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Chapitre 9 · Cours écrit

Statistique à deux variables

Programme de S2 Version pour les séries S2, S4, S2A et S5.

On utilise les acquis de Seconde (moyenne, variance, écart-type, notation ∑\sum), ceux de Première S2 (série à deux variables, nuage de points, point moyen, ajustement à main levée, méthode de Mayer) et le minimum d'un trinôme du second degré.

Données. Toutes les séries de ce chapitre sont des données simplifiées : elles ont été inventées pour l'apprentissage, dans des situations réelles (pluie et agriculture, pêche, population, physique). Ce ne sont pas des statistiques officielles.

Calculatrice. En mode statistique, la calculatrice donne directement les moyennes, les écarts-types, le coefficient de corrélation et les coefficients de la droite de régression. Il faut cependant savoir les calculer avec un tableau et écrire les formules utilisées.

Leçon 1 : Séries à deux variables, nuage de points et point moyen

Voir la vidéo de la leçon 1

1.1 Série statistique à deux variables

On étudie en même temps deux caractères quantitatifs, notés xx et yy, sur une même population de nn individus. Chaque individu numéro ii fournit un couple (xi ;yi)(x_i\,;y_i). La liste des nn couples est une série statistique à deux variables (ou série double).

Exemple 1 (données simplifiées). Dans une zone du bassin arachidier, on a relevé pendant six saisons la hauteur de pluie xx, en centaines de millimètres, et le rendement d'arachide yy, en quintaux par hectare (11 quintal =100= 100 kg). Les saisons sont rangées par hauteur de pluie croissante.

Saison ii 1 2 3 4 5 6
Pluie xix_i (centaines de mm) 3 4 6 7 7 9
Rendement yiy_i (q/ha) 6 8 8 10 9 13

Le couple (3 ;6)(3\,;6) signifie : 300300 mm de pluie, et un rendement de 66 quintaux par hectare. Deux questions guident le chapitre : le rendement dépend-il de la pluie ? Peut-on prévoir le rendement d'une saison à 800800 mm ?

1.2 Nuage de points

Dans un repère orthogonal, l'ensemble des points Mi(xi ;yi)M_i(x_i\,;y_i) est le nuage de points de la série.

Dans l'exemple 1, le nuage monte de gauche à droite et il a une forme allongée : quand il pleut davantage, le rendement a tendance à augmenter. Les points ne sont pas alignés, mais ils restent proches d'une droite.

1.3 Point moyen

Définition. Le point moyen du nuage est le point G(x‾ ;y‾)G(\overline{x}\,;\overline{y}), où x‾=1n∑i=1nxiety‾=1n∑i=1nyi.\overline{x} = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} x_i \qquad \text{et} \qquad \overline{y} = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} y_i.

Exemple 1 (suite). ∑xi=3+4+6+7+7+9=36\sum x_i = 3 + 4 + 6 + 7 + 7 + 9 = 36, donc x‾=366=6\overline{x} = \dfrac{36}{6} = 6. ∑yi=54\sum y_i = 54, donc y‾=546=9\overline{y} = \dfrac{54}{6} = 9. Le point moyen est G(6 ;9)G(6\,;9).

1.4 Variance et écart-type (rappels de Seconde)

Définition. La variance de la série xx et son écart-type sont V(x)=1n∑i=1n(xi−x‾)2etσx=V(x).V(x) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n}\left(x_i - \overline{x}\right)^2 \qquad \text{et} \qquad \sigma_x = \sqrt{V(x)}. La variance est la moyenne des carrés des écarts à la moyenne : elle mesure la dispersion des valeurs. On définit de même V(y)V(y) et σy\sigma_y.

Formule de calcul. V(x)=1n∑i=1nxi2−x‾2.V(x) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} x_i^2 - \overline{x}^2.

Démonstration. On développe (xi−x‾)2=xi2−2x‾ xi+x‾2\left(x_i - \overline{x}\right)^2 = x_i^2 - 2\overline{x}\,x_i + \overline{x}^2, puis on fait la moyenne : V(x)=1n∑xi2−2x‾×1n∑xi+x‾2=1n∑xi2−2x‾2+x‾2=1n∑xi2−x‾2.V(x) = \frac{1}{n}\sum x_i^2 - 2\overline{x} \times \frac{1}{n}\sum x_i + \overline{x}^2 = \frac{1}{n}\sum x_i^2 - 2\overline{x}^2 + \overline{x}^2 = \frac{1}{n}\sum x_i^2 - \overline{x}^2.

Exemple 1 (suite). ∑xi2=9+16+36+49+49+81=240\sum x_i^2 = 9 + 16 + 36 + 49 + 49 + 81 = 240, donc V(x)=2406−62=40−36=4V(x) = \dfrac{240}{6} - 6^2 = 40 - 36 = 4 et σx=2\sigma_x = 2. ∑yi2=36+64+64+100+81+169=514\sum y_i^2 = 36 + 64 + 64 + 100 + 81 + 169 = 514, donc V(y)=5146−92=143≈4,67V(y) = \dfrac{514}{6} - 9^2 = \dfrac{14}{3} \approx 4{,}67 et σy=143≈2,16\sigma_y = \sqrt{\dfrac{14}{3}} \approx 2{,}16.

1.5 Ajuster le nuage par une droite

Quand le nuage a une forme allongée, on cherche une droite qui passe « au plus près » des points : c'est un ajustement affine. En Première, on l'a tracée à main levée, ou par la méthode de Mayer. Ces méthodes dépendent de celui qui trace, ou de la façon de partager le nuage. Cette année, on apprend la méthode des moindres carrés : elle donne, par le calcul, une seule droite, qui servira à faire des prévisions.

Leçon 2 : La covariance

Voir la vidéo de la leçon 2

2.1 L'idée : quatre zones autour du point moyen

Les droites passant par GG, parallèles aux axes, partagent le plan en quatre zones. Pour un point MiM_i, on regarde le produit des écarts (xi−x‾)(yi−y‾)\left(x_i - \overline{x}\right)\left(y_i - \overline{y}\right) :

  • il est positif si MiM_i est en haut à droite de GG (deux écarts positifs) ou en bas à gauche (deux écarts négatifs) ;
  • il est négatif dans les deux autres zones.

2.2 Définition

Définition. La covariance de xx et de yy est la moyenne des produits des écarts : cov⁡(x,y)=1n∑i=1n(xi−x‾)(yi−y‾).\operatorname{cov}(x, y) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n}\left(x_i - \overline{x}\right)\left(y_i - \overline{y}\right).

Signe. Si la plupart des points sont dans les zones où le produit est positif, la covariance est positive : le nuage « monte ». Si elle est négative, le nuage « descend ». On remarque que cov⁡(x,x)=V(x)\operatorname{cov}(x, x) = V(x).

2.3 Formule de calcul

Théorème 1. cov⁡(x,y)=1n∑i=1nxiyi−x‾ y‾.\operatorname{cov}(x, y) = \frac{1}{n}\sum_{i=1}^{n} x_i y_i - \overline{x}\,\overline{y}.

Démonstration. (xi−x‾)(yi−y‾)=xiyi−y‾ xi−x‾ yi+x‾ y‾\left(x_i - \overline{x}\right)\left(y_i - \overline{y}\right) = x_iy_i - \overline{y}\,x_i - \overline{x}\,y_i + \overline{x}\,\overline{y}. En faisant la moyenne, et comme 1n∑xi=x‾\frac{1}{n}\sum x_i = \overline{x} et 1n∑yi=y‾\frac{1}{n}\sum y_i = \overline{y} : cov⁡(x,y)=1n∑xiyi−y‾ x‾−x‾ y‾+x‾ y‾=1n∑xiyi−x‾ y‾.\operatorname{cov}(x, y) = \frac{1}{n}\sum x_iy_i - \overline{y}\,\overline{x} - \overline{x}\,\overline{y} + \overline{x}\,\overline{y} = \frac{1}{n}\sum x_iy_i - \overline{x}\,\overline{y}.

Exemple 2. Covariance de la série de l'exemple 1, de deux façons.

  • Par la définition. Avec x‾=6\overline{x} = 6 et y‾=9\overline{y} = 9 :
xix_i 3 4 6 7 7 9 Total
yiy_i 6 8 8 10 9 13
xi−x‾x_i - \overline{x} −3-3 −2-2 00 11 11 33
yi−y‾y_i - \overline{y} −3-3 −1-1 −1-1 11 00 44
produit 99 22 00 11 00 1212 2424

Donc cov⁡(x,y)=246=4\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{24}{6} = 4.

  • Par le théorème 1. ∑xiyi=18+32+48+70+63+117=348\sum x_iy_i = 18 + 32 + 48 + 70 + 63 + 117 = 348, donc cov⁡(x,y)=3486−6×9=58−54=4\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{348}{6} - 6 \times 9 = 58 - 54 = 4.

La covariance est positive : le nuage monte.

Exemple 3 (données simplifiées). Sur un quai de pêche artisanale, on relève pendant cinq jours la quantité de poisson débarquée xx, en tonnes, et le prix moyen du kilo yy, en centaines de francs CFA.

xix_i (t) 2 4 5 6 8
yiy_i (centaines de F CFA) 11 7 7 5 5

x‾=255=5\overline{x} = \dfrac{25}{5} = 5, y‾=355=7\overline{y} = \dfrac{35}{5} = 7, ∑xiyi=22+28+35+30+40=155\sum x_iy_i = 22 + 28 + 35 + 30 + 40 = 155, donc cov⁡(x,y)=1555−5×7=31−35=−4.\operatorname{cov}(x, y) = \frac{155}{5} - 5 \times 7 = 31 - 35 = -4. La covariance est négative : les jours où il y a plus de poisson, le prix est plus bas.

2.4 Organiser les calculs

On présente les calculs dans un tableau à cinq lignes : xix_i, yiy_i, xi2x_i^2, yi2y_i^2, xiyix_iy_i, avec une colonne des totaux. Pour l'exemple 1 :

xix_i 3 4 6 7 7 9 36
yiy_i 6 8 8 10 9 13 54
xi2x_i^2 9 16 36 49 49 81 240
yi2y_i^2 36 64 64 100 81 169 514
xiyix_iy_i 18 32 48 70 63 117 348

Les totaux donnent tout le reste : x‾=6\overline{x} = 6, y‾=9\overline{y} = 9, V(x)=4V(x) = 4, V(y)=143V(y) = \frac{14}{3}, cov⁡(x,y)=4\operatorname{cov}(x, y) = 4.

Remarque (changement d'origine ou d'unité). Si ui=αxi+βu_i = \alpha x_i + \beta et vi=γyi+δv_i = \gamma y_i + \delta (α\alpha, β\beta, γ\gamma, δ\delta réels), alors ui−u‾=α(xi−x‾)u_i - \overline{u} = \alpha\left(x_i - \overline{x}\right) et vi−v‾=γ(yi−y‾)v_i - \overline{v} = \gamma\left(y_i - \overline{y}\right), d'où u‾=αx‾+β,V(u)=α2 V(x),cov⁡(u,v)=αγcov⁡(x,y).\overline{u} = \alpha\overline{x} + \beta, \qquad V(u) = \alpha^2\,V(x), \qquad \operatorname{cov}(u, v) = \alpha\gamma\operatorname{cov}(x, y). On s'en sert pour simplifier les calculs, par exemple en remplaçant une année par son rang (exercices 2 et 4).

Leçon 3 : La méthode des moindres carrés

Voir la vidéo de la leçon 3

3.1 Mesurer l'écart entre une droite et le nuage

Soit DD une droite d'équation y=ax+by = ax + b. Pour chaque point Mi(xi ;yi)M_i(x_i\,;y_i), on note Pi(xi ;axi+b)P_i(x_i\,;ax_i + b) le point de DD qui a la même abscisse. L'écart vertical (ou résidu) est ei=yi−(axi+b).e_i = y_i - \left(ax_i + b\right). Il est positif si MiM_i est au-dessus de DD, négatif s'il est au-dessous. Pour que les écarts ne se compensent pas, on les élève au carré et on les additionne : S(a,b)=∑i=1nei2=∑i=1n(yi−axi−b)2.S(a, b) = \sum_{i=1}^{n} e_i^2 = \sum_{i=1}^{n}\left(y_i - ax_i - b\right)^2. Plus S(a,b)S(a, b) est petit, plus la droite est proche des points. La méthode des moindres carrés consiste à choisir aa et bb pour que S(a,b)S(a, b) soit minimal.

3.2 Le théorème

Théorème 2. On suppose V(x)≠0V(x) \neq 0 (les xix_i ne sont pas tous égaux). Il existe une seule droite qui rend S(a,b)S(a, b) minimal. On l'appelle la droite de régression de yy en xx, notée Dy/xD_{y/x}. Son équation est y=ax+by = ax + b, avec a=cov⁡(x,y)V(x)etb=y‾−a x‾.a = \frac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(x)} \qquad \text{et} \qquad b = \overline{y} - a\,\overline{x}. L'égalité y‾=ax‾+b\overline{y} = a\overline{x} + b signifie que Dy/xD_{y/x} passe par le point moyen GG. La somme des écarts eie_i est alors nulle.

3.3 Démonstration

Elle ne fait pas partie des compétences exigibles, mais elle explique les formules. Elle n'utilise que le second degré.

Étape 1 : la pente aa est fixée, on cherche le meilleur bb. On pose ci=yi−axic_i = y_i - ax_i. Alors S(a,b)=∑(ci−b)2=n b2−2b∑ci+∑ci2.S(a, b) = \sum\left(c_i - b\right)^2 = n\,b^2 - 2b\sum c_i + \sum c_i^2. C'est un trinôme en bb, de coefficient n>0n > 0 : il est minimal pour b=1n∑ci=y‾−a x‾b = \dfrac{1}{n}\sum c_i = \overline{y} - a\,\overline{x}. Quelle que soit sa pente, la meilleure droite passe donc par GG.

Étape 2 : la droite passe par GG, on cherche aa. Avec b=y‾−ax‾b = \overline{y} - a\overline{x}, chaque écart s'écrit ei=(yi−y‾)−a(xi−x‾)e_i = \left(y_i - \overline{y}\right) - a\left(x_i - \overline{x}\right). En développant les carrés et en faisant la somme : S=n[V(y)−2acov⁡(x,y)+a2 V(x)].S = n\left[V(y) - 2a\operatorname{cov}(x, y) + a^2\,V(x)\right]. C'est un trinôme en aa, de coefficient nV(x)>0nV(x) > 0 : il est minimal pour a=cov⁡(x,y)V(x)a = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(x)}.

Pour toute droite, S(a,b)≥S ⁣(a,y‾−ax‾)≥Smin⁡S(a, b) \geq S\!\left(a, \overline{y} - a\overline{x}\right) \geq S_{\min}, et l'égalité n'a lieu que pour les valeurs de aa et bb du théorème. En remplaçant aa par sa valeur, on obtient la valeur du minimum : Smin⁡=n[V(y)−cov⁡(x,y)2V(x)].S_{\min} = n\left[V(y) - \frac{\operatorname{cov}(x, y)^2}{V(x)}\right].

3.4 Exemples

Exemple 4. Droite de régression de yy en xx pour l'exemple 1.

  • a=cov⁡(x,y)V(x)=44=1a = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(x)} = \dfrac{4}{4} = 1 et b=y‾−ax‾=9−1×6=3b = \overline{y} - a\overline{x} = 9 - 1 \times 6 = 3. Donc Dy/xD_{y/x} : y=x+3y = x + 3.
  • Vérification : G(6 ;9)G(6\,;9) est sur la droite, car 6+3=96 + 3 = 9.
  • Écarts : 6−6=06 - 6 = 0, 8−7=18 - 7 = 1, 8−9=−18 - 9 = -1, 10−10=010 - 10 = 0, 9−10=−19 - 10 = -1, 13−12=113 - 12 = 1. Leur somme est nulle et Smin⁡=0+1+1+0+1+1=4S_{\min} = 0 + 1 + 1 + 0 + 1 + 1 = 4. On retrouve 6[143−424]=46\left[\dfrac{14}{3} - \dfrac{4^2}{4}\right] = 4.
  • Comparaison : la droite horizontale y=9y = 9, qui passe aussi par GG, donne S=9+1+1+1+0+16=28S = 9 + 1 + 1 + 1 + 0 + 16 = 28.
  • Prévision : pour une saison à 800800 mm, x=8x = 8 et y=8+3=11y = 8 + 3 = 11 : on peut prévoir un rendement d'environ 1111 quintaux par hectare.

Exemple 5. Pour l'exemple 3 (pêche), V(x)=1455−25=4V(x) = \dfrac{145}{5} - 25 = 4, donc a=−44=−1a = \dfrac{-4}{4} = -1 et b=7−(−1)×5=12b = 7 - (-1) \times 5 = 12 : Dy/xD_{y/x} : y=−x+12y = -x + 12. Un jour où l'on débarque 33 tonnes, on peut estimer le prix à 99 centaines de francs CFA, soit 900900 F CFA le kilo.

Leçon 4 : Droite de régression de x en y, coefficient de corrélation linéaire

Voir la vidéo de la leçon 4

4.1 La droite de régression de x en y

On échange les rôles de xx et de yy : on cherche une droite d'équation x=a′y+b′x = a'y + b' qui rend minimale la somme des carrés des écarts horizontaux, ∑(xi−a′yi−b′)2\sum\left(x_i - a'y_i - b'\right)^2. Le même raisonnement donne :

Théorème 3. On suppose V(y)≠0V(y) \neq 0. La droite de régression de xx en yy, notée Dx/yD_{x/y}, a pour équation x=a′y+b′x = a'y + b', avec a′=cov⁡(x,y)V(y)etb′=x‾−a′ y‾.a' = \frac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(y)} \qquad \text{et} \qquad b' = \overline{x} - a'\,\overline{y}. Elle passe aussi par le point moyen GG. Les deux droites de régression se coupent donc en GG.

Exemple 6. Pour l'exemple 1, V(y)=143V(y) = \dfrac{14}{3}, donc a′=414/3=1214=67a' = \dfrac{4}{14/3} = \dfrac{12}{14} = \dfrac{6}{7} et b′=6−67×9=−127b' = 6 - \dfrac{6}{7} \times 9 = -\dfrac{12}{7}. Dx/yD_{x/y} : x=67 y−127x = \dfrac{6}{7}\,y - \dfrac{12}{7}. Résolue en yy : 7x=6y−127x = 6y - 12, soit y=76 x+2y = \dfrac{7}{6}\,x + 2. Les deux droites y=x+3y = x + 3 et y=76x+2y = \dfrac{7}{6}x + 2 se coupent bien en G(6 ;9)G(6\,;9). Elles sont proches, mais distinctes.

4.2 Le coefficient de corrélation linéaire

Définition. On suppose σx≠0\sigma_x \neq 0 et σy≠0\sigma_y \neq 0. Le coefficient de corrélation linéaire de la série est r=cov⁡(x,y)σx σy.r = \frac{\operatorname{cov}(x, y)}{\sigma_x\,\sigma_y}. Il a le signe de la covariance, donc le même signe que aa et a′a'.

Exemple 7. Pour l'exemple 1 : r=42×143=2143=427≈0,926r = \dfrac{4}{2 \times \sqrt{\frac{14}{3}}} = \dfrac{2}{\sqrt{\frac{14}{3}}} = \dfrac{\sqrt{42}}{7} \approx 0{,}926. Pour l'exemple 3 (pêche) : V(y)=2695−49=245V(y) = \dfrac{269}{5} - 49 = \dfrac{24}{5} et r=−424,8≈−0,913r = \dfrac{-4}{2\sqrt{4{,}8}} \approx -0{,}913.

4.3 Propriétés

Théorème 4.

  1. r2=a a′r^2 = a\,a'.
  2. −1≤r≤1-1 \leq r \leq 1.
  3. r=1r = 1 ou r=−1r = -1 si et seulement si tous les points du nuage sont alignés. Les deux droites de régression sont alors confondues.

Démonstration.

  1. a a′=cov⁡(x,y)V(x)×cov⁡(x,y)V(y)=cov⁡(x,y)2σx2 σy2=r2a\,a' = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(x)} \times \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(y)} = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)^2}{\sigma_x^2\,\sigma_y^2} = r^2.
  2. D'après la leçon 3, Smin⁡=n[V(y)−cov⁡(x,y)2V(x)]=n V(y)(1−r2)S_{\min} = n\left[V(y) - \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)^2}{V(x)}\right] = n\,V(y)\left(1 - r^2\right). Une somme de carrés est positive ou nulle et V(y)>0V(y) > 0, donc 1−r2≥01 - r^2 \geq 0, c'est-à-dire r2≤1r^2 \leq 1.
  3. r2=1r^2 = 1 si et seulement si Smin⁡=0S_{\min} = 0, c'est-à-dire si tous les écarts eie_i sont nuls : tous les points sont sur Dy/xD_{y/x}. Dans ce cas a′=1aa' = \dfrac{1}{a}, et Dx/yD_{x/y}, qui passe aussi par GG, s'écrit y=ax+by = ax + b : c'est la même droite.

Exemple 7 (suite). a a′=1×67=67a\,a' = 1 \times \dfrac{6}{7} = \dfrac{6}{7} et r2=4249=67r^2 = \dfrac{42}{49} = \dfrac{6}{7}. De plus n V(y)(1−r2)=6×143×17=4n\,V(y)\left(1 - r^2\right) = 6 \times \dfrac{14}{3} \times \dfrac{1}{7} = 4 : c'est bien Smin⁡S_{\min} (exemple 4).

4.4 Interpréter le coefficient de corrélation

  • Le signe : r>0r > 0 quand xx et yy varient plutôt dans le même sens, r<0r < 0 quand ils varient plutôt en sens contraires.
  • ∣r∣|r| proche de 11 : les points sont proches d'une droite. La corrélation linéaire est forte et un ajustement affine est justifié. Dans l'exemple 1, r≈0,926r \approx 0{,}926 ; dans l'exemple 3, r≈−0,913r \approx -0{,}913.
  • ∣r∣|r| proche de 00 : la corrélation linéaire est faible, et un ajustement affine n'a pas beaucoup de sens.
  • Aucun seuil n'est fixé par le programme. Si un énoncé en donne un, on l'applique ; sinon, on interprète la valeur de ∣r∣|r|.

Attention : rr ne mesure qu'une tendance linéaire.

Exemple 8. La série xi=1,2,3,4,5,6,7x_i = 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et yi=8,2 ; 4,2 ; 1,8 ; 1 ; 1,8 ; 4,2 ; 8,2y_i = 8{,}2\,;\ 4{,}2\,;\ 1{,}8\,;\ 1\,;\ 1{,}8\,;\ 4{,}2\,;\ 8{,}2 a ses points sur la parabole d'équation y=0,8(x−4)2+1y = 0{,}8(x - 4)^2 + 1. Ici x‾=4\overline{x} = 4, et les écarts xi−4x_i - 4 sont opposés deux à deux pour des valeurs de yy égales, donc cov⁡(x,y)=0\operatorname{cov}(x, y) = 0 et r=0r = 0. Il n'y a aucune corrélation linéaire, et pourtant yy dépend entièrement de xx.

Leçon 5 : Série donnée par un tableau à double entrée

Voir la vidéo de la leçon 5

5.1 Le tableau à double entrée

Quand la population est grande, plusieurs individus ont les mêmes valeurs. Si xx prend les valeurs x1,…,xpx_1, \dots, x_p et yy les valeurs y1,…,yqy_1, \dots, y_q, on note nijn_{ij} le nombre d'individus qui ont à la fois la valeur xix_i et la valeur yjy_j. On range ces effectifs dans un tableau à double entrée. L'effectif total est N=∑i∑jnijN = \sum_i\sum_j n_{ij}.

Exemple 9 (données simplifiées). Sur 4040 parcelles de mil, on a relevé la dose d'engrais xx, en sacs par hectare, et le rendement yy, en quintaux par hectare.

yy \ xx 11 22 33 Total
66 88 22 00 1010
88 22 1616 22 2020
1010 00 22 88 1010
Total 1010 2020 1010 4040

Par exemple, 1616 parcelles ont reçu 22 sacs par hectare et ont donné 88 quintaux par hectare.

5.2 Séries marginales (rappel de Première)

Le total de la colonne xix_i, noté ni∙n_{i\bullet}, est le nombre d'individus pour lesquels x=xix = x_i ; les couples (xi ;ni∙)\left(x_i\,;n_{i\bullet}\right) forment la série marginale de xx. De même, les totaux des lignes n∙jn_{\bullet j} donnent la série marginale de yy. Les moyennes et les variances se calculent sur ces séries, avec les effectifs : x‾=1N∑ini∙ xi,V(x)=1N∑ini∙ xi2−x‾2,\overline{x} = \frac{1}{N}\sum_i n_{i\bullet}\,x_i, \qquad V(x) = \frac{1}{N}\sum_i n_{i\bullet}\,x_i^2 - \overline{x}^2, et de même pour yy.

Exemple 9 (suite).

  • Série marginale de xx : 11, 22, 33 avec les effectifs 1010, 2020, 1010. x‾=10+40+3040=8040=2\overline{x} = \dfrac{10 + 40 + 30}{40} = \dfrac{80}{40} = 2 et V(x)=10+80+9040−4=4,5−4=0,5V(x) = \dfrac{10 + 80 + 90}{40} - 4 = 4{,}5 - 4 = 0{,}5.
  • Série marginale de yy : 66, 88, 1010 avec les effectifs 1010, 2020, 1010. y‾=32040=8\overline{y} = \dfrac{320}{40} = 8 et V(y)=360+1280+100040−64=66−64=2V(y) = \dfrac{360 + 1280 + 1000}{40} - 64 = 66 - 64 = 2.
  • Le point moyen est G(2 ;8)G(2\,;8).

5.3 Séries conditionnelles (rappel de Première)

Une colonne seule décrit la série conditionnelle de yy sachant x=xix = x_i : la répartition de yy parmi les seuls individus pour lesquels x=xix = x_i. La fréquence conditionnelle de yjy_j est nijni∙\dfrac{n_{ij}}{n_{i\bullet}}. On définit de même, avec une ligne, la série conditionnelle de xx sachant y=yjy = y_j.

Exemple 9 (suite). Parmi les 1010 parcelles qui ont reçu 33 sacs, les rendements 66, 88, 1010 ont les effectifs 00, 22, 88, donc les fréquences conditionnelles 0 %0\,\%, 20 %20\,\% et 80 %80\,\%. Le rendement moyen de ces parcelles est 0×6+2×8+8×1010=9,6\dfrac{0 \times 6 + 2 \times 8 + 8 \times 10}{10} = 9{,}6 quintaux par hectare.

5.4 Covariance et droites de régression

Chaque case compte autant de fois que son effectif : cov⁡(x,y)=1N∑i∑jnij xi yj−x‾ y‾.\operatorname{cov}(x, y) = \frac{1}{N}\sum_i\sum_j n_{ij}\,x_i\,y_j - \overline{x}\,\overline{y}. Le coefficient de corrélation et les droites de régression se calculent ensuite avec les mêmes formules qu'aux leçons 3 et 4.

Exemple 9 (suite). On calcule nij xi yjn_{ij}\,x_i\,y_j case par case :

yy \ xx 11 22 33 Total
66 8×1×6=488 \times 1 \times 6 = 48 2×2×6=242 \times 2 \times 6 = 24 00 7272
88 2×1×8=162 \times 1 \times 8 = 16 16×2×8=25616 \times 2 \times 8 = 256 2×3×8=482 \times 3 \times 8 = 48 320320
1010 00 2×2×10=402 \times 2 \times 10 = 40 8×3×10=2408 \times 3 \times 10 = 240 280280

Le total vaut 672672, donc cov⁡(x,y)=67240−2×8=16,8−16=0,8\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{672}{40} - 2 \times 8 = 16{,}8 - 16 = 0{,}8.

  • r=0,80,5×2=0,81=0,8r = \dfrac{0{,}8}{\sqrt{0{,}5} \times \sqrt{2}} = \dfrac{0{,}8}{1} = 0{,}8 : la corrélation est positive et assez forte.
  • Dy/xD_{y/x} : a=0,80,5=1,6a = \dfrac{0{,}8}{0{,}5} = 1{,}6 et b=8−1,6×2=4,8b = 8 - 1{,}6 \times 2 = 4{,}8, donc y=1,6 x+4,8y = 1{,}6\,x + 4{,}8.
  • Dx/yD_{x/y} : a′=0,82=0,4a' = \dfrac{0{,}8}{2} = 0{,}4 et b′=2−0,4×8=−1,2b' = 2 - 0{,}4 \times 8 = -1{,}2, donc x=0,4 y−1,2x = 0{,}4\,y - 1{,}2. On vérifie que a a′=0,64=r2a\,a' = 0{,}64 = r^2.
  • Avec 2,52{,}5 sacs par hectare, on estime le rendement à 1,6×2,5+4,8=8,81{,}6 \times 2{,}5 + 4{,}8 = 8{,}8 quintaux par hectare.

Leçon 6 : Faire des prévisions

Voir la vidéo de la leçon 6

6.1 La démarche complète

  1. Représenter le nuage et observer sa forme.
  2. Calculer rr et l'interpréter : si ∣r∣|r| est proche de 11, un ajustement affine est justifié.
  3. Déterminer la droite de régression utile.
  4. Faire l'estimation demandée.
  5. Porter un regard critique sur le résultat.

Exemple 10 (données simplifiées). Population d'une commune, en milliers d'habitants. Pour simplifier, chaque année est remplacée par son rang xx.

Année 2019 2020 2021 2022 2023
Rang xix_i 1 2 3 4 5
Population yiy_i (milliers) 42,5 44,6 47,2 49,8 51,9
  • Le nuage est presque aligné sur une droite qui monte.
  • x‾=3\overline{x} = 3, y‾=2365=47,2\overline{y} = \dfrac{236}{5} = 47{,}2, V(x)=2V(x) = 2, V(y)=11,54V(y) = 11{,}54 ; ∑xiyi=732\sum x_iy_i = 732, donc cov⁡(x,y)=7325−3×47,2=146,4−141,6=4,8\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{732}{5} - 3 \times 47{,}2 = 146{,}4 - 141{,}6 = 4{,}8.
  • r=4,82×11,54≈0,999r = \dfrac{4{,}8}{\sqrt{2} \times \sqrt{11{,}54}} \approx 0{,}999 : rr est très proche de 11, l'ajustement affine est justifié.
  • a=4,82=2,4a = \dfrac{4{,}8}{2} = 2{,}4 et b=47,2−2,4×3=40b = 47{,}2 - 2{,}4 \times 3 = 40 : Dy/xD_{y/x} : y=2,4 x+40y = 2{,}4\,x + 40.
  • Estimation pour 2030 : le rang est 1212, et y=2,4×12+40=68,8y = 2{,}4 \times 12 + 40 = 68{,}8. Si la tendance se maintient, la commune compterait environ 68 80068\,800 habitants en 2030.

6.2 Interpolation et extrapolation

  • Si la valeur de xx utilisée est comprise entre la plus petite et la plus grande valeur observée, on fait une interpolation.
  • Si elle est en dehors, on fait une extrapolation : on suppose que la tendance observée continue, ce que rien ne garantit. Plus on s'éloigne des valeurs observées, moins l'estimation est fiable.

Dans l'exemple 10, 2030 est sept ans après la dernière observation : c'est une extrapolation, à prendre avec prudence. Autre exemple : pour des enfants de 22 à 1212 ans (exercice 1), la taille augmente presque régulièrement avec l'âge, et la droite de régression est y=6,5 x+75y = 6{,}5\,x + 75 (en cm). À 3030 ans, elle prévoirait 6,5×30+75=2706{,}5 \times 30 + 75 = 270 cm : absurde, car la croissance s'arrête.

6.3 Quelle droite utiliser ?

  • Pour estimer yy connaissant xx, on utilise la droite de régression de yy en xx.
  • Pour estimer xx connaissant yy, on utilise la droite de régression de xx en yy.
  • Si l'énoncé impose une droite, on utilise celle-là.

Exemple 11. Retour à l'exemple 1.

  • Rendement attendu pour 800800 mm : avec Dy/xD_{y/x}, y=8+3=11y = 8 + 3 = 11 quintaux par hectare.
  • Pluie correspondant à un rendement de 1212 quintaux : avec Dx/yD_{x/y}, x=67×12−127=607≈8,57x = \dfrac{6}{7} \times 12 - \dfrac{12}{7} = \dfrac{60}{7} \approx 8{,}57, soit environ 857857 mm.
  • Avec Dy/xD_{y/x}, on aurait trouvé x+3=12x + 3 = 12, soit x=9x = 9 (900900 mm). Les deux droites ne donnent pas la même réponse, car r≠±1r \neq \pm 1.

6.4 Corrélation n'est pas causalité

Une forte corrélation montre que deux caractères varient ensemble ; elle ne prouve pas que l'un est la cause de l'autre. Par exemple, dans une ville, les ventes de ventilateurs et les ventes de glaces augmentent pendant les mêmes mois : les deux dépendent de la chaleur, et les ventilateurs ne font pas vendre les glaces. De même, deux grandeurs qui augmentent toutes les deux avec le temps sont fortement corrélées, sans lien de cause à effet entre elles.

Remarque (changement de variable). Quand le nuage n'a pas une forme allongée selon une droite, un énoncé peut proposer un changement de variable, par exemple z=ln⁡yz = \ln y. On applique alors la méthode à la série (xi ;zi)(x_i\,;z_i), puis on revient à yy (exercice 12).

Ce qu'il faut retenir du chapitre

  1. Une série à deux variables est formée de nn couples (xi ;yi)(x_i\,;y_i), représentés par un nuage de points. Son point moyen est G(x‾ ;y‾)G(\overline{x}\,;\overline{y}).
  2. V(x)=1n∑xi2−x‾2V(x) = \dfrac{1}{n}\sum x_i^2 - \overline{x}^2 et σx=V(x)\sigma_x = \sqrt{V(x)}.
  3. cov⁡(x,y)=1n∑(xi−x‾)(yi−y‾)=1n∑xiyi−x‾ y‾\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{1}{n}\sum\left(x_i - \overline{x}\right)\left(y_i - \overline{y}\right) = \dfrac{1}{n}\sum x_iy_i - \overline{x}\,\overline{y}. Positive, le nuage monte ; négative, il descend.
  4. Moindres carrés. La droite de régression de yy en xx rend minimale la somme des carrés des écarts verticaux : y=ax+by = ax + b avec a=cov⁡(x,y)V(x)a = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(x)} et b=y‾−ax‾b = \overline{y} - a\overline{x}.
  5. La droite de régression de xx en yy : x=a′y+b′x = a'y + b' avec a′=cov⁡(x,y)V(y)a' = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{V(y)} et b′=x‾−a′y‾b' = \overline{x} - a'\overline{y}. Les deux droites passent par GG.
  6. r=cov⁡(x,y)σx σyr = \dfrac{\operatorname{cov}(x, y)}{\sigma_x\,\sigma_y}, −1≤r≤1-1 \leq r \leq 1, r2=a a′r^2 = a\,a'. Plus ∣r∣|r| est proche de 11, plus l'ajustement affine est justifié. rr ne mesure qu'une tendance linéaire.
  7. Tableau à double entrée : les totaux donnent les séries marginales ; cov⁡(x,y)=1N∑∑nij xiyj−x‾ y‾\operatorname{cov}(x, y) = \dfrac{1}{N}\sum\sum n_{ij}\,x_iy_j - \overline{x}\,\overline{y}.
  8. Prévisions : yy connaissant xx avec Dy/xD_{y/x}, xx connaissant yy avec Dx/yD_{x/y}, sauf si l'énoncé impose une droite. Prudence en cas d'extrapolation. Une corrélation ne prouve pas une causalité.
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