Programme de S1 Version pour les séries S1, S3 et S1A.
Les nombres complexes sont la seule vraie nouveauté de l'algèbre de Terminale. On utilise librement ce qui a été vu en Seconde et en Première : vecteurs et repères, angles orientés et leurs mesures, cercle trigonométrique, formules d'addition et de duplication, équations du second degré dans R, binôme de Newton et triangle de Pascal, translations, homothéties et rotations.
Dans tout le chapitre, le plan est muni d'un repère orthonormé direct(O;u,v).
Les ensembles de nombres se sont agrandis pour résoudre des équations qui n'avaient pas de solution : x+1=0 n'a pas de solution dans N, mais en a une dans Z ; 2x=1 en a une dans Q ; x2=2 en a dans R. On obtient ainsi
N⊂Z⊂D⊂Q⊂R.
Mais x2=−1 n'a toujours pas de solution réelle, puisqu'un carré est positif.
Au XVIe siècle, des algébristes italiens (Cardan, puis Bombelli) calculent avec des « racines carrées de nombres négatifs » pour résoudre des équations du troisième degré, sans savoir ce qu'elles représentent. Euler introduit la notation i à la fin du XVIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, Argand et Gauss représentent ces nombres par les points d'un plan : ils deviennent des outils pour la trigonométrie et la géométrie. C'est ce que ce chapitre va montrer.
1.2 Définition
Définition (existence admise). Il existe un ensemble noté C, appelé ensemble des nombres complexes, qui possède les propriétés suivantes :
C contient R ;
C est muni d'une addition et d'une multiplication qui prolongent celles de R et qui suivent les mêmes règles de calcul (commutativité, associativité, distributivité) ;
C contient un nombre i tel que i2=−1 ;
tout nombre complexe z s'écrit de façon uniquez=a+ib, avec a et b réels.
Vocabulaire.
L'écriture z=a+ib (a, b réels) est la forme algébrique de z.
a est la partie réelle de z, notée Re(z) ; b est la partie imaginaire de z, notée Im(z). Ce sont deux réels : pour z=2−3i, Im(z)=−3, et non −3i.
z est réel si b=0 ; z est imaginaire pur si a=0. Le nombre 0 est à la fois réel et imaginaire pur.
Égalité. Par unicité de l'écriture : a+ib=a′+ib′⟺a=a′ et b=b′. En particulier, a+ib=0⟺a=0 et b=0.
S1 · S3 · S1AStructure de corps. Comme dans R, l'addition et la multiplication de C sont commutatives et associatives, la multiplication est distributive sur l'addition, 0 et 1 sont les éléments neutres, tout complexe z a un opposé −z, et tout complexe non nul a un inverse (paragraphe 1.5). On dit que (C,+,×) est un corps commutatif.
1.3 Calculs dans C
On calcule comme avec des réels, en remplaçant i2 par −1. Pour z=a+ib et z′=a′+ib′ :
z+z′=(a+a′)+i(b+b′)zz′=(aa′−bb′)+i(ab′+a′b).
Les puissances de i se répètent de quatre en quatre : i2=−1, i3=−i, i4=1, i5=i…
Les identités remarquables restent vraies : (a+ib)2=a2−b2+2iab et (a+ib)(a−ib)=a2+b2.
Exemple 1. Avec z1=2+3i et z2=1−i :
z1+z2=3+2i ;
z1z2=2−2i+3i−3i2=2+i+3=5+i ;
(1+2i)2=1+4i+4i2=−3+4i et (1+i)2=1+2i−1=2i.
Produit nul. Comme dans R, un produit de complexes est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul : zz′=0⟺z=0 ou z′=0.
1.4 Le conjugué
Définition. Le conjugué de z=a+ib est le nombre complexe z=a−ib.
Propriétés immédiates. Pour z=a+ib :
z+z=2a=2Re(z)z−z=2ib=2iIm(z)zz=a2+b2.
Le produit zz est donc un réel positif, nul seulement si z=0. On en déduit :
z est réel ⟺z=z ;
z est imaginaire pur ⟺z=−z.
Propriétés de calcul. Pour tous complexes z et z′, et tout entier naturel n :
z=zz+z′=z+z′zz′=zz′zn=zn
et, si z′=0 :
(z′1)=z′1(z′z)=z′z.
Démonstration pour le produit.zz′=(aa′−bb′)+i(ab′+a′b), donc zz′=(aa′−bb′)−i(ab′+a′b). Et zz′=(a−ib)(a′−ib′)=(aa′−bb′)−i(ab′+a′b) : c'est le même nombre. La propriété des puissances s'en déduit par récurrence.
1.5 Inverse et quotient
Propriété. Tout complexe z=a+ib non nul a un inverse :
z1=zzz=a2+b2a−ib.
Méthode. Pour écrire un quotient sous forme algébrique, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur : le dénominateur devient un réel.
Exemple 2.i1=i×(−i)−i=1−i=−i.
Exemple 3.1−2i3+i=(1−2i)(1+2i)(3+i)(1+2i)=1+43+6i+i+2i2=51+7i=51+57i.
On ne peut pas isoler z directement. On pose z=x+iy, avec x et y réels : z=x−iy et
2z+iz=2x+2iy+ix−i2y=(2x+y)+i(x+2y).
Par identification des parties réelles et imaginaires : 2x+y=3 et x+2y=0. D'où x=2, y=−1, et z=2−i.
À tout nombre complexe z=a+ib, on associe le point M(a;b) et le vecteur w(a;b).
M est l'image du complexe z, et z est l'affixe du point M ; on écrit M(z).
z est aussi l'affixe du vecteur w.
L'axe des abscisses est l'axe réel, l'axe des ordonnées l'axe imaginaire. Le plan muni de cette correspondance s'appelle le plan complexe.
Propriétés. Pour deux points A(zA) et B(zB) :
le vecteur AB a pour affixe zB−zA ;
le milieu I de [AB] a pour affixe zI=2zA+zB ;
si w et \vec w\,' ont pour affixes z et z′, alors \vec w + \vec w\,' a pour affixe z+z′, et kw a pour affixe kz pour tout réel k.
Symétries. L'image de z est la symétrique de M(z) par rapport à l'axe réel ; l'image de −z est la symétrique de M par rapport à O.
Exemple 1.A(1+i) et B(4+5i). Le vecteur AB a pour affixe zB−zA=3+4i, et le milieu de [AB] a pour affixe 25+6i=25+3i.
2.2 Le module
Définition. Le module de z=a+ib est le réel positif
∣z∣=a2+b2=zz.
Si M est l'image de z, alors ∣z∣=OM : le module est une distance.
Conséquence. Pour deux points A et B :
AB=∣zB−zA∣.
Exemple 2.∣3+4i∣=9+16=5, ∣1−i∣=2, ∣−2i∣=2. Pour un réel x, le module est la valeur absolue : ∣−3∣=3. Avec les points de l'exemple 1, AB=∣3+4i∣=5.
Propriétés. Pour tous complexes z et z′, et tout entier naturel n :
∣z∣=0⟺z=0 ;
∣z∣=∣z∣ et ∣−z∣=∣z∣ ;
∣zz′∣=∣z∣∣z′∣ et ∣zn∣=∣z∣n ;
si z′=0 : z′1=∣z′∣1 et z′z=∣z′∣∣z∣.
Démonstration pour le produit.∣zz′∣2=zz′zz′=zzz′z′=∣z∣2∣z′∣2, et les modules sont positifs.
Attention. En général ∣z+z′∣=∣z∣+∣z′∣ : par exemple ∣1+i∣=2, alors que ∣1∣+∣i∣=2.
Exemple 3.3−4i(1+i)4=∣3−4i∣∣1+i∣4=5(2)4=54, sans développer.
S1 · S3 · S1AInégalité triangulaire. Pour tous complexes z et z′ : ∣z+z′∣≤∣z∣+∣z′∣. Démonstration :∣z+z′∣2=(z+z′)(z+z′)=∣z∣2+∣z′∣2+zz′+zz′=∣z∣2+∣z′∣2+2Re(zz′). Or la partie réelle d'un complexe est inférieure à son module, et zz′=∣z∣∣z′∣. Donc ∣z+z′∣2≤(∣z∣+∣z′∣)2. Géométriquement, avec A(z) et B(z+z′) : OB≤OA+AB.
2.3 L'argument
Définition. Soit z un complexe non nul, d'image M. On appelle argument de z toute mesure, en radians, de l'angle orienté (u,OM). On note argz.
Un complexe non nul a une infinité d'arguments, qui diffèrent d'un multiple de 2π : on écrit argz=θ[2π], et on lit « modulo deux pi ». L'unique argument situé dans ]−π;π] est l'argument principal. Le nombre 0 n'a pas d'argument.
Exemple 4.arg3=0, arg(−2)=π, argi=2π, arg(−5i)=−2π (à 2π près). Le point d'affixe 1+i est sur la bissectrice du premier quadrant : arg(1+i)=4π[2π].
Lien avec la forme algébrique. Si z=a+ib a pour module r et pour argument θ, alors (cercle trigonométrique de rayon r) :
a=rcosθb=rsinθ,donccosθ=raetsinθ=rb.
Conséquence géométrique. Pour deux points distincts A et B :
(u,AB)=arg(zB−zA)[2π].
2.4 La forme trigonométrique
Définition. Tout complexe non nul z, de module r et d'argument θ, s'écrit
z=r(cosθ+isinθ),r>0.
C'est la forme trigonométrique de z.
Unicité. Si r>0 et r′>0 : r(cosθ+isinθ)=r′(cosθ′+isinθ′)⟺r=r′ et θ=θ′[2π].
Méthode (de la forme algébrique à la forme trigonométrique).
On calcule le module r=a2+b2.
On met r en facteur : z=r(ra+irb).
On cherche un réel θ tel que cosθ=ra et sinθ=rb, avec les valeurs remarquables du cercle trigonométrique.
Exemple 5.z=1+i3. r=1+3=2, puis z=2(21+i23). On cherche θ avec cosθ=21 et sinθ=23 : θ=3π. Donc z=2(cos3π+isin3π).
Exemple 6.z=−1+i. r=2, cosθ=−22 et sinθ=22 : θ=43π. De même, 3−i=2(cos(−6π)+isin(−6π)).
Attention. Dans une forme trigonométrique, le facteur devant la parenthèse doit être strictement positif. Ainsi −2(cos5π+isin5π) n'est pas une forme trigonométrique. Comme −1=cosπ+isinπ, on obtient 2(cos56π+isin56π) : le module vaut 2 et un argument est 56π, soit −54π pour l'argument principal.
Conjugué et opposé.argz=−argz[2π] et arg(−z)=argz+π[2π] (symétries de la figure).
Exemple 7 (module et argument de zB−zA).A(1+i) et B(3+3i). zB−zA=2+2i=22(cos4π+isin4π). Donc AB=22 et (u,AB)=4π[2π].
Leçon 3 : Forme exponentielle, formule de Moivre, racines n-ièmes
Notation (programme officiel). Pour tout réel θ, on note
eiθ=cosθ+isinθ.
C'est le complexe de module 1 et d'argument θ : son image est le point du cercle trigonométrique associé à θ.
Exemple 1.ei0=1, ei2π=i, eiπ=−1, e−i2π=−i, e2iπ=1, ei3π=21+i23.
Propriété fondamentale. Pour tous réels θ et θ′ :
eiθ×eiθ′=ei(θ+θ′).
Démonstration. On développe, puis on reconnaît les formules d'addition de Première :
(cosθ+isinθ)(cosθ′+isinθ′)=(cosθcosθ′−sinθsinθ′)+i(sinθcosθ′+cosθsinθ′)=cos(θ+θ′)+isin(θ+θ′).
Conséquences. Pour tous réels θ, θ′ et tout entier n :
eiθ1=e−iθ=eiθeiθ′eiθ=ei(θ−θ′)(eiθ)n=einθ.
Ces règles sont celles des puissances : c'est ce qui justifie la notation.
3.2 La forme exponentielle
Définition. Tout complexe non nul z, de module r et d'argument θ, s'écrit
z=reiθ,r>0.
C'est la forme exponentielle de z (notation reiθ du programme).
Exemple 2.1+i3=2ei3π, −1+i=2ei43π, −3=3eiπ, 3−i=2e−i6π.
Propriétés. Si z=reiθ et z′=r′eiθ′, alors, pour tout entier n :
zz′=rr′ei(θ+θ′)z′z=r′rei(θ−θ′)zn=rneinθz=re−iθ.
Autrement dit, les modules se multiplient et les arguments s'ajoutent :
arg(zz′)=argz+argz′argz′z=argz−argz′arg(zn)=nargz[2π].
Exemple 3 (une formule de trigonométrie). Soit z1=1+i=2ei4π et z2=3−i=2e−i6π.
Forme exponentielle : z1z2=22ei(4π−6π)=22ei12π.
Forme algébrique : z1z2=(1+i)(3−i)=3−i+i3−i2=(3+1)+i(3−1).
En identifiant les parties réelles et imaginaires de 22(cos12π+isin12π) :
cos12π=223+1=46+2sin12π=223−1=46−2.
3.3 La formule de Moivre
Théorème (formule de Moivre). Pour tout réel θ et tout entier n :
(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ),c’est-aˋ-dire(eiθ)n=einθ.
Démonstration. Pour n entier naturel, par récurrence à partir de la propriété fondamentale : (eiθ)n+1=(eiθ)neiθ=einθeiθ=ei(n+1)θ. Pour n négatif, on passe à l'inverse.
Méthode. Pour calculer une puissance, on passe par la forme exponentielle.
Exemple 4.(1+i)8=(2ei4π)8=(2)8ei48π=16e2iπ=16.
Exemple 5. Pour quels entiers naturels n le nombre (1+i3)n est-il réel ?
(1+i3)n=2nei3nπ. Un complexe non nul est réel si et seulement si un de ses arguments est un multiple de π. Il faut donc 3nπ=kπ, avec k entier, c'est-à-dire n multiple de 3. Par exemple (1+i3)3=8eiπ=−8 et (1+i3)6=64.
3.4 Racines n-ièmes de l'unité
Définition. Soit n un entier, n≥2. On appelle racine n-ième de l'unité tout complexe z tel que zn=1.
Théorème. Il y a exactement n racines n-ièmes de l'unité :
ωk=ein2kπ,k=0,1,…,n−1.
Démonstration.z=0 n'est pas solution. On écrit z=reiθ avec r>0. Alors
zn=1⟺rneinθ=1ei0⟺rn=1 et nθ=0[2π]⟺r=1 et θ=n2kπ,k∈Z.
Quand k augmente de n, θ augmente de 2π et on retrouve le même complexe : il suffit de prendre k=0,1,…,n−1, qui donnent n points distincts du cercle trigonométrique.
Interprétation géométrique. Les images des racines n-ièmes de l'unité sont les sommets d'un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le cercle trigonométrique, dont un sommet est le point d'affixe 1 : deux sommets consécutifs sont séparés d'un angle n2π.
Exemple 6 (n=3). Les racines cubiques de l'unité sont 1, j=ei32π=−21+i23 et j2=ei34π=−21−i23=j. Leurs images forment un triangle équilatéral. On vérifie que 1+j+j2=0.
Exemple 7 (n=4). Les racines quatrièmes de l'unité sont 1, i, −1, −i : un carré.
3.5 Racines n-ièmes d'un nombre complexe
Théorème. Soit Z=Reiα un complexe non nul (R>0) et n≥2. L'équation zn=Z a exactement n solutions :
zk=nRei(nα+n2kπ),k=0,1,…,n−1,
où nR=Rn1 est la racine n-ième du réel positif R (chapitre 3).
Démonstration. Avec z=reiθ : rneinθ=Reiα⟺rn=R et nθ=α[2π]⟺r=nR et θ=nα+n2kπ.
Les images des zk sont les sommets d'un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le cercle de centre O et de rayon nR. Si z0 est l'une des racines, les autres s'obtiennent en multipliant z0 par les racines n-ièmes de l'unité.
Exemple 8. Racines cubiques de 8i. On a 8i=8ei2π, donc r=38=2 et θ=6π+32kπ :
z0=2ei6π=3+iz1=2ei65π=−3+iz2=2ei23π=−2i.
Vérification : (−2i)3=−8i3=8i. Les trois points forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle de centre O et de rayon 2.
Cas n=2. Les deux racines carrées de Z=Reiα sont Rei2α et son opposé −Rei2α. Quand l'argument de Z n'est pas un angle remarquable, on utilise la méthode algébrique de la leçon 5.
En ajoutant et en retranchant eiθ=cosθ+isinθ et e−iθ=cosθ−isinθ :
Formules d'Euler. Pour tout réel θ :
cosθ=2eiθ+e−iθsinθ=2ieiθ−e−iθ.
Plus généralement, pour tout entier n : einθ+e−inθ=2cos(nθ) et einθ−e−inθ=2isin(nθ).
4.2 Établir des formules avec la formule de Moivre
On développe (cosθ+isinθ)n avec le binôme de Newton (Première), puis on identifie avec cos(nθ)+isin(nθ).
Rappel : le triangle de Pascal. Les coefficients de (a+b)n sont :
n
coefficients
2
1, 2, 1
3
1, 3, 3, 1
4
1, 4, 6, 4, 1
5
1, 5, 10, 10, 5, 1
Par exemple (a+b)3=a3+3a2b+3ab2+b3.
Exemple 1 (cos 3θ et sin 3θ). On note c=cosθ et s=sinθ. Avec i2=−1 et i3=−i :
cos(3θ)+isin(3θ)=(c+is)3=c3+3c2(is)+3c(is)2+(is)3=(c3−3cs2)+i(3c2s−s3).
Par identification, puis avec s2=1−c2 et c2=1−s2 :
cos(3θ)=c3−3cs2=4cos3θ−3cosθsin(3θ)=3c2s−s3=3sinθ−4sin3θ.
Avec n=2, on retrouve les formules de duplication : cos(2θ)=c2−s2 et sin(2θ)=2sc.
Remarque. Le programme précise que les formules ainsi obtenues n'ont pas à être mémorisées : il faut savoir les retrouver.
4.3 Linéariser
Linéariser une expression comme cosnθ, sinnθ ou un produit de ces fonctions, c'est l'écrire comme une somme de termes en cos(kθ) et sin(kθ), sans puissance ni produit. C'est indispensable pour en calculer une primitive (chapitre 5).
Méthode.
On remplace chaque cosinus et chaque sinus par sa formule d'Euler.
On développe (binôme de Newton).
On regroupe les termes deux à deux, eikθ avec e−ikθ, et on revient aux cosinus et sinus avec les formules d'Euler.
Exemple 2. Linéariser cos3θ.
cos3θ=(2eiθ+e−iθ)3=81(e3iθ+3eiθ+3e−iθ+e−3iθ),
car e2iθe−iθ=eiθ. On regroupe : 81(2cos(3θ)+6cosθ), donc
cos3θ=4cos(3θ)+3cosθ.
Exemple 3. Linéariser sin4θ. On a (2i)4=16, et les coefficients de la ligne 4 du triangle de Pascal avec des signes alternés :
sin4θ=161(eiθ−e−iθ)4=161(e4iθ−4e2iθ+6−4e−2iθ+e−4iθ)=161(2cos(4θ)−8cos(2θ)+6),sin4θ=8cos(4θ)−4cos(2θ)+3.
Exemple 4 (un produit).cos(2θ)cosθ=2e2iθ+e−2iθ×2eiθ+e−iθ=41(e3iθ+eiθ+e−iθ+e−3iθ)=2cos(3θ)+cosθ.
De la même façon, pour tous réels a et b : cosacosb=2cos(a+b)+cos(a−b). Un produit est ainsi converti en somme.
Exemple 5 (application au calcul intégral).∫02πcos3xdx=∫02π4cos(3x)+3cosxdx=[12sin(3x)+43sinx]02π=−121+43=32.
S1 · S3 · S1A Le programme de S1-S3 limite la linéarisation aux exposants au plus égaux à 5.
Définition. Une racine carrée du complexe Z est un complexe z tel que z2=Z. Tout complexe non nul a exactement deux racines carrées, opposées (leçon 3).
Cas d'un réel. Si d>0, les racines carrées de d sont d et −d ; celles de −d sont id et −id, car (id)2=−d. Par exemple, les racines carrées de −9 sont 3i et −3i.
Attention. L'écriture x est réservée aux réels positifs : on n'écrit jamais −9 ni 3+4i.
Méthode algébrique. On cherche z=x+iy (x, y réels) tel que z2=Z, avec Z=a+ib.
z2=x2−y2+2ixy, donc par identification : x2−y2=a et 2xy=b.
De plus ∣z∣2=∣Z∣ : x2+y2=a2+b2.
On obtient x2 et y2 en ajoutant et en retranchant les deux équations en x2 et y2. Le signe de xy, qui est celui de b, permet de choisir les signes.
Exemple 1. Racines carrées de Z=8−6i.
⎩⎨⎧x2−y2=8x2+y2=∣8−6i∣=102xy=−6
On obtient x2=9 et y2=1, donc x=±3 et y=±1. Comme xy=−3<0, x et y sont de signes contraires : les racines carrées de 8−6i sont 3−i et −3+i.
Vérification : (3−i)2=9−6i+i2=8−6i.
5.2 Équation du second degré
Théorème. Soit l'équation az2+bz+c=0, où a, b, c sont des complexes, a=0. On pose Δ=b2−4ac.
Si Δ=0, l'équation a une solution double : z0=−2ab.
Si Δ=0, et si δ est une racine carrée de Δ (δ2=Δ), l'équation a deux solutions :
z1=2a−b−δz2=2a−b+δ.
Dans tous les cas, az2+bz+c=a(z−z1)(z−z2), avec z1+z2=−ab et z1z2=ac.
Démonstration. Comme en Première, on écrit la forme canonique :
az2+bz+c=a[(z+2ab)2−4a2Δ]=a[(z+2ab)2−(2aδ)2]=a(z+2ab−δ)(z+2ab+δ),
et on conclut avec la règle du produit nul.
Coefficients réels. Si a, b, c sont réels et Δ<0, on prend δ=i−Δ : les deux solutions sont conjuguées,
z1=2a−b−i−Δz2=2a−b+i−Δ=z1.
Exemple 2.z2−2z+5=0. Δ=4−20=−16=(4i)2. Les solutions sont 22−4i=1−2i et 1+2i.
Exemple 3 (coefficients complexes).z2−(1+3i)z−4+3i=0.
Δ=(1+3i)2−4(−4+3i)=(1+6i−9)+16−12i=8−6i. D'après l'exemple 1, δ=3−i convient. Donc
z1=21+3i−(3−i)=2−2+4i=−1+2iz2=21+3i+3−i=24+2i=2+i.
Contrôle : z1+z2=1+3i et z1z2=(−1+2i)(2+i)=−2−i+4i−2=−4+3i.
Équations qui s'y ramènent. Une équation comme z4+4z2−5=0 se ramène au second degré en posant Z=z2 : Z2+4Z−5=0 donne Z=1 ou Z=−5, puis z=±1 ou z=±i5.
5.3 Factoriser un polynôme : l'équation du troisième degré
Propriété (admise). Si P est un polynôme de degré 3 à coefficients complexes et si P(z0)=0, alors il existe un polynôme Q de degré 2 tel que, pour tout z, P(z)=(z−z0)Q(z).
Méthode (équation du troisième degré connaissant une racine).
On vérifie que P(z0)=0 (ou on cherche z0 avec l'indication de l'énoncé).
On écrit P(z)=(z−z0)(az2+bz+c), on développe, et on identifie les coefficients (ou on utilise la méthode de Horner, vue en Première S1).
On résout az2+bz+c=0.
Exemple 4. Résoudre dans C : z3−3z2+7z−5=0.
z0=1 est solution : 1−3+7−5=0. On cherche a, b, c tels que
z3−3z2+7z−5=(z−1)(az2+bz+c)=az3+(b−a)z2+(c−b)z−c.
Identification : a=1, b−a=−3, c−b=7, −c=−5. D'où a=1, b=−2, c=5 (la troisième égalité sert de contrôle : 5−(−2)=7).
Donc z3−3z2+7z−5=(z−1)(z2−2z+5), et d'après l'exemple 2, les solutions sont 1, 1−2i et 1+2i.
Démonstration de la dernière égalité. Par la relation de Chasles sur les angles orientés,
(AB,AC)=(AB,u)+(u,AC)=arg(zC−zA)−arg(zB−zA)=arg(zB−zAzC−zA)[2π].
Le module du quotient compare deux longueurs, son argument mesure un angle.
6.2 Configurations
On pose Z=zB−zAzC−zA.
Si…
alors…
Z est réel
A, B, C sont alignés (angle 0 ou π)
Z est imaginaire pur
(AB)⊥(AC) (angle ±2π)
∣Z∣=1
AB=AC : le triangle est isocèle en A
Z=i ou Z=−i
ABC est rectangle isocèle en A
Z=ei3π ou Z=e−i3π
ABC est équilatéral
Plus généralement, pour A=B et C=D, les droites (AB) et (CD) sont parallèles si et seulement si zB−zAzD−zC est réel.
Exemple 1 (alignement).A(1+i), B(3+2i), C(5+3i). zB−zAzC−zA=2+i4+2i=2 : c'est un réel, donc A, B, C sont alignés, et AC=2AB.
Exemple 2 (nature d'un triangle).A(1), B(3+i), C(2i).
zB−zAzC−zA=2+i−1+2i=(2+i)(2−i)(−1+2i)(2−i)=5−2+i+4i−2i2=55i=i.
Donc AC=AB et (AB,AC)=2π[2π] : le triangle ABC est rectangle isocèle en A.
Exemple 3 (triangle équilatéral).O(0), B(2), C(1+i3) : zB−0zC−0=21+i3=ei3π, donc OBC est équilatéral.
6.3 Ensembles de points
Soit A et B deux points distincts et r>0.
L'ensemble des points M(z) tels que ∣z−zA∣=r est le cercle de centre A et de rayon r (car AM=r).
L'ensemble des points M(z) tels que ∣z−zA∣=∣z−zB∣ est la médiatrice de [AB] (car AM=BM).
L'ensemble des points M(z) tels que arg(z−zA)=θ[2π] est la demi-droite d'origine A, privée de A, qui fait l'angle θ avec u.
Exemple 4.∣z−1+i∣=2 s'écrit ∣z−(1−i)∣=2 : c'est le cercle de centre Ω(1−i) et de rayon 2. Attention au signe : on fait apparaître z−zΩ.
Exemple 5.∣z−2∣=∣z+2i∣ s'écrit ∣z−2∣=∣z−(−2i)∣ : c'est la médiatrice de [AB] avec A(2) et B(−2i). Avec z=x+iy, on trouve (x−2)2+y2=x2+(y+2)2, soit y=−x.
Une transformation f du plan associe à tout point M un point M′=f(M). Si M a pour affixe z et M′ pour affixe z′, une relation qui donne z′ en fonction de z est l'écriture complexe de f.
Translation. La translation de vecteur w d'affixe b : MM′=w⟺z′−z=b, soit
z′=z+b.
Homothétie. L'homothétie de centre Ω(ω) et de rapport k (réel non nul) : ΩM′=kΩM, soit
z′−ω=k(z−ω).
Rotation. La rotation de centre Ω(ω) et d'angle θ : pour M=Ω, ΩM′=ΩM et (ΩM,ΩM′)=θ[2π], c'est-à-dire z−ωz′−ω=1 et argz−ωz′−ω=θ[2π], donc z−ωz′−ω=eiθ :
z′−ω=eiθ(z−ω).
Cette égalité reste vraie pour M=Ω. Avec Ω=O : z′=eiθz.
Exemple 1.z′=iz est la rotation de centre O et d'angle 2π, car i=ei2π. z′=−z est la symétrie de centre O (rotation d'angle π, ou homothétie de rapport −1).
Exemple 2. La rotation de centre Ω(1+i) et d'angle 2π a pour écriture z′−(1+i)=i(z−(1+i)), soit z′=iz+2. L'image du point A(3+i) est le point d'affixe i(3+i)+2=1+3i.
7.2 Similitudes directes
Définition (programme S2-S4 : « applications du type M(z)↦M′(az+b) avec a=0 »). On appelle similitude directe toute transformation du plan dont l'écriture complexe est
z′=az+b,a∈C,a=0,b∈C.
Les translations (z′=z+b), les homothéties et les rotations sont des similitudes directes.
Théorème (éléments caractéristiques). Soit s la similitude directe d'écriture z′=az+b.
Si a=1, s est la translation de vecteur d'affixe b.
Si a=1, s a un unique point invariant, le centreΩ, d'affixe
ω=1−ab,
et l'écriture complexe devient z′−ω=a(z−ω). En écrivant a=keiθ, avec k=∣a∣>0 et θ=arga :
k est le rapport de s, θ est son angle ;
s est la composée de la rotation de centre Ω et d'angle θ et de l'homothétie de centre Ω et de rapport k, dans un ordre ou dans l'autre ;
pour tout point M=Ω : ΩM′=kΩM et (ΩM,ΩM′)=θ[2π].
Démonstration. Un point Ω(ω) est invariant si et seulement si ω=aω+b, soit ω(1−a)=b : si a=1, il y a une seule solution. En soustrayant ω=aω+b à z′=az+b, on obtient z′−ω=a(z−ω). Si h est l'homothétie de centre Ω et de rapport k, et r la rotation de centre Ω et d'angle θ, alors r transforme z en ω+eiθ(z−ω), puis h transforme ce point en ω+keiθ(z−ω)=ω+a(z−ω) : c'est s. L'ordre inverse donne le même résultat. Enfin ∣z′−ω∣=∣a∣∣z−ω∣ et argz−ωz′−ω=arga.
Cas particuliers. Pour a=1 : si ∣a∣=1, s est une rotation ; si a est réel, s est une homothétie de rapport a (rapport négatif si a<0 : son « angle » est alors π).
Exemple 3.s:z′=(1+i)z+2−i.
a=1+i=1. Centre : ω=1−(1+i)2−i=−i2−i=−i×i(2−i)i=2i+1, donc Ω(1+2i).
a=1+i=2ei4π : le rapport vaut 2 et l'angle 4π.
s est la similitude directe de centre Ω(1+2i), de rapport 2 et d'angle 4π.
Exemple 4.z′=−2z+3 : a=−2 est réel, s est l'homothétie de centre ω=1+23=1 et de rapport −2. Et z′=iz+1+i : ∣i∣=1, c'est la rotation d'angle 2π et de centre ω=1−i1+i=i.
7.3 Propriétés géométriques
Soit s une similitude directe z′=az+b, de rapport k=∣a∣ et d'angle θ=arga. Pour deux points M et N d'images M′ et N′ :
zN′−zM′=(azN+b)−(azM+b)=a(zN−zM).
Donc :
M′N′=kMN : une similitude directe multiplie les distances par son rapportk ;
si M=N, (MN,M′N′)=θ[2π] : tout vecteur tourne du même angle ;
les quotients zB−zAzC−zA sont conservés, car le facteur a se simplifie : une similitude directe conserve les angles orientés, l'alignement, le parallélisme et l'orthogonalité ;
l'image d'un segment est un segment, l'image d'un cercle de centre C et de rayon R est le cercle de centre C′=s(C) et de rayon kR.
7.4 Déterminer une similitude
Propriété. Soit A, B deux points distincts et A′, B′ deux points distincts. Il existe une unique similitude directe s telle que s(A)=A′ et s(B)=B′. Son écriture z′=az+b s'obtient en résolvant le système
{azA+b=zA′azB+b=zB′d’ouˋa=zB−zAzB′−zA′etb=zA′−azA.
Exemple 5.A(1), B(i), A′(1+i), B′(−1−i).
a=i−1(−1−i)−(1+i)=−1+i−2−2i=(−1+i)(−1−i)(−2−2i)(−1−i)=24i=2ib=(1+i)−2i=1−i.
Donc s:z′=2iz+1−i. Comme 2i=2ei2π, s a pour rapport 2 et pour angle 2π ; son centre a pour affixe ω=1−2i1−i=53+i.
Leçon 8 : Compléments pour les séries S1, S3 et S1AS1 · S3 · S1A
Comme dans R (Première), pour tout complexe z=1 et tout entier naturel n :
1+z+z2+⋯+zn=1−z1−zn+1.Démonstration. Si S=1+z+⋯+zn, alors zS=z+z2+⋯+zn+1, et S−zS=1−zn+1.
Le programme indique que cette partie se traite en travaux dirigés : voir les exercices 12 et 13.
Somme des racines n-ièmes de l'unité. Pour n≥2 et ω=ein2π=1 :
1+ω+ω2+⋯+ωn−1=1−ω1−ωn=0,car ωn=1.
Géométriquement, le centre de gravité des sommets du polygone régulier est le point O.
Application à la trigonométrie. En prenant la partie réelle, pour n≥2 :
1+cosn2π+cosn4π+⋯+cosn2(n−1)π=0.
Exemple 1 (valeur exacte de cos52π). Avec n=5 : 1+cos52π+cos54π+cos56π+cos58π=0. Comme cos58π=cos52π et cos56π=cos54π, on obtient, avec c=cos52π et cos54π=2c2−1 :
1+2c+2(2c2−1)=0,soit4c2+2c−1=0.
Comme c>0, c=4−1+5.
L'angle moitié. Pour factoriser 1+eiα ou 1−eiα, on met ei2α en facteur, puis on applique les formules d'Euler :
1+eiα=ei2α(e−i2α+ei2α)=2cos2αei2α1−eiα=−2isin2αei2α.
C'est l'outil qui permet de calculer des sommes comme 1+cosx+cos(2x)+⋯+cos(nx) (exercice 13).
8.2 Transformer pcosx+qsinx
Soit p et q deux réels non tous deux nuls. On écrit p+iq sous forme exponentielle (c'est l'indication du programme) :
p+iq=reiφ,r=p2+q2.
Alors p=rcosφ, q=rsinφ, et avec la formule d'addition cos(x−φ)=cosxcosφ+sinxsinφ :
pcosx+qsinx=r(cosφcosx+sinφsinx)=rcos(x−φ).
Exemple 2.3cosx+sinx. On a 3+i=2ei6π, donc 3cosx+sinx=2cos(x−6π).
Résoudre pcosx+qsinx=c (c réel). L'équation équivaut à cos(x−φ)=rc. Elle a des solutions si et seulement si ∣c∣≤r.
Exemple 3. Résoudre dans R : 3cosx+sinx=2.
L'équation s'écrit 2cos(x−6π)=2, soit cos(x−6π)=22=cos4π. Donc x−6π=4π+2kπ ou x−6π=−4π+2kπ, k∈Z :
x=125π+2kπoux=−12π+2kπ,k∈Z.
8.3 Convertir une somme en produit
La leçon 4 a converti des produits en sommes. Inversement, avec l'angle moitié, pour tous réels p et q :
eip+eiq=ei2p+q(ei2p−q+e−i2p−q)=2cos2p−qei2p+q.
En prenant les parties réelle et imaginaire :
cosp+cosq=2cos2p+qcos2p−qsinp+sinq=2sin2p+qcos2p−q.
Exemple 4. Résoudre cosx+cos(3x)=0. On a cos(3x)+cosx=2cos(2x)cosx, donc l'équation équivaut à cos(2x)=0 ou cosx=0, soit x=4π+k2π ou x=2π+kπ, k∈Z.
8.4 Cocyclicité
Propriété. Soit A, B, C, D quatre points distincts, trois d'entre eux n'étant jamais alignés. Ils sont cocycliques (sur un même cercle) si et seulement si le nombre
zD−zAzC−zA×zC−zBzD−zB
est réel.
Justification. D'après le théorème de l'angle inscrit (Première), les quatre points sont cocycliques si et seulement si (AD,AC)=(BD,BC)[π]. Or (AD,AC)−(BD,BC) est un argument du nombre ci-dessus, et un complexe non nul a un argument multiple de π si et seulement s'il est réel.
Exemple 5.A(1), B(i), C(−1), D(−i) sont sur le cercle trigonométrique. On vérifie : −i−1−1−1×−1−i−i−i=−1−i−2×−1−i−2i=(1+i)24i=2i4i=2, qui est réel.
Ce qu'il faut retenir du chapitre
z=a+ib, avec i2=−1 ; Re(z)=a et Im(z)=b sont réels. Conjugué z=a−ib, et zz=a2+b2.
Pour un quotient, on multiplie par le conjugué du dénominateur.
Similitude directe z′=az+b, a=0 : si a=1, centre ω=1−ab, rapport ∣a∣, angle arga. Elle multiplie les distances par ∣a∣ et conserve les angles orientés.
S1 · S3 · S1A1+z+⋯+zn=1−z1−zn+1 ; pcosx+qsinx=rcos(x−φ) avec p+iq=reiφ ; cosp+cosq=2cos2p+qcos2p−q ; cocyclicité par un quotient réel.
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