Dans tout le chapitre, est une fonction numérique définie sur un ensemble , et est sa courbe dans un repère du plan.
Leçon 1 : Limites, rappels et théorèmes de comparaison
1.1 Ce que tu sais déjà (Première)
Limites des fonctions de référence
| Fonction | En | En | En |
|---|---|---|---|
| ( entier) | si pair, si impair | ||
| à droite, à gauche | |||
| non définie |
Opérations sur les limites. Les règles de Première s'appliquent à la somme, au produit et au quotient. Quatre situations ne permettent pas de conclure directement. On les appelle les formes indéterminées :
Face à une forme indéterminée, on transforme l'écriture de la fonction.
Méthode : lever une indétermination
- Polynôme ou fonction rationnelle en : on factorise par le terme de plus haut degré. Retiens qu'en , une fonction rationnelle a la même limite que le quotient de ses termes de plus haut degré.
- Forme en un réel : on factorise numérateur et dénominateur par , puis on simplifie.
- Expression avec une racine carrée : on multiplie par l'expression conjuguée.
Exemple 1. Calculer .
C'est une forme . Les termes de plus haut degré sont et , donc
Exemple 2. Calculer .
En , le numérateur et le dénominateur tendent vers : forme . Pour : Donc .
Exemple 3. Calculer .
Forme . On multiplie et on divise par l'expression conjuguée : Pour , on factorise par au dénominateur, en écrivant :
1.2 Théorèmes de comparaison
Ces théorèmes sont admis. Ils sont énoncés en , mais restent vrais en et en un réel (à gauche ou à droite).
Théorème 1 (minoration, majoration).
- Si pour assez grand et , alors .
- Si pour assez grand et , alors .
Théorème 2 (théorème des gendarmes). Si pour assez grand, et si et ont la même limite réelle en , alors .
Conséquence pratique. Si pour assez grand et , alors .
Théorème 3 (passage à la limite dans une inégalité). Si pour assez grand, et si et ont des limites réelles et en , alors .
Exemple 4. Calculer .
La fonction sinus n'a pas de limite en , mais elle est bornée : pour tout , , donc Comme , la conséquence pratique donne .
Exemple 5. Calculer .
Pour tout réel , , donc . Comme , le théorème 1 donne .
À retenir. Quand une fonction contient un sinus ou un cosinus qui « oscille », on l'encadre grâce à et , puis on applique un théorème de comparaison.
Leçon 2 : Branches infinies et asymptotes
Une branche infinie est la partie de la courbe qui part vers l'infini, quand ou devient très grand en valeur absolue. Étudier une branche infinie, c'est dire à quoi elle ressemble de loin.
2.1 Asymptotes parallèles aux axes (rappels)
- Si (à gauche ou à droite de ), la droite d'équation est asymptote verticale à .
- Si (réel), la droite d'équation est asymptote horizontale à en .
2.2 Asymptote oblique
Définition. La droite d'équation , avec , est asymptote oblique à en si La définition est la même en . Géométriquement, l'écart vertical entre la courbe et la droite tend vers .
Position relative. On étudie le signe de :
- s'il est positif, est au-dessus de ;
- s'il est négatif, est au-dessous de .
Exemple 6. Soit sur .
Écriture utile. Par division euclidienne, , donc Asymptote verticale. Quand , le numérateur tend vers et le dénominateur vers : et . La droite est asymptote verticale.
Asymptote oblique. tend vers en et en . La droite est asymptote oblique en et en .
Position. pour : la courbe est au-dessus de . Pour , c'est l'inverse : la courbe est au-dessous.
2.3 Méthode générale pour une branche infinie
On suppose . La méthode est la même en .
Étape 1. On calcule .
| Résultat de l'étape 1 | Conclusion |
|---|---|
| branche parabolique de direction l'axe | |
| branche parabolique de direction l'axe | |
| un réel | passer à l'étape 2 |
Étape 2. On calcule .
| Résultat de l'étape 2 | Conclusion |
|---|---|
| un réel | la droite est asymptote oblique |
| branche parabolique de direction la droite |
Exemple 7. Pour en : . Branche parabolique de direction : la courbe monte, mais de moins en moins vite.
Exemple 8. Pour en : , puis . Branche parabolique de direction la droite .
Exemple 9. Soit , définie pour ou .
En . Pour , , donc . Puis, avec l'expression conjuguée : La droite est asymptote oblique en .
En . Attention : pour , , donc . Alors . Puis : La droite est asymptote oblique en .
Piège classique. En , on écrit et non . Beaucoup d'erreurs au bac viennent de là.
Leçon 3 : Continuité
3.1 Rappels
Définition. Soit définie sur un intervalle et . On dit que est continue en si est continue sur si elle est continue en tout point de . Graphiquement, on trace la courbe « sans lever le crayon ».
Fonctions continues usuelles (admis).
- Les fonctions polynômes sont continues sur .
- Les fonctions rationnelles sont continues sur chaque intervalle de leur ensemble de définition.
- est continue sur .
- et sont continues sur , de même que .
Opérations. La somme, le produit et le quotient (dénominateur non nul) de fonctions continues sont continus.
Contre-exemple. La fonction partie entière (vue en Seconde) n'est continue en aucun entier. Par exemple, en : pour et , donc la limite à gauche, , est différente de . La courbe « saute ».
3.2 Prolongement par continuité
Définition. Soit définie sur . Si avec réel, la fonction définie sur par est continue en . On l'appelle le prolongement par continuité de en .
Si la limite en n'existe pas ou est infinie, n'est pas prolongeable par continuité en .
Exemple 10. Soit sur . Est-elle prolongeable par continuité en ?
Forme . Avec l'expression conjuguée, pour : La limite est réelle : est prolongeable par continuité en , en posant .
3.3 Continuité d'une composée
Théorème (admis). Si est continue en et si est continue en , alors est continue en . Par conséquent, la composée de deux fonctions continues (là où elle est définie) est continue.
Méthode : démontrer qu'une fonction est continue. On la décompose en fonctions usuelles continues reliées par des opérations ou des compositions.
Exemple. est la composée de , continue sur et à valeurs dans , suivie de la racine carrée, continue sur . Donc est continue sur .
3.4 Limite d'une fonction composée
Théorème (admis). Soient et deux réels. Si et si est continue en , alors
Remarque. Ce résultat reste vrai lorsque vaut ou . C'est ainsi qu'on l'utilise dans les exercices.
Exemple 11. Calculer .
On pose et . En , a la même limite que , soit . La fonction est continue en . Donc
À retenir. Pour calculer la limite de , on cherche d'abord la limite de « l'intérieur » , puis on regarde ce que fait près de .
Leçon 4 : Image d'un intervalle et théorème des valeurs intermédiaires
4.1 Image d'un intervalle
Théorème (admis). L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Si, en plus, est strictement monotone, l'image se lit directement aux bornes. Les crochets ouverts correspondent à des limites :
| Intervalle | continue strictement croissante | continue strictement décroissante |
|---|---|---|
Attention. Si n'est pas monotone, il faut le tableau de variation.
Exemple. L'image de par est , et non . La fonction descend jusqu'à (en ) avant de remonter jusqu'à .
4.2 Théorème des valeurs intermédiaires
Théorème (admis). Soit continue sur . Pour tout réel compris entre et , il existe au moins un réel tel que .
Cas particulier très utilisé. Si est continue sur et si et sont de signes contraires, c'est-à-dire , alors l'équation a au moins une solution dans .
Corollaire (cas strictement monotone). Si est continue et strictement monotone sur , alors pour tout compris entre et , l'équation a une unique solution dans . Ce résultat reste vrai sur un intervalle quelconque, en remplaçant et par les limites aux bornes.
Méthode : rédiger « l'équation a une unique solution sur »
- est continue sur (justifier).
- est strictement monotone sur (en général par le signe de ).
- appartient à (calculer l'image ou les limites aux bornes).
- Conclure par le corollaire du théorème des valeurs intermédiaires.
Exemple 12. Montrer que l'équation a une unique solution dans , et que .
Soit .
- est un polynôme, donc continue sur .
- : est strictement croissante sur .
- et , donc , qui contient .
- L'équation a donc une unique solution . De plus, et , donc .
4.3 Valeur approchée d'un zéro
Méthode 1 : la dichotomie. On coupe l'intervalle en deux et on garde la moitié où change de signe. Avec l'exemple 12 :
| Intervalle | Milieu | Intervalle gardé | |
|---|---|---|---|
Après 4 étapes, . Chaque étape divise la largeur par 2.
Méthode 2 : le balayage. On calcule avec un pas fixe, à la calculatrice. et , donc C'est un encadrement de d'amplitude .
Leçon 5 : Fonction réciproque d'une fonction continue strictement monotone
5.1 Le théorème de la bijection
Théorème (existence et continuité admises). Soit continue et strictement monotone sur un intervalle . Alors :
- réalise une bijection de sur l'intervalle : tout a un unique antécédent ;
- la fonction réciproque , qui à associe cet antécédent, est continue sur ;
- est strictement monotone, de même sens que .
L'équivalence à connaître par cœur :
Démonstration de la monotonie (dans le cas croissant). Soient dans . On pose et . Si on avait , alors, étant croissante, , c'est-à-dire , ce qui est faux. Donc : est strictement croissante.
5.2 Courbe de la réciproque
Propriété. Dans un repère orthonormé, est la symétrique de par rapport à la droite d'équation (la première bissectrice).
Pourquoi ? Le point est sur si et seulement si , ce qui équivaut à , c'est-à-dire que le point est sur . Or est le symétrique de par rapport à .
Méthode : construire . On trace la droite , puis on reporte quelques points remarquables et les tangentes par symétrie. Les asymptotes se transforment aussi : une asymptote horizontale de devient une asymptote verticale de .
5.3 Expression de , quand c'est possible
Méthode. On part de , avec et , et on exprime en fonction de . On obtient . On renomme enfin la variable pour écrire .
Exemple 13. Soit sur .
Bijection. est rationnelle, donc continue sur . : est strictement décroissante sur . De plus, (numérateur vers , dénominateur vers ) et . Donc est une bijection de sur .
Expression. Pour et : (on a bien puisque ).
Conclusion. pour tout .
Exemple 14. La fonction est continue et strictement croissante sur . C'est une bijection de sur , et sa réciproque est la fonction racine carrée : avec équivaut à .
Quand l'expression est impossible. La fonction de l'exemple 12 est une bijection de sur . Sa réciproque existe, elle est continue et strictement croissante, mais on ne sait pas l'écrire avec les fonctions usuelles. On peut quand même tracer sa courbe par symétrie.
Leçon 6 : Compléments pour les séries S1, S3 et S1AS1 · S3 · S1A
6.1 Fonctions monotones bornées
Théorème (admis). Soit croissante sur un intervalle , où est réel ou .
- Si est majorée, alors a une limite finie en (à gauche si est réel), et cette limite est inférieure ou égale à tout majorant.
- Si n'est pas majorée, .
On a les mêmes énoncés pour une fonction décroissante minorée. C'est l'analogue, pour les fonctions, du théorème sur les suites croissantes majorées.
6.2 Limite d'une composée : le cas général
Théorème (admis). Pour tout triplet de réels : si et , alors La différence avec la leçon 3 : n'a pas besoin d'être continue en , ni même d'y être définie. On l'utilise de la même façon quand , ou est infini.
Exemple 15. Calculer .
On écrit . On pose , qui tend vers quand , et , qui tend vers quand (limite admise en Première S1). Donc , et
6.3 Raccordement de fonctions
Une fonction peut être définie par des expressions différentes de part et d'autre d'un point . Elle est continue en si et seulement si la limite à gauche, la limite à droite et sont égales.
Exemple 16. Soit un réel et si , si . Pour quelle valeur de la fonction est-elle continue en ?
- Limite à gauche et valeur : , et .
- Limite à droite : .
est continue en si et seulement si , c'est-à-dire .
6.4 Image d'un segment
Théorème (admis). L'image d'un intervalle fermé borné (un segment) par une fonction continue sur est un segment .
Conséquence : une fonction continue sur un segment est bornée et atteint son minimum et son maximum . Ce n'est plus vrai sur un intervalle ouvert : est continue sur , mais elle n'est pas majorée.
6.5 Démontrer qu'une fonction est une bijection de sur
Deux méthodes :
- Par le théorème de la bijection (leçon 5) : continue, strictement monotone sur , et .
- Par la définition : on montre que, pour tout , l'équation a une unique solution dans . C'est la méthode de l'exemple 13, qui donne en plus l'expression de .
6.6 Fonctions définies par une équation fonctionnelle
On connaît parfois une fonction non par sa formule, mais par une propriété qu'elle vérifie. La continuité et le théorème des valeurs intermédiaires permettent alors de la déterminer.
Exemple 17. Déterminer les fonctions continues sur telles que, pour tout réel , .
Pour tout , ou . Supposons que prenne les deux valeurs, en et en . Comme est continue, le théorème des valeurs intermédiaires dit qu'elle prend la valeur entre et . Or : c'est impossible.
Donc ne prend qu'une seule valeur. Les solutions sont les deux fonctions constantes et .
Idée à retenir. Une fonction continue sur un intervalle qui ne s'annule jamais garde un signe constant.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
- Une forme indéterminée se lève en transformant l'écriture : factorisation, simplification, expression conjuguée.
- Une fonction qui oscille s'encadre, puis on applique un théorème de comparaison.
- Asymptote oblique : . Méthode : limite de , puis limite de .
- Continuité en : . On prolonge par continuité quand la limite est réelle.
- Pour la limite de , on cherche la limite de l'intérieur, puis celle de .
- Théorème des valeurs intermédiaires : continuité et changement de signe donnent au moins une solution ; si en plus est strictement monotone, la solution est unique.
- Une fonction continue strictement monotone sur est une bijection de sur . Sa réciproque est continue, de même sens de variation, et sa courbe est la symétrique de celle de par rapport à la droite .