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Chapitre 3 · Cours écrit

Logarithme, exponentielle et puissances

Programme de S2 Version pour les séries S2, S4, S2A et S5.

On utilise librement le chapitre 1 (continuité, théorème de la bijection, fonction réciproque) et le chapitre 2 (dérivée d'une composée, dérivée de la réciproque, primitives usuelles). En particulier :

  • si uu est dérivable sur II et gg dérivable sur un intervalle contenant u(I)u(I), alors (g∘u)′=u′×(g′∘u)(g \circ u)' = u' \times (g' \circ u) ;
  • deux primitives d'une même fonction sur un intervalle diffèrent d'une constante.

Leçon 1 : La fonction logarithme népérien

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Définition

La fonction x↦1xx \mapsto \dfrac{1}{x} est continue sur l'intervalle ]0;+∞[]0;+\infty[. Elle y admet donc des primitives (chapitre 2), et une seule d'entre elles prend la valeur 00 en 11.

Définition (programme officiel). La fonction logarithme népérien, notée ln⁡\ln, est la primitive sur ]0;+∞[]0;+\infty[ de la fonction x↦1xx \mapsto \dfrac{1}{x} qui s'annule en 11.

Cette définition contient trois informations :

  • ln⁡\ln est définie sur ]0;+∞[]0;+\infty[ : ln⁡x\ln x n'existe que pour x>0x > 0 ;
  • ln⁡1=0\ln 1 = 0 ;
  • ln⁡\ln est dérivable sur ]0;+∞[]0;+\infty[ et ln⁡′(x)=1x\ln'(x) = \dfrac{1}{x}.

1.2 Premières conséquences

  • ln⁡\ln est dérivable, donc continue sur ]0;+∞[]0;+\infty[.
  • Pour x>0x > 0, ln⁡′(x)=1x>0\ln'(x) = \dfrac1x > 0 : ln⁡\ln est strictement croissante sur ]0;+∞[]0;+\infty[.
  • Comme ln⁡1=0\ln 1 = 0, on en déduit le signe de ln⁡x\ln x :
xx 0<x<10 < x < 1 x=1x = 1 x>1x > 1
ln⁡x\ln x négatif 00 positif

Comparer deux logarithmes. Pour tous réels a>0a > 0 et b>0b > 0 : ln⁡a=ln⁡b  ⟺  a=bln⁡a<ln⁡b  ⟺  a<b.\ln a = \ln b \iff a = b \qquad\qquad \ln a < \ln b \iff a < b.

1.3 La propriété fondamentale

Théorème. Pour tous réels a>0a > 0 et b>0b > 0, ln⁡(ab)=ln⁡a+ln⁡b.\ln(ab) = \ln a + \ln b.

Démonstration. On fixe a>0a > 0 et on pose g(x)=ln⁡(ax)g(x) = \ln(ax) pour x>0x > 0. La fonction gg est dérivable (composée) et g′(x)=a×1ax=1x.g'(x) = a \times \frac{1}{ax} = \frac1x. Les fonctions gg et ln⁡\ln sont donc deux primitives de x↦1xx \mapsto \frac1x sur l'intervalle ]0;+∞[]0;+\infty[ : il existe une constante CC telle que ln⁡(ax)=ln⁡x+C\ln(ax) = \ln x + C pour tout x>0x > 0. Pour x=1x = 1, on obtient ln⁡a=0+C\ln a = 0 + C, donc C=ln⁡aC = \ln a. Ainsi ln⁡(ax)=ln⁡x+ln⁡a\ln(ax) = \ln x + \ln a, et il suffit de prendre x=bx = b.

Conséquences. Pour tous réels a>0a > 0, b>0b > 0 et tout entier relatif nn :

Propriété Justification
ln⁡(1b)=−ln⁡b\ln\left(\dfrac1b\right) = -\ln b ln⁡b+ln⁡1b=ln⁡(b×1b)=ln⁡1=0\ln b + \ln\frac1b = \ln\left(b \times \frac1b\right) = \ln 1 = 0
ln⁡(ab)=ln⁡a−ln⁡b\ln\left(\dfrac ab\right) = \ln a - \ln b ab=a×1b\frac ab = a \times \frac1b
ln⁡(an)=nln⁡a\ln(a^n) = n\ln a on applique le théorème nn fois (récurrence), puis l'inverse pour n<0n < 0
ln⁡a=12ln⁡a\ln\sqrt a = \dfrac12 \ln a a×a=a\sqrt a \times \sqrt a = a, donc 2ln⁡a=ln⁡a2\ln\sqrt a = \ln a

Exemple 1. Exprimer en fonction de ln⁡2\ln 2 et ln⁡3\ln 3 les nombres ln⁡72\ln 72, ln⁡49\ln\frac49 et ln⁡6\ln\sqrt6.

  • 72=8×9=23×3272 = 8 \times 9 = 2^3 \times 3^2, donc ln⁡72=3ln⁡2+2ln⁡3\ln 72 = 3\ln 2 + 2\ln 3.
  • ln⁡49=ln⁡(22)−ln⁡(32)=2ln⁡2−2ln⁡3\ln\dfrac49 = \ln(2^2) - \ln(3^2) = 2\ln 2 - 2\ln 3.
  • ln⁡6=12ln⁡6=12(ln⁡2+ln⁡3)\ln\sqrt6 = \dfrac12\ln 6 = \dfrac12(\ln 2 + \ln 3).

Attention. Il n'existe aucune formule pour ln⁡(a+b)\ln(a+b). Et ln⁡(a2)=2ln⁡a\ln(a^2) = 2\ln a n'est vrai que pour a>0a > 0 : pour tout a≠0a \neq 0, on a ln⁡(a2)=2ln⁡∣a∣\ln(a^2) = 2\ln|a|.

1.4 Équations et inéquations

Méthode.

  1. On cherche l'ensemble DD des réels pour lesquels tous les logarithmes de l'énoncé existent (chaque expression sous un ln⁡\ln doit être strictement positive).
  2. Sur DD, on transforme l'écriture avec les propriétés algébriques pour obtenir ln⁡A=ln⁡B\ln A = \ln B ou ln⁡A<ln⁡B\ln A < \ln B.
  3. On utilise ln⁡A=ln⁡B  ⟺  A=B\ln A = \ln B \iff A = B et ln⁡A<ln⁡B  ⟺  A<B\ln A < \ln B \iff A < B.
  4. On ne garde que les solutions qui appartiennent à DD.

Exemple 2. Résoudre ln⁡(x−1)+ln⁡(x+1)=ln⁡3\ln(x-1) + \ln(x+1) = \ln 3.

Ensemble de résolution. Il faut x−1>0x - 1 > 0 et x+1>0x + 1 > 0, soit x>1x > 1 : D= ]1;+∞[D = \,]1;+\infty[.

Résolution. Pour x∈Dx \in D, l'équation s'écrit ln⁡((x−1)(x+1))=ln⁡3\ln\big((x-1)(x+1)\big) = \ln 3, soit x2−1=3x^2 - 1 = 3, c'est-à-dire x2=4x^2 = 4. On trouve x=2x = 2 ou x=−2x = -2.

Tri. −2∉D-2 \notin D. Donc S={2}S = \{2\}.

Piège classique. Écrire d'emblée ln⁡(x2−1)=ln⁡3\ln(x^2-1) = \ln 3 ferait apparaître la « solution » −2-2, alors que ln⁡(−2−1)\ln(-2-1) n'existe pas. On cherche toujours DD avant de transformer.

Exemple 3. Résoudre ln⁡(2x−4)≤0\ln(2x-4) \leq 0.

Il faut 2x−4>02x - 4 > 0, soit x>2x > 2. Comme 0=ln⁡10 = \ln 1, l'inéquation s'écrit ln⁡(2x−4)≤ln⁡1\ln(2x-4) \leq \ln 1, soit 2x−4≤12x - 4 \leq 1, c'est-à-dire x≤52x \leq \frac52. Donc S=]2;52]S = \left]2;\frac52\right].

Exemple 4. Déterminer le plus petit entier naturel nn tel que 2n>10002^n > 1000.

La fonction ln⁡\ln est strictement croissante, donc 2n>1000  ⟺  ln⁡(2n)>ln⁡1000  ⟺  nln⁡2>ln⁡1000  ⟺  n>ln⁡1000ln⁡22^n > 1000 \iff \ln(2^n) > \ln 1000 \iff n\ln 2 > \ln 1000 \iff n > \dfrac{\ln 1000}{\ln 2}, car ln⁡2>0\ln 2 > 0. Or ln⁡1000ln⁡2≈9,97\dfrac{\ln 1000}{\ln 2} \approx 9{,}97. Le plus petit entier est donc n=10n = 10. Vérification : 29=5122^9 = 512 et 210=10242^{10} = 1024.

Leçon 2 : Étude de la fonction logarithme népérien

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 Limites aux bornes

Propriété. lim⁡x→+∞ln⁡x=+∞lim⁡x→0+ln⁡x=−∞.\lim_{x\to+\infty} \ln x = +\infty \qquad\qquad \lim_{x\to0^+} \ln x = -\infty.

Justification.

  • En +∞+\infty : ln⁡2>0\ln 2 > 0, et ln⁡(2n)=nln⁡2\ln(2^n) = n\ln 2 devient aussi grand qu'on veut quand l'entier nn grandit. Comme ln⁡\ln est croissante, ln⁡x\ln x dépasse n'importe quel nombre dès que xx est assez grand.
  • En 0+0^+ : pour x>0x > 0, ln⁡x=−ln⁡1x\ln x = -\ln\dfrac1x. Quand x→0+x \to 0^+, 1x→+∞\dfrac1x \to +\infty, donc ln⁡1x→+∞\ln\dfrac1x \to +\infty et ln⁡x→−∞\ln x \to -\infty.

Conséquence graphique. L'axe des ordonnées (la droite x=0x = 0) est asymptote verticale à la courbe de ln⁡\ln.

Outil : le changement de variable (admis). Si X=u(x)X = u(x) tend vers bb quand xx tend vers aa, et si g(X)g(X) tend vers ℓ\ell quand XX tend vers bb, alors g(u(x))g\big(u(x)\big) tend vers ℓ\ell (aa, bb, ℓ\ell réels ou infinis). C'est le théorème de la limite d'une composée du chapitre 1, sous sa forme générale. On l'utilise sous la forme « on pose X=…X = \dots ».

2.2 Le nombre ee

La fonction ln⁡\ln est continue et strictement croissante sur ]0;+∞[]0;+\infty[, avec des limites −∞-\infty et +∞+\infty aux bornes. D'après le théorème de la bijection (chapitre 1), ln⁡\ln est une bijection de ]0;+∞[]0;+\infty[ sur R\mathbb{R} : pour tout réel kk, l'équation ln⁡x=k\ln x = k a une unique solution dans ]0;+∞[]0;+\infty[.

Définition. On note ee l'unique réel tel que ln⁡e=1\ln e = 1. On a e≈2,718e \approx 2{,}718.

Conséquences. ln⁡(en)=nln⁡e=n\ln(e^n) = n\ln e = n pour tout entier relatif nn, et ln⁡e=12\ln\sqrt e = \frac12.

Exemple. ln⁡x<1  ⟺  ln⁡x<ln⁡e  ⟺  0<x<e\ln x < 1 \iff \ln x < \ln e \iff 0 < x < e. Et ln⁡x=2  ⟺  ln⁡x=ln⁡(e2)  ⟺  x=e2\ln x = 2 \iff \ln x = \ln(e^2) \iff x = e^2.

2.3 Courbe représentative

xx 00 11 ee +∞+\infty
ln⁡′(x)=1x\ln'(x) = \frac1x ++ ++ ++
ln⁡x\ln x −∞-\infty ↗\nearrow 00 ↗\nearrow 11 ↗\nearrow +∞+\infty

Deux tangentes à connaître.

  • Au point d'abscisse 11 : y=ln⁡′(1)(x−1)+ln⁡1y = \ln'(1)(x - 1) + \ln 1, soit y=x−1y = x - 1.
  • Au point d'abscisse ee : y=1e(x−e)+1y = \frac1e(x - e) + 1, soit y=xey = \dfrac{x}{e}. Cette tangente passe par l'origine.

Propriété. Pour tout x>0x > 0, ln⁡x≤x−1\ln x \leq x - 1 : la courbe de ln⁡\ln est au-dessous de sa tangente en 11.

Démonstration. Soit h(x)=x−1−ln⁡xh(x) = x - 1 - \ln x sur ]0;+∞[]0;+\infty[. On a h′(x)=1−1x=x−1xh'(x) = 1 - \frac1x = \frac{x-1}{x}, négatif sur ]0;1]]0;1] et positif sur [1;+∞[[1;+\infty[. La fonction hh admet donc un minimum en 11, égal à h(1)=0h(1) = 0. Ainsi h(x)≥0h(x) \geq 0 pour tout x>0x > 0.

2.4 Limites usuelles

Théorème. lim⁡x→+∞ln⁡xx=0lim⁡x→0+xln⁡x=0lim⁡x→0ln⁡(1+x)x=1.\lim_{x\to+\infty} \frac{\ln x}{x} = 0 \qquad\qquad \lim_{x\to0^+} x\ln x = 0 \qquad\qquad \lim_{x\to0} \frac{\ln(1+x)}{x} = 1.

Démonstrations.

  • En +∞+\infty. On applique ln⁡t≤t−1<t\ln t \leq t - 1 < t à t=xt = \sqrt x : ln⁡x<x\ln\sqrt x < \sqrt x, soit 12ln⁡x<x\frac12\ln x < \sqrt x, donc ln⁡x<2x\ln x < 2\sqrt x pour tout x>0x > 0. Pour x>1x > 1, on a donc 0<ln⁡xx<2xx=2x.0 < \frac{\ln x}{x} < \frac{2\sqrt x}{x} = \frac{2}{\sqrt x}. Comme 2x→0\frac{2}{\sqrt x} \to 0, le théorème des gendarmes donne ln⁡xx→0\frac{\ln x}{x} \to 0.
  • En 0+0^+. On pose X=1xX = \frac1x, qui tend vers +∞+\infty quand x→0+x \to 0^+. Alors xln⁡x=1X×(−ln⁡X)=−ln⁡XX→0x\ln x = \frac1X \times(-\ln X) = -\frac{\ln X}{X} \to 0.
  • En 00. ln⁡(1+x)x=ln⁡(1+x)−ln⁡1x\dfrac{\ln(1+x)}{x} = \dfrac{\ln(1+x) - \ln 1}{x} est le taux d'accroissement de ln⁡\ln entre 11 et 1+x1+x. Sa limite est le nombre dérivé ln⁡′(1)=1\ln'(1) = 1.

À retenir. En +∞+\infty, « xx l'emporte sur ln⁡x\ln x ». Plus généralement, pour tout entier n≥1n \geq 1 : lim⁡x→+∞ln⁡xxn=0etlim⁡x→0+xnln⁡x=0,\lim_{x\to+\infty} \frac{\ln x}{x^n} = 0 \qquad \text{et} \qquad \lim_{x\to0^+} x^n\ln x = 0, car ln⁡xxn=ln⁡xx×1xn−1\dfrac{\ln x}{x^n} = \dfrac{\ln x}{x} \times \dfrac{1}{x^{n-1}} et xnln⁡x=xn−1×xln⁡xx^n\ln x = x^{n-1} \times x\ln x. La leçon 5 étend ces résultats aux exposants rationnels.

Exemple 5. Calculer lim⁡x→+∞(x−ln⁡x)\displaystyle\lim_{x\to+\infty} (x - \ln x).

C'est une forme ∞−∞\infty - \infty. On factorise par le terme qui l'emporte : x−ln⁡x=x(1−ln⁡xx)x - \ln x = x\left(1 - \dfrac{\ln x}{x}\right). Comme ln⁡xx→0\dfrac{\ln x}{x} \to 0, la parenthèse tend vers 11, et la limite vaut +∞+\infty.

Exemple 6. Calculer lim⁡x→0ln⁡(1+2x)x\displaystyle\lim_{x\to0} \frac{\ln(1+2x)}{x}.

On écrit ln⁡(1+2x)x=2×ln⁡(1+2x)2x\dfrac{\ln(1+2x)}{x} = 2 \times \dfrac{\ln(1+2x)}{2x}. On pose X=2xX = 2x, qui tend vers 00 : ln⁡(1+X)X→1\dfrac{\ln(1+X)}{X} \to 1. La limite vaut donc 22.

Branche infinie. Comme ln⁡xx→0\frac{\ln x}{x} \to 0, la courbe de ln⁡\ln admet en +∞+\infty une branche parabolique de direction l'axe (Ox)(Ox) (méthode du chapitre 1) : elle monte, mais de plus en plus lentement.

2.5 Dérivée de ln⁡u\ln u et primitives de u′u\frac{u'}{u}

Propriété. Soit uu une fonction dérivable sur un intervalle II.

  • Si u>0u > 0 sur II, alors ln⁡u\ln u est dérivable sur II et (ln⁡u)′=u′u(\ln u)' = \dfrac{u'}{u}.
  • Si uu ne s'annule pas sur II, alors ln⁡∣u∣\ln|u| est dérivable sur II et (ln⁡∣u∣)′=u′u(\ln|u|)' = \dfrac{u'}{u}.

Justification du second point quand u<0u < 0 : ln⁡∣u∣=ln⁡(−u)\ln|u| = \ln(-u), de dérivée −u′−u=u′u\dfrac{-u'}{-u} = \dfrac{u'}{u}. En particulier, x↦ln⁡∣x∣x \mapsto \ln|x| a pour dérivée 1x\frac1x sur ]−∞;0[]-\infty;0[ comme sur ]0;+∞[]0;+\infty[.

Primitives. Si uu est dérivable sur II, de dérivée continue, et ne s'annule pas sur II, les primitives de u′u\dfrac{u'}{u} sur II sont les fonctions x↦ln⁡∣u(x)∣+C,C∈R.x \mapsto \ln|u(x)| + C, \qquad C \in \mathbb{R}.

Exemple 7. Une primitive de f(x)=xx2+1f(x) = \dfrac{x}{x^2+1} sur R\mathbb{R}.

On fait apparaître u′u' : avec u(x)=x2+1u(x) = x^2 + 1, u′(x)=2xu'(x) = 2x, et f=12×u′uf = \dfrac12 \times \dfrac{u'}{u}. Comme u>0u > 0, une primitive est F(x)=12ln⁡(x2+1)F(x) = \dfrac12\ln(x^2+1).

Exemple 8. Sur ]−π2;π2[\left]-\frac\pi2;\frac\pi2\right[, tan⁡x=sin⁡xcos⁡x=−(cos⁡x)′cos⁡x\tan x = \dfrac{\sin x}{\cos x} = -\dfrac{(\cos x)'}{\cos x}, avec cos⁡x>0\cos x > 0. Une primitive de tan⁡\tan est x↦−ln⁡(cos⁡x)x \mapsto -\ln(\cos x).

Sur ]1;+∞[]1;+\infty[, 1xln⁡x=1xln⁡x=u′u\dfrac{1}{x\ln x} = \dfrac{\frac1x}{\ln x} = \dfrac{u'}{u} avec u=ln⁡x>0u = \ln x > 0. Une primitive est x↦ln⁡(ln⁡x)x \mapsto \ln(\ln x).

2.6 Exemple d'étude

Exemple 9. Étudier f(x)=ln⁡xxf(x) = \dfrac{\ln x}{x} sur ]0;+∞[]0;+\infty[.

Limites. En 0+0^+ : ln⁡x→−∞\ln x \to -\infty et 1x→+∞\frac1x \to +\infty, donc f(x)→−∞f(x) \to -\infty (ce n'est pas une forme indéterminée). L'axe des ordonnées est asymptote verticale. En +∞+\infty : f(x)→0f(x) \to 0 (limite usuelle). L'axe des abscisses est asymptote horizontale.

Dérivée. f′(x)=1x×x−ln⁡x×1x2=1−ln⁡xx2f'(x) = \dfrac{\frac1x \times x - \ln x \times 1}{x^2} = \dfrac{1 - \ln x}{x^2}, du signe de 1−ln⁡x1 - \ln x : positive sur ]0;e[]0;e[, négative sur ]e;+∞[]e;+\infty[.

Variations. ff est croissante sur ]0;e]]0;e], décroissante sur [e;+∞[[e;+\infty[, avec un maximum f(e)=1e≈0,37f(e) = \dfrac1e \approx 0{,}37.

Signe. f(x)f(x) a le signe de ln⁡x\ln x : la courbe coupe l'axe des abscisses au point (1 ;0)(1\,;0).

Leçon 3 : La fonction exponentielle

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Définition

La fonction ln⁡\ln est continue et strictement croissante sur ]0;+∞[]0;+\infty[, et c'est une bijection de ]0;+∞[]0;+\infty[ sur R\mathbb{R} (leçon 2).

Définition (programme officiel). La fonction exponentielle, notée exp⁡\exp, est la fonction réciproque de la fonction logarithme népérien.

L'équivalence à connaître par cœur : y=exp⁡(x) et x∈R  ⟺  x=ln⁡y et y>0.y = \exp(x) \text{ et } x \in \mathbb{R} \iff x = \ln y \text{ et } y > 0.

Conséquences immédiates.

  • exp⁡\exp est définie sur R\mathbb{R} et exp⁡(x)>0\exp(x) > 0 pour tout réel xx.
  • ln⁡(exp⁡(x))=x\ln\big(\exp(x)\big) = x pour tout réel xx, et exp⁡(ln⁡y)=y\exp(\ln y) = y pour tout y>0y > 0.
  • exp⁡(0)=1\exp(0) = 1, car ln⁡1=0\ln 1 = 0 ; et exp⁡(1)=e\exp(1) = e, car ln⁡e=1\ln e = 1.
  • D'après le chapitre 1, exp⁡\exp est continue et strictement croissante sur R\mathbb{R}, comme ln⁡\ln.
  • Dans un repère orthonormé, sa courbe est la symétrique de celle de ln⁡\ln par rapport à la droite y=xy = x.

3.2 Propriétés algébriques

Théorème. Pour tous réels aa et bb, exp⁡(a+b)=exp⁡(a)×exp⁡(b).\exp(a + b) = \exp(a) \times \exp(b).

Démonstration. ln⁡(exp⁡(a)×exp⁡(b))=ln⁡exp⁡(a)+ln⁡exp⁡(b)=a+b=ln⁡(exp⁡(a+b))\ln\big(\exp(a)\times\exp(b)\big) = \ln\exp(a) + \ln\exp(b) = a + b = \ln\big(\exp(a+b)\big). Comme deux nombres strictement positifs qui ont le même logarithme sont égaux, exp⁡(a)×exp⁡(b)=exp⁡(a+b)\exp(a)\times\exp(b) = \exp(a+b).

Conséquences. Pour tous réels aa, bb et tout entier relatif nn : exp⁡(−a)=1exp⁡(a)exp⁡(a−b)=exp⁡(a)exp⁡(b)exp⁡(na)=(exp⁡(a))n.\exp(-a) = \frac{1}{\exp(a)} \qquad \exp(a - b) = \frac{\exp(a)}{\exp(b)} \qquad \exp(na) = \big(\exp(a)\big)^n.

3.3 La notation exe^x

Pour tout entier relatif nn, exp⁡(n)=exp⁡(n×1)=(exp⁡(1))n=en\exp(n) = \exp(n \times 1) = \big(\exp(1)\big)^n = e^n. On démontrera à la leçon 5 que, plus généralement, exp⁡(r)=er\exp(r) = e^r pour tout rationnel rr. Cela justifie la notation suivante.

Notation. Pour tout réel xx, on note exp⁡(x)=ex\exp(x) = e^x. On lit « exponentielle de xx ».

Les règles de calcul ont alors la forme des règles sur les puissances :

Pour tous réels aa et bb Pour y>0y > 0 et xx réel
ea+b=eaebe^{a+b} = e^a e^b, e−a=1ea\quad e^{-a} = \dfrac{1}{e^a}, ea−b=eaeb\quad e^{a-b} = \dfrac{e^a}{e^b}, (ea)n=ena\quad (e^a)^n = e^{na} ex>0e^x > 0, ln⁡(ex)=x\quad \ln(e^x) = x, eln⁡y=y\quad e^{\ln y} = y

3.4 Dérivée

Théorème. La fonction exp⁡\exp est dérivable sur R\mathbb{R} et exp⁡′=exp⁡\exp' = \exp : (ex)′=ex.(e^x)' = e^x.

Démonstration. ln⁡\ln est dérivable sur ]0;+∞[]0;+\infty[, strictement monotone, et sa dérivée 1y\frac1y ne s'annule pas. D'après le théorème sur la dérivée d'une fonction réciproque (chapitre 2), exp⁡\exp est dérivable et exp⁡′(x)=1ln⁡′(exp⁡(x))=1  1exp⁡(x)  =exp⁡(x).\exp'(x) = \frac{1}{\ln'\big(\exp(x)\big)} = \frac{1}{\;\frac{1}{\exp(x)}\;} = \exp(x).

Conséquences. Comme ex>0e^x > 0, on retrouve que exp⁡\exp est strictement croissante. En dérivant plusieurs fois : la dérivée nn-ième de x↦exx \mapsto e^x est x↦exx \mapsto e^x. Enfin, x↦exx \mapsto e^x est une primitive d'elle-même sur R\mathbb{R}.

3.5 Limites et courbe

Propriété. lim⁡x→+∞ex=+∞lim⁡x→−∞ex=0lim⁡x→0ex−1x=1.\lim_{x\to+\infty} e^x = +\infty \qquad\qquad \lim_{x\to-\infty} e^x = 0 \qquad\qquad \lim_{x\to0} \frac{e^x - 1}{x} = 1.

Justification.

  • En +∞+\infty : pour tout réel A>0A > 0, ex>A  ⟺  x>ln⁡Ae^x > A \iff x > \ln A. Donc exe^x dépasse n'importe quel nombre dès que xx est assez grand.
  • En −∞-\infty : ex=1e−xe^x = \dfrac{1}{e^{-x}}, et e−x→+∞e^{-x} \to +\infty quand x→−∞x \to -\infty. Donc ex→0e^x \to 0.
  • En 00 : ex−1x=ex−e0x−0\dfrac{e^x - 1}{x} = \dfrac{e^x - e^0}{x - 0} tend vers le nombre dérivé exp⁡′(0)=e0=1\exp'(0) = e^0 = 1.

Conséquence graphique. L'axe des abscisses est asymptote horizontale à la courbe de exp⁡\exp en −∞-\infty.

xx −∞-\infty 00 11 +∞+\infty
(ex)′=ex(e^x)' = e^x ++ ++ ++
exe^x 00 ↗\nearrow 11 ↗\nearrow ee ↗\nearrow +∞+\infty

Tangente en 00. y=e0(x−0)+e0y = e^0(x - 0) + e^0, soit y=x+1y = x + 1.

Propriété. Pour tout réel xx, ex≥x+1e^x \geq x + 1.

Démonstration. Soit k(x)=ex−x−1k(x) = e^x - x - 1. On a k′(x)=ex−1k'(x) = e^x - 1, négatif pour x≤0x \leq 0 et positif pour x≥0x \geq 0. Donc kk admet un minimum en 00, égal à k(0)=0k(0) = 0, et k(x)≥0k(x) \geq 0 pour tout réel xx.

3.6 Équations et inéquations

Propriété. Pour tous réels aa et bb : ea=eb  ⟺  a=be^a = e^b \iff a = b, et ea<eb  ⟺  a<be^a < e^b \iff a < b. Pour tout réel k>0k > 0 : ex=k  ⟺  x=ln⁡ke^x = k \iff x = \ln k. Si k≤0k \leq 0, l'équation ex=ke^x = k n'a aucune solution.

Exemple 10. Résoudre e2x−3ex+2=0e^{2x} - 3e^x + 2 = 0.

On pose X=exX = e^x, avec X>0X > 0. Comme e2x=(ex)2e^{2x} = (e^x)^2, l'équation devient X2−3X+2=0X^2 - 3X + 2 = 0, dont les racines sont X=1X = 1 et X=2X = 2, toutes deux strictement positives.

  • ex=1  ⟺  x=0e^x = 1 \iff x = 0 ;
  • ex=2  ⟺  x=ln⁡2e^x = 2 \iff x = \ln 2.

Donc S={0 ;ln⁡2}S = \{0\,;\ln 2\}.

Exemple 11. Résoudre e3x−1>2e^{3x-1} > 2.

2=eln⁡22 = e^{\ln 2}, donc l'inéquation s'écrit e3x−1>eln⁡2e^{3x-1} > e^{\ln 2}, soit 3x−1>ln⁡23x - 1 > \ln 2, c'est-à-dire x>1+ln⁡23x > \dfrac{1 + \ln 2}{3}. Donc S=]1+ln⁡23;+∞[S = \left]\dfrac{1+\ln 2}{3};+\infty\right[.

Leçon 4 : Exponentielle, composées, croissances comparées et primitives

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 Dérivée de eue^u

Propriété. Si uu est dérivable sur un intervalle II, alors eue^u est dérivable sur II et (eu)′=u′ eu.\left(e^{u}\right)' = u'\,e^{u}.

Exemples. (ex2)′=2x ex2\left(e^{x^2}\right)' = 2x\,e^{x^2} ; (e−3x)′=−3e−3x\quad \left(e^{-3x}\right)' = -3e^{-3x} ; \quad pour tout réel aa, (eax)′=a eax\left(e^{ax}\right)' = a\,e^{ax}.

Dérivées successives. En dérivant nn fois, la dérivée nn-ième de x↦eaxx \mapsto e^{ax} est x↦aneaxx \mapsto a^n e^{ax}.

4.2 Primitives de u′euu'e^u

Propriété. Si uu est dérivable sur II, de dérivée continue, les primitives de u′euu'e^u sur II sont les fonctions x↦eu(x)+Cx \mapsto e^{u(x)} + C, C∈RC \in \mathbb{R}.

En particulier, pour a≠0a \neq 0, une primitive de x↦eax+bx \mapsto e^{ax+b} est x↦1a eax+bx \mapsto \dfrac1a\,e^{ax+b}.

Exemple 12. Une primitive de f(x)=x ex2f(x) = x\,e^{x^2} sur R\mathbb{R}.

Avec u(x)=x2u(x) = x^2, u′(x)=2xu'(x) = 2x, donc f=12 u′euf = \dfrac12\,u'e^u. Une primitive est F(x)=12 ex2F(x) = \dfrac12\,e^{x^2}.

De même, une primitive de x↦e2x+1x \mapsto e^{2x+1} est x↦12 e2x+1x \mapsto \dfrac12\,e^{2x+1}.

4.3 Croissances comparées

Théorème. Pour tout entier n≥1n \geq 1 : lim⁡x→+∞exx=+∞lim⁡x→+∞exxn=+∞lim⁡x→+∞xne−x=0lim⁡x→−∞x ex=0lim⁡x→−∞xnex=0.\lim_{x\to+\infty} \frac{e^x}{x} = +\infty \qquad \lim_{x\to+\infty} \frac{e^x}{x^n} = +\infty \qquad \lim_{x\to+\infty} x^n e^{-x} = 0 \qquad \lim_{x\to-\infty} x\,e^x = 0 \qquad \lim_{x\to-\infty} x^n e^x = 0.

À retenir. À l'infini, l'exponentielle l'emporte sur toute puissance de xx.

Démonstrations.

  • On a vu que ln⁡t<2t\ln t < 2\sqrt t pour tout t>0t > 0 (leçon 2). Avec t=ext = e^x : x<2ex=2ex/2x < 2\sqrt{e^x} = 2e^{x/2}. Pour x>0x > 0, en élevant au carré deux nombres positifs, x2<4exx^2 < 4e^x, donc exx>x4\dfrac{e^x}{x} > \dfrac{x}{4}. Comme x4→+∞\frac x4 \to +\infty, on obtient exx→+∞\dfrac{e^x}{x} \to +\infty (théorème de minoration).
  • exxn=(ex/nx)n=1nn(eXX)n\dfrac{e^x}{x^n} = \left(\dfrac{e^{x/n}}{x}\right)^n = \dfrac{1}{n^n}\left(\dfrac{e^{X}}{X}\right)^n avec X=xn→+∞X = \frac xn \to +\infty. Donc exxn→+∞\dfrac{e^x}{x^n} \to +\infty, puis xne−x=1ex/xn→0x^n e^{-x} = \dfrac{1}{e^x/x^n} \to 0.
  • En −∞-\infty, on pose X=−x→+∞X = -x \to +\infty : x ex=−Xe−X=−XeX→0x\,e^x = -X e^{-X} = -\dfrac{X}{e^X} \to 0, et de même xnex=(−1)nXne−X→0x^n e^x = (-1)^n X^n e^{-X} \to 0.

Exemple 13. Calculer lim⁡x→+∞(ex−x)\displaystyle\lim_{x\to+\infty} (e^x - x) et lim⁡x→+∞(x2+1) e−x\displaystyle\lim_{x\to+\infty} (x^2+1)\,e^{-x}.

  • Forme ∞−∞\infty - \infty. On factorise par xx : ex−x=x(exx−1)e^x - x = x\left(\dfrac{e^x}{x} - 1\right). La parenthèse tend vers +∞+\infty, donc la limite vaut +∞+\infty.
  • (x2+1)e−x=x2e−x+e−x(x^2+1)e^{-x} = x^2e^{-x} + e^{-x}. Les deux termes tendent vers 00, donc la limite vaut 00.

4.4 Exemple d'étude

Exemple 14. Étudier f(x)=x exf(x) = x\,e^x sur R\mathbb{R}.

Limites. En −∞-\infty : x ex→0x\,e^x \to 0 (croissance comparée). L'axe des abscisses est asymptote horizontale en −∞-\infty. En +∞+\infty : x→+∞x \to +\infty et ex→+∞e^x \to +\infty, donc f(x)→+∞f(x) \to +\infty.

Dérivée. f′(x)=1×ex+x ex=(x+1) exf'(x) = 1 \times e^x + x\,e^x = (x+1)\,e^x, du signe de x+1x + 1 puisque ex>0e^x > 0.

Variations. ff est décroissante sur ]−∞;−1]]-\infty;-1] et croissante sur [−1;+∞[[-1;+\infty[. Son minimum est f(−1)=−e−1=−1e≈−0,37f(-1) = -e^{-1} = -\dfrac1e \approx -0{,}37.

Branche infinie en +∞+\infty. f(x)x=ex→+∞\dfrac{f(x)}{x} = e^x \to +\infty : branche parabolique de direction l'axe (Oy)(Oy).

Leçon 5 : Fonctions puissances et logarithme décimal

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Rappels du chapitre 2

La racine nn-ième, les puissances d'exposant rationnel et leur dérivée ont été définies au chapitre 2. On les rappelle brièvement.

  • Racine nn-ième (n≥2n \geq 2 entier). C'est la réciproque de la bijection x↦xnx \mapsto x^n de [0;+∞[[0;+\infty[ sur [0;+∞[[0;+\infty[ : pour y≥0y \geq 0, y1ny^{\frac1n} est l'unique réel x≥0x \geq 0 tel que xn=yx^n = y. Par exemple, 813=28^{\frac13} = 2 et 8114=381^{\frac14} = 3.
  • Puissance rationnelle. Pour x>0x > 0 et r=pqr = \dfrac pq (pp entier relatif, qq entier naturel non nul), xr=(x1q)px^r = \left(x^{\frac1q}\right)^p. Les règles de calcul des puissances entières restent vraies (admis). Par exemple, 432=(412)3=23=84^{\frac32} = \left(4^{\frac12}\right)^3 = 2^3 = 8.
  • Dérivée. (xr)′=r xr−1(x^r)' = r\,x^{r-1} sur ]0;+∞[]0;+\infty[, et (ur)′=r u′ ur−1(u^r)' = r\,u'\,u^{r-1} si u>0u > 0.

Ce chapitre apporte trois nouveautés : le lien avec ln⁡\ln et exp⁡\exp, les variations et limites des fonctions puissances, et les croissances comparées.

5.2 Lien avec ln⁡\ln et exp⁡\exp

Propriété. Pour tout x>0x > 0 et tout rationnel rr : ln⁡(xr)=rln⁡xdoncxr=erln⁡x.\ln(x^r) = r\ln x \qquad \text{donc} \qquad x^r = e^{r\ln x}.

Démonstration. Soit q≥1q \geq 1 entier. Comme (x1q)q=x\left(x^{\frac1q}\right)^q = x, on a qln⁡(x1q)=ln⁡xq\ln\left(x^{\frac1q}\right) = \ln x, donc ln⁡(x1q)=1qln⁡x\ln\left(x^{\frac1q}\right) = \frac1q\ln x. Puis, pour pp entier relatif, ln⁡((x1q)p)=p×1qln⁡x=pqln⁡x\ln\left(\left(x^{\frac1q}\right)^p\right) = p \times \frac1q\ln x = \frac pq\ln x. Enfin xr=eln⁡(xr)=erln⁡xx^r = e^{\ln(x^r)} = e^{r\ln x}.

Conséquence (annoncée à la leçon 3). Avec x=ex = e : er=erln⁡e=exp⁡(r)e^r = e^{r\ln e} = \exp(r) pour tout rationnel rr. La notation exe^x est donc cohérente avec les puissances.

5.3 Les fonctions x↦xrx \mapsto x^r

Soit rr un rationnel non nul. On étudie f(x)=xr=erln⁡xf(x) = x^r = e^{r\ln x} sur ]0;+∞[]0;+\infty[.

Dérivée. On retrouve la formule du chapitre 2 : f′(x)=rx erln⁡x=rx xr=r xr−1f'(x) = \dfrac{r}{x}\,e^{r\ln x} = \dfrac{r}{x}\,x^r = r\,x^{r-1}.

Variations et limites.

r>0r > 0 r<0r < 0
Sens de variation strictement croissante strictement décroissante
En 0+0^+ xr→0x^r \to 0 xr→+∞x^r \to +\infty
En +∞+\infty xr→+∞x^r \to +\infty xr→0x^r \to 0

Justification des limites : xr=erln⁡xx^r = e^{r\ln x}, et rln⁡xr\ln x tend vers ±∞\pm\infty selon le signe de rr.

Toutes ces courbes passent par le point (1 ;1)(1\,;1). Pour r>1r > 1, la courbe ressemble à celle de x2x^2 ; pour 0<r<10 < r < 1, à celle de x\sqrt x ; pour r<0r < 0, à celle de 1x\frac1x.

Exemple 15. Résoudre x23=4x^{\frac23} = 4 sur ]0;+∞[]0;+\infty[.

Les deux membres sont strictement positifs, et ln⁡\ln est strictement croissante : x23=4  ⟺  23ln⁡x=ln⁡4=2ln⁡2  ⟺  ln⁡x=3ln⁡2=ln⁡8  ⟺  x=8x^{\frac23} = 4 \iff \dfrac23\ln x = \ln 4 = 2\ln 2 \iff \ln x = 3\ln 2 = \ln 8 \iff x = 8. Contrôle : 823=(813)2=22=48^{\frac23} = \left(8^{\frac13}\right)^2 = 2^2 = 4.

5.4 Croissances comparées, cas général

Théorème (limites du programme). Pour tout rationnel r>0r > 0 : lim⁡x→+∞ln⁡xxr=0lim⁡x→0+xrln⁡x=0lim⁡x→+∞exxr=+∞.\lim_{x\to+\infty} \frac{\ln x}{x^r} = 0 \qquad\qquad \lim_{x\to0^+} x^r\ln x = 0 \qquad\qquad \lim_{x\to+\infty} \frac{e^x}{x^r} = +\infty.

Démonstrations.

  • ln⁡xxr=1r×ln⁡(xr)xr=1r×ln⁡XX\dfrac{\ln x}{x^r} = \dfrac1r \times \dfrac{\ln(x^r)}{x^r} = \dfrac1r \times \dfrac{\ln X}{X} avec X=xr→+∞X = x^r \to +\infty. La limite vaut 00.
  • xrln⁡x=1r×xrln⁡(xr)=1r×Xln⁡Xx^r\ln x = \dfrac1r \times x^r\ln(x^r) = \dfrac1r \times X\ln X avec X=xr→0+X = x^r \to 0^+. La limite vaut 00.
  • exxr=(ex/rx)r=(1r×eXX)r\dfrac{e^x}{x^r} = \left(\dfrac{e^{x/r}}{x}\right)^r = \left(\dfrac1r \times \dfrac{e^X}{X}\right)^r avec X=xr→+∞X = \frac xr \to +\infty. La parenthèse tend vers +∞+\infty, et sa puissance rr aussi.

Exemple 16. lim⁡x→+∞ln⁡xx=0\displaystyle\lim_{x\to+\infty} \frac{\ln x}{\sqrt x} = 0 et lim⁡x→0+x ln⁡x=0\displaystyle\lim_{x\to0^+} \sqrt x\,\ln x = 0 (cas r=12r = \frac12).

5.5 Logarithme décimal

Définition. Le logarithme décimal, noté log⁡\log, est la fonction définie sur ]0;+∞[]0;+\infty[ par log⁡x=ln⁡xln⁡10.\log x = \frac{\ln x}{\ln 10}.

C'est ln⁡\ln multipliée par la constante positive 1ln⁡10\frac{1}{\ln 10}. Elle a donc les mêmes propriétés algébriques (log⁡(ab)=log⁡a+log⁡b\log(ab) = \log a + \log b, etc.), elle est strictement croissante, et (log⁡x)′=1xln⁡10(\log x)' = \dfrac{1}{x\ln 10}. Sa propriété caractéristique : log⁡(10n)=npour tout entier relatif n.Par exemple, log⁡1000=3 et log⁡0,01=−2.\log(10^n) = n \quad \text{pour tout entier relatif } n. \qquad \text{Par exemple, } \log 1000 = 3 \text{ et } \log 0{,}01 = -2.

Usages en physique et en chimie. Le logarithme décimal sert à exprimer des grandeurs qui varient sur plusieurs puissances de 1010, par exemple le pH d'une solution, pH=−log⁡[H3O+]\text{pH} = -\log[\text{H}_3\text{O}^+], où la concentration est en mol⋅L−1\text{mol}\cdot\text{L}^{-1}.

Exemple 17. Une solution a pour concentration [H3O+]=2,5×10−4[\text{H}_3\text{O}^+] = 2{,}5 \times 10^{-4}. Son pH vaut −log⁡(2,5)−log⁡(10−4)=4−log⁡2,5≈3,60-\log(2{,}5) - \log(10^{-4}) = 4 - \log 2{,}5 \approx 3{,}60.

Exemple 18. Combien de chiffres a le nombre 21002^{100} ?

Un entier N≥1N \geq 1 a kk chiffres si et seulement si 10k−1≤N<10k10^{k-1} \leq N < 10^k, c'est-à-dire k−1≤log⁡N<kk - 1 \leq \log N < k. Or log⁡(2100)=100log⁡2≈30,10\log(2^{100}) = 100\log 2 \approx 30{,}10. Donc k−1=30k - 1 = 30 : 21002^{100} a 3131 chiffres.

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. ln⁡\ln est la primitive de 1x\frac1x sur ]0;+∞[]0;+\infty[ qui s'annule en 11. Elle transforme les produits en sommes : ln⁡(ab)=ln⁡a+ln⁡b\ln(ab) = \ln a + \ln b.
  2. Avant de résoudre une équation avec ln⁡\ln, on détermine l'ensemble où tous les logarithmes existent.
  3. ln⁡\ln croît de −∞-\infty à +∞+\infty ; ln⁡e=1\ln e = 1 ; (ln⁡u)′=u′u(\ln u)' = \frac{u'}{u} et les primitives de u′u\frac{u'}{u} sont ln⁡∣u∣+C\ln|u| + C.
  4. exp⁡\exp est la réciproque de ln⁡\ln : y=ex  ⟺  x=ln⁡yy = e^x \iff x = \ln y. Elle transforme les sommes en produits, ex>0e^x > 0, (ex)′=ex(e^x)' = e^x et (eu)′=u′eu(e^u)' = u'e^u.
  5. Limites à connaître : ln⁡xxr→0\frac{\ln x}{x^r} \to 0 et exxr→+∞\frac{e^x}{x^r} \to +\infty en +∞+\infty ; xrln⁡x→0x^r\ln x \to 0 en 0+0^+ ; xnex→0x^n e^x \to 0 en −∞-\infty ; ln⁡(1+x)x→1\frac{\ln(1+x)}{x} \to 1 et ex−1x→1\frac{e^x-1}{x} \to 1 en 00.
  6. Pour x>0x > 0 : xr=erln⁡xx^r = e^{r\ln x} et (xr)′=r xr−1(x^r)' = r\,x^{r-1}. Et log⁡x=ln⁡xln⁡10\log x = \frac{\ln x}{\ln 10}.
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