=1P(\Omega/B) = 1 et P(A‾/B)=1−P(A/B).P(\overline{A}/B) = 1 - P(A/B).

Attention. En général, P(A/B)≠P(B/A)P(A/B) \neq P(B/A). Dans l'activité, P(U/R)=23P(U/R) = \dfrac23, mais P(R/U)=P(R∩U)P(U)=4/105/10=45P(R/U) = \dfrac{P(R \cap U)}{P(U)} = \dfrac{4/10}{5/10} = \dfrac45.

3.2 Formule des probabilités composées

En multipliant la définition par P(B)P(B) (ou en échangeant les rôles) : si P(A)≠0P(A) \neq 0 et P(B)≠0P(B) \neq 0, P(A∩B)=P(B)×P(A/B)=P(A)×P(B/A).P(A \cap B) = P(B) \times P(A/B) = P(A) \times P(B/A).

Exemple 1. On reprend l'urne de 55 boules rouges et 33 vertes, et on tire successivement sans remise deux boules. Soit R1R_1 « la première est rouge » et R2R_2 « la deuxième est rouge ». Après une rouge, il reste 44 rouges sur 77 boules : P(R1∩R2)=P(R1)×P(R2/R1)=58×47=514.P(R_1 \cap R_2) = P(R_1) \times P(R_2/R_1) = \frac58 \times \frac47 = \frac{5}{14}.

3.3 Arbres pondérés

Une expérience qui se déroule en plusieurs étapes se représente par un arbre pondéré : sur chaque branche, on écrit la probabilité de l'événement au bout de la branche sachant le chemin déjà parcouru.

Règles de l'arbre.

  1. La somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut 11.
  2. La probabilité d'un chemin est le produit des probabilités de ses branches (formule des probabilités composées).
  3. La probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui le réalisent.

Exemple 2. Même urne, deux tirages sans remise. L'arbre a quatre chemins :

Chemin Probabilité
R1R_1 puis R2R_2 58×47=2056\dfrac58 \times \dfrac47 = \dfrac{20}{56}
R1R_1 puis R2‾\overline{R_2} 58×37=1556\dfrac58 \times \dfrac37 = \dfrac{15}{56}
R1‾\overline{R_1} puis R2R_2 38×57=1556\dfrac38 \times \dfrac57 = \dfrac{15}{56}
R1‾\overline{R_1} puis R2‾\overline{R_2} 38×27=656\dfrac38 \times \dfrac27 = \dfrac{6}{56}

La somme des quatre chemins vaut 5656=1\dfrac{56}{56} = 1. La deuxième boule est rouge sur deux chemins : P(R2)=2056+1556=3556=58.P(R_2) = \frac{20}{56} + \frac{15}{56} = \frac{35}{56} = \frac58. C'est la même probabilité que pour la première boule : sans information sur le premier tirage, le deuxième n'est ni favorisé ni défavorisé.

3.4 Formule des probabilités totales

Définition. Des événements B1B_1, B2B_2, …, BnB_n forment une partition de Ω\Omega s'ils sont deux à deux incompatibles, de probabilités non nulles, et si leur réunion est Ω\Omega. Exemple le plus courant : BB et B‾\overline{B}.

Théorème (formule des probabilités totales). Si B1B_1, …, BnB_n forment une partition de Ω\Omega, alors pour tout événement AA : P(A)=∑i=1nP(A∩Bi)=P(B1) P(A/B1)+P(B2) P(A/B2)+⋯+P(Bn) P(A/Bn).P(A) = \sum_{i=1}^{n} P(A \cap B_i) = P(B_1)\,P(A/B_1) + P(B_2)\,P(A/B_2) + \dots + P(B_n)\,P(A/B_n).

Démonstration. Les événements A∩BiA \cap B_i sont deux à deux incompatibles et leur réunion est AA. On ajoute leurs probabilités, puis on écrit chacune avec la formule des probabilités composées.

Sur un arbre, c'est la règle 3 : on ajoute les chemins qui mènent à AA.

Exemple 3 (situation simplifiée). Un élève se rend au lycée en car rapide avec la probabilité 0,70{,}7, sinon à pied. En car rapide, il arrive en retard avec la probabilité 0,20{,}2 ; à pied, avec la probabilité 0,10{,}1. Soit CC « il prend le car rapide » et RR « il est en retard ».

CC et C‾\overline{C} forment une partition de Ω\Omega : P(R)=P(C) P(R/C)+P(C‾) P(R/C‾)=0,7×0,2+0,3×0,1=0,14+0,03=0,17.P(R) = P(C)\,P(R/C) + P(\overline{C})\,P(R/\overline{C}) = 0{,}7 \times 0{,}2 + 0{,}3 \times 0{,}1 = 0{,}14 + 0{,}03 = 0{,}17. Il est en retard. Quelle est la probabilité qu'il ait pris le car rapide ? P(C/R)=P(C∩R)P(R)=0,140,17=1417≈0,82.P(C/R) = \frac{P(C \cap R)}{P(R)} = \frac{0{,}14}{0{,}17} = \frac{14}{17} \approx 0{,}82.

Leçon 4 : Indépendance

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Événements indépendants

Définition. Deux événements AA et BB sont indépendants si P(A∩B)=P(A)×P(B).P(A \cap B) = P(A) \times P(B).

Propriété. Si P(B)≠0P(B) \neq 0 : AA et BB sont indépendants si et seulement si P(A/B)=P(A)P(A/B) = P(A). Savoir que BB est réalisé ne change pas la probabilité de AA.

Démonstration. P(A/B)=P(A)  ⟺  P(A∩B)P(B)=P(A)  ⟺  P(A∩B)=P(A)×P(B)P(A/B) = P(A) \iff \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} = P(A) \iff P(A \cap B) = P(A) \times P(B).

Méthode. Pour montrer que deux événements sont indépendants, on calcule séparément P(A∩B)P(A \cap B) et P(A)×P(B)P(A) \times P(B), puis on compare.

Exemple 1. On lance un dé équilibré. AA « pair » ={2 ;4 ;6}= \{2\,;4\,;6\}, B={1 ;2}B = \{1\,;2\}, DD « au plus 33 » ={1 ;2 ;3}= \{1\,;2\,;3\}.

  • P(A∩B)=P({2})=16P(A \cap B) = P(\{2\}) = \dfrac16 et P(A)×P(B)=12×13=16P(A) \times P(B) = \dfrac12 \times \dfrac13 = \dfrac16 : AA et BB sont indépendants.
  • P(A∩D)=P({2})=16P(A \cap D) = P(\{2\}) = \dfrac16 et P(A)×P(D)=12×12=14P(A) \times P(D) = \dfrac12 \times \dfrac12 = \dfrac14 : AA et DD ne sont pas indépendants.

Propriété. Si AA et BB sont indépendants, alors A‾\overline{A} et BB le sont aussi (ainsi que AA et B‾\overline{B}, A‾\overline{A} et B‾\overline{B}).

Démonstration. BB est la réunion des événements incompatibles A∩BA \cap B et A‾∩B\overline{A} \cap B, donc P(A‾∩B)=P(B)−P(A∩B)=P(B)−P(A) P(B)=(1−P(A)) P(B)=P(A‾) P(B).P(\overline{A} \cap B) = P(B) - P(A \cap B) = P(B) - P(A)\,P(B) = \big(1 - P(A)\big)\,P(B) = P(\overline{A})\,P(B).

4.2 Indépendants ou incompatibles : ne pas confondre

  • Incompatibles : A∩B=∅A \cap B = \varnothing. C'est une propriété des ensembles, on la voit sans calcul.
  • Indépendants : P(A∩B)=P(A) P(B)P(A \cap B) = P(A)\,P(B). C'est une propriété des probabilités, qu'il faut calculer.

Si P(A)≠0P(A) \neq 0 et P(B)≠0P(B) \neq 0, deux événements incompatibles ne sont jamais indépendants : P(A∩B)=0P(A \cap B) = 0, alors que P(A) P(B)>0P(A)\,P(B) > 0. Par exemple, avec le dé, « pair » et « impair » sont incompatibles : si l'un est réalisé, l'autre ne peut pas l'être, ce qui est tout le contraire de l'indépendance.

4.3 Épreuves successives indépendantes

Quand on enchaîne plusieurs expériences qui n'ont aucune influence les unes sur les autres (lancers successifs d'un dé ou d'une pièce, tirages avec remise…), on dit que les épreuves sont indépendantes. On admet alors que :

la probabilité d'obtenir un résultat donné à chaque épreuve est le produit des probabilités de ces résultats.

Sur l'arbre, les probabilités des branches ne dépendent plus du chemin parcouru.

Exemple 2. On lance un dé équilibré puis une pièce équilibrée : P(« 6 puis pile »)=16×12=112P(\text{« } 6 \text{ puis pile »}) = \dfrac16 \times \dfrac12 = \dfrac{1}{12}.

Exemple 3. Avec l'urne de 55 rouges et 33 vertes, trois tirages avec remise : P(« rouge, rouge, verte »)=58×58×38=75512P(\text{« rouge, rouge, verte »}) = \dfrac58 \times \dfrac58 \times \dfrac38 = \dfrac{75}{512}. Avec les trois places possibles de la verte, on retrouve 3×75512=2255123 \times \dfrac{75}{512} = \dfrac{225}{512} (leçon 2).

Exemple 4. Un tireur atteint sa cible avec la probabilité 0,70{,}7 à chaque tir, les tirs étant indépendants. Sur trois tirs, la probabilité de ne jamais l'atteindre est 0,33=0,0270{,}3^3 = 0{,}027, donc la probabilité de l'atteindre au moins une fois est 1−0,027=0,9731 - 0{,}027 = 0{,}973.

Leçon 5 : Variable aléatoire, loi de probabilité, fonction de répartition

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Variable aléatoire

Définition. Une variable aléatoire XX est une fonction qui, à chaque éventualité de Ω\Omega, associe un nombre réel. L'ensemble des valeurs prises par XX se note X(Ω)X(\Omega).

Notations. Pour un réel xx :

  • (X=x)(X = x) désigne l'événement « XX prend la valeur xx », c'est-à-dire l'ensemble des éventualités ω\omega telles que X(ω)=xX(\omega) = x ; sa probabilité se note P(X=x)P(X = x) ;
  • de même pour (X≤x)(X \leq x), (X>x)(X > x), (a<X≤b)(a < X \leq b), etc.

Exemple 1 (un jeu, situation simplifiée). On lance un dé équilibré. Si on obtient 11, 22 ou 33, on perd 100100 F ; si on obtient 44 ou 55, on gagne 5050 F ; si on obtient 66, on gagne 200200 F (F désigne le franc CFA). Le gain XX est une variable aléatoire : X(1)=X(2)=X(3)=−100X(1) = X(2) = X(3) = -100, X(4)=X(5)=50X(4) = X(5) = 50, X(6)=200X(6) = 200, et X(Ω)={−100 ;50 ;200}X(\Omega) = \{-100\,;50\,;200\}.

5.2 Loi de probabilité

Définition. Si X(Ω)={x1 ;x2 ;… ;xr}X(\Omega) = \{x_1\,;x_2\,;\dots\,;x_r\}, avec x1<x2<⋯<xrx_1 < x_2 < \dots < x_r, déterminer la loi de probabilité de XX, c'est donner la probabilité pi=P(X=xi)p_i = P(X = x_i) de chacune des valeurs. On la présente dans un tableau. Les événements (X=xi)(X = x_i) forment une partition de Ω\Omega, donc p1+p2+⋯+pr=1.p_1 + p_2 + \dots + p_r = 1.

Méthode. 1. Lister les valeurs possibles de XX. 2. Pour chaque valeur, trouver les éventualités qui la donnent et calculer sa probabilité. 3. Vérifier que la somme vaut 11.

Exemple 1 (suite).

xix_i −100-100 5050 200200
P(X=xi)P(X = x_i) 36=12\dfrac36 = \dfrac12 26=13\dfrac26 = \dfrac13 16\dfrac16

Vérification : 12+13+16=1\dfrac12 + \dfrac13 + \dfrac16 = 1.

Exemple 2. Une urne contient 33 boules rouges et 22 boules vertes. On tire simultanément 22 boules et on note XX le nombre de boules rouges obtenues. card Ω=C52=10\mathrm{card}\,\Omega = C_5^2 = 10 et X(Ω)={0 ;1 ;2}X(\Omega) = \{0\,;1\,;2\}.

  • P(X=0)=C2210=110P(X = 0) = \dfrac{C_2^2}{10} = \dfrac{1}{10} ; P(X=1)=C31×C2110=610P(X = 1) = \dfrac{C_3^1 \times C_2^1}{10} = \dfrac{6}{10} ; P(X=2)=C3210=310P(X = 2) = \dfrac{C_3^2}{10} = \dfrac{3}{10}.
  • Vérification : 1+6+310=1\dfrac{1 + 6 + 3}{10} = 1.

5.3 Fonction de répartition

Définition. La fonction de répartition de XX est la fonction FF définie sur R\mathbb{R} par F(x)=P(X≤x).F(x) = P(X \leq x).

Calcul. F(x)F(x) est la somme des probabilités des valeurs xix_i inférieures ou égales à xx :

  • si x<x1x < x_1, aucune valeur ne convient : F(x)=0F(x) = 0 ;
  • si x1≤x<x2x_1 \leq x < x_2 : F(x)=p1F(x) = p_1 ; si x2≤x<x3x_2 \leq x < x_3 : F(x)=p1+p2F(x) = p_1 + p_2 ; et ainsi de suite ;
  • si x≥xrx \geq x_r : F(x)=1F(x) = 1.

Propriétés.

  • FF est croissante sur R\mathbb{R}, à valeurs dans [0 ;1][0\,;1].
  • FF est constante sur chaque intervalle [xi ;xi+1[[x_i\,;x_{i+1}[ : sa courbe est en escalier. En xix_i, elle fait un saut de hauteur pip_i.
  • Pour a<ba < b : P(a<X≤b)=F(b)−F(a)P(a < X \leq b) = F(b) - F(a) et P(X>a)=1−F(a)P(X > a) = 1 - F(a).

Exemple 1 (suite). Pour le jeu : F(x)={0si x<−10012si −100≤x<5056si 50≤x<2001si x≥200F(x) = \begin{cases} 0 & \text{si } x < -100 \\ \dfrac12 & \text{si } -100 \leq x < 50 \\ \dfrac56 & \text{si } 50 \leq x < 200 \\ 1 & \text{si } x \geq 200 \end{cases} En effet, pour 50≤x<20050 \leq x < 200, F(x)=P(X=−100)+P(X=50)=12+13=56F(x) = P(X = -100) + P(X = 50) = \dfrac12 + \dfrac13 = \dfrac56.

Représentation. Sur chaque intervalle, on trace un segment horizontal ; l'extrémité gauche est un point plein (la valeur est atteinte), l'extrémité droite un point creux (elle ne l'est pas).

Exemple 2 (suite). F(x)=0F(x) = 0 si x<0x < 0 ; F(x)=0,1F(x) = 0{,}1 si 0≤x<10 \leq x < 1 ; F(x)=0,7F(x) = 0{,}7 si 1≤x<21 \leq x < 2 ; F(x)=1F(x) = 1 si x≥2x \geq 2. Par exemple P(X>0)=1−F(0)=0,9P(X > 0) = 1 - F(0) = 0{,}9.

Leçon 6 : Espérance, variance, écart-type

Voir la vidéo de la leçon 6

Soit XX une variable aléatoire de loi : P(X=xi)=piP(X = x_i) = p_i, pour ii de 11 à rr.

6.1 Espérance

Définition. L'espérance mathématique de XX est E(X)=∑i=1rxi pi=x1p1+x2p2+⋯+xrpr.E(X) = \sum_{i=1}^{r} x_i\,p_i = x_1 p_1 + x_2 p_2 + \dots + x_r p_r.

Interprétation. Si on répète l'expérience un grand nombre de fois, la moyenne des valeurs obtenues pour XX est proche de E(X)E(X) : l'espérance est la valeur moyenne que l'on peut espérer. Quand XX est le gain d'un joueur, le jeu est dit équitable si E(X)=0E(X) = 0, favorable au joueur si E(X)>0E(X) > 0, défavorable si E(X)<0E(X) < 0.

Exemple 1 (le jeu de la leçon 5). E(X)=−100×12+50×13+200×16=−50+503+1003=0.E(X) = -100 \times \frac12 + 50 \times \frac13 + 200 \times \frac16 = -50 + \frac{50}{3} + \frac{100}{3} = 0. Le jeu est équitable : sur un grand nombre de parties, le joueur ne gagne ni ne perd en moyenne.

Exemple 2 (l'urne de la leçon 5). E(X)=0×0,1+1×0,6+2×0,3=1,2E(X) = 0 \times 0{,}1 + 1 \times 0{,}6 + 2 \times 0{,}3 = 1{,}2 : en moyenne, on tire 1,21{,}2 boule rouge.

Remarque. E(X)E(X) n'est pas forcément une valeur prise par XX (on ne tire jamais 1,21{,}2 boule).

6.2 Variance et écart-type

Définition. La variance de XX est la moyenne des carrés des écarts à l'espérance : V(X)=∑i=1rpi (xi−E(X))2.V(X) = \sum_{i=1}^{r} p_i\,\big(x_i - E(X)\big)^2. L'écart-type de XX est σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}. Il mesure la dispersion des valeurs de XX autour de E(X)E(X), dans la même unité que XX.

Propriété (formule de calcul). V(X)=E(X2)−(E(X))2,ouˋ E(X2)=∑i=1rxi2 pi.V(X) = E(X^2) - \big(E(X)\big)^2, \qquad \text{où } E(X^2) = \sum_{i=1}^{r} x_i^2\,p_i.

Démonstration. Notons m=E(X)m = E(X). En développant (xi−m)2=xi2−2m xi+m2(x_i - m)^2 = x_i^2 - 2m\,x_i + m^2 : V(X)=∑pixi2−2m∑pixi+m2∑pi=E(X2)−2m×m+m2×1=E(X2)−m2.V(X) = \sum p_i x_i^2 - 2m\sum p_i x_i + m^2 \sum p_i = E(X^2) - 2m \times m + m^2 \times 1 = E(X^2) - m^2.

Exemple 1 (suite). E(X2)=(−100)2×12+502×13+2002×16=5 000+2 5003+20 0003=12 500E(X^2) = (-100)^2 \times \dfrac12 + 50^2 \times \dfrac13 + 200^2 \times \dfrac16 = 5\,000 + \dfrac{2\,500}{3} + \dfrac{20\,000}{3} = 12\,500. Comme E(X)=0E(X) = 0 : V(X)=12 500V(X) = 12\,500 et σ(X)=12 500=505≈111,8\sigma(X) = \sqrt{12\,500} = 50\sqrt5 \approx 111{,}8 F. Le jeu est équitable, mais les gains sont très dispersés.

Exemple 2 (suite). E(X2)=0×0,1+1×0,6+4×0,3=1,8E(X^2) = 0 \times 0{,}1 + 1 \times 0{,}6 + 4 \times 0{,}3 = 1{,}8, donc V(X)=1,8−1,22=0,36V(X) = 1{,}8 - 1{,}2^2 = 0{,}36 et σ(X)=0,6\sigma(X) = 0{,}6.

Remarque (utile dans les exercices). Pour des réels aa et bb : E(aX+b)=a E(X)+bE(aX + b) = a\,E(X) + b et V(aX+b)=a2 V(X)V(aX + b) = a^2\,V(X). Ces formules se démontrent directement à partir des définitions. Par exemple, si chaque partie du jeu coûte en plus 1010 F, le nouveau gain X−10X - 10 a pour espérance −10-10 F et la même variance.

6.3 Statistique et probabilités

Statistique (données observées) Probabilités (modèle)
fréquence fif_i probabilité pip_i
moyenne x‾=∑fixi\overline{x} = \sum f_i x_i espérance E(X)=∑pixiE(X) = \sum p_i x_i
variance ∑fi(xi−x‾)2\sum f_i (x_i - \overline{x})^2 variance V(X)=∑pi(xi−E(X))2V(X) = \sum p_i (x_i - E(X))^2
fréquences cumulées croissantes fonction de répartition F(x)=P(X≤x)F(x) = P(X \leq x)

Les formules sont les mêmes : on remplace les fréquences observées par les probabilités du modèle.

Leçon 7 : Schéma de Bernoulli et loi binomiale

Voir la vidéo de la leçon 7

7.1 Épreuve de Bernoulli

Définition. Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire qui n'a que deux issues : le succès SS, de probabilité pp, et l'échec S‾\overline{S}, de probabilité q=1−pq = 1 - p.

Exemples : lancer une pièce (succès : pile, p=12p = \frac12) ; lancer un dé (succès : obtenir 66, p=16p = \frac16) ; répondre au hasard à une question à 44 propositions dont une seule est juste (succès : bonne réponse, p=14p = \frac14).

7.2 Schéma de Bernoulli

Définition. Un schéma de Bernoulli de paramètres nn et pp est la répétition de nn épreuves de Bernoulli identiques et indépendantes, de même probabilité de succès pp.

On s'intéresse au nombre de succès XX, qui prend les valeurs 00, 11, …, nn.

Exemple (n=3n = 3). On représente les trois épreuves par un arbre à 23=82^3 = 8 chemins. Chaque branche « succès » porte pp, chaque branche « échec » porte qq (les épreuves sont indépendantes).

  • Un chemin avec 22 succès et 11 échec a pour probabilité p2qp^2 q, quel que soit l'ordre.
  • Il y a 33 tels chemins : SSS‾SS\overline{S}, SS‾SS\overline{S}S, S‾SS\overline{S}SS. C'est le nombre de façons de choisir les 22 épreuves réussies parmi 33, soit C32=3C_3^2 = 3.
  • Donc P(X=2)=C32 p2q=3p2qP(X = 2) = C_3^2\,p^2 q = 3p^2 q.

7.3 Loi binomiale

Théorème. Dans un schéma de Bernoulli de paramètres nn et pp, le nombre XX de succès suit la loi binomiale de paramètres nn et pp, notée B(n ;p)\mathcal{B}(n\,;p) : P(X=k)=Cnk pk (1−p)n−k,k∈{0 ;1 ;… ;n}.P(X = k) = C_n^k\,p^k\,(1-p)^{n-k}, \qquad k \in \{0\,;1\,;\dots\,;n\}.

Démonstration. Un chemin de l'arbre qui comporte kk succès et n−kn - k échecs a pour probabilité pkqn−kp^k q^{n-k} (produit des branches, épreuves indépendantes). Un tel chemin est déterminé par le choix des kk épreuves réussies parmi les nn : il y en a CnkC_n^k. On ajoute leurs probabilités.

Vérification. D'après la formule du binôme de Newton, ∑k=0nCnk pkqn−k=(p+q)n=1n=1\displaystyle\sum_{k=0}^{n} C_n^k\,p^k q^{n-k} = (p + q)^n = 1^n = 1.

Cas particuliers à connaître. P(X=0)=qnP(X = 0) = q^n (aucun succès), P(X=n)=pnP(X = n) = p^n, et P(X≥1)=1−qnP(X \geq 1) = 1 - q^n.

Exemple 1 (QCM au hasard). Un QCM comporte 55 questions, chacune avec 44 propositions dont une seule est juste. Un élève répond au hasard à chaque question. Les réponses sont indépendantes, donc le nombre XX de bonnes réponses suit B(5 ;14)\mathcal{B}\big(5\,;\frac14\big).

  • P(X=0)=(34)5=2431 024≈0,237P(X = 0) = \left(\dfrac34\right)^5 = \dfrac{243}{1\,024} \approx 0{,}237.
  • P(X=2)=C52(14)2(34)3=10×116×2764=135512≈0,264P(X = 2) = C_5^2 \left(\dfrac14\right)^2 \left(\dfrac34\right)^3 = 10 \times \dfrac{1}{16} \times \dfrac{27}{64} = \dfrac{135}{512} \approx 0{,}264.
  • P(X≥1)=1−2431 024=7811 024≈0,763P(X \geq 1) = 1 - \dfrac{243}{1\,024} = \dfrac{781}{1\,024} \approx 0{,}763.

Loi complète (valeurs arrondies au millième) :

kk 00 11 22 33 44 55
P(X=k)P(X = k) 0,2370{,}237 0,3960{,}396 0,2640{,}264 0,0880{,}088 0,0150{,}015 0,0010{,}001

Exemple 2 (situation simplifiée). Un sachet de graines annonce un taux de germination de 80 %80\,\%. On sème 44 graines, qui germent indépendamment les unes des autres. Le nombre YY de graines qui germent suit B(4 ;0,8)\mathcal{B}(4\,;0{,}8) : P(Y=4)=0,84=0,4096P(Y = 4) = 0{,}8^4 = 0{,}4096 ; P(Y=3)=C43×0,83×0,2=0,4096P(Y = 3) = C_4^3 \times 0{,}8^3 \times 0{,}2 = 0{,}4096 ; donc P(Y≥3)=0,8192P(Y \geq 3) = 0{,}8192.

7.4 Espérance et variance d'une loi binomiale

Propriété (admise). Si XX suit la loi B(n ;p)\mathcal{B}(n\,;p) : E(X)=np,V(X)=np(1−p),σ(X)=np(1−p).E(X) = np, \qquad V(X) = np(1 - p), \qquad \sigma(X) = \sqrt{np(1-p)}.

Vérification pour n=1n = 1. XX vaut 11 avec la probabilité pp et 00 avec la probabilité qq : E(X)=pE(X) = p, E(X2)=pE(X^2) = p, V(X)=p−p2=pqV(X) = p - p^2 = pq.

Exemple 1 (suite). E(X)=5×14=1,25E(X) = 5 \times \dfrac14 = 1{,}25 : en répondant au hasard, on obtient en moyenne 1,251{,}25 bonne réponse sur 55. V(X)=5×14×34=1516V(X) = 5 \times \dfrac14 \times \dfrac34 = \dfrac{15}{16}.

Leçon 8 : Tests médicaux, statistiques et probabilitésS2 · S4 · S2A · S5

Voir la vidéo de la leçon 8

Le programme de S2-S4 propose de traiter des problèmes tirés de la médecine et de faire ressortir le lien entre statistiques et probabilités. Les données ci-dessous sont inventées (situation simplifiée).

8.1 Un test de dépistage

Une maladie touche 2 %2\,\% d'une population. Un test de dépistage donne :

  • un résultat positif chez 95 %95\,\% des personnes malades ;
  • un résultat positif chez 4 %4\,\% des personnes non malades (on parle de « faux positifs »).

On choisit une personne au hasard et on lui fait passer le test. Soit MM « la personne est malade » et TT « le test est positif ». L'énoncé donne P(M)=0,02P(M) = 0{,}02, P(T/M)=0,95P(T/M) = 0{,}95 et P(T/M‾)=0,04P(T/\overline{M}) = 0{,}04.

Probabilité d'un test positif (probabilités totales, avec la partition MM, M‾\overline{M}) : P(T)=0,02×0,95+0,98×0,04=0,019+0,0392=0,0582.P(T) = 0{,}02 \times 0{,}95 + 0{,}98 \times 0{,}04 = 0{,}019 + 0{,}0392 = 0{,}0582.

La question qui intéresse le patient : son test est positif ; quelle est la probabilité qu'il soit malade ? P(M/T)=P(M∩T)P(T)=0,0190,0582=95291≈0,33.P(M/T) = \frac{P(M \cap T)}{P(T)} = \frac{0{,}019}{0{,}0582} = \frac{95}{291} \approx 0{,}33. Seulement une chance sur trois environ. La maladie est rare : les 4 %4\,\% de faux positifs, pris sur une très grande population de non-malades, sont plus nombreux que les vrais positifs. Ici, P(T/M)=0,95P(T/M) = 0{,}95 alors que P(M/T)≈0,33P(M/T) \approx 0{,}33 : on ne confond pas les deux.

À l'inverse, un test négatif est très rassurant : P(M‾/T‾)=0,98×0,961−0,0582=0,94080,9418≈0,999.P(\overline{M}/\overline{T}) = \frac{0{,}98 \times 0{,}96}{1 - 0{,}0582} = \frac{0{,}9408}{0{,}9418} \approx 0{,}999.

8.2 Le même calcul avec des effectifs

On imagine 10 00010\,000 personnes qui suivent exactement ces proportions :

Test positif Test négatif Total
Malades 190190 1010 200200
Non malades 392392 9 4089\,408 9 8009\,800
Total 582582 9 4189\,418 10 00010\,000

Parmi les 582582 personnes positives, 190190 sont malades : la fréquence 190582≈0,33\dfrac{190}{582} \approx 0{,}33 est exactement la probabilité P(M/T)P(M/T). Un tableau d'effectifs (statistique) et un arbre pondéré (probabilités) disent la même chose : c'est souvent la façon la plus simple de vérifier un calcul.

8.3 Pourquoi un second test

On fait passer un second test aux personnes positives. On suppose que, sachant si la personne est malade ou non, les deux tests donnent leurs résultats indépendamment, avec les mêmes caractéristiques. Sur l'arbre, le chemin « malade, positif, positif » vaut 0,02×0,95×0,95=0,018050{,}02 \times 0{,}95 \times 0{,}95 = 0{,}01805 et le chemin « non malade, positif, positif » vaut 0,98×0,04×0,04=0,0015680{,}98 \times 0{,}04 \times 0{,}04 = 0{,}001568. Sachant que les deux tests sont positifs, la probabilité d'être malade devient 0,018050,01805+0,001568≈0,92.\frac{0{,}01805}{0{,}01805 + 0{,}001568} \approx 0{,}92.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. P(A)P(A) est la somme des probabilités des éventualités de AA ; P(A‾)=1−P(A)P(\overline{A}) = 1 - P(A) ; P(A∪B)=P(A)+P(B)−P(A∩B)P(A \cup B) = P(A) + P(B) - P(A \cap B).
  2. Équiprobabilité : P(A)=card Acard ΩP(A) = \dfrac{\mathrm{card}\,A}{\mathrm{card}\,\Omega}. Tirages successifs avec remise : npn^p ; sans remise : AnpA_n^p ; simultanés : CnpC_n^p. Pour « au moins un », passer par le contraire.
  3. P(A/B)=P(A∩B)P(B)P(A/B) = \dfrac{P(A \cap B)}{P(B)} et P(A∩B)=P(B)×P(A/B)P(A \cap B) = P(B) \times P(A/B). Sur un arbre : produit le long d'un chemin, somme des chemins.
  4. Probabilités totales : P(A)=∑P(Bi) P(A/Bi)P(A) = \sum P(B_i)\,P(A/B_i) pour une partition (Bi)(B_i).
  5. AA et BB indépendants : P(A∩B)=P(A) P(B)P(A \cap B) = P(A)\,P(B). Incompatible n'est pas indépendant.
  6. Loi de XX : tableau des P(X=xi)P(X = x_i), de somme 11. Fonction de répartition F(x)=P(X≤x)F(x) = P(X \leq x), en escalier.
  7. E(X)=∑xipiE(X) = \sum x_i p_i ; V(X)=E(X2)−E(X)2V(X) = E(X^2) - E(X)^2 ; σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}. Jeu équitable : espérance du gain nulle.
  8. Loi binomiale B(n ;p)\mathcal{B}(n\,;p) : P(X=k)=Cnk pk(1−p)n−kP(X = k) = C_n^k\,p^k(1-p)^{n-k} ; E(X)=npE(X) = np, V(X)=np(1−p)V(X) = np(1-p).
  9. S2 · S4 · S2A · S5 Test de dépistage : ne pas confondre P(T/M)P(T/M) et P(M/T)P(M/T) ; un tableau d'effectifs permet de vérifier.
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