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Chapitre 5 · Cours écrit

Suites numériques

Programme de S1 Version pour les séries S1 et S3.

Une suite est une liste infinie de nombres, rangés dans l'ordre : un premier terme, un deuxième, un troisième, et ainsi de suite. Les suites décrivent des situations discrètes, qui évoluent par étapes : une épargne mois après mois, une population année après année, le nombre d'allumettes d'une figure qu'on agrandit. C'est ta première rencontre avec les suites : la Seconde n'en parlait pas. Comme le demandent les programmes, les notions de limite sont abordées de façon intuitive, par le calcul et par le graphique, et les théorèmes sur les limites sont admis.

Le chapitre s'appuie sur le chapitre 1 (fonctions), le chapitre 2 (limites, en particulier en +∞+\infty) et le chapitre 3 (dérivée et sens de variation).

Lecture. unu_n se lit « u indice n ». Il ne faut pas confondre un+1u_{n+1} (« u indice n plus un », le terme qui suit unu_n) et un+1u_n + 1 (le terme unu_n augmenté de 11).

Leçon 1 : Qu'est-ce qu'une suite ?

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Définition et notations

Définition. Une suite numérique uu est une fonction qui, à tout entier naturel nn, associe un réel, noté unu_n plutôt que u(n)u(n) : c'est la notation indicielle.

  • unu_n est le terme de rang nn (ou d'indice nn) ; u0u_0 est le premier terme.
  • La suite se note uu, (un)(u_n) ou (un)n∈N(u_n)_{n \in \mathbb{N}}.

Il arrive qu'une suite ne soit définie qu'à partir d'un certain entier n0n_0 : on la note alors (un)n≥n0(u_n)_{n \geq n_0}, et son premier terme est un0u_{n_0}.

Attention. (un)(u_n) désigne la suite tout entière, alors que unu_n est un nombre. De même, un+1u_{n+1} est le terme de rang n+1n + 1, alors que un+1u_n + 1 est le terme de rang nn augmenté de 11.

1.2 Les différentes façons de définir une suite

a) Par une formule explicite un=f(n)u_n = f(n). On calcule directement n'importe quel terme à partir de son rang.

Exemple 1. Soit un=n2−3nu_n = n^2 - 3n pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}. Alors u0=0u_0 = 0, u1=−2u_1 = -2, u2=−2u_2 = -2, u3=0u_3 = 0, u4=4u_4 = 4 et u10=70u_{10} = 70.

Pour exprimer un+1u_{n+1}, on remplace nn par n+1n + 1 : un+1=(n+1)2−3(n+1)=n2−n−2u_{n+1} = (n + 1)^2 - 3(n + 1) = n^2 - n - 2. C'est différent de un+1=n2−3n+1u_n + 1 = n^2 - 3n + 1.

b) Par récurrence. On donne le premier terme, puis une relation qui permet de calculer chaque terme à partir du précédent. On calcule les termes de proche en proche : pour obtenir u10u_{10}, il faut d'abord calculer u1u_1, u2u_2, …, u9u_9.

Exemple 2. Soit (un)(u_n) définie par u0=1u_0 = 1 et, pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un+1=12un+2u_{n+1} = \dfrac12 u_n + 2. u1=12×1+2=52=2,5,u2=12×52+2=134=3,25,u3=298=3,625,u4=6116=3,8125.u_1 = \frac12 \times 1 + 2 = \frac52 = 2{,}5, \qquad u_2 = \frac12 \times \frac52 + 2 = \frac{13}{4} = 3{,}25, \qquad u_3 = \frac{29}{8} = 3{,}625, \qquad u_4 = \frac{61}{16} = 3{,}8125. On passe d'un terme au suivant par la fonction f:x↦12x+2f : x \mapsto \dfrac12 x + 2 : un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n).

Exemple 3. Soit (vn)(v_n) définie par v0=0v_0 = 0 et vn+1=vn+2n+1v_{n+1} = v_n + 2n + 1. La relation fait intervenir nn : v1=v0+2×0+1=1,v2=v1+2×1+1=4,v3=4+5=9,v4=9+7=16.v_1 = v_0 + 2 \times 0 + 1 = 1, \qquad v_2 = v_1 + 2 \times 1 + 1 = 4, \qquad v_3 = 4 + 5 = 9, \qquad v_4 = 9 + 7 = 16. Les termes ressemblent aux carrés des entiers : on le démontrera à la leçon 4.

c) Par une situation ou une description. Les termes sont décrits par une phrase ; il reste souvent à trouver une formule.

Exemple 4 (une suite définie à partir du rang 3). Pour n≥3n \geq 3, on note dnd_n le nombre de diagonales d'un polygone convexe à nn côtés. Un triangle n'en a pas, un quadrilatère en a 22, un pentagone 55, un hexagone 99 : d3=0d_3 = 0, d4=2d_4 = 2, d5=5d_5 = 5, d6=9d_6 = 9.

  • Formule explicite. Chacun des nn sommets est relié par une diagonale aux n−3n - 3 sommets qui ne sont ni lui-même ni ses deux voisins. On compte ainsi n(n−3)n(n - 3) diagonales, mais chacune deux fois (une fois par extrémité) : dn=n(n−3)2d_n = \dfrac{n(n - 3)}{2}.
  • Relation de récurrence. Quand on ajoute un sommet, on gagne n−1n - 1 diagonales : dn+1=dn+n−1d_{n+1} = d_n + n - 1. Par exemple d7=d6+5=14d_7 = d_6 + 5 = 14, et la formule donne bien 7×42=14\dfrac{7 \times 4}{2} = 14.

1.3 Somme et produit de deux suites

Définition. Soit (un)(u_n) et (vn)(v_n) deux suites, et λ\lambda un réel. On définit les suites (un+vn)(u_n + v_n), (un×vn)(u_n \times v_n) et (λun)(\lambda u_n) terme à terme : leur terme de rang nn est un+vnu_n + v_n, unvnu_n v_n et λun\lambda u_n.

Exemple 5. Avec un=nu_n = n et vn=1n+1v_n = \dfrac{1}{n + 1} : la suite somme a pour terme n+1n+1n + \dfrac{1}{n + 1}, la suite produit a pour terme nn+1\dfrac{n}{n + 1}, et la suite (3un)(3u_n) a pour terme 3n3n.

1.4 Représentation graphique

Sur un axe. On place les points d'abscisses u0u_0, u1u_1, u2u_2, … sur une droite graduée (par exemple l'axe des abscisses), en écrivant le nom de chaque terme. On voit où les termes se placent, et s'ils se rapprochent d'un nombre.

Exemple 6 (suite de l'exemple 2). Les termes 11 ; 2,52{,}5 ; 3,253{,}25 ; 3,6253{,}625 ; 3,81253{,}8125 se placent de gauche à droite, de plus en plus serrés : ils semblent s'accumuler près de 44.

Dans un repère. On place les points Mn(n ;un)M_n\big(n\,;u_n\big). On obtient un nuage de points isolés : on ne les relie pas, car nn ne prend que des valeurs entières.

Exemple 7 (suite de l'exemple 1). Les points M0(0 ;0)M_0(0\,;0), M1(1 ;−2)M_1(1\,;-2), M2(2 ;−2)M_2(2\,;-2), M3(3 ;0)M_3(3\,;0), M4(4 ;4)M_4(4\,;4), M5(5 ;10)M_5(5\,;10) sont sur la parabole d'équation y=x2−3xy = x^2 - 3x, puisque un=f(n)u_n = f(n) avec f(x)=x2−3xf(x) = x^2 - 3x. La suite ne garde de la courbe que les points d'abscisses entières.

Leçon 2 : Sens de variation d'une suite

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Définitions

Définitions. On dit que la suite (un)(u_n) est :

  • croissante si un+1≥unu_{n+1} \geq u_n pour tout nn ; strictement croissante si un+1>unu_{n+1} > u_n pour tout nn ;
  • décroissante si un+1≤unu_{n+1} \leq u_n pour tout nn ; strictement décroissante si un+1<unu_{n+1} < u_n pour tout nn ;
  • constante si un+1=unu_{n+1} = u_n pour tout nn ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante.

On dit qu'une suite est croissante à partir du rang pp si un+1≥unu_{n+1} \geq u_n pour tout n≥pn \geq p (de même pour les autres définitions).

Une suite peut n'être ni croissante ni décroissante : la suite ((−1)n)\big((-1)^n\big) vaut 1,−1,1,−1,…1, -1, 1, -1, \ldots

2.2 Méthode 1 : le signe de un+1−unu_{n+1} - u_n

On calcule la différence un+1−unu_{n+1} - u_n et on étudie son signe. Si elle est positive pour tout nn, la suite est croissante ; si elle est négative, la suite est décroissante.

Exemple 8. Soit un=1n+1u_n = \dfrac{1}{n + 1}. Pour tout nn, un+1−un=1n+2−1n+1=(n+1)−(n+2)(n+1)(n+2)=−1(n+1)(n+2)<0.u_{n+1} - u_n = \frac{1}{n + 2} - \frac{1}{n + 1} = \frac{(n + 1) - (n + 2)}{(n + 1)(n + 2)} = \frac{-1}{(n + 1)(n + 2)} < 0. La suite est strictement décroissante.

Exemple 9 (une suite définie par récurrence). Pour la suite (vn)(v_n) de l'exemple 3, vn+1−vn=2n+1>0v_{n+1} - v_n = 2n + 1 > 0 pour tout nn : la suite est strictement croissante.

Exemple 10 (à partir d'un rang). Pour un=n2−3nu_n = n^2 - 3n (exemple 1), un+1−un=(n2−n−2)−(n2−3n)=2n−2u_{n+1} - u_n = (n^2 - n - 2) - (n^2 - 3n) = 2n - 2. Cette différence est négative pour n=0n = 0, nulle pour n=1n = 1, strictement positive pour n≥2n \geq 2. La suite est croissante à partir du rang 11, et strictement croissante à partir du rang 22. Elle n'est pas croissante dès le rang 00, car u1=−2<u0=0u_1 = -2 < u_0 = 0.

2.3 Méthode 2 : comparer un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11 (termes strictement positifs)

Si tous les termes sont strictement positifs, on peut comparer le quotient un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11 : s'il est supérieur à 11 pour tout nn, alors un+1>unu_{n+1} > u_n et la suite est strictement croissante ; s'il est inférieur à 11, elle est strictement décroissante. Cette méthode est commode quand unu_n contient une puissance qnq^n.

Exemple 11. Soit un=n+13nu_n = \dfrac{n + 1}{3^n}. Les termes sont strictement positifs et un+1un=n+23n+1×3nn+1=n+23(n+1).\frac{u_{n+1}}{u_n} = \frac{n + 2}{3^{n+1}} \times \frac{3^n}{n + 1} = \frac{n + 2}{3(n + 1)}. Or n+2<3n+3n + 2 < 3n + 3, puisque 2n+1>02n + 1 > 0. Le quotient est donc strictement inférieur à 11 : la suite est strictement décroissante.

2.4 Méthode 3 : utiliser la fonction associée (suites un=f(n)u_n = f(n))

Propriété. Si un=f(n)u_n = f(n) pour tout nn, et si ff est strictement croissante (resp. strictement décroissante) sur [0 ;+∞[[0\,;+\infty[, alors la suite (un)(u_n) est strictement croissante (resp. strictement décroissante).

Justification. Pour tout nn, n<n+1n < n + 1, donc f(n)<f(n+1)f(n) < f(n + 1) si ff est strictement croissante.

Exemple 12. Soit un=2n+1n+3u_n = \dfrac{2n + 1}{n + 3}. On a un=f(n)u_n = f(n) avec f(x)=2x+1x+3f(x) = \dfrac{2x + 1}{x + 3}, dérivable sur [0 ;+∞[[0\,;+\infty[, et (chapitre 3) f′(x)=2(x+3)−(2x+1)(x+3)2=5(x+3)2>0.f'(x) = \frac{2(x + 3) - (2x + 1)}{(x + 3)^2} = \frac{5}{(x + 3)^2} > 0. La fonction ff est strictement croissante sur [0 ;+∞[[0\,;+\infty[, donc la suite (un)(u_n) est strictement croissante. Vérification par la méthode 1 : un+1−un=5(n+3)(n+4)>0u_{n+1} - u_n = \dfrac{5}{(n + 3)(n + 4)} > 0.

Attention. Cette méthode ne vaut que pour les suites définies par une formule explicite un=f(n)u_n = f(n).

Leçon 3 : Suites bornées, suites périodiques, comparaison

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Suites majorées, minorées, bornées

Définitions. On dit que la suite (un)(u_n) est :

  • majorée s'il existe un réel MM tel que un≤Mu_n \leq M pour tout nn ; MM est un majorant de la suite ;
  • minorée s'il existe un réel mm tel que un≥mu_n \geq m pour tout nn ; mm est un minorant ;
  • bornée si elle est à la fois majorée et minorée : m≤un≤Mm \leq u_n \leq M pour tout nn.

Graphiquement, une suite bornée a tous ses points Mn(n ;un)M_n(n\,;u_n) dans la bande comprise entre les droites d'équations y=my = m et y=My = M.

Méthode. Pour montrer que MM est un majorant, on étudie le signe de un−Mu_n - M ; pour un minorant mm, le signe de un−mu_n - m.

Exemple 13. Soit un=2n+1n+3u_n = \dfrac{2n + 1}{n + 3} (exemple 12). Pour tout nn, un−2=2n+1−2(n+3)n+3=−5n+3<0u_n - 2 = \dfrac{2n + 1 - 2(n + 3)}{n + 3} = \dfrac{-5}{n + 3} < 0, donc un<2u_n < 2 : la suite est majorée par 22. Comme elle est croissante, un≥u0=13u_n \geq u_0 = \dfrac13. Ainsi 13≤un<2\dfrac13 \leq u_n < 2 pour tout nn : la suite est bornée.

Exemple 14. Soit un=n2−3nu_n = n^2 - 3n (exemple 1). Elle est croissante à partir du rang 11, donc un≥u1=−2u_n \geq u_1 = -2 pour n≥1n \geq 1, et u0=0≥−2u_0 = 0 \geq -2 : la suite est minorée par −2-2. Elle n'est pas majorée : pour n≥4n \geq 4, n−3≥1n - 3 \geq 1, donc un=n(n−3)≥nu_n = n(n - 3) \geq n, et les termes dépassent n'importe quel réel.

Propriété. Une suite croissante est minorée par son premier terme. Une suite décroissante est majorée par son premier terme.

3.2 Suites périodiques

Définition. Soit pp un entier naturel non nul. La suite (un)(u_n) est périodique de période pp si un+p=unu_{n+p} = u_n pour tout nn : les termes se répètent tous les pp rangs.

Exemple 15. La suite ((−1)n)\big((-1)^n\big) est périodique de période 22. La suite wn=cos⁡(nπ2)w_n = \cos\left(\dfrac{n\pi}{2}\right), qui vaut 1,0,−1,0,1,0,…1, 0, -1, 0, 1, 0, \ldots, est périodique de période 44, car cos⁡((n+4)π2)=cos⁡(nπ2+2π)=cos⁡(nπ2)\cos\left(\dfrac{(n + 4)\pi}{2}\right) = \cos\left(\dfrac{n\pi}{2} + 2\pi\right) = \cos\left(\dfrac{n\pi}{2}\right).

Exemple 16 (une suite définie par récurrence). Soit u0=3u_0 = 3 et un+1=1−unu_{n+1} = 1 - u_n. Les termes valent 3,−2,3,−2,…3, -2, 3, -2, \ldots En effet, pour tout nn, un+2=1−un+1=1−(1−un)=un.u_{n+2} = 1 - u_{n+1} = 1 - (1 - u_n) = u_n. La suite est périodique de période 22.

Une suite périodique ne prend qu'un nombre fini de valeurs : elle est bornée.

3.3 Comparaison de deux suites

Définition. On dit que (un)≤(vn)(u_n) \leq (v_n) si un≤vnu_n \leq v_n pour tout nn. On le dit aussi « à partir d'un certain rang » quand l'inégalité n'est vraie que pour n≥pn \geq p.

Méthode. On étudie le signe de la différence un−vnu_n - v_n.

Exemple 17. Soit un=n2u_n = n^2 et vn=3n−2v_n = 3n - 2. Pour tout nn, un−vn=n2−3n+2=(n−1)(n−2).u_n - v_n = n^2 - 3n + 2 = (n - 1)(n - 2). Si n≤1n \leq 1, les deux facteurs sont négatifs ou nuls ; si n≥2n \geq 2, ils sont positifs ou nuls. Dans tous les cas le produit est positif ou nul : un≥vnu_n \geq v_n pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, avec égalité pour n=1n = 1 et n=2n = 2.

Remarque : pour un réel xx compris strictement entre 11 et 22, on aurait x2−3x+2<0x^2 - 3x + 2 < 0 ; mais il n'y a aucun entier entre 11 et 22.

Leçon 4 : Le raisonnement par récurrence

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Le principe

Pour démontrer qu'une propriété P(n)\mathcal{P}(n), qui dépend d'un entier naturel nn, est vraie pour tout entier n≥n0n \geq n_0, on procède en deux étapes.

  1. Initialisation : on vérifie que P(n0)\mathcal{P}(n_0) est vraie.
  2. Hérédité : on suppose que P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour un entier n≥n0n \geq n_0 quelconque (c'est l'hypothèse de récurrence), et on démontre qu'alors P(n+1)\mathcal{P}(n + 1) est vraie.

Conclusion : P(n)\mathcal{P}(n) est vraie pour tout entier n≥n0n \geq n_0.

C'est l'image d'une échelle : on peut monter sur le premier barreau (initialisation), et de chaque barreau on peut monter sur le suivant (hérédité). On peut donc atteindre tous les barreaux.

4.2 Démontrer une formule

Exemple 18 (suite de l'exemple 3). Soit v0=0v_0 = 0 et vn+1=vn+2n+1v_{n+1} = v_n + 2n + 1. Montrons que vn=n2v_n = n^2 pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Pour n∈Nn \in \mathbb{N}, on note P(n)\mathcal{P}(n) : « vn=n2v_n = n^2 ».

Initialisation. v0=0=02v_0 = 0 = 0^2 : P(0)\mathcal{P}(0) est vraie.

Hérédité. Soit n∈Nn \in \mathbb{N} tel que vn=n2v_n = n^2. Alors vn+1=vn+2n+1=n2+2n+1=(n+1)2v_{n+1} = v_n + 2n + 1 = n^2 + 2n + 1 = (n + 1)^2 : P(n+1)\mathcal{P}(n + 1) est vraie.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, vn=n2v_n = n^2.

Comme vn=1+3+5+⋯+(2n−1)v_n = 1 + 3 + 5 + \cdots + (2n - 1) pour n≥1n \geq 1, on a aussi démontré que la somme des nn premiers nombres impairs vaut n2n^2. On le voit sur un carré de côté nn : on passe au carré de côté n+1n + 1 en ajoutant une bande en équerre de 2n+12n + 1 petits carrés.

Exemple 19 (suite de l'exemple 2). Soit u0=1u_0 = 1 et un+1=12un+2u_{n+1} = \dfrac12 u_n + 2. Montrons que un=4−32nu_n = 4 - \dfrac{3}{2^n} pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Initialisation. 4−320=4−3=1=u04 - \dfrac{3}{2^0} = 4 - 3 = 1 = u_0.

Hérédité. Supposons un=4−32nu_n = 4 - \dfrac{3}{2^n} pour un entier nn. Alors un+1=12(4−32n)+2=2−32n+1+2=4−32n+1.u_{n+1} = \frac12\left(4 - \frac{3}{2^n}\right) + 2 = 2 - \frac{3}{2^{n+1}} + 2 = 4 - \frac{3}{2^{n+1}}.

Conclusion. Pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}, un=4−32nu_n = 4 - \dfrac{3}{2^n}. Par exemple u10=4−31024=40931024≈3,997u_{10} = 4 - \dfrac{3}{1024} = \dfrac{4093}{1024} \approx 3{,}997.

4.3 Démontrer une inégalité, un sens de variation

Exemple 20 (suite de l'exemple 2). Montrons que un<4u_n < 4 pour tout nn, sans utiliser la formule de l'exemple 19.

Initialisation. u0=1<4u_0 = 1 < 4.

Hérédité. Supposons un<4u_n < 4. Alors 12un<2\dfrac12 u_n < 2, donc 12un+2<4\dfrac12 u_n + 2 < 4, c'est-à-dire un+1<4u_{n+1} < 4.

Conclusion. un<4u_n < 4 pour tout n∈Nn \in \mathbb{N}.

Sens de variation. un+1−un=2−12un=12(4−un)>0u_{n+1} - u_n = 2 - \dfrac12 u_n = \dfrac12(4 - u_n) > 0, puisque un<4u_n < 4. La suite est strictement croissante. Elle est donc minorée par u0=1u_0 = 1, et 1≤un<41 \leq u_n < 4 : elle est bornée.

4.4 Les deux étapes sont indispensables

  • Vérifier quelques cas ne suffit pas. Le nombre n2+n+41n^2 + n + 41 est premier pour n=0,1,2,…,39n = 0, 1, 2, \ldots, 39, mais pas pour n=40n = 40 : 402+40+41=1681=41240^2 + 40 + 41 = 1681 = 41^2.
  • L'hérédité seule ne suffit pas. Soit P(n)\mathcal{P}(n) : « 4n+14^n + 1 est un multiple de 33 ». Si 4n+1=3k4^n + 1 = 3k, alors 4n+1+1=4(4n+1)−3=3(4k−1)4^{n+1} + 1 = 4\left(4^n + 1\right) - 3 = 3(4k - 1) : l'hérédité est vraie. Pourtant 40+1=24^0 + 1 = 2 n'est pas un multiple de 33, et en fait P(n)\mathcal{P}(n) est fausse pour tout nn (4n+14^n + 1 vaut 2,5,17,65,…2, 5, 17, 65, \ldots).

Leçon 5 : Suites arithmétiques

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Définition

Définition. Une suite (un)(u_n) est arithmétique s'il existe un réel rr tel que, pour tout nn, un+1=un+r.u_{n+1} = u_n + r. Le réel rr est la raison de la suite : on passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.

Démontrer qu'une suite est arithmétique. On calcule un+1−unu_{n+1} - u_n et on vérifie que cette différence ne dépend pas de nn.

Exemple 21. Soit un=5−3nu_n = 5 - 3n. Pour tout nn, un+1−un=5−3(n+1)−(5−3n)=−3u_{n+1} - u_n = 5 - 3(n + 1) - (5 - 3n) = -3. La suite est arithmétique, de raison −3-3 et de premier terme u0=5u_0 = 5.

En revanche, pour wn=n2w_n = n^2, wn+1−wn=2n+1w_{n+1} - w_n = 2n + 1 dépend de nn : par exemple w1−w0=1w_1 - w_0 = 1 et w2−w1=3w_2 - w_1 = 3. La suite (wn)(w_n) n'est pas arithmétique.

Exemple 22 (modèle simplifié). Une élève a 20 00020\,000 F dans sa tirelire et y ajoute 2 5002\,500 F à la fin de chaque mois. On note sns_n son épargne au bout de nn mois : s0=20 000s_0 = 20\,000 et sn+1=sn+2 500s_{n+1} = s_n + 2\,500. La suite (sn)(s_n) est arithmétique de raison 2 5002\,500.

5.2 Terme général

Propriété. Si (un)(u_n) est arithmétique de raison rr, alors pour tous entiers naturels nn et pp : un=u0+nretun=up+(n−p) r.u_n = u_0 + nr \qquad \text{et} \qquad u_n = u_p + (n - p)\,r.

Justification. Pour aller de u0u_0 à unu_n, on ajoute nn fois la raison (on le démontre par récurrence : u0=u0+0×ru_0 = u_0 + 0 \times r, et si un=u0+nru_n = u_0 + nr, alors un+1=u0+nr+r=u0+(n+1)ru_{n+1} = u_0 + nr + r = u_0 + (n + 1)r). Pour aller de upu_p à unu_n, on ajoute n−pn - p fois la raison.

Exemple 23. Dans l'exemple 22, sn=20 000+2 500 ns_n = 20\,000 + 2\,500\,n. Au bout d'un an, s12=50 000s_{12} = 50\,000 F. L'épargne atteint 100 000100\,000 F quand 2 500 n≥80 0002\,500\,n \geq 80\,000, c'est-à-dire à partir de n=32n = 32 mois.

Exemple 24. (un)(u_n) est arithmétique, avec u3=7u_3 = 7 et u10=28u_{10} = 28. Comme u10=u3+7ru_{10} = u_3 + 7r, on a 7r=217r = 21, donc r=3r = 3. Puis u0=u3−3r=−2u_0 = u_3 - 3r = -2, et un=−2+3nu_n = -2 + 3n. Par exemple u100=298u_{100} = 298.

5.3 Sens de variation et représentation

Comme un+1−un=ru_{n+1} - u_n = r :

  • si r>0r > 0, la suite est strictement croissante ;
  • si r<0r < 0, elle est strictement décroissante ;
  • si r=0r = 0, elle est constante.

Les points Mn(n ;u0+nr)M_n\big(n\,;u_0 + nr\big) sont alignés sur la droite d'équation y=rx+u0y = rx + u_0 : une suite arithmétique a une croissance (ou une décroissance) linéaire.

5.4 Somme de termes consécutifs, notation ∑\sum

La somme des premiers entiers. Pour tout n≥1n \geq 1, 1+2+3+⋯+n=n(n+1)2.1 + 2 + 3 + \cdots + n = \frac{n(n + 1)}{2}. Démonstration. On écrit la somme SS dans les deux sens et on additionne : S=1+2+⋯+(n−1)+nS=n+(n−1)+⋯+2+12S=(n+1)+(n+1)+⋯+(n+1)+(n+1)=n(n+1).\begin{aligned} S &= 1 + 2 + \cdots + (n - 1) + n \\ S &= n + (n - 1) + \cdots + 2 + 1 \\ 2S &= (n + 1) + (n + 1) + \cdots + (n + 1) + (n + 1) = n(n + 1). \end{aligned} Par exemple, 1+2+⋯+100=100×1012=5 0501 + 2 + \cdots + 100 = \dfrac{100 \times 101}{2} = 5\,050.

Propriété. La somme de termes consécutifs d'une suite arithmétique vaut S=(nombre de termes)×premier terme+dernier terme2.S = (\text{nombre de termes}) \times \frac{\text{premier terme} + \text{dernier terme}}{2}. De upu_p à unu_n (avec p≤np \leq n), il y a n−p+1n - p + 1 termes : up+up+1+⋯+un=(n−p+1) up+un2u_p + u_{p+1} + \cdots + u_n = (n - p + 1)\,\dfrac{u_p + u_n}{2}.

Démonstration. Chaque terme s'écrit up+kru_p + kr, avec kk allant de 00 à n−pn - p. La somme vaut donc (n−p+1) up+r (0+1+⋯+(n−p))=(n−p+1) up+r (n−p)(n−p+1)2=(n−p+1) 2up+(n−p)r2(n - p + 1)\,u_p + r\,\big(0 + 1 + \cdots + (n - p)\big) = (n - p + 1)\,u_p + r\,\dfrac{(n - p)(n - p + 1)}{2} = (n - p + 1)\,\dfrac{2u_p + (n - p)r}{2}, et 2up+(n−p)r=up+un2u_p + (n - p)r = u_p + u_n.

Notation ∑\sum. La somme up+up+1+⋯+unu_p + u_{p+1} + \cdots + u_n s'écrit ∑k=pnuk\displaystyle\sum_{k=p}^{n} u_k, qui se lit « somme, pour kk allant de pp à nn, de uu indice kk ». La lettre kk est muette : on peut la remplacer par une autre lettre. Par exemple ∑k=1100k=5 050\displaystyle\sum_{k=1}^{100} k = 5\,050.

Exemple 25. Avec un=−2+3nu_n = -2 + 3n (exemple 24) :

  • ∑k=020uk=u0+u1+⋯+u20\displaystyle\sum_{k=0}^{20} u_k = u_0 + u_1 + \cdots + u_{20} compte 2121 termes, de u0=−2u_0 = -2 à u20=58u_{20} = 58 : la somme vaut 21×−2+582=21×28=58821 \times \dfrac{-2 + 58}{2} = 21 \times 28 = 588 ;
  • ∑k=310uk=7+10+13+⋯+28\displaystyle\sum_{k=3}^{10} u_k = 7 + 10 + 13 + \cdots + 28 compte 10−3+1=810 - 3 + 1 = 8 termes : elle vaut 8×7+282=1408 \times \dfrac{7 + 28}{2} = 140.

Leçon 6 : Suites géométriques

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 Définition

Définition. Une suite (un)(u_n) est géométrique s'il existe un réel qq tel que, pour tout nn, un+1=q un.u_{n+1} = q\,u_n. Le réel qq est la raison de la suite : on passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.

Démontrer qu'une suite est géométrique. On écrit un+1u_{n+1} sous la forme q×unq \times u_n, avec qq indépendant de nn. Si les termes ne s'annulent pas, cela revient à montrer que le quotient un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} ne dépend pas de nn.

Exemple 26. Soit un=22n+1u_n = 2^{2n+1}. Pour tout nn, un+1=22n+3=22×22n+1=4 unu_{n+1} = 2^{2n+3} = 2^2 \times 2^{2n+1} = 4\,u_n. La suite est géométrique, de raison 44 et de premier terme u0=2u_0 = 2.

En revanche, pour vn=n×2nv_n = n \times 2^n : v1=2v_1 = 2, v2=8v_2 = 8, v3=24v_3 = 24, et v2v1=4≠v3v2=3\dfrac{v_2}{v_1} = 4 \neq \dfrac{v_3}{v_2} = 3. La suite (vn)(v_n) n'est pas géométrique.

Pourcentages. Augmenter une quantité de t %t\,\% revient à la multiplier par 1+t1001 + \dfrac{t}{100} ; la diminuer de t %t\,\%, à la multiplier par 1−t1001 - \dfrac{t}{100}. Une quantité qui augmente chaque année du même pourcentage suit donc une suite géométrique.

Exemple 27 (modèle simplifié). Une ville compte 50 00050\,000 habitants en 2026, et sa population augmente de 3 %3\,\% par an. On note pnp_n la population en 2026+n2026 + n : p0=50 000p_0 = 50\,000 et pn+1=1,03 pnp_{n+1} = 1{,}03\,p_n. La suite (pn)(p_n) est géométrique de raison 1,031{,}03.

6.2 Terme général

Propriété. Si (un)(u_n) est géométrique de raison qq, alors pour tout entier naturel nn, un=u0 qnu_n = u_0\,q^n, et pour tous entiers n≥pn \geq p, un=up qn−pu_n = u_p\,q^{n-p}.

Justification. Pour aller de u0u_0 à unu_n, on multiplie nn fois par qq (on le démontre par récurrence, comme pour les suites arithmétiques).

Exemple 28. Dans l'exemple 27, pn=50 000×1,03np_n = 50\,000 \times 1{,}03^n. En 2036, la population est p10=50 000×1,0310≈67 196p_{10} = 50\,000 \times 1{,}03^{10} \approx 67\,196 habitants.

Exemple 29. (un)(u_n) est géométrique, avec u1=6u_1 = 6 et u4=162u_4 = 162. Comme u4=u1 q3u_4 = u_1\,q^3, on a q3=27q^3 = 27, donc q=3q = 3. Puis u0=u1q=2u_0 = \dfrac{u_1}{q} = 2, et un=2×3nu_n = 2 \times 3^n. Par exemple u6=1 458u_6 = 1\,458.

6.3 Sens de variation et représentation

Pour tout nn, un+1−un=u0 qn+1−u0 qn=u0 qn(q−1)u_{n+1} - u_n = u_0\,q^{n+1} - u_0\,q^n = u_0\,q^n(q - 1). Lorsque u0>0u_0 > 0 et q>0q > 0 :

  • si q>1q > 1, la suite est strictement croissante ;
  • si 0<q<10 < q < 1, elle est strictement décroissante ;
  • si q=1q = 1, elle est constante.

Si u0<0u_0 < 0, les sens sont inversés. Si q<0q < 0, les termes changent de signe à chaque rang : la suite n'est pas monotone.

Les points Mn(n ;un)M_n(n\,;u_n) ne sont pas alignés. Avec un=2×3nu_n = 2 \times 3^n, ils montrent une croissance de plus en plus rapide : on multiplie à chaque pas. Avec un=8×(12)nu_n = 8 \times \left(\dfrac12\right)^n, ils se rapprochent de l'axe des abscisses. Avec un=8×(−12)nu_n = 8 \times \left(-\dfrac12\right)^n, les termes placés sur un axe sautent d'un côté à l'autre de 00, en s'en rapprochant.

6.4 Somme de termes consécutifs

Propriété (formule du programme). Pour tout réel xx et tout entier naturel nn, (1+x+x2+⋯+xn)(1−x)=1−xn+1.\left(1 + x + x^2 + \cdots + x^n\right)(1 - x) = 1 - x^{n+1}. Démonstration. En développant, on obtient (1+x+⋯+xn)−(x+x2+⋯+xn+1)\left(1 + x + \cdots + x^n\right) - \left(x + x^2 + \cdots + x^{n+1}\right) : tous les termes se simplifient, sauf 11 et −xn+1-x^{n+1}.

Conséquence. Pour tout réel q≠1q \neq 1, 1+q+q2+⋯+qn=∑k=0nqk=1−qn+11−q.1 + q + q^2 + \cdots + q^n = \sum_{k=0}^{n} q^k = \frac{1 - q^{n+1}}{1 - q}. Si q=1q = 1, la somme vaut n+1n + 1.

Propriété. La somme de termes consécutifs d'une suite géométrique de raison q≠1q \neq 1 vaut S=(premier terme)×1−qnombre de termes1−q.S = (\text{premier terme}) \times \frac{1 - q^{\text{nombre de termes}}}{1 - q}. En effet, up+up+1+⋯+un=up(1+q+⋯+qn−p)=up 1−qn−p+11−qu_p + u_{p+1} + \cdots + u_n = u_p\left(1 + q + \cdots + q^{n-p}\right) = u_p\,\dfrac{1 - q^{n-p+1}}{1 - q}.

Exemple 30. 1+2+4+⋯+210=1−2111−2=211−1=2 0471 + 2 + 4 + \cdots + 2^{10} = \dfrac{1 - 2^{11}}{1 - 2} = 2^{11} - 1 = 2\,047.

Exemple 31. Avec un=2×3nu_n = 2 \times 3^n (exemple 29) : ∑k=05uk=2×1−361−3=2×−728−2=728\displaystyle\sum_{k=0}^{5} u_k = 2 \times \frac{1 - 3^6}{1 - 3} = 2 \times \frac{-728}{-2} = 728. Vérification : 2+6+18+54+162+486=7282 + 6 + 18 + 54 + 162 + 486 = 728.

Exemple 32. 1+12+14+⋯+12n=1−(12)n+11−12=2(1−12n+1)=2−12n1 + \dfrac12 + \dfrac14 + \cdots + \dfrac{1}{2^n} = \dfrac{1 - \left(\frac12\right)^{n+1}}{1 - \frac12} = 2\left(1 - \dfrac{1}{2^{n+1}}\right) = 2 - \dfrac{1}{2^n}.

Leçon 7 : Convergence d'une suite

Voir la vidéo de la leçon 7

7.1 Une approche intuitive

Que deviennent les termes unu_n quand nn devient très grand ? On dit « quand nn tend vers +∞+\infty ».

Exemple 33. Soit un=1n+1u_n = \dfrac{1}{n + 1}. Alors u10=111≈0,09u_{10} = \dfrac{1}{11} \approx 0{,}09, u100=1101≈0,0099u_{100} = \dfrac{1}{101} \approx 0{,}0099, u1000=11001≈0,000 999u_{1000} = \dfrac{1}{1001} \approx 0{,}000\,999. Les termes se rapprochent de 00 autant que l'on veut : pour avoir un<0,001u_n < 0{,}001, il suffit que n+1>1 000n + 1 > 1\,000, c'est-à-dire n≥1 000n \geq 1\,000.

Définition (approche intuitive). On dit que la suite (un)(u_n) converge vers le réel ℓ\ell, ou qu'elle admet ℓ\ell pour limite, si les termes unu_n peuvent être aussi proches de ℓ\ell que l'on veut, à condition que nn soit suffisamment grand. On note lim⁡n→+∞un=ℓoulim⁡un=ℓ.\lim_{n \to +\infty} u_n = \ell \qquad \text{ou} \qquad \lim u_n = \ell. Graphiquement, les points Mn(n ;un)M_n(n\,;u_n) finissent par entrer, et rester, dans n'importe quelle bande horizontale aussi étroite que l'on veut autour de la droite y=ℓy = \ell.

Exemple 34. Soit un=2+(−1)nn+1u_n = 2 + \dfrac{(-1)^n}{n + 1}. Les termes valent 33 ; 1,51{,}5 ; 2,332{,}33 ; 1,751{,}75 ; 2,22{,}2… Sur un axe, ils sautent de part et d'autre de 22 en s'en rapprochant. L'écart entre unu_n et 22 vaut 1n+1\dfrac{1}{n + 1}, qui devient aussi petit que l'on veut : la suite converge vers 22.

Définition. Une suite qui ne converge pas est dite divergente. Il y a deux cas :

  • la suite tend vers +∞+\infty (ses termes deviennent aussi grands que l'on veut pour nn assez grand), ou vers −∞-\infty : c'est le cas de (n2)(n^2) ;
  • la suite n'a pas de limite : c'est le cas de ((−1)n)\big((-1)^n\big), qui vaut alternativement 11 et −1-1.

7.2 Théorèmes admis

Unicité. Si une suite admet une limite, cette limite est unique.

Suites un=f(n)u_n = f(n). Si lim⁡x→+∞f(x)=ℓ\displaystyle\lim_{x \to +\infty} f(x) = \ell (ℓ\ell réel, +∞+\infty ou −∞-\infty), alors lim⁡n→+∞f(n)=ℓ\displaystyle\lim_{n \to +\infty} f(n) = \ell. On utilise donc les limites en +∞+\infty du chapitre 2.

Suites de référence. Pour n≥1n \geq 1 : les suites (1n)\left(\dfrac1n\right), (1n2)\left(\dfrac{1}{n^2}\right) et (1n)\left(\dfrac{1}{\sqrt n}\right) convergent vers 00 ; les suites (n)(n), (n2)(n^2) et (n)(\sqrt n) tendent vers +∞+\infty.

Opérations. Les théorèmes sur la limite d'une somme, d'un produit, d'un quotient sont les mêmes que pour les fonctions (chapitre 2), avec les mêmes formes indéterminées : ∞−∞\infty - \infty, 0×∞0 \times \infty, ∞∞\dfrac{\infty}{\infty} et 00\dfrac00.

Exemple 35.

  • un=2n2+1n2+3u_n = \dfrac{2n^2 + 1}{n^2 + 3} : en +∞+\infty, la fonction rationnelle associée a la même limite que le quotient des termes de plus haut degré, 2x2x2=2\dfrac{2x^2}{x^2} = 2. Donc lim⁡un=2\lim u_n = 2.
  • un=2n+1n+3u_n = \dfrac{2n + 1}{n + 3} (exemples 12 et 13) : de même, lim⁡un=2\lim u_n = 2. La suite est croissante, majorée par 22, et ses termes se rapprochent de 22.
  • un=n2−3nu_n = n^2 - 3n (exemple 1) : c'est une forme ∞−∞\infty - \infty. On factorise : un=n2(1−3n)u_n = n^2\left(1 - \dfrac3n\right), avec n2→+∞n^2 \to +\infty et 1−3n→11 - \dfrac3n \to 1. Donc lim⁡un=+∞\lim u_n = +\infty.
  • wn=n2+1−nw_n = \sqrt{n^2 + 1} - n : forme ∞−∞\infty - \infty. Avec l'expression conjuguée, wn=(n2+1)−n2n2+1+n=1n2+1+nw_n = \dfrac{(n^2 + 1) - n^2}{\sqrt{n^2 + 1} + n} = \dfrac{1}{\sqrt{n^2 + 1} + n}. Le dénominateur tend vers +∞+\infty, donc lim⁡wn=0\lim w_n = 0.

7.3 Limites des suites arithmétiques et géométriques

Suites arithmétiques. Si un=u0+nru_n = u_0 + nr : lorsque r>0r > 0, lim⁡un=+∞\lim u_n = +\infty ; lorsque r<0r < 0, lim⁡un=−∞\lim u_n = -\infty ; lorsque r=0r = 0, la suite est constante. Une suite arithmétique de raison non nulle est donc divergente.

Suites géométriques : la suite (qn)(q^n) (théorème admis).

qq q≤−1q \leq -1 −1<q<1-1 < q < 1 q=1q = 1 q>1q > 1
lim⁡n→+∞qn\displaystyle\lim_{n \to +\infty} q^n pas de limite 00 11 +∞+\infty

À la calculatrice : 0,9100≈0,000 0270{,}9^{100} \approx 0{,}000\,027 et 1,011 000≈20 9591{,}01^{1\,000} \approx 20\,959 ; même une raison à peine plus grande que 11 finit par dépasser tout nombre. Par exemple, (110)n=110n\left(\dfrac{1}{10}\right)^n = \dfrac{1}{10^n} tend vers 00.

Conséquence. Si −1<q<1-1 < q < 1, la suite géométrique un=u0 qnu_n = u_0\,q^n converge vers 00.

Exemple 36 (suite des exemples 2, 6 et 19). un=4−3×(12)nu_n = 4 - 3 \times \left(\dfrac12\right)^n. Comme −1<12<1-1 < \dfrac12 < 1, (12)n→0\left(\dfrac12\right)^n \to 0, donc lim⁡un=4\lim u_n = 4. On retrouve ce que montrait l'axe à l'exemple 6 : les termes s'accumulent près de 44.

Exemple 37 (suite de l'exemple 32). 1+12+⋯+12n=2−12n1 + \dfrac12 + \cdots + \dfrac{1}{2^n} = 2 - \dfrac{1}{2^n} tend vers 22. On peut le voir sur une bande de longueur 22 : on en couvre la moitié, puis la moitié de ce qui reste, et ainsi de suite.

Leçon 9 : Suites récurrentes, suites de référenceS1 · S3

Voir la vidéo de la leçon 9

9.1 Trouver la fonction ff telle que un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n)

Quand chaque terme se calcule à partir du précédent seulement, on peut écrire un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : on remplace unu_n par xx dans la relation de récurrence.

Exemple 44.

  • un+1=12un+2u_{n+1} = \dfrac12 u_n + 2 : f(x)=12x+2f(x) = \dfrac12 x + 2 ;
  • un+1=2un+3u_{n+1} = \sqrt{2u_n + 3} : f(x)=2x+3f(x) = \sqrt{2x + 3}, définie sur [−32 ;+∞[\left[-\dfrac32\,;+\infty\right[ ;
  • un+1=un1+unu_{n+1} = \dfrac{u_n}{1 + u_n} : f(x)=x1+xf(x) = \dfrac{x}{1 + x}.

En revanche, la relation vn+1=vn+2n+1v_{n+1} = v_n + 2n + 1 de l'exemple 3 fait intervenir nn : elle n'est pas de la forme vn+1=f(vn)v_{n+1} = f(v_n).

9.2 Construire les termes à partir de la courbe de ff

On connaît la courbe Cf\mathcal{C}_f et le premier terme u0u_0. On trace aussi la droite Δ\Delta d'équation y=xy = x.

  1. On place u0u_0 sur l'axe des abscisses.
  2. On monte (ou on descend) verticalement jusqu'à Cf\mathcal{C}_f : le point atteint a pour ordonnée f(u0)=u1f(u_0) = u_1.
  3. On rejoint horizontalement la droite Δ\Delta : le point atteint a pour abscisse u1u_1. On redescend sur l'axe des abscisses, où l'on place u1u_1.
  4. On recommence à partir de u1u_1 pour obtenir u2u_2, et ainsi de suite.

Les termes u0u_0, u1u_1, u2u_2, … s'alignent sur l'axe des abscisses : on peut conjecturer le sens de variation de la suite et son comportement.

Exemple 45 (suite de l'exemple 2). Avec f(x)=12x+2f(x) = \dfrac12 x + 2 et u0=1u_0 = 1, la construction dessine un escalier qui monte vers le point d'intersection de Cf\mathcal{C}_f et de Δ\Delta. Ce point vérifie 12x+2=x\dfrac12 x + 2 = x, donc x=4x = 4. On conjecture que la suite est croissante et qu'elle converge vers 44 : c'est bien ce qu'on a démontré aux exemples 20 et 36.

Exemple 46. Avec f(x)=2x+3f(x) = \sqrt{2x + 3} et u0=0u_0 = 0 : u1=3≈1,732u_1 = \sqrt3 \approx 1{,}732, u2≈2,542u_2 \approx 2{,}542, u3≈2,843u_3 \approx 2{,}843, u4≈2,947u_4 \approx 2{,}947. L'escalier monte vers le point d'intersection de Cf\mathcal{C}_f et de Δ\Delta, d'abscisse 33 (car 2x+3=x\sqrt{2x + 3} = x équivaut, pour x≥0x \geq 0, à x2−2x−3=0x^2 - 2x - 3 = 0). On conjecture que la suite est croissante et qu'elle converge vers 33.

Exemple 47. Avec f(x)=−12x+3f(x) = -\dfrac12 x + 3, qui est décroissante, et u0=0u_0 = 0 : u1=3u_1 = 3, u2=1,5u_2 = 1{,}5, u3=2,25u_3 = 2{,}25, u4=1,875u_4 = 1{,}875. La construction dessine une spirale autour du point d'intersection, d'abscisse 22 : les termes se placent alternativement à gauche et à droite de 22, en s'en rapprochant. La suite n'est pas monotone ; on conjecture qu'elle converge vers 22.

Attention. Une conjecture n'est pas une démonstration : il faut ensuite démontrer ce qu'on a observé (par récurrence, par une formule explicite…).

9.3 Suites de référence (admises)

Les suites suivantes convergent vers 00 : 1n,1n,110n,1nα (α reˊel strictement positif).\frac1n, \qquad \frac{1}{\sqrt n}, \qquad \frac{1}{10^n}, \qquad \frac{1}{n^\alpha} \ (\alpha \text{ réel strictement positif}). En Première, on les utilise avec α\alpha entier naturel non nul (1n2\frac{1}{n^2}, 1n3\frac{1}{n^3}…) ou α=12\alpha = \dfrac12, qui redonne 1n\dfrac{1}{\sqrt n}. Avec les théorèmes d'opérations, par exemple, 3+1n3→33 + \dfrac{1}{n^3} \to 3 et 5n−110n→0\dfrac{5}{\sqrt n} - \dfrac{1}{10^n} \to 0.

9.4 Passage à la limite dans une inégalité (admis)

Théorème. Si un≤vnu_n \leq v_n à partir d'un certain rang, et si (un)(u_n) et (vn)(v_n) convergent vers ℓ\ell et ℓ′\ell', alors ℓ≤ℓ′\ell \leq \ell'.

En particulier, si un≤Mu_n \leq M pour tout nn et si (un)(u_n) converge vers ℓ\ell, alors ℓ≤M\ell \leq M.

Attention. Les inégalités strictes deviennent larges à la limite : 1n>0\dfrac1n > 0 pour tout n≥1n \geq 1, et pourtant lim⁡1n=0\lim \dfrac1n = 0. De même, à l'exemple 20, un<4u_n < 4 pour tout nn, et la limite vaut exactement 44.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Une suite associe à chaque entier nn un réel unu_n. On la définit par une formule explicite un=f(n)u_n = f(n), par récurrence (premier terme et relation entre un+1u_{n+1} et unu_n), ou par une situation. Ne pas confondre un+1u_{n+1} et un+1u_n + 1.
  2. Représentation : les termes sur un axe, ou les points isolés Mn(n ;un)M_n(n\,;u_n) dans un repère.
  3. Sens de variation : signe de un+1−unu_{n+1} - u_n ; quotient un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} comparé à 11 si les termes sont strictement positifs ; sens de variation de ff si un=f(n)u_n = f(n).
  4. Majorée, minorée, bornée, périodique ; comparer deux suites par le signe de un−vnu_n - v_n.
  5. Récurrence : initialisation, hérédité, conclusion. Les deux étapes sont indispensables.
  6. Arithmétique : un+1=un+ru_{n+1} = u_n + r, un=up+(n−p)ru_n = u_p + (n - p)r, points alignés ; somme =(nombre de termes)×premier+dernier2= (\text{nombre de termes}) \times \dfrac{\text{premier} + \text{dernier}}{2} ; 1+2+⋯+n=n(n+1)21 + 2 + \cdots + n = \dfrac{n(n + 1)}{2}.
  7. Géométrique : un+1=q unu_{n+1} = q\,u_n, un=up qn−pu_n = u_p\,q^{n-p} ; (1+x+⋯+xn)(1−x)=1−xn+1\left(1 + x + \cdots + x^n\right)(1 - x) = 1 - x^{n+1} ; somme =(premier terme)×1−qnombre de termes1−q= (\text{premier terme}) \times \dfrac{1 - q^{\text{nombre de termes}}}{1 - q} si q≠1q \neq 1.
  8. Convergence : unu_n aussi proche de ℓ\ell que l'on veut pour nn assez grand ; sinon la suite diverge. Limite unique ; mêmes règles que pour les fonctions ; qn→0q^n \to 0 si −1<q<1-1 < q < 1, qn→+∞q^n \to +\infty si q>1q > 1.
  9. S1 · S3 Pour un+1=f(un)u_{n+1} = f(u_n) : construire les termes avec Cf\mathcal{C}_f et la droite y=xy = x, puis conjecturer. Suites de référence 1n\frac1n, 1n\frac{1}{\sqrt n}, 110n\frac{1}{10^n}, 1nα\frac{1}{n^\alpha}. Si un≤vnu_n \leq v_n, alors lim⁡un≤lim⁡vn\lim u_n \leq \lim v_n.
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